III. De la méthode. Utilité de la méthode
Tout ce que nous venons de dire s’applique de soimême à la méthode, quatrième partie de la logique.
La méthode a naturellement pour objet de disposer les raisonnemens humains de la manière la plus propre à leur donner de l’autorité, et à présenter ainsi la vérité sous le jour le plus propre à la faire briller aux regards de ceux qui l’ignorent. Entendue de cette manière, la méthode est un travail utile de l’esprit, et la règle la plus sûre du talent; mais elle semble alors se rattacher aux études de la rhétorique, qui enseigne à mettre chaque chose à sa place, et à disposer toutes les parties du discours de manière a faire jaillir le plus de lumière de leur ensemble.
Mais on dit aussi que la méthode est un acte de l’entendement qui dispose ses pensées dans l’ordre le plus propre à le conduire à la découverte de la vérité. C’est ici proprement la méthode philosophique.
Or, il est douteux que l’entendement soit jamais parvenu par de telles dispositions à la vérité, car la vérité existe déjà dans l’esprit au moment où il met en ordre les idées dont l’enchaînement conduit à cette même vé-
rite. Si, en effet, elle n’existoit pas d’avance dans l’entendement, il feroit donc des recherches aveugles et comme à l’aventure; il disposeroit donc, par un hasard heureux, ses pensées dans le meilleur ordre possible, pour arriver a une vérité inconnue. Gomment supposer que ce soit ainsi que se découvre la vérité?
Rappelons nos doctrines sur la connoissance de la vérité.
La vérité est enseignée à l’homme ; nous l’avons montré. L’homme, une fois possesseur de la vérité, la veut entourer de toutes les lumières que le raisonnement humain peut lui donner, soit pour la rendre éclatante aux regards des autres hommes, soit pour en jouir soi-même avec plus de satisfaction et plus de charme.
Ce travail particulier de la raison, qui cherche ainsi à rendre la vérité plus manifeste, en montrant son enchaînement avec d’autres vérités reconnues, voilà précisément ce qui mérite le nom de méthode.
On voit toujours que la doctrine fondamentale de notre philosophie ne nuit aucunement aux opérations de l’âme, et quelle leur laisse toute leur liberté; mais elle ramène la science de la logique à toute la précision qu’elle doit avoir, et la fait toujours reposer sur des principes de certitude que le pur raisonnement ne lui sauroit donner.
Nous n’avons pas besoin, après cela, de suivre la distinction que l’on fait des deux méthodes synthétique et analytique. Les livres élémentaires indiquent les règles de l’une et de l’autre, et enseignent les avantages qu’ elles peuvent procurer à l’esprit dans ses travaux philosophiques sur la vérité.
IV. De la méthode cartésienne. Digression essentielle sur les erreurs de Descartes.
Mais il est une méthode particulière qui a reçu depuis un siècle une grande autorité dans les écoles, et qui mérite d’ëtre appréciée; c’est la méthode carte-, sienne, connue sous le nom de doute méthodique. Descartes propose de rejeter, si ce n’est véritablement, au moins par une fiction philosophique, toutes les notions que l’on a reçues, pour s’arrêter à celles qui se présentent avec le caractère le plus marqué d’évidence et de certitude; ensuite, pour suivre les paroles d’un panégyriste de ce philosophe, « Descartes établit pour principe de ne regarder comme vrai que ce qui est évident, c’est-à-dire ce qui est clairement contenu dans l’idée de l’objet qu’il contemple : tel est le fameux doute méthodique de Descartes; tel est le premier pas qu’il fait pour en sortir, et la première règle qu’il établit. C’est cette règle qui a fait la révolution de l’esprit humain. Pour diriger l’entendement, il joint l’analyse au doute. Décomposer les questions et les diviser en plusieurs branches; avancer par degrés des objets les plus simples aux plus composés, et des plus connus aux plus cachés ; combler l’intervalle qui est entre les idées éloignées, et les remplir par toutes les idées intermédiaires, mettre dans les idées un tel enchaînement, que toutes se déduisent les unes des autres, et que les énoncer, ce soit pour ainsi dire les démontrer : voilà les autres règles qu’il a établies, et dont il a donné l’exemple 1 . »
* Eloge de Descartes , par Thomas.
Ce qu’il y a de fondamental dans celte méthode, ce n’est point sans doute l’ordre dans lequel procède F ' cartes pour lier les pensées et les conduire par un enchaînement régulier à une vérité qu’on suppose n’ètre pas connue; cet ordre, tous les hommes cherchent à l’employer également dans leurs recherches et dans leurs travaux, et il n’est donc point propre uniquement à Descartes. Ce qui lui est propre, c’est d’abord son doute philosophique, et ensuite le premier effort qu’il fait pour en sortir.
Mais premièrement , bien que le doute ne soit qu’une fiction, il faut bien pourtant que cette fiction ne soit pas telle qu’elle laisse le philosophe hors d’état de former aucun raisonnement, à moins de se mettre en contradiction avec lui -même. Or, après que l’esprit s’est dépouillé de toutes les notions qu’il avoit précédemment reçues d’une manière quelconque, comment peut- il lui rester le droit philosophique d’affirmer ou de nier quoi que ce soit? 11 commence par supposer que ses notions peuvent être fausses; et après qu’il les a rejetées, avec quoi les jugera-t-il? Comment fera-t-il un choix entre elles? Quelle autorité restera encore à sa raison? Le travail de son entendement ne sera- 1- il pas vain? Mais plutôt ce travail ne se fera-t-il pas encore avec ces mêmes idées qu’il a commencé par rejeter comme incertaines? Car dès que le philosophe raisonne , il se sert évidemment de la raison telle qu’elle a été développée par les notions qu’il a reçues; et pourtant si les notions disparoissoient , même par une simple fiction, la raison disparoîtroit à son tour. La supposition d’un philosophe qui se dépouille de ces notions, et qui veut ensuite raisonner encore, est donc
une supposition absurde, et le doute philosophique est, une fiction qui ne sauroit conduire à aucun résultat a , Dnnel.
En second lieu , en supposant que le philosophe réduit à sa propre raison, dépouillée de notions, ne fûtce que par une fiction passagère, puisse encore former des jugemens, comment peut- il sortir du doute où il s’est embarrassé de lui - même? Il dit que, cherchant entre toutes les notions dont il a commencé par se dégager, il s’arrêtera à celles qui sont évidentes, à celles qui sont claires et distinctes. Mais ici recommencent les difficultés insurmontables sur l’évidence des idées. Le philosophe accueille-t-il comme évident seulement ce qui lui paroît évident à lui -même? il n’a donc aucune raison de cette évidence ; il n’a aucune raison philosophique d’affirmer qu’il n’est pas trompé dans l’adhésion qu’il donne aux choses évidentes qu’il pose comme un fondement de sa raison. Et ces choses peuvent bien être évidentes; elles peuvent être vraies; cependant l’esprit ne les juge telles que parce qu’elles lui paroissent telles en effet, en sorte que ce sont toujours ces choses qui sont à elles-mêmes la raison de leur propre évidence. Donc, encore une fois, le philosophe qui a commencé a se dépouiller des notions acquises, adopte ensuite comme évidentes celles qu’il juge évidentes sans avoir aucune raison philosophique de les juger telles.
Nous pourrions répéter ici ce que nous avons déjà dit, que lorsque l’évidence est posée en principe, ce principe établit en quelque sorte le droit de l’erreur. Chaque homme, en effet, s’appliquant à soi - même la méthode philosophique du doute, peut ensuite n’ad-
mettre dans son esprit que ce qui lui paroît évident^ c’est-à-dire s’autoriser de cette doctrine pour affirmer et croire les choses les plus grossières. On dit, à la vérité, que cet homme se fait illusion, et qu’il prend pour une chose évidente ce qui ne l’est pas en réalité : il faut bien, en effet, que cela soit ainsi. Mais il est vrai pourtant que le philosophe ne fait qu’appliquer rigoureusement à son esprit la méthode qui lui est enseignée dans les écoles ; et comme d’après cette méthode c’est toujours en dernière analyse la raison particulière du philosophe qui admet ce qui est évident, on lui crée donc en quelque sorte le droit de se tromper, sans lui laisser aucun moyen philosophique de reconnoître son erreur.
Et d’ailleurs, peut-on dire toujours , Qu’est-ce qui est évident? Les caractères de l’évidence sont-ils tels qu’ils ne puissent jamais être méconnus? Si cela étoit , le principe du doute méthodique seroit sans danger. Mais qui osera penser que cela soit ainsi? Ce qui est évident, dit-on , est ce qui est clairement contenu dans l’idée de son objet. Qu’est-ce à dire? les esprits aurontils par cette définition une plus grande facilité de juger d’une manière constante la véritable évidence? Sauront-ils davantage ce qui est contenu dans l’idée de l’objet? Le verront-ils avec plus d’uniformité? L’erreur sera-t-elle toujours impossible? Avouons que ce beau langage delà philosophie, que ces inventions ingénieuses de la raison, ne couvrent au fond que des chimères. On a beau dire : Ce qui est évident est vrai; ou peut-être mieux encore, si on vouloit, Ce qui est vrai est évident; toujours est-il certain que l’évidence, comme la vérité, doit pouvoir se reconnoître à cer-
laines marques qui empêchent l'homme de se méprendre et de se faire une espèce de droit de son erreur. Or, évidemment, ces marques de vérité ne se rencontrent pas dans la méthode philosophique qui donne à chacun le privilège de voir ce qui est évident ou vrai. Donc, par cette unique raison, cette méthode manque de fondement, outre qu'elle est pernicieuse à l’unité des croyances et à l’union des esprits.
Après cela, il ne reste plus qu’à s’étonner profondément que des hommes nourris dans les enseignemens du christianisme contemplent avec admiration des doctrines philosophiques qui renversent tout ce qu’il y a d’universel dans les croyances humaines, pour les réduire à des opinions personnelles, et à des convictions contradictoires. Tel a été l’empire des idées jetées dans toute la société chrétienne par les réformations de Luther, même alors que ces nouveautés n’ont pas été adoptées littéralement et dans leur ensemble. Quelque chose de leur esprit d’indocilité et de division a pourtant germé dans les âmes, et les hommes qui tenoient à rester fidèles aux anciens dogmes participoient néanmoins à l’indépendance des novateurs, en appliquant leurs principes hardis aux questions qu’on appelle purement philosophiques. Descartes, philosophe hardi dans un temps de soumission, fut le premier qui fit passer cet esprit de nouveauté dans la philosophie, tout en s’arrêtant aux limites où l’innovation eût pu paroître trop téméraire; mais ce n’en étoit pas moins un emprunt véritable fait aux hérésies, et c’est ce qui explique l’empressement avec lequel les esprits indépendans saisirent dès lors et ont toujours saisi depuis cette nouveauté séduisante; mais
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c’est aussi ce qui rend inexplicable l’espèce de faveur dont elle a pu jouir long -temps parmi des hommes soumis aux enseignemens de la tradition. Les Protestans y retrouvoient leur principe d’examen, et pour cela l’élevoient aux nues. Un d’entre eux, cité par Bossuet, disoit même qu 'avant la philosophie de l’incomparable Descaries on ri avoit aucune juste idée de la nature d’un esprit L Les hommes fidèles s’elfray oient, au contraire , de ces doctrines, et il faut voir avec quelle éloquente ironie le grand évêque de Meaux traitoit, au sujet même de Descartes, les belles lumières de la philosophie moderne a. Et ailleurs cet illustre prélat exprimoit en ces termes les terreurs qu’il éprouvoit à la vue de ces nouveautés : « Je vois , disoit-il à un disciple de Mallebranclie, je vois, non-seulement en ce point de la nature et de la grâce , mais encore en beaucoup d’autres articles très-importans de la religion , un grand combat se préparer sous le nom de la philosophie cartésienne *. » Nicole aussi avoit combattu ces systèmes. « Dans la vérité, disoit-il , les Cartésiens ne valent guère mieux que les autres, et sont souvent plus fiers et plus suffisans; et Descartes même n’étoit pas un homme
que l’on pût appeler une personne de piété . Mais
surtout il faut bien se garder de porter cette philosophie jusqu’à certaines opinions téméraires qu’on en a tirées, et qui sont d’une si périlleuse conséquence que j’ai dessein d’en faire un petit traité L »
Fénelon, un esprit si cultivé, et un si sage phi-
1 6e A vert, aux Protestans , m« part, lxxiv. — 2 Ibid.
3 OEuvres de Bossuet, tom. XXXVII, Lettres.
* Essais de morale , lettre lxxxii.
losophe, n’avait pas d’autres sentimens. « Descartes, ditil , qui a osé secouer le joug de toute autorité pour ne suivre que ses idées, ne doit avoir lui-même sur nous
aucune autorité . Je croirois saint Augustin bien plus
que Descartes, sur les matières de pure philosophie.,.. Si un homme rassembloit dans les livres de saint Augustin toutes les vérités sublimes que ce père y a répandues comme par hasard, cet extrait fait avec choix seroit très -supérieur aux Méditations de Descartes, quoique ces Méditations soient le plus grand effort de l’esprit de ce philosophe \ »
Parlerons-nous encore de cet élégant P. Rapin , écrivain si nourri de toutes les études antiques? Il ne balance pas à mettre Descartes sur la même ligne que plusieurs chefs de sectes, et notamment Hobbe et Digby, et il a comme eux, dit-il, ramassé de vieux fragmens de la philosophie de Démocrite , d’Épicure, de Nicétas, de Séleucus et de quelques auteurs anciens, pour se faire auteur d’une nouvelle philosophie. « Nous avons vu naître ces philosophies , ajoute ce savant jésuite , et nous les verrons finir. 11 est vrai que celle de Descartes s’est rendue considérable par le mérite et par la qualité de quelques personnes qui l’ont honorée de leur protection. Mais ce n’est pas à dire qu’on doive souffrir que quelques petits savans de ce parti, fort satisfaits d’eux-mêmes d’avoir compris aisément quelques principes de cette philosophie qui donne assez dans le
sens des génies médiocres , fassent les suffisans . d’une
hauteur à traiter Aristote de chétif dialecticien qui leur fait pitié parce qu’ils ne l’entendent pas 2. »
1 Lettres sur la religion.
a Comparaison de Platon et d’Aristote.
Nous ne rappellerons pas ici tous ces hommes graves qui opposoient à Descartes les raisonnemens purement théologiques du christianisme 1 * ; tous sembloient avoir pressenti les conséquences de ces nouveautés, et aujourd’hui l’expérience est venue montrer si une telle prévoyance étoit chimérique. Un siècle a passé sur cette philosophie nouvelle; siècle d’indépendance et d’anarchie ; siècle monstrueux d’irréligion, qui a fondé tous ses systèmes sur la méthode aveugle qui donne à chaque raison le droit de juger par elle-même ce qui est évident et vrai. Chaque esprit donc a suivi sa route. Et qui pourra suivre l’intelligence dans ses contradictions? Qui pourra compter les variations de l’erreur? Ce seroit, certes, un travail immense, mais aussi une grande et terrible leçon pour la raison humaine. Ainsi Bossuet effrayoât autrefois la réforme par ses divisions; et qu’est-ce que la philosophie disputeuse, qui se fonde sur elle-même, si ce n’est la réforme appliquée aux choses qu’on appelle de raisonnement? Les principes sont les mêmes; les conséquences sont les mêmes aussi. C’est pourquoi tous les impies ont fait l’outrage à Descartes de le regarder comme le père de leur athéisme ; tous ont regardé sa philosophie comme le signal donné à l’affranchissement de la raison, c’est-à-dire à la liberté de l’erreur.
« Ce grand homme, dit Bernardin de Saint-Pierre, est chez nous le père de la philosophie ; c’est lui qui apprit à notre raison à secouer le joug de l’autorité3. » « La forme et le caractère de la philosophie de Dcs-
1 Voyez les Objections de plusieurs théologiens et philosophes , re¬
cueillies par le P. Mersenne.
3 Harmonies , etc. tora. m,pag. 34-
cartes, dit M. Cousin, c’est l’indépendance de toute autre autorité que celle de la réflexion et de la pensée. » Et il ajoute : « Nous sommes tous des' enfans de Descartes, à ce titre que l’autorité philosophique que nous acceptons tous est la raison*. » M. Broussais, entête de son ouvrage de matérialisme, signale de même Descartes comme celui qui a introduit le premier la philosophie dans le sentier où il marche à la suite de Cabanis a. Remarquons que tous ces philosophes bénissent le nom de Descartes, pour leur avoir tracé cette route ; et leurs louanges confirment les reproches que d’autres lui ont faits d’avoir ainsi renversé tout l’édifice des sciences morales. Ainsi Bordeu, ce savant créateur de la médecine moderne, voit dans Descartes la cause des erreurs ridicules de quelques matérialistes qui se flattent de tout expliquer par les seuls agens corporels ; il lui reproche d’avoir induit des esprits foibles a raisonner sur les fonctions de l’homme , comme il raison noit sur celle des animaux et enfin, il s’écrie, dans un moment de dépit scientifique : « Combien de temps n’ont pas perdu les médecins cartésiens ! Et à quoi l’ontils perdu? à rêver 3. » Or, que faut-il de plus? D’un côté, la science religieuse fait un crime à Descartes de ses théories, et de l’autre, la science matérialiste lui rend honneur pour ses systèmes ; n’est-ce pas là un accord parfait des opinions pour apprendre enfin à juger cette philosophie iutroduite si témérairement dans les écoles chrétiennes \ et faudra - 1 -il perdre du temp-s à la réfuter par des syllogismes?
* Cousin, xne leçon, 18-28.
a Préfacé du Traité de V Irritation, pag. 1 1.
" Recherches sur l’histoire de la médecine, cliap. "vu, § 11, m.
Que faut-il dire enfin? La révolution, cette dernière fille des réformes religieuses et philosophiques, la révolution, au plus fort de ses fureurs, n’a-t-elle pas achevé d’éclairer nos jugemens lorsque nous l’avons vue deux fois rendre à Descartes un hommage public, pour les services qu’il avoit rendus, disoit-elle, à la raison humaine? En 1793, le régicide Chénier demandoit à la Convention que le corps de ce philosophe fût déposé au Panthéon avec celui de Rousseau et de Marat. Triste et flétrissant honneur, dont Descartes eût repoussé avec horreur la seule pensée, mais dont la menace eût servi peut-être h éclairer son âme sur les suites de ses doctrines! Plus tard (en 179 6), le premier décret n’ayant point eu d’exécution, la même voix se faisoit entendre a la même tribune : « Je crois digne du corps législatif, disoit Chénier, de reconnoître par un éclatant témoignage les éminens services rendus à la France et à l’Europe par René Descartes, qui, le premier, a ouvert le sentier de la vraie philosophie.)) Et cette fois une commission composée de trois philosophes (Chénier, Grégoire, Daunou ) fut chargée de préparer l’hommage que l’on réservoit à la mémoire de l’auteur célèbre des Méditations1. La révolution se trompoit-elle dans ses élans de reconnoissance? et suffit-il de répudier, au nom de Descartes, de si solennelles flétrissures? Gardonsnous de faire peser sur la tête de ce philosophe tout le poids des honneurs dont on voulut l’accabler. Toutefois l’impiété ne se fait guère d’illusion dans les éloges quelle décerne. En honorant la mémoire de Descartes, ce n’étoit pas sans doute à son christianisme quelle
1 Moniteur , 2 et 4 octobre 1 9q3 5 id. i5 pluviôse an iv (1796).
rendoit hommage; mais elle apercevoit dans ses principes philosophiques la première origine de l’indépendance d’opinion qui avoit ravagé le xyinc siècle : de là ses témoignages d’honneur. Et, faudra-t-il le dire? ce n’est pas seulement à sa philosophie théorique que nos modernes sages auront décerné des hommages, c’est encore à sa philosophie pratique; et il faudra que la postérité sache qu’au commencement du xixe siècle, un
homme, parlant au nom de l’Etat, fit honneur à Descartes desfoiblesses de sa vie, comme pour mieux faire entendre que ce qui est digne d’intérêt aux yeux des philosophes, ce n’est pas seulement l’erreur des doctrines et le danger des enseignemens, mais surtout la liberté de la conduite, et jusqu’à la hardiesse des scandales x.