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II. Moyen d'éclairer les mystères de la métaphysique

Nous disons que Dieu étant une fois mis en tête desvérités, tout l’être s’explique. Alors la raison, pour la première fois, peut savoir ce que c’est quV-fre et n 'être pas; ce que c’est que cause et effet, infini et fini, puissance et action de l’être; alors, pour la première fois, les axiomes de la métaphysique reçoivent une certitude philosophique, et leurs conséquences se montrent avec une vérité de logique qu’aucune raison ne peut plus renverser. Le philosophe dit peut-être .-Vous supposez Dieu; donc toute la suite de vos raisonnemens tombe avec cette supposition. Nous supposons Dieu, comme :-ous supposons le soleil. Est-ce là une supposition? Dieu est le soleil des intelligences; le philosophe dit-il que l’homme qui jouit de la lumière céleste auroit besoin d’une raison philosophique pour affirmer qu’il en jouit en effet? Le monde voit le soleil se lever chaque matin à l’aurore, et se coucher le soir pour faire place aux nuits. Faut-il au monde des démonstrations pour s’assurer de cette marche toujours nouvelle et toujours la même? Le monde voit aussi de toutes parts la lumière d’une intelligence suprême, qui éclaire tous les être pensans. Le monde pourroit-il ne pas voir cette clarté resplendissante? Et quand il fermeroit les yeux de sa raison, ne sauroit-il pas encore malgré lui que toutes les raisons en sont éblouies? Or, que l’on ne considère d’abord, si l’on veut, l’existence de ce soleil intellectuel que comme un fait universel que des démonstrations logiques peuvent ensuite fortifier dans la pensée de l’homme, toujours est-il mani-

feste que Dieu , connu à l’homme par cette première et solennelle proclamation de toutes les intelligences, et place ainsi à la tète de toutes les vérités philosophiques, est le premier point fixe auquel reste attachée la chaîne de ces vérités.

Voici donc comment la philosophie chrétienne, c’està-dire la vraie philosophie, développe hardiment son système métaphysique, à l’aide de ce premier principe, sans craindre d’être jamais arrêtée dans sa marche, et d’être jetée dans les incertitudes de la philosophie qui cherche en soi un premier principe semblable, et un fondement semblable de certitude. Dieu, d’abord, lui est révélé tout entier; et voici comment elle le voit apparoître avec sa lumière dans le monde intellectuel.

<( De toute éternité Dieu est, Dieu est parfait, Dieu est heureux, Dieu est un. L’impie demande : Pourquoi Dieu est-il? Je lui réponds : Pourquoi Dieu ne seroit-il pas? est-ce à cause qu’il est parfait, et la perfection est-elle un obstacle à l’être? Erreur insensée ! au contraire, la perfection est la raison d’être. Pourquoi l’imparfait seroitril, et le parfait ne seroit-il pas? c’est-àdire, pourquoi ce qui tient plus du néant seroit-il, et que ce qui n’en lient rien du tout ne seroit-il pas? Qu’appelle-t-on parfait? Un être à qui rien ne manque. Qu’appelle-t-on imparfait? Un être à qui quelque chose manque. Pourquoi l’être à qui l ien ne manque ne seroit-il pas, plutôt que l’être à qui quelque chose manque? D’où vient que quelque chose est, et qu’il ne se peut pas faire que le lien soit, si ce n’est parce que l’être vaut mieux que le rien, et que le rien ne peut pas prévaloir sur l’être, ni empêcher l’être d’être?

Mais, par la même raison, l’imparfait ne peut valoir, mieux que le parfait, ni être plutôt que lui, ni i’empêclier d’être. Qui peut donc empêcher que Dieu ne soit; et pourquoi le néant de Dieu, que V impie veut imaginer dans son cœur insensé % pourquoi , dis-je , ce néant de Dieu l’emporteroit-il sur l’être de Dieu : vaut-il mieux que Dieu ne soit pas que d’être3?.... On dit : Le parfait n’est pas ; le parfait n’est qu’une idée de notre esprit, qui va s’élevant de l’imparfait qu’on voit de ses yeux jusqu’à une perfection qui n’a de réalité que dans la pensée. C’est le raisonnement que l’impie voudroit faire dans son cœur insensé, qui ne songe pas ({ue le parfait est le premier, et en soi, et dans nos idées; et que l’imparfait en toutes façons n’est qu’une dégradation. Dis-moi, mon âme, comment entends-tu le néant, sinon par l’être? Comment entends-tu la privation, si ce n’est par la forme dont elle prive? Comment l’imperfection, si ce n’est par la perfection dont dont elle déchoit? Mon âme, n’entends-tu pas que tu as une raison, mais imparfaite, puisqu’elle ignore, qu’elle doute, qu’elle erre, et qu’elle se trompe? Mais comment entends-tu l’erreur, si ce n’est comme privation de la vérité; et comment le doute ou l’obscurité, si ce n’est comme privation de l’intelligence et de la lumière; ou comment enfin l’ignorance, si ce n est comme privation du savoir parfait? comment dans la volonté, le déréglement et le vice, si ce n’est comme privation de la règle, de ia droiture et de la vertu ? Il y a donc primitivement une intelligence, une science certaine, une vérité, une inflexibilité dans le bien, une

1 PI. juii, i. — 2 Bossuet, Ir* Ele'iation sur les mystères..

règle, un ordre, avant qu’il y ait une déchéance de toutes ces choses; en un mot, il y a une perfection avant qu’il y ait un défaut; avant tout déréglement, il faut qu’il y ait une chose qui est elle-même sa règle, et qui, ne pouvant se quitter soi-même, ne peut non plus ni faillir ni défaillir. Voilà donc un être parfait; voilà Dieu , nature parfaite et heureuse. Le reste est incompréhensible, et nous ne pouvons même pas comprendre jusqu’où il est parfait et heureux; pas même jusqu’à quel point il est incompréhensible *. »

ITI. Vrai principe d’une métaphysique chrétienne .

C’est ainsi que la métaphysique chrétienne explique Dieu , cette vérité première qui resplendit dans la société des intelligences. On le voit; par cette première explication, elle dissipe déjà les obscurités qui environnent Y être et les questions ordinaires de l’ontologie. Ecoutons-la encore :

a Je suis celui qui suis : celui qui est ni envoie à vous. C’est ainsi que Dieu se définit lui-même ; c’est-à-dire que Dieu est celui en qui le non-être n’a pas de lieu; qui, par conséquent , est toujours, et toujours le même; par conséquent, immuable; par conséquent, éternel; tous termes qui ne sont qu’une explication de celui-ci: Je suis celui qui est. Et c’est Dieu qui donne lui-même cette explication par la bouche de Malachie, lorsqu’il dit chez ce prophète : Je suis le Seigneur , et je ne change pas.

» Dieu est donc une intelligence qui ne peut ni rien ignorer, ni douter de rien, ni rien apprendre, ni perdre, ni acquérir aucune perfection; car tout cela tient

* Boifuet, IIe Êlc\\

du non-être. Or, Dieu est celui qui est, celui qui est par essence. Comment donc peut-on penser que celui qui est ne soit pas, ou que l’idée qui comprend tout l’être ne soit pas réelle, ou que pendant qu’on voit que l’imparfait est, on puisse dire, on puisse penser, en entendant ce qu’on pense , que le parfait ne soit pas 1 ? »

Par cette sublime doctrine V être est donc tout-à-fait compris. C’est Dieu qui donne l’idée de l’être. Suivons toujours le développement de cette métaphysique, et marchons sous la conduite des grands esprits qui ont su en faire la règle de leurs pensées. Nous avons appris à connoître l'étre, nous apprendrons à connoître son essence, sa vérité, sa possibilité, etc., et tous les attributs que la métaphysique vulgaire cherche si péniblement à expliquer. C’est Fénelon qui va à son tour devenir notre guide.

« L’être infiniment parfait est un, simple, sans composition : donc il n’est pas des êtres infinis, mais un être simple qui est infiniment être. Tout infini divisible est impossible : donc l’infini dont nous avons l’idée est simple ; donc, il est infini par une totalité d’être qui n’est

pas collective, mais intensive . Il est plus parfait de

pouvoir produire quelque chose de distingué de soi, que de ne le pouvoir pas. Il y a une distance infinie du néant à l’être; faire passer quelque chose de l’un à l’autre ne peut être qu’une action infinie : donc il y a une distance infinie entre un être fécond et un être stérile; donc tout être qui est stérile n’est point infini; donc l’infini est fécond, c’est-à-dire puissant, pour faire exister ce qui n’étoit pas. Il peut produire quelque chose, puisqu’il est infini; il ne peut produire l’infini,

* Bossuet, III* Eldv.

puisque l’infini est lui-même, et il ne peut se produire soi-mêrae, puisqu’il est déjà : donc il ne peut rien produire que de borne', c’est-à-dire imparfait. Ce qu’il peut produire ayant des degrés de possibilité et de perfection qui remontent à l’infini, aucun de ces degrés n’est infini. C’est le bien, car c’est l’être; mais c’est le bien imparfait, car c’est l’être borné.

» Toutes les différences qu’on nomme essentielles ne sont que des degrés de l’être, qui sont indivisibles dans l’unité souveraine, et quelle peut diviser hors d’elle à l’infini dans la production des êtres bornés et subalternes. L’être infini n’ayant aucune borne en aucun sens, il ne peut avoir en aucun sens ni degré ni différence, soit essentielle ou accidentelle, ni manière

précise d’être, ni modification . Donc, il est absurde

de dire que ce qu’on nomme communément les substances créées ne soient que des modifications de l’être. L’infini ne seroit plus tel, s’il avoit un seul instant quelque modification: . donc les créatures ne sont pas des

modifications d’une même substance; donc elles sont de vraies substances réellement distinguées les unes des autres, qui subsistent et qui sont diversement modifiées indépendamment les unes des autres, en sorte qu’un corps se meut, pendant que l’autre est en repos; et qu’un esprit voit la vérité, veut le bien, pendant que l’autre se trompe et aime ce qui est mauvais : .... donc il y a des êtres qui sont moins les uns que les autres. L’être et la perfection sont la même chose. L’être infini, quoiqu’un d’une suprême unité, est infiniment être, puisqu’il est infiniment parfait. Je suis véritablement, et je ne suis pas lui; je suis infiniment moins parfait que lui, puisque je ne suis point par moi comme

lui, mais par sa seule fécondité. L’être qui ne se con~ noit pas, et qui ne connoît pas l’être qui l’a fait, est moins parfait; il est moins être que moi, qui me connois , et qui connois ma cause *. »

Que faut -il de plus? Nous connoissons l’être ; nous savons que l’être, par son essence, est d’être ce qu’il est; nous savons que l’être est de soi, et que l’être ainsi entendu dans sa plénitude, est nécessaire; qu’il est parfait; qu’il est infini ; qu’il est fécond; qu’il est créateur. Nous entendons par conséquent qu’il y a un être qui n’est pas de lui -même, que cet être est borné, qu’il pourroit ne pas être, qu’il est seulement contingent , comme parle l’école; nous comprenons toutefois que l’être qui pourroit ne pas être est d’une manière d’être qui lui est propre, et sans laquelle il ne seroit pas ce qu’il est; nous comprenons en même temps que cet être peut se modifier, mais uniquement dans les accidens de son être, qui ne sont point son essence; et par là nous comprenons enfin la mutabilité de l’être créé, et en même temps son identité. Ainsi , les premières questions de la métaphysique sont toutes résolues par la simple idée de Dieu. Allons plus loin encore s’il le faut.

Les êtres n’existent pas sans rapports entre eux. Les rapports des êtres sont nécessaires, et les expressions de ces rapports sont autant de lois ou de vérités qui existent éternellement, et qui existeroient même dans la supposition où les êtres n’existeroient pas et seroient seulement possibles. Par là est comprise la vérité des règles qui lient les êtres; par là on entend que ces règles ne sont pas inventées, ni capricieuses, et

! Lettre sur la réfutation de S/jinosa , to:n. I, irc classe des OE uvres de Fénelon .

qu’elles ne doivent pas leur vérité à la démonstration qui en est faite; mais quelles sont éternelles et indépendantes de toute volonté, meme de la volonté de Dieu, puisqu’elles sont en Dieu, et que Dieu ne peut pas vouloir détruire ce qui est en lui. Entendons encore Bossuet sur ce grand sujet.

« Nous avons déjà remarqué que l’entendement a pour objet des vérités éternelles; les règles des proportions par lesquelles nous mesurons toutes choses sont éternelles et invariables. Nous connoissons clairement que tout se fait dans l’univers par la proportion du plus grand au plus petit, et du plus fort au plus foible; et nous en savons assez pour connoître que ces proportions se rapportent à des principes d’éternelle vérité.

» Tout ce qui se démontre en mathématique et en quelque autrescience que ce soit est éternel etimmuable; puisque l’effet de la démonstration est de faire voir que la chose ne peut être autre chose qu’elle est démontrée.

» Aussi , pour entendre la nature et les propriétés des choses que je connois, par exemple, ou d’un triangle, ou d’un carré, ou d’un cercle, ou les proportions de ces figures, ou de toutes autres figures entre elles, je n’ai pas besoin de savoir qu’il y en ait de telles dans la nature; et je suis assuré de n’en avoir jamais ni tracé ni vu de parfaites. Je n’ai pas besoin non plus de songer qu’il y ait quelques mouvemens dans le monde, pour entendre la nature du mouvement même, ou celle des lignes que chaque mouvement décrit, les suites de ce mouvement et les proportions selon lesquelles il augmente et diminue dans les graves et les choses jetées. Dès que l’idée de ces choses s’est une fois réveillée dans mon esprit, je connois que, soit quelles soient ou

quelles ne soient pas actuellement, c’est ainsi quelles doivent être, et qu’il est impossible quelles soient d’une autre nature, ou se fassent d’une autre façon.

» Et pour venir à quelque chose qui nous touche de plus près, j’entends, par ces principes de vérité éternelle, que, quand aucun autre être que l’homme, et moi-même, ne serions pas actuellement ; quand Dieu auroit résolu de n’en créer aucun autre, le devoir essentiel de l’homme, dès là qu’il est capable déraisonner et de vivre selon la raison, est de chercher son auteur, de peur de lui manquer de reconnoissance , si, faute de le chercher, il l’ignoroit.

» Toutes ces vérités et toutes celles que j’en déduis par un raisonnement certain, subsistent indépendamment de tous les temps : en quelque temps que je mette un entendement humain, il les connoîtra ; mais en les connoissant il les trouvera vérités ; il ne les fera pas telles ; car ce ne sont pas nos connoissances qui font leurs objets, elles les supposent. Ainsi ces vérités subsistent devant tous les siècles, et devant qu’il y ait eu un entendement humain : et quand tout ce qui se fait par les règles des proportions, c’est-à-dire tout ce que je vois dans la nature, seroit détruit, excepté moi, ces règles se conserveroient dans ma pensée, et je verrois clairement qu’elles seroient toujours bonnes et toujours véritables, quand moi-même je serois détruit, et quand il n’y auroit personne qui fût capable de les comprendre.

» Si je cherche maintenant où, en quel sujet elles subsistent éternelles et immuables, comme elles sont, je suis obligé d’avouer un être où la vérité est éternellement subsistante, et où elle est toujours entendue; et

cet être doit être la vérité même, et doit être toute vérité ; et c’est de lui que la vérité dérive dans tout ce qui est, et ce qui s’entend hors de lui.

» C’est donc en lui, d’une certaine manière qui m’est incompréhensible, c’est en lui, dis-je, que je vois ces vérités éternelles; et les voir, c’est me tourner à celui qui est immuablement toute vérité, et recevoir ses lumières.

» Cet objet éternel, c’est Dieu, éternellement subsistant, éternellement véritable, éternellement la vérité même. Et, en effet, parmi ces vérités éternelles que je connois, une des plus certaines est celle-ci, qu’il y a quelque chose au monde qui existe d’elle-même, par conséquent qui est éternelle et immuable.

» Qu’il y ait un seul moment où l ien ne soit, éternellement rien ne sera. Ainsi le néant sera à jamais toute vérité, et rien ne sera vrai que le néant; chose absurde et contradictoire.

» Il y a donc nécessairement quelque chose qui est avant tous les temps et de toute éternité, et c’est dans cet éternel que ces vérités éternelles subsistent.

» C’est là aussi que je les vois. Tous les autres hommes les voient comme moi, ces vérités éternelles; et tous, nous les voyons toujours les mêmes, et nous les voyons être devant nous; car nous avons commencé, et nous le savons; et nous savons que ces vérités ont toujours été.

» Ainsi nous les voyons dans une lumière supérieure à nous-mêmes, et c’est dans celte lumière supérieure que nous voyons aussi si nous faisons bien ou mal, c’est-à-dire si nous agissons ou non selon les principes constitutifs de notre être.

» La donc nous voyons, avec toutes les autres vérités, les règles invariables de nos mœurs ; et nous voyons qu’il y a des choses d’un devoir indispensable, et que dans celles qui sont naturellement indifférentes, le vrai devoir est de s’accommoder au plus grand bien de la société humaine.

» Ainsi, un homme de bien laisse régler l'ordre des successions et de la police aux lois civiles, comme il laisse régler le langage et la forme des habits à la coutume; mais il écoute en lui-même une loi inviolable qui lui dit qu’il ne faut faire tort à personne, et qu’il vaut mieux qu’on nous en fasse que d’en faire à qui que ce soit.

» En ces règles invariables, un sujet qui se sent par-

tie d’un Etat, voit qu’il doit l’obéissance au prince qui est chargé de la conduite de tout; autrement la paix du monde seroit renversée : et un prince y voit aussi qu’il gouverne mal, s’il regarde ses plaisirs et ses passions plutôt que la raison et le bien des peuples qui lui sont commis.

» L’homme qui voit ces vérités, par ces vérités se juge lui-même, et se condamne quand il s’en écarte: ou plutôt ce sont ces vérités qui le jugent, puisque ce ne sontpas ellesqui s’accommodent aux jugemens humains, mais les jugemens humains qui s’accommodent à elles1.

1 II faut nécessairement entendre ici qu’il n’est plus question de la recherche des vérités, mais seulement de l’usage que fait l’homme de sa raison éclairée par ces vérités. Encore la raison n’est-elle pas libre d’accommoder ces jugemens aux vérités trouvées sans suivre une règle. Bossuet ne le pense pas ainsi; mais il considère le philosophe s’étudiant lui-même dans sa pensée intime, et cette liberté peut être laissée au philosophe tant qu’il reste fidèle aux vérités qu’il a reçues de Dieu et à l’autorité même qui les lui a transmises.

» Et l’homme juge droitement, lorsque, sentant ses jugemens variables de leur nature, il leur donne pour règles ces vérités éternelles.

» Ces vérités éternelles, que tout entendement aperçoit toujours les mêmes, par lesquelles tout entendement est réglé, sont quelque chose de Dieu, ou plutôt sont Dieu même.

» Car toutes ces vérités éternelles ne sont au fond qu’une seule vérité. En effet, je m’aperçois en raisonnant que ces vérités sont suivies; la même vérité qui me fait voir que les mouvemens ont certaines règles, me fait voir que les actions de ma volonté doivent aussi avoir les leurs; et je vois ces deux vérités dans cette vérité commune, qui me dit que tout a sa loi, que tout a son ordre : ainsi, la vérité est une de soi; qui la connoît en partie en voit plusieurs; qui les verroit parfaitement, n’en verroit qu’une, et il faut nécessairement que la vérité soit quelque part très-parfaitement entendue, et l’homme en est à lui-même une preuve indubitable; car soit qu’il se considère lui-même, ou qu’il étende sa vue sur tous les êtres qui l’environnent, il voit tout soumis à des lois certaines et aux règles immuables de la vérité; il voit qu’il entend ces lois, du moins en partie, lui qui n’a fait ni lui-même ni aucune autre partie de l’univers, quelque petite quelle soit; il voit bien que rien n’auroit été fait, si ces lois n’étoient ailleurs parfaitement entendues; et il voit qu’il faut reconnoître une sagesse éternelle, où toute loi, tout ordre, toute proportion ait sa raison primitive.

» Car il est absurde qu’il y ait tant de suite dans les vérités, tant de proportion dans les choses, tant d’économie dans leur assemblage, c’est-à-dire dans le monde.

et que cette suite, cette proportion, cette économie, ne soit nulle part bien entendue: et l’homme, qui n’a rien fait, la connoissant véritablement, quoique non pas pleinement, doit juger qu’il y a quelqu’un qui la connoît dans sa perfection , et que ce sera celui-là même qui aura tout fait x. »

Tels sont les enseignemens sublimes de la métaphysique chrétienne. Que la métaphysique des philosophes impies apporte donc en comparaison de ces idées si simples, ses recherches obscures, et son idéologie rêveuse. Hors de l’idée de Dieu, tout est inexplicable, je l’ai déjà dit, et cela est sensible pour quiconque entend véritablement les questions sur l’être. Tout est profondément mystérieux, l’être et le néant, le fini et l’infini de l’être, sa vérité, son essence, son identité, l’être créé et l’être non créé; les rapports de l’un et de l’autre, et surtout l’éternelle vérité de ces rapports. Et dans cette obscurité qui environne la métaphysique, la raison superbe cherche vainement à s’éclairer par sa propre lumière; elle-même ne se comprend pas, et son être lui est un mystère comme tout le reste. Si elle nie Dieu, tout la confond ; il faut qu’elle se nie elle-même. Qu’elle s’abaisse donc enfin, cette rebelle ; qu’elle tombe devant Dieu, et qu’elle apprenne que par cette humiliation elle s’élève, et que sa force consiste dans sa soumission.

J’ai laissé parler de beaux génies pour faire entendre les vérités de la métaphysique générale; nous allons maintenant traiter des questions particulières ou nos doctrines s’appliqueront d’une manière encore plus facile et plus sensible.

i Connaissance , ctc ,cluip. iv, 5.

DEUXIÈME DIVISION

PNEUMATOLOG1E.

§ I. THEODICEE.

I. Dieu connu avant d’êue démontré. La première démonstration de Dieu, c’est que sans lui rien ne peut être démontré. — II. Comment la philosophie fait servir ses raisonnemens à confirmer la croyance de Dieu. Le consentement des peuples, première preuve de l’existence de Dieu. — III. Y a-t-il, peut-il y avoir des peuples athées ?

— IV. Autres preuves morales de l’existence de Dieu. — V. Preuves physiques de l’existence de Dieu. — VI. Des preuves métaphysiques.

— VII. Toutes les démonstrations reposent, en dernière analyse, sur la foi et la tradition.

I. Dieu connu avant d'être démontré. La première démonstration de Dieu , c’est que sans lui rien ne peut être démontré .

Nous avons dit, en traitant de la méthode , que bien que la vérité , soit connue à l’homme par un moyen commun à toutes les intelligences, et qui n’est pas le moyen de la philosophie, l’homme trouve néanmoins en soi des raisons de s’attacher davantage à la vérité qui lui est transmise, et que la philosophie sert alors à rendre la vérité plus manifeste, et la possession de la vérité plus satisfaisante à l’esprit. Donc, la métaphysique chrétienne a aussi ses démonstrations pour appuyer, si cela est nécessaire, la première vérité par laquelle elle fait reposer la certitude de ses notions. Mais montrons dans quel sens elle entend ses démonstrations, et développons la suite de ses idées, et l’ordre

de ses preuves. Elle distingue trois sortes de preuves de l’existence de Dieu : les preuves logiques ou morales, les preuves physiques et les preuves métaphysiques.

Il est démontré que toutes les notions de l’homme sont transmises par la société ; que c’est par la société que la raison de l’homme est développée, et que sans la société l’homme n’auroit point d’idées. 11 est démontré , par conséquent, que la notion de Dieu, comme toutes les autres notions, est conservée uniquement par la tradition, et que l’homme la reçoit comme une révélation qui lui vient du dehors, et non point comme une découverte qui soit propre à sa raison*

Cela étant ainsi, il résulte que l’homme, pour arriver au développement de sa raison, commence par la soumettre à la raison déjà développée des autres hommes; c’est-à-dire qu’il commence par croire, et non par raisonner.

Il est de plus démontré que lorsque l’homme est parvenu par ce moyen à développer complètement son intelligence, il est contraint de la soumettre même alors à l’intelligence d’autrui, toutes- les fois qu’il veut s’en servir pour faire par lui-même des recherches nouvelles, ou pour s’assurer philosophiquement de la vérité qui lui est connue.

D’où il suit que la certitude de toutes les démonstrations philosophiques repose toujours sur l’universelle croyance de la société, que l’homme ne peut rien démontrer de lui-même, c’est-à-dire de lui seul, et enfin que la foi, par où l’intelligence commence à se développer, est aussi le principe par où s’achève la certitude des connoissances.

L’homme croit Dieu comme une vérité qui remplit le monde tout entier, et qui lui est démontrée avant qu’il ait pu sentir le moindre besoin de la démontrer. Mais il arrive à un moment où sa raison curieuse veut démontrer toutes choses, et la voilà qui veut aussi démontrer Dieu. C’est à ce moment que la métaphysique suit les efforts de l’intelligence, et recueille les raisonnemens par lesquels elle semble vouloir arriver d’elle-même à une notion antérieure à tous les raisonnemens.

Or, il est remarquable que le premier aveu qui échappe à la philosophie, c’est que Dieu ne peut être démontré a priori x. Et en effet, si on conçoit Dieu comme l’être par excellence, il est bien évident qu’on ne peut partir d’aucun principe antérieur pour démontrer l’être antérieur à tous les êtres. Tous les argumens philosophiques manquent donc d’un premier fondement. Qu’est-ce à dire? L’existence de Dieu est-elle douteuse, parce que la philosophie humaine ne trouve pas en soi un premier principe pour la démontrer? Peut-être on expose les raisons foibles à tirer cette horrible conséquence, en leur faisant entendre que rien ne doit être cru que ce qui est démontré par un premier principe démontré lui-même : et voilà aussi le grand vice de la philosophie vulgaire. Nous raisonnons plus sûrement, nous qui soumettons la raison à la foi, et qui démontrons que sans cela rien ne peut être démontré.

La première démonstration, en effet, que nous donnons de l’existence de Dieu , c’est que, sans cette vérité posée en tête de la philosophie, toute la raison de

1 Voyez la Philosophie de Lyon.

rhommese trouble et se confond, que rien n’est certain, que l’homme meme n’est pas sûr philosophiquement de son être, ni de la vérité de ses convictions, ni de ce qu’il appelle son sens intime, ni de ses relations avec ses semblables, ni de leurs témoignages, ni de ses réflexions.

N’est-ce pas, je le demande, un profond sujet d’étonnement pour le philosophe, que de sentir en soimême cette impuissance invincible de rien affirmer, par raison démonstrative, du moment où Dieu n’est pas le premier principe auquel s’attachent les démonstrations? Que l’athée fasse des systèmes, qu’il se confie h son génie pour se passer d’un premier être; qu’il crée des raisons pour expliquer le monde; toujours je l’arrêterai à son début, et je le ferai tomber dans un abîme par un seul mot. Etes-vous? Suis-je? Le monde est-il? Vos travaux ne sont-ils pas un songe? vos paroles, une illusion? Tout le confondra. Qu’il ouvre la bouche pour m’adresser quelques paroles; il n’a pas même ce droit, car il ne sait pas si je l’entends, ni s’il ne dit pas autre chose que ce qu’il veut dire. Il n’a aucune raison philosophique de parler au monde; le monde parle peut-être une autre langue que lui? Qu’en sait-il? tous mes doutes doivent le troubler, l’irriter; il me fuira, il s’écriera qu’il ne peut parler à un insensé ! Philosophe misérable ! il n’a pas même de quoi confondre ce qu’il regarde comme une folie, et la raison lui manque contre les doutes d’un homme en délire.

Mais, dit-on toujours, si la philosophie ordinaire ne peut pas démontrer Dieu à priori „ vous n’avez pas davantage cette ressource contre l’athéisme ; et l’athée

que vous confondez en lui montrant qu’il ne peut l ien démontrer, n’a-t-il pas le droit de vous demander par quel moyen vous entendez démontrer quelque chose?

Certes, il faut en convenir, je serois grossièrement inconséquent avec moi-même, si, après avoir fait sentir l’impuissance où tombe le philosophe qui veut tout démontrer uniquement par sa raison, je me jelois de moi-même dans cette extrémité, et que je voulusse, à mon tour, prouver par un premier principe l’être de Dieu , d’où dérive, suivant mes démonstrations, la vérité de tous les principes.

Encore une fois, je reçois la croyance de Dieu, de la société, avec toutes les autres notions qui constituent ce que j’appelle ma raison. Je crois premièrement Dieu; mais je ne le démontre pas; seulement je démontre que cette croyance est le fondement de toute certitude, ce qui est rigoureusement une sorte de démonstration de Dieu même. La foi donc est le premier fondement de ma philosophie, comme elle est le premier fondement sur lequel repose tout le développement de mon être intellectuel. Il n’y a point en cela de système philosophique. C’est la nature même de mon être de ne pouvoir se développer que par ce moyen. En naissant dans la société, je trouve en elle ma force et ma vie. Je vis parce que j’ai commencé par croire à la société; et je ne parle pas seulement de la vie du corps, mais aussi de la vie de l’intelligence.

Telles sont les conditions rigoureuses de mon existence, c’est par la foi que je suis conservé, et c’est pour cela que ma foi est éminemment conforme à la raison; non point qu’elle soit raisonneuse, mais parce qu’elle est conforme aux lois de ma nature; lois qui m’assujé-

dissent h la société intelligente, à laquelle je ne saurois plus appartenir si je lui étois rebelle.

Or, la société commençant par me révéler Dieu , et cette croyance étant une fois imprimée dans mon esprit, je ne suis plus exposé à tomber dans le cercle éternellement vicieux de la philosophie, lorsque je fais dépendre de cette première notion la vérité philosophique de toutes les autres. Le premier fondement de ma philosophie n’est point une vérité démontrée par ma raison, mais une vérité crue sur un témoignage imposant, et auquel tout homme venant au monde est soumis, quoi qu’il fasse, je veux dire le témoignage de la société.

II. Comment la philosophie fait servir ses raisonne mens à confirmer la croyance de Dieu. Le consentement des peuples j première preuve de Vexistence de Dieu.

Après donc que j’ai trouvé dans ma foi en Dieu un premier moyen philosophique de démontrer son existence, il m’est permis de voir si le moyen par lequel je suis arrivé à cette foi n’en est pas aussi une haute démonstration. Certes, ainsi que je l’ai dit lorsqu’il a été] question de l’universalité des traditions humaines, c’est d’abord un spectacle singulièrement imposant pour la raison, que celui de toutes les générations de la terre qui, de concert, se lèvent de leurs tombeaux pour attester Dieu. Quel magnifique témoignage ! quelle sublime autorité! Comprend-on que cette immense multitude d’intelligences aient pu, en des lieux et en

des temps divers, concevoir également un être qui ne seroit pas? Mais qui d’entre tous les hommes jeta le premier cette idée dans la société? Qui le premier imagina l’infini ? Qui le premier créa dans son esprit cet être que nul esprit ne peut comprendre, même alors qu’il lui est révélé? Et entre toutes les nations réunies en sociétés, d’où vient qu’il n’en paroîtroit aucune qui se fût affranchie de cette vaste erreur? D’où vient que l’athéisme, avec ce qu’il a de séduisant pour les passions, est odieux à toute la terre? D’où vient qu’il se cache honteusement dans les solitudes? D’où vient que son apparition dans le monde fait tressaillir d’horreur toutes les consciences? Il dit pourtant aux criminels, aux ambitieux, aux tyrans, aux voluptueux, aux hypocrites, aux ingrats, c’est-à-dire, hélas! à la plus grande partie de la race humaine, de vivre en sécurité; il leur promet la paix et la jouissance de leurs crimes et de leurs bassesses. D’où vient donc qu’ils frémissent à son aspect? D’où vient qu’ils repoussent avec terreur ses espérances? Gomment s’expliquera ce prodige, sinon par l’éclatante lumière que jette au fond de tous les cœurs l’universel assentiment des sociéLés? On ne suppose pas un seul moment que le monde tout entier puisse se tromper dans une croyance qui brille à sa première origine, et qui se perpétue dans toute la suite de sa durée. Ce témoignage constant conserve en effet une autorité qui triomphe des vœux secrets des impies et des pervers; et quels que soient les sophismes par lesquels la raison de l’homme parvient quelquefois h s’étourdir elle-même, elle n’en reste pas moins étonnée de se trouver seule en présence de la raison universelle du genre humain, et dans la nécessité périlleuse de

décider que c’est elle seule, et non le genre humain, qui possède la vérité.

L’homme donc qui reçoit la notion de Dieu du témoignage universel des hommes trouve dans ce témoignage même une magnifique démonstration de cette vérité. C’est pour lui comme la voix de la nature qui proclame perpétuellement son créateur. Que cette voix cesse de se faire entendre, et la nature devient muette, et elle n’est plus qu’un spectacle inanimé pour l’intelligence.

Ainsi le moyen qui me conduit naturellement à la croyance de Dieu, est lui - même une preuve manifeste de son existence. Et remarquons que cette preuve logique est d’autant plus rigoureuse, que c’est le fondement de toute la logique, ainsi que nous l’avons démontré; car la raison de l’homme est impuissante à établir aucune démonstration philosophique, si elle ne la fait reposer sur l’universel assentiment des hommes. Chose merveilleuse! le témoignage de la société qui me révèle Dieu comme une notion traditionnelle n’est pas seulement une autorité imposante qui domine malgré moi ma raison, il est à la fois le principe sur lequel ma raison s’appuie pour démontrer les choses qu’elle croit pouvoir fortifier à son tour par sa propre autorité. Combien donc ce témoignage doit me paroître vénérable et sacré! Je lui dois à la fois mes connoissances et la démonstration philosophique de la vérité de mes connoissances.

Tous les philosophes de la terre ont senti ce qu’il y a d’autorité dans le consentement universel des hommes à croire et à adorer Dieu, quoique tous n’aient pas interprété de la même manière ce magnifique suffrage

de l’univers. Plusieurs, en effet, en ont conclu uniquement que l’idée de Dieu étoit profondément empreinte dans la conscience de l’homme, sans voir assez comment elle y étoit développée, et sans comprendre que l’homme réduit à lui-même n’auroit jamais joui de cette notion sublime, quelque rapport qui existe entre elle et la nature de son être. Aussi les impies ont cru triompher en cherchant de toutes parts des exemples d’athéisme, non-seulement parmi les hommes élevés dans une vie purement animale , mais encore parmi quelques peuplades inconnues. Ces misérables efforts de l’impiété se brisent devant la philosophie qui explique les croyances humaines par la tradition ; car, ainsi que nous l’avons dit, l’homme n’a, de notions véritables que celles qui lui sont transmises, il n’a même la notion de Dieu que par ce moyen commun deconnoître. Qu’on remarque que cette seule observation de fait nous fait monter subitement jusqu’à la révélation de Dieu par lui-même; et qu’ainsi c’est Dieu qui tient le premier anneau delà chaîne de nos connoissances. Ainsi l’ignorance de l’homme à qui la tradition n’a pas parlé, s’explique d’elle-même, et, loin d’être une objection contre la croyance universelle de Dieu, elle ne fait que confirmer que cette | croyance est traditionnelle. Ensuite la question de savoir si la tradition enseigne à tous les hommes qu’il y a un Dieu, devient seulement une question de fait, qui est résolue, non point par des discussions métaphysiques, mais par les simples monumens de l’histoire. Parcourez la terre, disonsnous à l’athée, interrogez les nations, consultez leurs souvenirs, entendez les générations antiques; de toutes parts une voix solennelle et retentissante atteste la

croyance de Dieu. Vous découvrez, dites-vous, quelques légions lointaines où cette croyance n’est pas parvenue. Nous pourrions vous 'plaindre de chercher des autorités parmi des peuplades sauvages, et de repousser le témoignage des nations savantes, pour entendre la voix incertaine de quelques barbares qui peuvent à peine vous rendre compte de leur ignorance. Mais triomphez, triomphez de cette autorité si nouvelle de la barbarie. Vous avez trouvé des déserts où Dieu, dites-vous, n’est pas adoré. Faites de ces déserts de vastes royaumes, exagérez vos fictions, créez un monde d’intelligences incultes et grossières, qui partagent avec vous la haute doctrine de l’athéisme : après cela, que concluerez-vous, sinon que l’homme n’invente pas Dieu ; sinon que cette croyance n’est pas le fruit des recherches humaines, ni l’effet de la terreur, ni le produit d’une imagination égarée, ni le résultat de l’ignorance? Et c’est précisément ce que nous disons, lorsque nous montrons que c’est uniquement la tradition qui la perpétue, et que s’il y a des peuples qui ne croient pas en Dieu, c’est qu’ils sont tombés à un tel point de dégradation, que la tradition même, le moyen le plus facile et le plus commun de connoître, ne peut plus descendre jusqu’à eux. Et voilà comment, dans nos doctrines si simples, l’objection tirée de l’exemple de quelques peuplades athées deviendroit elle- même une haute démonstration de l’existence de Dieu; et voilà comment la vérité resplendit davantage à côté des tristes ténèbres dont on s’efforce de la couvrir.

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