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II. Preuves philosophiques de oette vérité par le

pur raisonnement.

Cependant l’homme ne sauroit-il trouver en soimême quelque démonstration nouvelle de l’existence de son âme? Considérons que notre philosophie ne va jamais à cette conclusion flétrissante pour la raison. Nous avons l’idée de notre âme, parce que cette idée nous est transmise; et par une merveilleuse disposition de notre être, elle s’identifie tellement avec notre conscience, que rien ne l’en peut plus arracher. Voilà la première démonstration philosophique de la vérité de cette idée, démonstration qui tire sa force de l’universalité des êtres intelligens qui, ayant reçu la même notion, s y attachent avec la même foi.

Mais, ainsi instruits par la tradition humaine, nos réflexions deviennent pour nous un moyen nouveau de démontrer la vérité de ce grand enseignement. Chaque homme s’étudiant attentivement lui- même, découvre par sa propre raison au dedans de lui un être qui n’est point la matière de son corps, lequel reçoit du dehors ces instructions, ces notions, ces vérités dont se remplit son intelligence, et les comparant ensuite et les méditant, en tire des inductions, et y trouve une source intarissable de raisonnemens et de conséquences. Cette

vue intime de l’être pensant, distinct de la matière, devient assurément une preuve manifeste de la réalité de cet être, et ainsi la raison personnelle de l’homme est pour lui un moyen de s’assurer de la vérité.

Toutefois, il faut toujours remarquer que la raison ne distingue clairement cet objet qu’après qu’il lui a été indiqué par une autre raison. L’homme n’auroit point la conscience intime de la réalité de son âme, s’il n’avoit premièrement appris la réalité de son existence ; et en second lieu, la conscience de l’être ne devient une preuve de la réalité de l’être qu’autant que nous sommes assurés par une raison extérieure que cette conscience ne peut point nous tromper. Or, nulle raison ne peut nous donner cette assurance, si ce n’est Dieu . Il faut donc que Dieu nous soit connu pour avoir la raison philosophique de la vérité de nos convictions, et précisément Dieu nous est connu philosophiquement par le témoignage extérieur. C’est donc sur le témoignage que vient toujours se reposer la vérité de nos connoissances. Telle est la suite de nos idées. Le témoignage universel des hommes nous révèle Dieu, et Dieu est le fondement de nos croyances. C’est à ce principe si simple que se réduit toute la philosophie, et hors de là il n’y a pour l’intelligence qu’un immense égarement ou des incertitudes irrémédiables.

Mais aussi c’est à partir de ce point que la raison particulière de l’homme peut s’élancer hardiment; elle a trouvé un fondement où elle peut s’appuyer; dès lors tous les mystères se découvrent. L’homme pénètre en lui-même; il s’étudie, il se connoît, il se voit, et les connoissances qu’il acquiert par cette étude intérieure de son être reposent sur un point d’appui qu’il n’eût

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point trouvé au dedans de lui, mais qui, une fois aperçu, sert d’éternel fondement à ses découvertes.

Qu’après cela nous voyions reparoître cette secte de philosophes que nous avons montrée au commencement, et qui s’obstine à nier l’existence de lame, malgré le témoignage du genre humain et les démonstrations de la métaphysique, nous avons un .moyen sûr de convaincre d’erreur cette secte impie.

Remarquons d’abord qu’il paroît impossible que l’homme qui nie son âme s’entende bien lui - même. S’il nie l’âme, il pourroit tout aussi bien nier sa pensée-, et qu’aurions-nous alors à lui répondre? ne nous paroitroit-il pas un insensé, semblable à celui qui nieroit le soleil, au moment où ses yeux seroient éblouis de ses rayons? son délire seroit plus extrême encore; car nier son être intime, est un excès plus grand que de nier un être extérieur. Il est donc fort douteux que le philosophe qui nie l’âme comprenne bien ce qu’il veut dire.

Toutefois il est vrai que, tant que la dispute reste engagée entre deux philosophes qui n’interrogent que leur conscience, la vérité philosophique ne sauroit jamais jaillir de leurs discussions. Ce n’est qu’au moment où l’une des deux convictions se trouve par hasard en opposition manifeste avec la conviction de l’universalité des hommes, que s’élève une première autorité qui vient tout - à- coup la confondre. Ainsi en est-il de celui qui nie son âme : son délire ne commence à être démontré par une raison philosophique que lorsque le genre humain se présente pour contredire ses prétendues convictions.

Alors on voit un homme qui se met de lui - même

hors de la société des intelligences, en reniant une croyance qui leur est commune. Il seroit inutile donc de passer outre. On ne disserte pas contre un insensé; et si tout-à-l’heure, en présence d’un seul philosophe qui argumentait contre lui avec sa seule raison, il conservoit encore le droit philosophique de soutenir sa conviction, et de regarder de son côté comme une folie la conviction contraire, ici ce droit lui est ravi; car il paroît en présence du genre humain, et il ne dira pas sans doute, dans son orgueil, que c’est le genre humain qui est fou.

Mais ce premier commencement de la vérité ayant une fois éclaté, les autres raisonnemens philosophiques reçoivent aussitôt toute leur force et leur certitude.

Voilà un philosophe qui seul dans le monde croit qu’il n’a point une âme; à le bien entendre, ce n’est pas là une conviction; c’est seulement la négation d’une croyance. On peut donc lui demander si sa philosophie ne va qu’à renverser ce qui est cru. Ce n’est pas là une vraie philosophie, car la philosophie doit chercher à établir la vérité par la raison ; et la vérité , dit Bossuet, est ce qui est. La philosophie qui établit ce qui n’est pas, établit donc le néant. Chose absurde dans les termes! croire le non -être de l’âme, ce n’est pas croire. Qu’est-ce donc qu’un philosophe qui croit être philosophe parce qu’il nie? C’est un insensé, qui ne sait pas même le sens des mots qu’il emploie, qui ne sait ni ce que c’est que la vérité, ni ce que c’est que l’être, ni même ce que c’est que croire.

D’autres difficultés se pressent en foule. Dès que le philosophe entend qu’il n’a point une âme, il a donc trouvé un moyen philosophique de s’expliquer sa pen-

see et son intelligence. Nous disons que lame est l’être pensant, et le philosophe n’ose pas dire qu’il ne pense pas. Comment donc entend-il qu’il pense, s’il n’y a point en lui un être pensant?

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