Mystères du matérialisme
Le philosophe dit qu’il est un être organisé, et que la matière organisée pense. Voilà son système; mais qu’il prenne garde, c’est un système qui le pousse invinciblement d’abîme en abîme. Je lui demande donc comment il entend que la matière, de quelque manière qu’elle soit organisée, puisse penser. Penser en effet, c’est-à-dire concevoir, vouloir, se souvenir, prévoir, sont des effets évidemment immatériels. Comment donc un effet immatériel peut - il résulter d’une cause matérielle? Le philosophe entend-il ce mystère? et encore, si la matière organisée pense, qu’est-ce que l’organisation qui produit ce grand effet? le philosophe en connoît - il les conditions? ces conditions sont - elles dans une certaine forme de la matière? Mais « quel rapport y a-t-il entre cette forme et cette action? comment concevoir le passage de l’une à l’autre x? » Et ensuite la matière qui pense, pense -t-elle dans tout son ensemble, ou bien dans quelques-unes de ses parties, ou bien dans une certaine substance distincte, mais inhérente? Si toute la matière pense, comment des parties diverses de la matière produisent-elles un effet qui est un? si ce sont quelques parties de la matière, comment encore cette simplicité de la pensée, et comment dette
1 M. Berard , pag. pSg.
séparation des parties pensantes dans l’étre matérielet si c’est une substance distincte de la matière organisée, cette substance même est - elle matière? dans ce cas, toutes les difficultés précédentes se renouvellent; ou bien cette substance est-elle immatérielle? et alors le philosophe ne gagne rien à nier l’âme, puisqu’il est forcé de reconnoître un être pensant qui n’est pas matière. Toutes ces difficultés sont infinies, et le philosophe qui se vante de ne croire que ce qui lui est démontré, est contraint, en se faisant matérialiste, de dévorer des mystères qui confondent et déconcertent toute sa raison. C’est le contraire qui devroit avoir lieu; car le philosophe qui renonce à une croyance qui est celle de tout le genre humain , et dont les conséquences sont infinies, devroit avoir des raisons d’évidence infiniment supérieures par leur clarté à toutes celles qui déterminent d’ordinaire ses convictions.
Il est donc impossible de supposer que son esprit se soit jamais appliqué à entendre ce que c’est que la matière et ce que c’est que la pensée. Les sciences physiologiques lui ont fourni dans ces derniers temps je ne sais quel langage de convention, à l’aide duquel il croit expliquer tous les mystères de la vie intellectuelle . sans recourir à la nécessité d’un être intelligent et immatériel. C’est à l’aide d’un certain organisme, merveille toute nouvelle dans la nature humaine, qu’il se rend compte de toutes les modifications de la pensée. Notre objet n’est point de le suivi e dans ce champ d’illusions et de chimères. La véritable science a renversé ce frêle édifice du matérialisme x. Mais sans en-
1 Voyez surtout la partie de l’ouvrage de M. Berard , qui traite du jugement, du raisonnement et des méthodes.
trer encore dans les discussions de la science, nous pouvons dès ce moment arrêter le philosophe par un seul mot sur chacune des découvertes qu’il croit avoir faites.
Et d’abord qu’est-ce que la vie en général? Le sait-il, lui qui nie la vie de l’âme pour s’attacher à la vie organique du corps? Comment l’organe vit-il? et comment cesse-t-il de vivre? entend-il ces difficultés? Et parce qu’il a trouvé le terme de principe vital et de causalité , croit-il avoir percé les mystères? sait-il même ce que c’est que principe, ce que c’est que cause1 ?
Il ne va pas, dit-il, à la raison des choses. Pourquoi donc prétend-il raisonner?
Il s’arrête à l’être tel que la nature le lui présente. Mais entend-il cet être? entend-il que la conscience qu’il a de son être soit un organe? entend-il qu’un organe sente qu’il sent? entend-il qu’un organe veuille, et délibère s’il voudra et s’il agira?
Ce n’est pas tout. Les modifications delà pensée sont infinies. L’homme sent’, veut, se souvient, prévoit, raisonne , compare, réfléchit. Toutes ces modifications sont-elles le produit d’un organe unique? Dans ce cas, on demande comment un organe distinct de l’être agit spontanément sur l’être tout entier. J’apprends que je suis assailli par des brigands qui veulent attenter à mes jours: tout mon être s’agite à l’instant même ; je veux me défendre, je saisis des armes; une autre pensée survient: je serai seul contre beaucoup d’ennemis; je songe à prendre la fuite : je délibère, et soit que je me décide à combattre, soit que je veuille fuir, tout mon
1 Ces considérations seront développées dans le chapitre de la physique, à l’article physiologie.
être est animé; ma pensée est prompte, et je saisis avec rapidité tous les moyens de salut que la réflexion la plus calme pourroit m’indiquer. Quel est l’organe qui produit ces divers ellets? comment cet organe agit-il à 3a fois sur tout mon corps? et comment fait-il naître des résultats si contraires? Comment cet organe peut-il à la fois délibérer et agir? comment reçoit-il une impression de crainte? comment sent -il le désir de la conservation de tout l’être, tout cela n’est-il pas mystérieux?
Dira-t-on que chaque modification de l’être est produite par un organe particulier? nouvel abîme. Comment cette simultanéité de perceptions, d’actes, de mouvemens contraires? Chaque organe a-t-il sa conscience? que devient l’unité du moi intelligent, du moi sentant ? Ici tout est absurde, tout est rempli de ténèbres.
Voyez donc à quelles extrémités se porte le philosophe qui nie l’âme; tout son être lui est un mystère profond. Il ne comprend pas, dit-il, la nature de l’âme. Comprend-il donc mieux la nature de la pensée? comprend-il l'intelligence? comprend-il l’organisme? comprend-il un cerveau qui pense, et qui, par la pensée, agit sur le corps? Non, il ne comprend rien et il vous le dit. Il croit qu’il y a des causes premières qui lui sont inconnues dans ce travail merveilleux de l’intelligence, et il attend l’occasion de les saisir avec le scalpel ".Mais il avoue quelles lui sont mystérieuses. Il sait, dit-il, que la matière nerveuse produit tous les phénomènes intellectuels; mais comment cela? il l’ignore
1 Broussais, de C Irritation , préf. xxn.
profondément1, il sait aussi que la volonté est un produit de l’encéphale ; le comment seul de cette causalité reste inconnu a. Tout est voilé pour lui ; il le proclame à la face des hommes; et, chose merveilleuse! avec son désir de tout connoître, il consent à rester éternellement ignorant en présence de tous ces prodiges, pour ne vouloir pas croire un prodige qui en est l’explication la plus manifeste.
Et c’est toujours en étonnant le philosophe par l’aspect de sa profonde ignorance de toutes choses, que nous le poussons a bout dans ses systèmes d’incrédulité. Qu’est- il besoin de chercher à convaincre son obstination par des démonstrations toujours renouvelées de nos propres croyances? On diroit que c’est nous qui avons besoinde nous défendre dans la possession de la vérité ! N’est-ce pas plutôt au mensonge à produire ses preuves? Est-ce le mensonge ou la vérité que la philosophie appelle à son tribunal? et est-ce enfin à celui qui croit l’être, ou à celui qui croit le néant de l’être, c’est-à-dire qui ne croit pas, à démontrer la réalité des objets de sa foi?
Et il ne faut pas croire que nous soyons exposés par notre manière de lutter contre le matérialisme, au reproche de n’admettre une âme que parce que sans elle les phénomènes moraux sont inexplicables. Nos raisons de croire ont d’abord été exposées. Dieu, placé en tête de nos connoissances, est un fondement assez inébranlable de notre foi. La conscience humaine nous prête ensuite son autorité, et enfin, le raisonnement vient nous confirmer dans nos convictions.
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Mais, après tout, ce n’est pas non plus une raison indifférente de croire que de voir l’impuissance où se réduit l’incrédule, et nous pouvons bien triompher du matérialiste, dès que nous trouvons en notre âme le dénoûment de tous les mystères qui confondent son entendement. Par elle, en effet, s’explique l’unité du moi sentant, la spontanéité des perceptions contraires du moi, la conscience du moi, mystères autrement inouis.
Par elle encore s’expliquent les facultés connues sous le nom de mémoire, d’imagination, d’attention, de réflexion, etc.; facultés, autrement, environnées d’obscurités. Et ce n’est qu’en partant de cette haute croyance d’un être pensant en nous que la métaphysique développe le système de nos connoissances intimes, et les fait reposer sur un fondement toujours sûr.
Elle n’est pas pour cela contrainte de nier l’action physique du corps sur l’âme, qui le met lui-même en action. Elle concilie admirablement les rapports de ces deux êtres, et elle prend garde qu’une philosophie aveugle n’attribue à l’un ce qui doit être attribué à l’autre. Ainsi elle distingue l’être qui produit, ou plutôt qui transmet la sensation, et l’être qui la reçoit, et qui sait qu’il la reçoit *. Ainsi elle marque la destination de l’un et de l’autre; et, dans leurs relations nécessaires, elle distingue celui des deux qui commande, et celui
1 « Les fondions des sens, de la vue, de l’ouïe, de l’cdorat, etc., exigent des appareils compliqués et distincts; le but de ces fonctions est séparé : aussi y a-t-il des organes de la vue, de rouie, etc. Mais la vision, l’audition, l’olfaction, considérées en elles-mêmes et comme des modifications spécifiques de la sensibilité, ne peuvent pas avoir d'orgaues, d’instrumens , çl n’en ont réellement pas. » INI. Berurd t pag. /j 58. Ouv. cité.
des deux qui est dans la dépendance. Ici la métaphysique prend un caractère véritablement élevé. Notre objet n’est pas de la suivre dans ses hautes recherches, puisque nous nous proposons simplement de montrer le fondement des connoissances; mais comment ne pas mentionner au moins ce qu’il y a de fécond pour l’entendement dans l’étude des principales facultés de l’arae?
IV, Bossuet nous apprend le vrai système des facultés
de V âme .
La première de toutes, celle qui offre le plus de méditations à l’esprit, c’est la volonté, et l’action de la volonté sur le corps. Il faut voir comment Bossuet a suivi dans tous ses secrets cette action miraculeuse et cachée1. Il faut voir encore comment il montre l’intelligence distincte des organes de l’intelligence8, et comment il rend ainsi plus intime et plus profond le sentiment que nous avons de notre âme. A mesure que je cite Bossuet, je résiste avec peine au besoin de répéter ses éloquentes paroles; mais je ne résisterai pas de même au désir de rendre hommage au grand génie qui brille dans tout ce beau traité de la Connoissance de Dieu et de soi-même; ouvrage admirable, (pie la France n’a point su apprécier, puisqu’elle n’en a pas fait le fondement des études philosophiques dans ses écoles, et qu’elle n’a jamais eu la pensée de l’opposer
1 Voyez l’ouvrage de la Connoissance clc Dieu, etc. , cliap. ni, xv cl divans.
* lbid.} xm et suiv.
aux systèmes sortis des academies étrangères, et tour à tour renversés par des systèmes nouveaux.
Bossuet est celui de tous les philosophes anciens et modernes qui a le plus profondément médité les opérations de l’âme humaine, et qui a su le mieux distinguer ces opérations de celles du corps, organe de 1 âme. Mais dans ces recherches si savantes et si curieuses, Bossuet entend -il trouver au dedans de l’homme le principe même de la certitude de ses connoissances ? Qui le dira? Bossuet apprend à l’homme à se connoître, pour lui apprendre par là à connoître Dieu. Mais il ne disserte pas, comme ces philosophes qui ont voulu tout démontrer par eux-mêmes, pour donner à l’homme la raison de toutes choses. P.our lui , la raison de toutes choses, c’est Dieu. Il part de là, et c’est là qu’il veut revenir. Il étonne l’homme dans l’étude de lui-même; il lui montre ses propres merveilles ; il lui découvre le secret de son intelligence; il lui explique son être; non point pour lui faire accroire qu’il pense et vit de lui-même, mais pour donner, par la contemplation de son propre mécanisme intellectuel , une plus haute idée de Dieu, créateur de ce grand prodige.
C’est pitié, après cela, d’entendre des discoureurs qui vont se demandant si Bossuet ne partageoit point quelque nouveau système philosophique, si Bossuet n’étoitpas cartésien : Bossuet étoit chrétien ,[et rien audelà. Il connoissoit la vérité par la foi , et il la démontroit par le raisonnement; voilà sa philosophie. Et luimême a pris soin de nous le dire, lorsqu’ayant à juger, sous le rapport de la foi , deux lettres de Descartes, et après avoir apporté dans ce jugement toute la sévérité d’un évêque, il ajoute, au sujet des pures opinions phi-
losopliiques, ces mots remarquables : Pour le pur philosophique, j en fais bon marché 1 .
Bossuet donc n’avoit garde d’entrer dans les disputes étroites de la philosophie, qui ne sont d’abord une ressource que pour les esprits subtils, et deviennent ensuite un instrument de ruine p-our les esprits pervers. Jamais ce grand génie ne sentit le besoin de sortir des voies de la tradition sociale, c’est-à-dire de la tradition chrétienne, pour arriver à cette haute philosophie par laquelle il explique le mystère de l’intelligence. Pour lui, la vérité est connue avant d’être démontrée, et s’il veut apprendre à l’homme à connoître son âme, il ne suppose pas que l’homme doute qu’il ait une âme ; il part toujours des vérités qu’il veut rendre plus sensibles par son éloquence , comme si elles étoient déjà démontrées. Et telle étoit en effet l’ancienne philosophie, jusqu’à ces temps de réforme, où l’on vint dire à l’homme qu’il ne devoit tenir pour vrai que ce qui lui étoit démontré d'avance, c’est-à-dire le mettre dans l’impossibilité philosophique d’être jamais certain d’aucune chose. Précédemment, la raison se soumettoit d’elle-même aux vérités enseignées, et se réservoit seulement le beau privilège de chercher en soi des moyens nouveaux de les rendre plus éclatantes à ses propres regards , et aux regards des autres hommes. Il a fallu depuis donner à la raison, devenue superbe et dédaigneuse, des motifs de se soumettre, et nous voici forcés de démontrer par la philosophie que la foi est le commencement de la philosophie. Bossuet eut- il pensé
1 Lettres de Bossuet, xxxvm'Yol. de ses O E livres , pag. 252, édit, de Versailles.
que cette doctrine auroit quelque jour les apparences d’une grande nouveauté parmi des hommes attaches au christianisme? singulière erreur des esprits prévenus et entraînés malgré eux par le torrent des doctrines ! Pour combattre la philosophie, les Chrétiens se sont faits philosophes. Restons chrétiens si nous le sommes, et avec l’imposante autorité de nos dogmes, c’est-àdire avec l’autorité même de Dieu, qu’avons- nous à craindre des sophistes ?
Nous avons vu comment l’existence de l’âme, une fois mise en doute, laisse dans une profonde obscurité tout l’entendement humain; par la raison contraire, cette vérité une fois connue, est le dénoûment de tout le mystère de l’intelligence. C’est l’âme qui pense, qui agit, qui veut, qui est libre, qui se souvient, qui prévoit; et c’est l’âme encore qui est maîtresse du corps qui lui sert d’instrument et d’organe pour communiquer avec les intelligences qui sont hors d’elle. Telle est la double nature que Dieu a mise dans l’homme en le créant. Telles sont les conditions de son être, conditions que lui-même a pris soin de faire connoître à l’homme, sa créature, qui sans cela serait dans une éternelle ignorance de lui-même.
En effet, c’est par l’enseignement d’autrui que nous commençons à nous connoître, et nulle autre preuve plus manifeste ne peut être donnée de cette origine de nos connoissances, que l’ignorance où restent plongées les intelligences les plus cultivées, dès qu’elles ont cessé d’entendre la voix de l’enseignement. Les philosophes de l’antiquité, avec leur beau génie, n’ont point connu leur âme, ou l’ont mal connue, dès qu’ils n’ont voulu la connoître que par eux-mêmes, ou dès que la tradition
leur a manqué. La tradition leur disoit bien qu’il y avoit une âme dans l'homme. C’est tout ce quelle pouvoit transmettre à la plus grande partie de la race humaine ; vérité fondamentale au - delà de laquelle la curiosité ne devoit point pénétrer. Mais les philosophes pouvoient - ils s’arrêter au terme imposé au reste des hommes ? Ils voulurent connoître cette âme. Et qui pourra compter leurs égaremens sur cette unique question? Pour les uns ce fut une portion de Dieu, pour les autres ce fut un principe de feu; pour quelques-uns, une substance particulière répandue dans toutes les parties du corps; pour la plupart, une émanation de l’âme universelle du monde ; plusieurs même la vouloient corporelle; et ainsi les disputes étoient infinies sur son origine et sur sa nature.
Comment les philosophes seroient-ils sortis de ce désordre d’opinions, sans un enseignement supérieur à toutes les opinions? Ce n’est donc point par la philosophie que l’homme connoîtroit la vérité sur l’âme. Il n’en connoîtroit pas même l’existence; c’est beaucoup que la connoissant une fois, il ne se perde pas dans mille idées sur sa nature et sa destination.
V. Il ri y a qu’une métaphysique religieuse qui conserve à Yhomme sa dignité.
Après ces considérations générales sur le fondement philosophique de nos croyances sur l’âme, il resteroit, je le sais, plusieurs questions à traiter sur la doctrine du matérialisme. Ces questions sont fécondes pour l’éloquence. Il y a au dedans de l’homme quelque chose de noble qui se soulève à l’aspect de celte matière où*
Ton voudroit le réduire. 11 semble qu’il se sent arracher ce qu’il y a de plus intime dans son être; il croit voir mutiler sa nature; il laisse alors échapper des cris d’indignation et de colère’; c’est sa conscience qui parle et qui lui tient lieu de raisonnement; chaque homme enfin trouve en soi du génie pour exprimer l’horreur que fait naître l’aspect de cette dégradation dont il se sent flétrir. C’est comme l’horreur produite par l’aspect des cadavres. L’homme fuit la pensée du matérialisme ; il craint de ne plus paroître un homme à ses propres yeux; et celui qui s’y arrête, au contraire, perd en effet quelque chose de sa propre estime et de sa grandeur. De là ce besoin de se comparer à la bête, pour se glorifier encore de quelque chose, s’il trouve que son organisation est plus accomplie; comme s’il y avoit lieu de s’applaudir de quelques formes plus parfaites, et qui, après tout, sont jugées telles sans aucune raison, puisqu’il n’y a de raison de supériorité que dans ce qui est intelligent.
Et ici encore se présentent de grandes méditations par celte comparaison de l’homme et de la brute ; le philosophe matérialiste croyant assez honorer sa propre nature, en se mettant au sommet de la chaîne des animaux, sans avoir en soi aucune raison métaphysique d’une si haute prééminence, et le philosophe chrétien montrant au contraire dans la simple croyance de l’âme la vraie élévation de la nature de l’homme, et l’établissant roi des êtres, par sa seule intelligence, puisque l’infini sépare l’être qui ne pense pas et l’être qui pense, à quelque degré d’abjection que celui-ci laisse tomber sa. nature par l’abrutissement de ses pas¬
sions.
Combien de tels sujets sont féconds pour la philosophie! ils offrent à la fois leurs inspirations au naturaliste qui considère l’organisation physique des êtres, et au métaphysicien qui approfondit les secrets de l’intelligence. Nous ne pouvons que les indiquer à la méditation de nos lecteurs, puisqu’enfin notre sujet est renfermé dans la recherche de l’origine et de la certitude de nos connoissance. Nous abandonnons avec moins de regret d’autres questions oiseuses dont on fatigue vainement les intelligences dans*- les écoles de philosophie : la question de l’origine des idées, la question si l’âme pense toujours, et quelques autres semblables, qui donnent lieu à des disputes vaines, et qui jamais ne firent pénétrer dans la conscience aucun motif nouveau de s’attacher à la croyance de l’âme et à des espérances d’immortalité.