M. Deussen. Voir p
les plus difficiles à traduire du sanscrit en une langue moderne, comme l'anglais ou l’allemand. L’on se rend compte constamment de ce qui nous fait défaut pour saisir et rendre exactement les nuances délicates du sens, soit qu’il s’agisse des voyants inspirés des Oupanishads ou des raisonneurs subtils de l’école Védanta. A chaque instant, bien que l'on perçoive clairement l’objet de l’original, l’on trouve presque impossible d’en donner un équivalent exact et fidèle. Cependant, j’ai tenté une traduction anglaise de tous les Oupanishads importants et je l’ai publiée dans le 1er et le loc volume de ma collection des livres sacrés de l’Orient. Dans les cas où quelques-uns de ces Oupanishads avaient été traduits auparavant, j'ai du souvent différer de mes prédécesseurs et certes il ne manque pas de critiques qui ont différé de moi. Dans plusieurs cas, leurs critiques ont été utiles, dans d’autres elles m’ont semblé si ignorantes et antiscientifiques, qu’elles ne m’ont pas paru mériter une observation, encore moins une réfutation. Au
A LA PHILOSOPHIE VÉDANTA
surplus, je ne doute pas que les traducteurs futurs trouveront beaucoup à faire,, particulièrement s’ils se permettent de recourir à des amendements du texte. Dans un premier essai, j’ai jugé bon d’éviter autant que possible toute altération conjecturale du texte sanscrit, surtout quand il est corroboré par le commentaire de Sankara qui ne remonte pas à plus de 800 ans ap. J.-C. ; car nous ne possédons pas de manuscrit des Oupanishads de cette époque. J'ai jugé bon aussi de prendre autant que possible Sankara pour guide, et de ne pas m’écarter de lui, excepté quand son interprétation est évidemment erronée et artificielle et qu’une autre meilleure peut être appuyée d’arguments sérieux. Ces principes que j’ai suivis dans ma traduction peuvent ne pas être admis par tous les érudits, mais je suis heureux de constater que les traducteurs du commentaire de Sankara sur les Yédanta-Soutras et d’autres savants vraiment compétents les ont approuvés, et ont trouvé ma traduction digne de confiance et utile.
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Il y a aussi une excellente traduction des Védanta-Soutras avec le commentaire de Sankara dans les 34e et 38e volumes de la môme collection, dùe au professeur Thibaut qui habite les centres memes de Tenseignement védanta, liénarès et Allahabad. Il y a une traduction allemande du même ouvrage par M. Deussen, professeur de philosophie à l'université de Kiel, qui n’a pas reculé devant le labeur d’apprendre le sanscrit à seule lin d’étudier la philosophie védanta, dont Schopenhauer, vous vous le rappelez, a parlé en termes si chaleureux. Cette traduction faite par un philosophe distingué, fait voir en tous cas qu’un homme profondément versé dans la connaissance de Platon, d’Aristote, de Spinoza et de Kant n'a pas considéré que ce fut perdre son temps que de consacrer quelques-unes des meilleures années de sa vie au védanta, bien plus, de faire un voyage dans l’Inde pour entrer personnellement en contact avec les représentants encore vivants de cette philosophie. Cela servira peut-être à convaincre ceux qui doutent toujours que
A LA rlil LUoUr rilL VLUA1MA
quelque chose de boa puisse venir de l’Inde, que même notre philosophie peut avoir quelque chose à apprendre de l’antique philosophie indienne. Toutefois, il ne serait pas honnête de ma part de ne pas vous dire que tandis que des philosophes allemands de la valeur de Schopenhauer, de Deussen, et d’autres, attendent de cette étude, une renaissance en philosophie presque aussi considérable, que celle produite dans la philologie, la théologie et la mythologie par l’étude du sanscrit, de la religion et de la mythologie de l'Inde, il n’a pas manqué de contradicteurs qui considèrentla philosophie védanta comme un pur radotage, complètement indigne de l’attention de philosophes sérieux. Vous entendrez les deux parties et jugerez par vous-mêmes. Seulement, n’oubliez pas qu’il n’y a pas de philosophie qui n’ait été appelée «un pur radotage » par quelqu’un plus sage que les plus sages. Aux yeux de quelques personnes, toute la philosophie n’est que radotage, où même folie, tandis que d’autres l’appellent une « folie divine ».
Il y a quelques autres livres de mérite, tels que la traduction du Védanta-sara , qui est plus moderne, par M. le colonel Jacob, et quelques textes encore traduits par le professeur Venis dans le « Pandit ». Les essais de Colebrooke sur la philosophie hindoue, quoiqu’écrits il y a longtemps sont encore très instructifs ', et les essais du professeur Gough sur les Oupanishads sont dignesd'une sérieuse considération, quoique nous n'admettions pas l’esprit dans lequel il a été écrit. La même remarque s'applique à une œuvre intitulée : Une réfutation rationnelle des systèmes de philosophie hindoue » par mon vieil ami Nilakantha Sastri Gore (un converti au christianisme et missionnaire à Pouna), traduit de l'hindi en anglais, par le Dr Fritz-Edvard Hall, Calcutta, 1862, œuvre érudite et honnête, mais écrite dans un esprit de controverse avéré.
1. Cet ouvrage a été traduit en français par M. Pauthier. (Paris, Firmin-DLdot, 1834). (Note du Irad.).
A LA philosophie védanta
Coïncidences. La substance de Spinoza
Si étrange que nous paraisse à première vue cette philosophie védanta, vous n’avez pu manquer de découvrir quelques ressemblances frappantes qu’elle présente avec les grands systèmes de la philosophie européenne. Ainsi, Brahman, tel qu’il est conçu parles Oupanishads et défini par Sankara, est évidemment identique à la Substance de Spinoza. Ce dernier la définit comme ce qui est en soi et est conçu par soi (in se est et per se concipitur). Elle est, selon lui, infinie, indivisible, une, libre et éternelle, exactement comme le Brahman des Sankara est appelé dans les Oupanishads « incréé, incorruptible, immortel, sans parties, sans action, tranquille, sans faute ni souillure ». Mais tandis que chez Spinoza, cette Substance prend simplement la place de Dieu ‘, Sankara, quand on lui demande si Brahman est
1. Per Deum intelligo eus absolute infinitum, hoc est, substanliam corutantem infinitis attributif, quorum uuum quotlque æternam essentiam exprimit.
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Dieu répond à la fois oui et non. Sans doute il le définit « la cause omnisciente et omnipotente de l'origine, de la permanence et de la disparition du monde » mais comme il distingue le monde phénoménal du monde réel, il distingue également le Dieu phénoménal et réel. Cette distinction est très importante. Il y a, dit-il, un Brahman inférieur et un supérieur ; le premier est orné des attributs les plus sublimes que le langage humain puisse accorder, mais le second est au-dessus de toute louange et de tous attributs ; même les plus glorieux que les autres religions ont reconnu à la Divinité sont indignes de Brahman. Suivant Sankara, Dieu, tel qu’il est conçu par la foule, comme un personnage historique, qui, il y a quelques centaines ou quelques milliers d'années, créa le monde et demeura son maître, n'est que phénoménal, c’est-à-dire, il est, le Brahman réel, mais caché derrière le voile de l'humaine Nescience , Avidya. Cela peut sembler à première vue, une idée bien basse de Dieu, mais, si on la comprend bien, c’est en réalité l'opi-
À là PiiiLOsoriuE védant a I la
nion la plus haute et la plus vraie que l’on puisse avoir. Car phénoménal ne signifie pas ce qui est absolument faux et irréel, le Dieu phénoménal est le Dieu le plus réel, mais tel qu’il est conçu par l’entendement humain, qui ne peut jamais se former une idée adéquate de la Divinité, parcequ’elle est inconcevable et ineffable. Toutefois, pour tous les buts pratiques, pour la religion et la morale, cette Divinité phénoménale est tout ce qu’il faut. Ce n’est que pour les philosophes, pour les védantistes, qu’une réalité plus haute est nécessaire, tant pour le Brahman subjectif que pour le monde objectif. La réalité phénoménale du monde objectif dure aussi longtemps que les conditions du sujet et de l’objet de l’expérience demeurent ce qu’elles sont. Pour ceux qui ne peuvent pas voir une réalité plus haute derrière le monde phénoménal, celui-ci possède certainement la réalité la plus absolue, tandis qu’à leurs yeux le monde réel que le philosophe affirme exister derrière le voile des
sens est complètement irréel, une pure ima-
gination. Le védantiste est très satisfait qu'il en soit ainsi, il n'a pas de paroles sévères pour ceux qui croient en un monde phénoménal et un Dieu phénoménal. Il sait que le temps viendra où leurs yeux s'ouvriront, et jusque là, bien qu’ils adorent Dieu en ignorants, du moins ils adorent Dieu, le vrai Dieu ou Brahman.