‹ Introduction à la philosophie védanta; trois conférences faites à l'Institut royal en mars 1894Chapitre 7 sur 38 · A LA PHILOSOPHIE VÉDAIS'TA · texte numérisé non relu

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qu’ils sont des intuitions ou inspirations soudaines qui ont jailli çà et là et ont été réunies ensuite. Et pourtant il y a un système dans toutes ces rêveries, un fond commun à toutes ces visions. Il y a même une abondance de termes techniques em- ! ployés par différents personnages si exactement dans le même sens que l’on en tire la certitude que derrière tous ces éclairs de pensée religieuse et philosophique il y a un passé lointain, un fond obscur dont nous ne ; connaîtrons jamais le commencement. Il y a des mots, des phrases, des lignes entières qui se retrouvent dans différents Oupanishads, et qui doivent avoir été tirés d’un I trésor commun ; mais nous n’avons aucune donnée concernant celui qui a amassé ce trésor, ni l’endroit où il était caché et cependant accessible aux sages des Oupanishads.

Ce nom d’ Oupanishad signifie étymologiquement « assis près d’une personne » et ; équivaut aux mots français séance ou session , et ces Oupanishads nous représentent les résultats des séances ou assemblées qui sc

tenaient à l'ombre des grands arbres des forêts, où les anciens sages et leurs disciples se réunissaient et exposaient ce qu'ils avaient découvert pendant des jours et des nuits consacrés à la méditation solitaire et paisible. Quand nous parlons de forêts, il ne faut pas penser à un lieu sauvage. Dans l’Inde la forêt proche du village était comme une heureuse retraite, fraîche et silencieuse, pleine de fleurs et d'oiseaux, de bosquets et de huttes. Imaginez ce que doit avoir été leur vie dans ces forêts, avec peu de soucis et moins encore d'ambition ! Quel pouvait être le sujet de leurs pensées et de leurs conversations, si ce n'est de savoir comment ils étaient venus et où ils étaient, et ce qu'ils étaient et ce qu’ils seraient ensuite. La forme du dialogue est très fréquente dans ces œuvres, et ils contiennent aussi les discussions d'un très grand nombre de sages, qui sont si ardemment attachés à la recherche de la vérité qu'ils offrent leurs têtes à leurs adversaires si ces derniers peuvent les convaincre d’erreur. Maissi un enseignement

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systématique fait complètement défaut dans ces Oupanishads, ils nous offrent une fois de plus le remarquable spectacle non seulement de ce qu’il est de mode maintenant d’appeler une évolution, mais d’un réel développement historique.

Croissance de la pensée religieuse et philosophique avant les Oupanishads

Il subsiste en effet quelques traces d’une croissance antérieure dans la vie spirituelle des Brahmanes, et il faut nous arrêter un moment sur ces antécédents des Oupanishads pour comprendre le point d’où sont partis les philosophes védantistes.

J’ai déjà fait ressortir souvent que la réelle importance, bien plus, l’unique caractère du Yéda sera toujours, non pas tant son antiquité purement chronologique, si reculée soit-elle, que l’occasion qu’elle nous fournit d’observer le progrès actif de la fermentation de la pensée primitive. Nous

voyons dans les hymnes védiques la pre-

mière révélation de la Divinité, la première expression de surprise et de soupçon, la première découverte que derrière ce monde visible et périssable il doit y avoir quelque chose d'invisible, d'impérissable, d'éternel ou de divin. Aucun de ceux qui ont lu les hymnes du Rig-Yéda ne peut conserver des doutes sur l'origine de la religion et de la mythologie aryennes primitives. Presque toutes les divinités principales du Yéda portent des traces irrécusables de leur caractère physique, leurs noms mêmes nous indiquent qu’ils étaient à l'origine les noms des grands phénomènes de la nature, du feu, de l’eau, de la pluie et de l'orage, du soleil et de la lune, du ciel et de la terre. Plus tard, nous pouvons voir comment ces soi-disant divinités et héros devinrent les centres de traditions mythologiques, partout où les peuples de langue aryenne s'établirent, en Asie ou en Europe. C'est là un résultat acquis de manière définitive, et cette lumière a projeté ses rayons bien au delà de la mythologie et de la religion védiques, et éclairé

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les points les plus obscurs de l’histoire des idées mythologiques et religieuses des autres nations aryennes, même de nations dont les langages n’ont aucun rapport avec la langue aryenne.

De même, le développement de l’idée divine est dévoilé par le Véda, comme il ne l’est nulle part ailleurs. Nous voyons quelles étaient les forces éclatantes du ciel et de la terre qui devinrent les Dévas , les Etres brillants , ou les Dieux, les divinités d’autres pays. Nous voyons comment ces divinités personnelles et dramatiques cessèrent de satisfaire leurs adorateurs primitifs et nous découvrons les raisonneurs débutants qui admettent un Dieu unique derrière toutes les divinités du panthéon primitif. Un auteur aussi ancien que Yaska (environ 500 av. J. -G.) s’est composé une théologie systématique, et représente toutes les divinités védiques comme se réduisant en réalité à trois, celles comme le Feu dont la place est sur la terre, celles comme Indra qui sont dans l’air, et celles comme le Soleil qui

résident au ciel1 ; bien plus, il déclare que c’est en raison de la grandeur de la divinité que l’Etre divin unique est considéré comme multiple 2.

Croyance en un Dieu.

Nous voyons, toutefois, déjà dans les anciens hymnes, c'est-à-dire en loOO avant J.-C., les premières traces de cette recherche inquiète d’un seul Dieu. Les dieux, quoique constituant des individualités distinctes, ne sont pas représentés comme limités par d’autres dieux, mais chaque dieu est, pendant un certain temps, imploré comme le dieu suprême ; c’est une phase de la pensée religieuse que l'on a nommée hénothéisme, pour la distinguer du polythéisme ordinaire. Ainsi un des dieux védiques, Indra, le dieu

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