‹ Introduction à la philosophie védanta; trois conférences faites à l'Institut royal en mars 1894Chapitre 9 sur 38 · A LA PHIL0S0PH1Ë VÉDANTA · texte numérisé non relu

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appel aux Soutras comme à l’autorité suprême.

Le trait le plus extraordinaire de cette philosophie védànta consiste, ainsi que je l’ai déjà fait observer, en ce qu’il est un système de philosophie indépendant, quoique dépendant entièrement des Oupanishads, qui font partie du Yéda, bien plus que sa principale occupation est de prouver que toutes ses doctrines, jusqu’aux points les plus minimes, sont dérivées des doctrines révélées des Oupanishads, correctement comprises, qu’elles sont en parfaite harmonie avec la révélation et qu’il n’existe aucune contradiction entre les différents Oupanishads eux-mêmes.

Védanta-soutras font violence au texte. Ainsi au chapitre I, 15, le texte des Soutras est : Vikàra-Sabdân na iti ken d;i pràhuryàt. Cela veut indiquer que le suffixe maya dans le mot ànandauiaya n’implique pas nécessairement l'idée de changement ou de degré, qui ne serait pas applicable à Brahman, mais qu’il implique l’idée d’abondance (pràkurya). Or Vallabha explique prâkuryât non comme un ablatif, mais comme un composé pràkuryaat, c’est-à-dire allant vers ou atteignant l’abondance, parce que ce monde matériel lui-même est Brahman, qui a atteint la condition d’abondance (Shaddarsana-kintanika III, p. 39).

Les Oupanishads traités comme livres révélés, non comme livres historiques.

11 était nécessaire d’agir de la sorte, car les Oupanishads étaient considérés comme une révélation divine, et cette croyance était si fermement établie que même les philosophes les plus hardis de l'Inde durent concilier leurs propres doctrines avec celles de leurs anciens maîtres inspirés. Et ils l’ont fait avec l’ingénuité la plus extraordinaire et une persévérance digne d’une meilleure cause1. Pour nous les Oupanishads ont, il

i. Ainsi dans le commentaire des Ved.-Sntras II, 1, II, nous lisons : « Dans les matières qui doivent être connues par l’Ecriture, il ne faut pas se baser sur le simple raisouoement pour le motif suivant. Comme les pensées des hommes sont tout à fait libres, le raisonnement qui méprise les textes sacrés et repose uniquement sur l’opinion individuelle n’a pas de base solide. Nous voyons que les arguments que quelques hommes habiles avaient imaginé à grand’peine sont démontrés faux par des personnes encore plus ingénieuses, et que les arguments de ces dernières sont réfutés à leur tour par d'autres hommes ; de sorte qu'en raison de la diversité des opinions des hommes il est impossible d’accepter le raisonnement seul comme ayant une base sûre. Et nous ne

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est vrai, un intérêt tout à fait différent. Nous observons en eux le développement histori-

pouvons surmonter cette difficulté en acceptant comme bien fondé le raisonnement de quelques personnes douées d’une supériorité intellectuelle reconnue, fût-ce Kapila ou un autre ; car nous remarquons que même les hommes dont l’intelligence supérieure est hors de doute, comme Kapila, Kanâda et d'autres fondateurs d’écoles philosophiques se sontcontredits mutuellement ». Il est vrai que ce mode de raisonnement est contesté par le motif qu’en raisonnant contre le raisonnement nous admettons implicitement l’autorité de la raison. Mais à la fin Sankara tient que la vraie nature de la cause du monde, dont dépend l’émancipation finale, ne peut, en raison de son caractère abstrus, être même pensée sans le secours des textes sacrés. « Le Véda, ajoute-t-il, qui est éternel et la source de la science, peut être reconnu comme ayant pour objet des choses fermement établies, d’où il suit que la perfection de la science fondée sur le Véda ne peut être déniée par aucun logicien passé, présent ou futur. Nous avons ainsi démontré la perfection de notre science qui repose sur les Oupanishads ».

Voyez aussi 11, i, 27 : « Gomme dit le Pourana : « N’appliquez pas le raisonnement à ce qui ne peut être pensé. Le signe de ce qui ne peut être pensé c’est d’être au-lessus de toutes les causes matérielles ». C'est pourquoi la connaissance de ce qui est suprasensible est basée sur les textes sacrés uniquement. Mais — dira notre adversaire — les textes sacrés eux-mêmes ne peuvent nous faire comprendre ce qui est contradictoire. Brâhman, dites-vous, qui ne comporte pas de parties, subit un changement, mais non Brâhman entier. Si Brâhman ne comporte pas de parties, ou bien il ne

que de la pensée ph ilosophique et ne sommes pas offusqués par suite de la diversité de leurs opinions. Au contraire, nous nous attendons à trouver de la diversité, et sommes même satisfaits de trouver une pensée indépendante et des contradictions apparentes entre les maîtres, quoique la tendance générale soit la même chez tous. Ainsi nous trouvons côte à côte des assertions comme cellesci: « Au commencement existait Brahman. » « Au commencement existait l'Etre en soi. » « Au commencement existait l’eau. » « Au commencement il n'y avait rien. » « Au commencement il y avait quelque chose. » ou pour traduire ces deux sentences plus correctement dans le langage de la philosophie européenne : « Au commencement était le (j.t) o'i. » et « Au commencement il y avait

change pas du tout ou il change en son entier. Si, d’autre part, l’on dit qu’il change en partie et persiste en partie, une scission est opérée dans sa nature, d’où.

il suit qu’il se compose de parties, etc Ici Sankara

admet une réelle difficulté, mais il l’explique en montrant que la scission opérée en Brahman est uniquement le résultat d’Avidya (l’ignorance). Le même raisonnement est employé au chapitre II, r, 31 et ailleurs.

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-o cv. » Nous rencontrons dans les Oupanishads eux-mêmes des discussions provoquées par ces données contradictoires et ayant pourobjetde les concilier, par exemple, quand nous lisons dans le Khànd-Oup , VI, 27 : « Mais comment ce qui est pourrait-il être né de ce qui n’est pas? Non, mon fils, cela seul qui est était au commencement, unique, sans second h » Mais tandis que dans les Oupanishads ces diverses conjectures s’approchant de la vérité paraissent semées au hasard, elles furent ensuite tissées ensemble avec une patience et une subtilité admirables 1 2. Le but uniforme, vers lequel ils tendent tous, fut clairement exposé, et un système de philosophie fut édifié à l’aide de matériaux très disparates, qui est non seulement parfaitement cohérent, mais très clairet précis sur presque tous les points de doctrine. Quoique çà et là les Soutras admettent des interprétations divergentes, aucun doute ne

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