CONCLUSIONS
Pour résumer la question dans son ensemble, je suis tout disposé à maintenir la conclusion qui découli' des faits que j'ai d'abord observés, sans y attacher une importance spéciale, et qui ont été mieux établis par la suite, à savoir que l'inflammation puerpérale dérive d'un streptococcus qui paraît être identique à celui de l'érysipèlc et du phlegmon, et, pour mieux dire enfin, le streptococcus pyogenes.
Je crois en outre, comme Bumm, comme Netter, à l'existence d'inflammations suppuratives puerpérales d'une intensité moindre, dans lesquelles un staphylococcus, qu'il soit autonome ou qu'il dérive par transformation passagère d'un streptocoque ])eu fixe dans sa forme', jouerait le principal rôle, comme il le fait dans d'autres suppurations telles que le furoncle, l'ostéomyélite.
J'accepte, en troisième lieu, qu'on ne saurait contester, dans le pus de certaines péritonites et de certaines lymphangites puerpérales, sur
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venues à la suite d'une de ces vastes gangrènes de la muqueuse utérine qu'autrefois on n'irriguait point avec des antiseptiques et qu'on ne raclait point, la présence de vibrions ou de bacilles de la pntréfaclion, analogues à ceux qu'on découvre dans les plaies sphacélées, dans la septicémie progressive du lapin, dans la septicémie de Koch, etc. (bacille septique de Pasteur).
Je sais bien que M. Widal tient beaucoup à cette idée, que ces bacilles proviennent des voies urinaires, d'où ils se propagent à l'utérus et ultérieurement au péritoine. Mais je ne vois vraiment pas pourquoi le phénomène de la présence de ces diverses variétés dans la plaie initiale utérine, et dans leurs premières migrations à partirde cette plaie, choquerait le raisonnement et annulerait l'observation qui doit primer le raisonnement.
J'ai décrit dans ma thèse des cas d'infection où apparaissaient uniquement les bacilles septiques. Je maintiens al)Solument ce fait d'observation sans commentaire nouveau.
Dans une observation récente, MM. Chantemesse, Widal, Legris,ont constaté à l'autopsie d'une femme morte de puerpérisme, que le pus des foyers inflammatoires contenait uniquement un bacille qu'ils ont reconnu ultérieurement pour être le coli-bacille.
MM. Netter et Bonuaire ont trouvé un cas dans lequel chaque abcès rencontré à l'autopsie était une culture pure de staphylocoques.
On a eniiu décrit des infections puerpérales à pneumocoques. On voit que la liste des microbes pathogènes de cette maladie tend à s'enrichir de plus en plus.
Tout cela rentre dans la conception première qui a présidé à mon travail de 1880, et vérification plus concordante ne pouvait être apportée à mes idées d'alors el d'aujourd'hui.
Après tout, quelle différence y a-t-il entre la plaie utérine, vaste surface ouverte à toutes les variétés de bactéries qui fourmillent dans le vagin, et une plaie ordinaire, où l'accès est tout aussi aisé au staphylocoque qu'au streptocoque ou à un bacille quelconque? Je devrais même dire qu'une fois arrivés dans l'utérus, leur diffusion est autrement plus aisée qu'à la surface d'une plaie ordinaire, car des lymphatiques ouverts sont en communication directe avec la caduque infectée ; or, ces branches assez volumineuses s'abouchent avec des lacs, centres de larges ramifications analogues qui se rencontrent alors parfois gorgées de pus. De sorte qu'entre la muqueuse
•OÙ s'ouvre le sinus et le phlegmon pelvien où il se déverse, c'est une vaste traînée de suppuration.
Enfin, il est une considération particulière, du domaine de la clinique, qui semble avoir échappé aux auteurs qui se sont occupés trop exclusivement des microbes. Ces auteurs paraissent ignorer que quand une accouchée s'infecte, le micro organisme pathogène existait parfois préalablement au sein des tissus profonds, particulièrement dans le col ou aux environs du col (parametrmm), exceptionnellement dans les annexes.
Le traumatisme obstétrical n'a fait que raviver l'inflammation éteinte, et, en violentant les organes, donner issue à des organismes ensevelis depuis longtemps dans les tissus, où sans doute ils avaient subi certaines transformations, certaines déchéances. Ce sont autant d'épisodes de ce qu'on a appelé microbisme latent, formule trop vague dans l'espèce, puisque nous connaissons le plus souvent les origines et le siège de ce microbisme.
Que l'on suppose un col afl'ecté de foUiculite banale, comme j'en ai vu bien des cas, dans lesquels telle ou telle glande recèle profondément un staphylocoque encore actif; que l'on suppose une gonorrhée cantonnée dans le col ou dans une trompe, et l'on comprendra qu'ici le streptocoque pyogène puerpéral peut n'être point en jeu, parce que le staphylocoque en cas de suppuration banale, ou en cas d'association avec le gonocoque, occupant déjà la place, suffisait à créer l'infection et pouvait se révéler par un nouveau retour offensif, au mépris de toutes les précautions antiseptiques externes.
Même considération s'il s'agit d'un vieil abcès tubaire ou ovarique ayant été autrefois en communication avec le vagin ou l'intestin dans lesquels il se serait ouvert. La gynécologie nous oITre parfois de ces cas. Et le microscope nous démontre alors des bacilles ou des pyogônes variés, dans une lésion d'origine assurément puerpérale et peut-être exclusivement streptococcique dans le principe.
Ces infections impossibles à prévenir, cette fièvre jmerpémle inévitable, comme je l'appelle, rare sans doute, est un fait d'observation qui ne peut être contesté, et qui pour moi est établi de la façon la plus solide. Les observateurs ([ui ont découvert le streptocoque dans le muco-pus du vagin des femmes qu'ils considèrent comme saines, ne se sont même pas demandé si cet organisme, trouvé dans
le vagin, n'était pas originaire des tissus utérins ou tubaires et développés dans des lésions profondément situées.
« Le vagin à l'état normal, dit Widal (page 2*2), contient de nombreux organismes, microcoques ou ])actéries. Sur onze examens du mucus vaginal de femmes saines, une fois nous avons réussi à retirer des cultures de streptocoque pyogène. Ce fait laisse à penser que la maladie se développe, peut-être dans quelques cas, par auto-infection, sans qu'il soit besoin d'en rechercher toujours la cause dans une interventiim étrangère. »
Je demande pourquoi ce qui est vrai et admis pour le streptocoque ne serait pas tout aussi admissible pour les autres organismes pyogènes.
Je terminerai donc, pour ce qui concerne la genèse de l'inflammation puerpérale, en disant que, tout en acceptant la grande importance du streptocoque et son action exclusive, dans la plupart des cas, la spécificité absolue de cet organisme n'est pas démontrée.
Pour ma part, cette spécificité répugne à ma logique et j'accepterais plus volontiers, si j'avais mission d'accorder les faits avec le raisonnement, une solution basée sur telle autre explication de biologie générale impossible à prévoir dès maintenant.
Je m'ex[)liquerai plus loin sur les variations de la virulence du. streptocoque comme arguuîent invoqué à l'appui de sa spéciticité.
Anatomie pathologique. — Physiologie du streptocoque puerpéral.