‹ Introduction a la pratique gynécologique (volume 2)Chapitre 49 sur 100 · III. DE 1,'lNFECTlON SANS PUS · texte numérisé non relu

III. DE 1,'lNFECTlON SANS PUS

Cette forme redoutable du pucrpérisme sem])le révéler son caractère constamment mortel, par ce fait que la non-existence du pus, dans les viscères suspectés d'infection, a été toujours une démonstration faite à l'autopsie. Le problème, quoique paradoxal, est donc plus simple qu'il ne parait, en raison de ce qu'il s'agit surtout d'expliquer comment la terminaison -fatale a pu se produire, en dehors d'un phénomène pathologique si fréquent dans les inflammations qui nous occupent, à savoir la suppuration.

Trois explications se présentent de suite, et elles peuvent suffire à la rigueur pour tout expliquer.

= D'abord, la forme érysipélateuse de l'infection, par le streptocoque correspondant, est capable de tuer, par l'envahissement subit et total du péritoine et les désordres mécaniques graves qu'engendre celle péritonite, non caractérisée par la présence du pus, et cependant très intense.

= Elle peut tuer par la résorption rapide des toxines très virulentes sécrétées par les germes infectieux. Bouchard a établi cette loi que plus un germe est virulent et plus la réaction locale est minime. Il n'y a donc pas de parallèle à chercher entre l'intensité des lésions et celle de l'infection.

On ne saurait nier l'action foudroyante de certaines septicémies, qui n'ont aucune tendance à se caractériser par la suppuration. Formes rares, excepxionncUes si l'on veut; si exceptionnelles que Siredey et Gallard les ont niées, s'attachant à démontrer, dans tous les cas, la présence d'un foyer de suppuration, si minuscule fùt-il, et, de par leurs victorieuses découvertes, n'admettant pas que le pus puisse manquer.

Il est probable qu'en dépit de l'affirmation des auteurs anciens, la doctrine plus moderne des localisateurs resterait encore aujourd'hui triomphante, si les anatomistes et les bactériologistes de notre temps n'avaient constaté et décrit des cas absolument irréfutables de puerpérisme mortel sans pus (Doléris, Widal).

Widal s'exprime, à cet égard, après étude consciencieuse de trois cas, de la façon suivante :

150 INFLAMMATION PUERPÉIULE.

« i° Il existe une forme de rinfection puerpéfale, qui tue sans suppuration ni fausses membranes. Nos autopsies en sont une preuve nouvelle.

« 2° L'évolution de celte forme septicémique pure est rapide uo lente; elle reconnaît pour cause le streptocoque pyogène, comme la forme pyohémique vulgaire. »

Le streptocoque, dans ce cas, a perdu son action pyogène, mais a contracté une vii'ulence septiquc excessive.

Chauvcau et Arloing ont démontré expérimentalement le fait, en inoculant le streptocoque dans les veines d'un lapin, en recueillant le môme organisme, après la mort, dans le cœur de l'animal, et en l'inoculant sous la peau d'un second sujet d'expérience. La mort est rapide et se produit sans suppuration.

Telle est la seconde hypothèse avec son apparence de démonstration rigoureuse.

J'aurais souhaité que M. Widal ne se contentât pas, dans ce cas, de mettre en évidence la présence du streptocoque par l'examen microscopique et les cultures. L'inoculation positive aux lapins eût été autrement démonstrative. Il faut donc nous contenter d'une hypothèse, ou laisser la place à d'autres suppositions, telles que l'action d'un organisme différent du streptocoque, le vibrion septique.

= La troisième explication se tire de ce fait déjà précédemment exposé, à propos de l'infection banale, que le pus n'est, somme toute, qu'un produit temporaire, et que, si l'infection a adopté exclusivement soit la voie lymphatique, soit la voie muqueuse, on conçoit qu'à un moment donné il n'en reste plus trace. Charrié dans les lymphatiques ou déposé dans la cavité du péritoine, le pus, en tant que composé plastique, est résorbé à la longue: et, pour peu que la maladie ait une certaine durée, il n'y a plus vestige de suppuralion au moment de la mort, qui survient par toxémie, principalement toxémie nerveuse.

Les faits de cette troisième catégorie peuvent, on le comprend, être rapprochés de ceux de la seconde; et l'explication qu'ils suscitent suffit à satisfaire à certains desiderata.

Le paragraphe qui précède sera rendu plus compréhensible par l'exposé aphoristique suivant :

« La virulence du germe pathogène, la disposition du terrain pour la lutte, tels sont les deux termes sur lesquels repose l'issue de l'infection. »

« La virulence du microbe, phénomène contingent, ne se démontre que par les effets produits, par conséquent cette notion ne se sépare pas de l'état du terrain. »

Le terrain, l'accouchée, élément d'une analyse autrement précise, se présente avec un ensemble spécial, qui le met dans un état d'infériorité. C'est d'abord la perte de sang, parfois très abondante; c'est ensuite le choc nerveux, troublant le fonctionneirient cardiaque, eu traînant la stase vasculaire, facilitant la toxémie, par destruction ou diminution de l'effort réactionnel, par paralysie des éléments cellulaires, et par suite ralentissement du phagocytisme; c'est l'encombrement des émonctoires par les déchets accumulés aux dépens de l'involution génitale, d'où gène de l'élimination des toxines. C'est enfin ce courant aspirateur qui se ci ée dans l'utérus après l'accouchoment. et qui favorise si fort la pénétralion et la migration des microbes accidentellement introduits dans le conduit génital.

Voilà, à mon sens, les vraies conditions qui multiplient le pouvoir envahissant et desiructeur du streptocoque; voilà, à défaut de notions précises sur la virulence et ses variations, une interprétation très satisfaisante. Plus les conditions susdites seront accentuées, et plus l'infection aggravée démontrera la nocivité du germe.

Comment on meurt dans l'infection puerpérale.

RÔLE DU SYSTÈME NERVEUX. IMPORTANCE DE l'iNTÉGRITÉ FONCTIONNELLE

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