TRAITEMENT GÉNÉRAL DE L'INFECTION
donc que nous ne pouvons consentir à faire table rase des médicaments utilisés dans ce but. En ce qui touche le sulfate de quinine, je crois qu'il y aurait injustice à préjuger des résultats qu'il peut nous donner actuellement, de par les essais d'autrefois, dont l'insuccès nous est largement expliqué par la négligence des méthodes d'antisepsie locale. »
Je n'ai rien à retoucher à cette opinion qui remonte à dix uns, et qui d'ailleurs était basée sur une certaine expérience personnelle.
Le sulfate de quinine est d'ailleurs un des rares médicaments dont le crédit ait survécu.
Son administration doit être promple et de courte durée; la dose doit être assez forte.
Aussitôt l'antisepsie de l'utérus assurée par le traitement le plus complet possible j'ordonne le sulfate de quinine.
M. Tarnier conseille 1 à 2 grammes par jour. C'est aussi ma pratique. Je débute d'emblée par 1 gr. 50. Je maintiens le traitement pendant trois jours en augmentant de 50 centigrammes par vingtquatre heures. Je le supprime ensuite, quitte à y revenir, après un délai variable, si des indications reparaissent. Ce mode d'adniinislration m'a paru le plus avantageux.
A côté de ce précieux agent modificateur de la circulation et dont l'action antitoxique parait incontestable, j'accorde à l'opium et à l'alcool une place importante.
Vopium et les opiacés, à la rigueur quelques autres médicaments capables d'influencer heureusement l'état psychique, rendent de réels services dans toute infection d'origine traumatique.
J'ai fait ressortir ailleurs combien, à mon avis, il importe de soutenir le moral des malades, autant sinon plus que le physique, convaincu que je suis des avantages énormes qui résultent de cette quiétude, de cette confiance d'où paraît résulter l'équilibre normal de l'ensemble physiologique. Les médecins ne peuvent pas douter de ce fait; les chirurgiens encore moins, quand ils se reportent aux suites opératoires après les traumatismes abdominaux. Il suffit de songer à ce qu'on pourrait appeler l'atmosphère chirurgicale d'un service, d'une clinique, et à l'heureux entraînement, à la résistance qui s'opère d'une opérée déjà hors de danger à une opérée de la veille. Ce fluide mystérieux, qui s'appelle confiance dans le vulgaire, et qui se communique du personnel aux malades, d'une malade à
l'autre et surtout de l'opérateur à ses opérées, songe à le nier qui voudra, mais il n'en est pas moins pour moi un élément du succès. Je ne prétends pas pour cela que la suggestion tienne lieu du reste et qu'avec elle on a triomphé des complications septiques graves, mais je crois fermement que la tranquillité de l'esprit faite de l'illusion, de rinconscience du danger, de la confiance dans toutes ses acceptions est le plus précieux agent de la résistance organique. Une fois disparu, les troubles les plus complexes éclatent; l'excitation nerveuse, bientôt suivie de dépression apparaît; la diarrhée avec les sueurs, la pâleur de la face, le dérèglement du cœur, etc., en un mot tous les symptômes physiques de la peur lui font cortège. Il est à croire que cet état est très favorable aux invasions rapides et à la propagation à distance des germes pathogènes, à la diffusion des poisons et à l'exsudation abondante qui alimente les milieux infectés, à la suppuration, etc.
Pour les accouchées, la situation est la môme que pour les opérées. L'inquiétude au début de l'infection puerpérale, est un symptôme défavorable. J'en dirai presque autant des préoccupations, des chagrins, des appréhensions absurdes de certaines parturientes, qui aggravent singulièrement le pronostic. De là l'indication des narcotiques à faible dose.
Vopiuni et ses succédanés répondent à cette indication. On a autrefois préconisé Vaconit et des hommes intelligents prétendent s'en être bien trouvés. Le caractère thérapeutique de ces antispasmodiques, c'est bien le nom qui leur convient, s'accorde d'ailleurs avec l'effet qu'on recherche.
V alcool est peut-être sinon préférable, au moins d'action équivalente à celle des antispasmodiques. Il ne faut pas craindre d'aller jusqu'à une demi-ébriété, surtout dans les cas d'infection prolongée. Cet effet ne paraît pas amoindrir le moins du monde l'action Ionique.
Je serai bref sur les révulsifs intestinaux, sur les diurétiques, les diaphoréliques qui, théoriquement, semblent avoir parfois provoqué des crises favorables et hâté l'élimination du poison. Cet effet s'obtient suffisamment par la médication précitée. Toutefois on peut et on doit faire une large place aux purgatifs, ne serait-ce que pour justifier la doctrine vraie de l'utilité de l'asepsie intestinale. Il importe en effet d'assainir l'intestin et d'éviter qu'une toxémie secondaire s'installe de ce chef.