AU MOMENT DU RETOUR DES RÈGLES
Le mécanisme des poussées aiguës observées alors sur les annexes est assez net pour qu'un simple aperçu permette de le faire saisir. L'état pathologi(j'ue du col en fournit l'explication. L'endometrium cervical, infecté et devenu le théâtre d'une inflammation persistante, reste tuméfié, épaissi, congestionné, et fournit une abondante sécrétion viciée. Toutefois, l'état de torpidité de la lésion et le repos physiologique de l'appareil génital font que la conséquence de cette lésion reste minime. Le flux muco-purulent s'écoule facilement d'un canal large à parois flasques. Ce libre écoulement est la garantie de toute complication et prévient toute propagation en amont, c'està-dire du col vers les annexes; et d'autre part, la lésion étant exclusivement muqueuse, c'est-à-dire superficielle, la propagation par les voies lymphatiques extra-utérines ou par les parois utérines n'a pas lieu de se produire.
Mais, ainsi que je l'ai montré ailleurs, le retour des règles a créé deux phénomènes nouveaux qui viennent troubler profondément cette manière d'être des organes : le spasme et la fluxion congestive. Sans périphrase, ce sont là des conditions incontestablement très propres à engendrer la propagation de l'infection de bas en haut, par l'occlusion mécanique spasmodique du col et le reflux des sécrétions dans la cavité utérine. L'éréthisme naturel et la suractivité circulatoire engendrent les complications classiques de cette période Le fait clinique en lui-môme étant incontestable, il est difficile de leur trouver une autre interprétation. Ajoutez à cela, les fatigues, la misère physiologique, le froid, etc., et l'on a une somme de causes plus que suffisante pour expliquer les récidives de cet ordre dans la trompe et l'ovaire, avec la diversité des manifestations morbides qu'elles comportent.
Les considérations qui précèdent, basées sur une longue observation, ont l'avantage de mettre au point certaines conditions assez délicates à apprécier, au premier abord, quand il est question d'appliquer aux manifestations tardives de l'infection puerpérale un traitement rationnel. Les interventions chirurgicales qui sont parfois
proposées d'emblée pour ces cas, semblent viser des états morbides anciens, tenaces, ayant résisté au temps et au traitement conservateur de début que le médecin aura mis en œuvre; et de ce fait la proposition de sacrifices graves parait logique au premier abord. Tandis qu'à bien considérer les clioses, on reconnaît aisément que rien n'est moins réel que la chronicité de ces lésions, qu'au contraire, elles révèlent des récidives aiguës ou des atteintes récentes, ayant le caractère étiologiquc puerpéral, il est vrai, mais nettement aiguës ou suraiguës dans leur allure; que par conséquent, le traitement conservateur est tout à faire ou à peu près, et qu'il n'est nullement logique de désarmer devant des affections susceptibles de guérir sans destruction des organes.
J'accorderai tout de suite que cette proportion de 3,5 pour 100 d'infections tardives soit en général inexacte, puisqu'on peut considérer avec raison les femmes reçues à l'asile comme des femmes plus spécialement affaiblies ou relevant d'accidents, en un mot, comme représentant le taux de la morbidité générale des onze maternités de Paris et des sages-femmes agréées des hôpitaux, mais il n'en est pas moins qu'à leur sortie elles étaient jugées guéries ou indemnes. Et cependant elles portaient à l'état latent des germes d'infection capables de se réveiller et de nuire.
Je dois ajouter que, dès leur entrée à l'asile, elles étaient soumises à un examen détaillé et à des soins d'antisepsie vaginale, sauf les cas spéciaux où, dès que l'infection était manifeste, un traitement approprié était mis en œuvre.
11 n'en est pas moins encore que ces vcchappées de la fièvre puerpérale constituent la grande masse des cas de gynécologie qui réclameront des traitements spéciaux, des opérations minimes ou sérieuses suivant les cas; et l'expérience montre même que le traitement appliqué au moment en quelque sorte psychologique, c'està-dire dans la période des (juelques semaines qui suivent les couches, est autrement efficace et simple que celui que nécessitera l'affection devenue clironique.
En effet, tant que l'involulion utérine n'est pas entièrement faite, tant que la muqueuse ne s'est pas régénérée, et ceci demande près de deux mois, souvent davantage dans les cas pathologiques, le traitement reste simple. L'utérus étant largement perméable, facile à drainer, la muqueuse étant molle, composée de jeunes éléments aisés
à imprégner par des anliscptiques appropriés, l'assainissement de l'organe s'obtient avec un peu de patience, du repos et une thérapeutique intra-utérine très anodine.
Les écouviilonnages légers, les essuyages avec la glycérine créosotée an quart, le raclage, avec la curette, des débris déciduaux parfois retenus, dont la présence probable est dénoncée par des écoulements sanguins persistants, suffisent à ce traitement.
On les fait suivre d'un drainage intra-ulérin avec de la gaze à la glycérine iodoformée, appliqué après une large irrigation de la cavité utérine faite avec une solution phéniquée on au sublimé très faible.
Le traitement inlra-utérin est fait tous les jours et est suivi de l'injection et du drainage.
L'efticacité de cette thérapeutique est à peu près certaine. La grande majorité des malades traitées de la sorte est partie en état de guérison complète.
La disparition de la fétidité, des écoulements sanguins, de la sécrétion muco-purulenle du col, la diminution rapide de l'ectropion et le retour à l'état normal de la muqueuse cervicale primitivement turgide et bourgeonnante, l'occlusion du col, et l'aspect normal du museau de tanche qui ne laisse plus apercevoir le liséré rougeàtre dé la muqueuse intra-cervicale, tels sont les symptômes d'après lesquels un examen attentif permet de reconnaître la guérison. Mais il est un indice plus capital, c'est l'examen bactériologique négatif de l'écoulement qu'il ne faut jamais omettre pour la plus complète certitude.
INFLAMJIAnON PUERPÉRALE.
TRAITEMENT DES LÉSIONS PERSISTANTES CHRONIQUES DÉPENDANT DE L'INFECTION PUERPÉRALE.
Nous entrons ici dans un nouveau cadre : la gynécologie proprement dite.
Les considérations dans lesquelles je suis entré à propos des infections banales nie dispensent d'insister.
La métritc cervicale et la salpingo-ovarite représentent les cantonnements persistants et durables de l'infection puerpérale.
J'ai vérifié avec une certitude absolue, gràceàune longue observation exercée après l'accouchement, sur des femmes infectées, le mécanisme de la salpingo-ovarite tardive, par l'occlusion mécanique ou spasmodique du col infecté. Mieux que partout ailleurs, la réalité de cet enchaînement pathogénique et l'importance du catarrhe cervical sepfique éclatent dans l'infection puerpérale. Mes constatalions, on l'a vu, ont été faites sur les accouchées de l'asile Lcdru-Rollin et sur quelques cas d'hôpital et j'en ai tiré des déductions pratiques.
Voyons quelles sont, après la cervicite, les lésions permanentes plus spéciales au puerpérisme.
a) La mélrite corporéale est ici plus tenace et plus fréquente que dans les deux autres catégories générales d'infection.
Elle apparaît :
1" Sous forme végétante, polypoïde, avec hémorrhagies, toutes lésions qui autorisent à croire à la rétention d'éléments déciduaux et à leur organisation ultérieure;
2" Sous forme interstitielle ou bourgeonnante. Cette variété diffère essentiellement de la précédente en ce qu'elle implique la suppuration prolongée et le bourgeonnement de la muqueuse, suivis à la longue, de la transformation inodulaire, fibreuse de cette membrane. Cette altération est rarement étendue à toute la surface utérine ;