‹ Introduction a la pratique gynécologique (volume 2)Chapitre 79 sur 100 · COLORATION · texte numérisé non relu

COLORATION

Wertbeim colore avec du bleu de méthylène et, dans les cas douteux, il emploie ensuite la méthode de décoloration de Gramm. S'il a recours à celte dernière méthode, il emploie pour la recoloralion une solution de fuschine très étendue. Il prétend que, procédant de la sorte, on n'obtient pas de coloration exagérée.

Quant à la coloration du gonocoque sur des coupes, voici quel procédé il recommande :

Je cite d'après Klein : « On plonge la coupe pendant 5 à 5 minutes dans de l'eau d'aniline et de violet de gentiane, ensuite pendant environ 1 minute dans une solution de Lugol pour enlever la substance colorante en excès (le ralatinemenl des coupes qui se produit souvent alors disparaît dans l'alcool) ; enfin dans l'alcool à 95". La décoloration ne doit pas être complète ; la coupe doit encore être nettement violette. Pour terminer, coloration, pendant quelques minutes, dans une solution aqueuse de bleu de méthylène, lavage à l'eau, déshydratation, et éclaircissement par l'essence de bergamotte. » J'ai déjà dit que c'est surtout au travail magistral de Wertheim que nous devons tout le progrès accompli dans l'étude de la blennorrhagie, et c'est pour cette raison qu'il me paraît inutile de

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décrire les procédés de coloration employés par d'autres observateurs.

CuUures. — On n'a pas seulement beaucoup cherché le gonocoque, on l'a aussi beaucoup cultivé et dans des milieux divers, en particulier dans la gélatine-peptone, l'agar-agar peptonisé, le sérum sanguin ou placentaire, sur la pomme de terre, etc.

Quelques expérimentateurs ont même poussé assez loin l'étude de ces cultures. Bumm (1887) a pu constater qu'après trente-huit jours d'ensemencements successifs, la vingtième génération du gonocoque de Neisser inoculée gardait encore ses propriétés pathogènes. Et tandis que les uns cherchaient, dans ces cultures, un procédé d'atténuation du virus blennorrhagique (Crivelli et Bosviel, 1885), d'autres étudiaient l'action sur ce microbe de susbstances parasiticides telles que la créosote, l'iodoforme, le naphthol, les sels mercuriques, le chlorure de zinc à 1/20 000 (thèse de Péraire).

Ce qu'il faut indiquer surtout c'est le milieu de culture dont Wertheim s'est servi : Je veux parler du « sérum-agar ». Voici comment il le prépare : Du sérum liquide extrait du placenta est mélangé au pus. A ce mélange on ajoute deux fois autant d'agar au 1/10 et l'on coule le tout sur des plaques. Au bout de 24 heures, on aperçoit, à la surface, de très petites gouttelettes transparentes que Wertheim compare à des gouttes de rosée. Ces gouttelettes se fusionnent, au bout de trois jours, en une nappe dont les contours sont légèrement ondulés. Grossies 15 fois, les colonies profondes apparaissent sous forme d'une masse irrégulière à bords nels semblable à un nuage arrondi du milieu duquel sortent des rejelons hémisphériques d'abord, sphéi iques ensuite. La grandeur dos cocci est variable. Wertheim considère cette méthode comme plus sensible que l'examen microscopique : il attribue d'autre part au sérum-agar une grande valeur diagnostique.

Inoculation de la blennorrhagie uréthrale. — Enlin, à maintes reprises, on a tenté Vinoculalion du virus blennorrhagique soit à l'homme, soit aux animaux. Ces tentatives ont, pour la plupart, échoué et l'on cite les cas, eu très petit nombre, où les microbes inoculés ont provoqué l'apparition d'un écoulement caractéristique; encore n'a-t-on pu déterminer, à l'occasion de ces essais qui ont été suivis d'un résultat positif, ni le rôle respectif des oi ganismes

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multiples inoculés, ni les conditions de succès ou d'insuccès de l'inoculation.

Biimm, en 1881, inocula avec succès l'un des trois diplocoques qu'il avait découverts dans le pus hlennorrhagique.

Le même auteur, en 1887, réussit à inoculer le gonocoque de Neîs-er à la vingtième génération.

Bockliardt (1885), en inoculant à un moribond une culture de gonocoques à la quatrième génération, aurait produit une blennorrhagie typique.

Un des résullats les plus complets a été obtenu par MM. Constantin Paul et Chameron (lév. 1884) sur une jeune fille à laquelle ils inoculèrent des gonocoques de la neuvième culture. L'inoculation laite à l'entrée de l'urèthre provoqua, au bout de cinq jours, l'apparition des signes physiques et fonctionnels d'une blennorrhagie au début. Mais celle-ci ne dura que vingt-quatre heures et la spécificité de l'inflammation ainsi produite ne fut pas contrôlée par l'examen microscopique de l'exsudat. Ce fait n'est donc pas absolument concluant.

Pouey (1888) a réussi une fois à inoculer la blennorrhagie chez l'homme en déposant dans la fosse naviculaire quelques gouttes d'un bouillon de culture à la quatrième génération. Quatre jours après, l'urélhrite était déclarée, et, le septième jour, on trouvait des microcoques dans le pus de l'écoulement. Mais c'est le seul succès qu'il ait pu obtenir dans les tentatives failes sur des individus différents.

Enfin, en 1889, Péraire, expérimentant sur des animaux, n'a pas obtenu de résultats positifs. Werlheim de Prague, dont j'aurai encore à reparler, ailleurs, affirme avoir inoculé le gonocoque avec succès dans l'urèthre de l'homme et l'avoir retrouvé plusieurs jours après. (Communication au 4" congrès allemand de gynécologie. Bonn, mai 1891.)

Hormis quelques-unes de ces expériences, presque toutes pèchent par quelque côté.

Somme toute, la preuve absoluè de la production constante de l'inflammation hlennorrhagique, par l'inoculation du gonocoque, serait encore à faire si l'on excepte les expériences de Wertheim.

Tels sont les principaux documents que nous possédons sur l'étiologie de l'afléction blennoirhagique.

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L'examen impartial de cet ensemble de données fera naître à coup sûr, dans tout esprit non prévenu, la conviction que la blennorrhagie est sûrement d'origine microbienne. Mais pourrait-on affirmer, à l'heure actuelle, que le microbe pathogène du processus complexe de cette inflammation (irritation, suppuration, migrations, contagion, etc.) soit véritablement fixé"!

Une autre question qui a longtemps paru grosse d'incertitudes est Vhahitat du gonocoque. Vit-il exclusivement dans les cellules épithéliales? et parmi celles-ci sont-ce les cellules mucipares, les épithéliums cylindriques ou caliciformes à sécrétion alcaline qui le recèlent, à l'exclusion des épithéliums plats de revêtement? Ces points, qui renferment une partie de l'histoire clinique de l'inflammation blennorrhagique de l'appareil génital féminin, seront déve loppés plus loin.

Je dirai seulement que, tandis qu'avec beaucoup d'autres, Schmilt et Bumm affirment que seul l'épithélium cylindrique convient au développement du gonocoque, Menge, Tonton, Dinkler, Jadassohn, Weriheim soutiennent, à cette heure, qu'il vit et se multiplie dans les muqueuses à épithélium pavimenteux et aussi dans les séreuses, comme le péritoine. Ce faisant, il y provoque des inflammations sous forme de suppurations, d'exsudats, d'adhérences. Bien plus, Dorhn (de Kœnigsberg) et Rosinski ont retrouvé le gonocoque dans des plaques ulcéreuses des gencives, de la langue et du voile du palais de cinq enfants récemment nés de mères affectées de blennorrhagie (Congrès de gynécologie de Bonn, mai 1891).

Il est intéressant d'ajouter ici que Bumm semble avoir voulu se donner raison après coup en interprétant d'une façon spécieuse ses premières assertions, de manière à se rencontrer d'accord avec VVertheim. En affirmant que le gonocoque ne prospère que sur l'épithélium cylindrique, Bumm dit n'avoir pas eu en vue que l'épithélium cylindrique à une seule couche; il englobait, affirme-t-il, sous ce nom et l'épithélium cylindrique à une seule couche et ce qu'il appelle l'épithélium cubique à plusieurs couches comme celui du vagin et de la conjonctive. De sorte que son opinion actuelle ne diffère, somme toute, que peu ou même pas du tout de celle des autres auteurs.

Cette nouvelle donnée, si elle se vérifie, ne laissera aucun doute

GONOCOQUE. — SON HABITAT. 27)

sur l'existence de la vulvo-vaginite et de la périlonite gonococciennes pures.

J'ai fait de mon mieux pour exposer nettement et complètement les pièces du litige scientifique dont la solution afiirmative devrait attribuer exclusivement au gonocoqiie les propriétés virulentes et contagieuses si laborieusement recherchées.

Me demander d'émettre mon avis dans le débat serait me condamner à un grand embarras. Malgré mon désir d'être convaincu sur le fait de cette action pathogène exclusive, ce que je sais, ce que j'ai vu surtout, me laisse encore indécis. En thèse générale je vois, au début, des travaux trop empressés d'arriver à une solution nette, certaine, absolue, dans un sujet plein de difficultés. Je vois des chercheurs peu soucieux de la notion technique de leurs recherches, d'auti'es, et non les moins compétents, qui se contredisent euxmêmes à court intervalle. La description du gonocoque diffère tellement d'un auteur à l'autre, dans certains cas, qu'on peut affirmer a priori que bon nombre de microbiologistes improvisés qui se sont mêlés de le découvrir ne savaient rien de précis sur l'élément classique de Ncisser, lequel diffère totalement de leurs descriptions. 11 iaudrait donc rejeter la plupart de ces premiers travaux, ou, concluant différemment, rejeter la spéciûcilé du gonocoque. Il n'y a pas de milieu.

Or c'est ce qui est arrivé pour Éraud, de Lyon.

A l'inverse de Bumm qui, ayant admis d'abord la complexité d'origine de la blennorrhagie, s'est rangé ensuite à l'unicité étiologique, Eraud, dans la séance du 4 avril 1891 de la Société de dermatologie française, est revenu sur ses premiers travaux.

Il annonce d'abord qu'il a constaté un diplocoque staphylocoque , dans trois conditions diilérentes, l'orchite blennorrhagique, la prostalite subaiguë, l'urèthre normal d'enfants et d'adolescents vierges (le tout accident vénérien; cette dernière parlicularité est à rapprocher des cas d'uréthrite suppurée, véritable gonorrhée par masturbation simple, observée par le professeur Strauss.

Le plus intéressant est que Eraud trouve entre ces staphylocoques et le gonocoque de Neisser certains caractères physiques et chimiques communs : morphologie, réaction dans les milieux, décoloration par les procédés chimiques; certains des ferments

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solubles sécrétés par eux se retrouvent avec le staphylocoque saprophyte et le gonocoque classique. Ces diastases ou ptomaïnes suffiraient même, sans addition d'organismes vivants figurés, à taire suppurer le testicule des jeunos chiens.

Il y a dans ce qui précède une sorte d'affirmation du transformisme des organismes que, pour ma part, je ne rejette point, ayant vu beaucoup de faits, au cours de mes recherches de bactériologie, qui m'ont laissé à cet égard quelque confiance dans l'exactitude de ce phénomène. Il y a ensuite une preuve de la possibilité de la suppuration sans microbes, théorie admissible pour certains cas rares et qui va avec les idées de Klemperer.

« Je pense, dit Éraud, en terminant, que la spécificité du gonocoque est fortement compromise. »

Un fait assez significatif h cet égard, c'est qu'au congrès de Berlin, en 1889, tandis qu'à la section de gynécologie quelques jeunes gynécologues allemands sont venus rapporter deux ou trois nouveaux cas de découverte du gonocoque dans le pyosalpinx, dans le hut d'établir la spécificité de cette lésion, Campana répondant à Nœggerath, à la section de Dermatologie, a paru très réservé et hésitant sur cette môme spécificité du mici'obe de Neisser. Il insiste sur l'importance de l'infection mixte et principalement sur le rôle des staphjjloc. albus et aurens dans toute espèce de processus suppuratifs. C'est la reproduction des idées défendues par Gerheim', qui, dans les complications suppuratives de voisinage ou métastaliques de la blennorrhagie, invoque l'action des microbes pyogènes vulgaires dont la présence dans le vagin a été démontrée depuis longtemps par Hottenier, Doléris, et récemment par Winter (27 espèces de microbes).

La difficulté était après tout assez grande, dans l'espèce, pour excuser ces variations d'opinions encore aujourd'hui.

Pour mon compte, je me dis que si la démonstration avait été aisée, il y a longtemps que la discussion serait close.

Malheureusement le gonocoque, en dépit des affirmations de Wcrthcim, est un organisme qui se dérobe encore par bien des c(jtés à l'investigation. J'en ai eu souvent la preuve lorsque, me trouvant en présence de lésions qui ne pouvaient raisonnablement se ratta-

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