DIVISION
Nous diviserons les métrorrhagies et les ménorrhagies, suivant les causes qui les produisent, et de la façon suivante :
i" Hémorrhagies indépendantes d'une lésion matérielle de l'utérus et des annexes.
'2° Hémorrhagies liées à une lésion utérine ou annexielle.
Dans la première catégorie nous trouverons, comme causes, les nerfs et l'appareil sanguin, les réflexes et les dyscrasies — et, comme espèces distinctes, les variétés suivantes :
Les hémorrhagies spasinodiques accidentelles ;
Les hémorrhagies d'origine neurasthénique, hystérique, etc. ;
Les hémorrhagies dérivant de certaines cardiopathies associées à une névrose complexe, comme la maladie de Basedow, le purpura myélopathique.
Celles qui marquent le début d'une pyrexie, témoignant d'une dyscrasie sanguine due à l'infection (épistaxis utérine) ;
Celles qui dépendent d'un trouble circulatoire ayant occasionné des cctasies des veines du bassin.
MÉTRORRIIAGIES SPASMODIQUES.
Dans la deuxième catégorie se placent :
Les Iiémorrhagies ducs à une lésion de la muqueuse utérine : endométrite végétante, polypes vasculaires, néoplasmes et dégénérescences, exfoliation périodique (endométrite desquamative), exfoliation intempestive au début de la grossesse (fausse couche) ;
Les Iiémorrhagies liées à un état pathologique du muscle utérin : subinvolution, sclérose, néoplasme;
Les hémorrhagies dépendant d'une lésion des annexes et qui, par leur m(îcanisme, se rapprochent des hémorrhagies réflexes ou spasmodiques.
A. — MÉTRORIiHAGIES SPASMODIQUES.
Une émotion violenic et subite, une obsession prolongée peuvent ramener inopinément les règles et causer une hémorrhagie grave, comme aussi, très intenses, elles peuvent, par un etfet spasmodique excessif, avoir une action opposée et suspendre l'écoulement sanguin.
La femme qui apprend une nouvelle grave et inattendue peut avoir une perte. Beaucoup de jeunes filles, dont on a fixé la date du mariage à une époque intermédiaire à deux périodes menstruelles, sont prises, la veille au soir ou le matin même, d'un retour de la menstruation.
Le premier coït a parfois le môme effet. 11 ne faut cependant pas confondre ici les règles avec F hémorrhagie légère, de provenance vulvaire, qui est la conséquence des rapprochements sexuels.
La neurasthénie et l'éréthisme excessif amènent aussi des métrorrhagies par un phénomène opposé : là, c'est l'atonie qui est initiale, ici, c'est la congestion active démesurément répétée qui aboutit au spasme vaso-dilatateur par épuisement.
Ce n'est qu'en opposant la physionomie des deux phases des ti'oubles nerveux qui caractérisent la neurasthénie, excitation, épuisement, qu'on peut se rendre compte de sa double influence sur la fonction menstruelle.
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11 faut toutefois reconnaître que l'excitation, qui se traduit par l'appétit vénérien excessif, est une faible cause (riiéniorrhagie, même s'il y a abus de coït, eu égard à l'influence de l'épuisement nerveux.
Il est des femmes chez lesquelles les pertes de sang se répètent, pendant des mois, sous forme de métrorrhagies ou de retour inattendu des règles. Chez elles, la congestion passive de l'organe est aisée à constater, par la coloration violacée du col, le développement variqueux de sa muqueuse, l'augmentation générale de volume non accompagnée de douleurs ou d'altération des sécrétions. Il n'est pas très rare d'observer, en même temps que l'hémorrhagie utérine et au bout d'un certain temps, des congestions passives des trompes et des ovaires, même de l'hématosalpinx; auquel cas, la perte de sang, visible à l'extérieur, trouve une double cause dans l'état utérin et dans l'irritation réflexe partie des annexes.
Uhijstérie donne lieu parfois à des pertes utérines abondantes, demêmequel'on voit, au cours de cette névrose, la suspension absolue des règles pendant des mois et des années- S'il fallait chercher une interprétation à ces hémorrhagies localisées dans l'appareil génital, on la trouverait parleur comparaison avec les accidents analogues, de nature congestive réflexe, qui se produisent sur d'autres organes chez les hystériques : hématémèse, hémoptysie, hématidrose, etc. Quant à la soudaineté parfois singulière des métrorrhagies dans l'hystérie, on l'explique aisément par la susceptibilité nerveuse réflexe que traduit si bien l'invasion subite de plaques de rougeur congestive sur la face et le cou, à la moindre émotion ressentie.
La maladie de Basedow, telle qu'on la comprend aujourd'hui, c'est-à-dire avec la triple association de l 'exophtalmie, du goitre et de la tachicardie, auxquels on associe volontiers le tremblement, est une cause certaine de troubles congestifs dans l'appareil génital féminin.
Les formes frustes de cette affection, qui sont admises assez facilement par les neuropathologistes, sont peu connues encore, et, sans nier qu'elles puissent produire les mômes elfets, nous pensons qu'il suffit de faire ressortir ici des faits précis.
C'est dans les formes nettement caractérisées de la névrose, que la ménorrhagie et la métrorrhagie ont été reconnues. Elles sont parfois de nature à occasionner des craintes, pour la santé générale,
MÉTRORRIIAGIES DYSCRASIQUES. • 5C9
par l'anémie rapide qu'elles engendrent. Elles ne cèdent pas aux moyens ordinaires qui enrayent les hémorrhagies dépendant uniquement d'une lésion de la muqueuse ou d'un état d'atonie passagère du muscle utérin; encore que celui-ci présente, au moment des règles, un accroissement de volume disproportionné avec celui que l'on observe habituellement à cette période physiologique.
La coïncidence des hémorrhagies avec l'hypertrophie du corps thyroïde, l'exophtalmos et l'état du pouls, toute autre cause ayant été éliminée par un examen précis, permet d'établir le diagnostic.
L'action favorable de l'iodure de potassium associé aux moyens antispasmodiques, l'hydrothérapie, eu particulier, fournit un contrôle utile.
B. MÉTRORRHAGIES DYSCRASIQUES.
Les pertes sanguines liées au purpura d'étiologie nerveuse ou associé au scorbut ne sont pas très bien connues, étant donnée la rareté de pareils faits.
Elles s'observent cependant, sans qti'une lésion de la muqueuse altribuable à l'infection, intervienne et permette de leur assigner ainsi une autre étiologie.
L'un de nous en a observé trois cas.
Dans l'un d'eux, il s'agissait d'une malade soignée par le docteur Bourcy, chez laquelle la ménorrhagie apparaissait pendant une période de quelques mois et était ensuite suppléée par des crises hémorrhagiques aux gencives qui devenaient fongueuses, saignantes.
Chez une autre, des atteintes de purpura cutané précédaient et accompagnaient les règles qui étaient profuses.
Une troisième, soignée avec le docteur Toulouse, de Sainte-Anne, avait des écoulements sanguins discrets et persistant plusieurs semaines, dont l'origine était non pas la muqueuse du corps utérin mais celle du col, étalée en un vaste eclropion. Par contre, les règles véritables avaient été presque nulles pendant des années, avant l'établissement de cet écoulement sanguin. L'écoulement périodique de sang disparut à nouveau lorsque la muqueuse cervicale eut été supprimée par une opération plastique. Les gencives se tuméfiaient et étaient facilement saignantes.
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Ces malades étaient en outre nerveuses, à un degré variable. D'après ces faits forcément abrégés, on ne saurait douter de l'influence complexe qui associe une sorte de dyscrasie mal connue à des altérations du système nerveux.
V hémophilie pourrait rentrer peut-être pour sa part, comme élément étiologique, tout aussi peu précisé, des hémorrhagies utérines.
Ces dernières variétés, purpura, hémophilie, marquent une transition entre les formes purement nerveuses de la métrorrhagie et celles qui sont plus exclusivement sous la dépendance des altérations du sang et des vaisseaux.
Vépidaxis utérine, véritable métrorrhagie prodromique des fièvres infectieuses à cycle défini, fièvre typhoïde, fièvres éruptives, etc., est couramment signalée dans les livres ; il est inutile d'y insister.
A côté des pyrexies de cet ordre, il existe des affections moins bien connues ou plus rares qui pi édisposent à l'hémorrhagie utérine, dans l'état de vacuité — et à l'avortemcnt, dans l'état de gravidité.
Beaucoup de ces maladies ont été regardées comme susceptibles de produire une véritable lésion matérielle de la muqueuse utérine, tandis qu'à défaut de la lésion non démontrée, on a dû se contenter, pour expliquer les pertes utérines, d'admettre une simple altération du sang de cause infectieuse.
Quoi qu'il en soit, les ménorrhagies et les métrorrhagies s'observent dans le choléra, la grippe, l'ictère grave, même l'ictère simple. Parfois les femmes conservent, pour un certain temps, cette fâcheuse propension à des règles profuses, alors que la maladie initiale a depuis longtemps disparu.