PRÉPARATION DES ÉPONGES
Les éponges, qui sont d'un usage assez fréquent dans la pratique gynécologique, sont livrées par les commerçants dans un tel état, qu'il faut les soumettre à une préparation longue, assez compliquée, pour les rendre absolument aseptiques.
Les éponges employées en chirurgie appartiennent aux variétés suivantes :
56 ASEPSIE. — A^'TISEPSIE.
Fine-douce, de Syrie. — Fine-dure grecque. — Fine Antilles. — Venise et éponge grass, dite d'Afrique.
L'éponge douce de Syrie, en raison de son prix élevé (1200 à 1500 francs le kilog.), ne se trouve que très rarement dans les services hospitaliers. On la considère comme éponge de Iu\e et son usage ordinaire est celui de la toilette.
La fine-dure grecque est, certainement, la variété la plus solide; son tissu fin et compact est rude au loucher. Sa grande résistance aux agents chimiques et, d'autre part, son prix peu élevé la rendent avantageuse pour l'usage chirurgical.
Son pouvoir absorbant, un peu inférieur à celui des autres sortes, est néanmoins remarquable; elle absorbe en moyenne de 20 à 25 l'ois son poids de liquide. Cauvet lui préfère l'éponge de Salonique, qui est plus douce, tout en étant aussi fine.
La fine Antilles est très légère et très douce; malheureusement elle est peu solide. Son pouvoir absorbant est considérable. Les petites éponges de cette variété absorbent jusqu'à 40 et même 50 fois leur poids de liquide. Leur prix peu élevé permet de les remplacer facilement.
L'éponge de Venise est très estimée. Elle est souple, solide et de forme très régulière. Son prix de revient varie de 0 fr. 10 à 0 fr. 25. Même pouvoir absorbant que pour l'éponge grecque.
L'éponge grass, dite à tort éponge d'Afrique, est pêchée aux Antilles. Son pouvoir absorbant se rapproche beaucoup de la fine Antille; comme elle aussi, elle est peu solide et doit être rejetée de l'usage chirurgical.
Avant qu'elles soient livrées au commerce, les éponges subissent plusieurs traitements destinés à les débarrasser des matières étrangères qui les souillent. C'est d'abord le lavage à grande eau, dans un vaste appareil à déplacement, dont le fond est à claire-voie. Cette opération, pour être menée à bien, exige une provision d'eau considérable. On exprime ensuite les éponges à la main, ou mieux, à travers un système de cylindres revêtus d'une gaine de caoutchouc. Ce traitement, renouvelé i)lusieurs fois, élimine la majeure partie des impuretés (sable, gravier, débris de polypiers, mucus, etc.) qu'elles renferment au retour de la i)êche.
înunédialement après avoir été lavées, les éponges encore humides
STÉRILISATION DES ÉPONGES
sont introduites dans de grands paniers d'osier blanc à larges mailles et trempées dans un bain froid de permanganate de potasse au centième. On les laisse séjourner dans ce bain, pendant 55 à 50 minutes, de façon à bien imprégner leur partie médiane de permanganate; on les relire lorsque la réduction est à peu près complète et on les plonge dans un nouveau bain ainsi composé :
On brasse la masse, à plusieurs reprises, avec une longue spatule pour faciliter le renouvellement des surfaces et l'on obtient un changement de coloration presque instantané; les éponges passent, presque sans transition, du brun foncé au blanc le plus pur.
Quel que soit le procédé de décoloration employé, les éponges ne conservent pas bien longtemps leur teinte primitive; elles prennent peu à peu, sous l'influence de la lumière, une teinte grise, qui s'accentue avec le temps.
La taille termine la série des manipulations, en supprimant les irrégularités et en augmentant leur valeur commerciale.
Les éponges destinées à la chirurgie sont nettoyées à nouveau, puis aseptisées.
Nous exposerons en détail la méthode généralement suivie dans les hôpitaux de Paris et nous terminerons par un rapide exposé des autres procédés actuellement en usage en France et à l'étranger.
Dumouthiers. — C'est celui qui était naguère suivi, à peu de chose près, dans la pratique des hôpitaux parisiens.
i" On bat les éponges neuves, une à une, avec un maillet de bois, pour enlever toutes les particules calcaires qu'elles peuvent contenir, et que les marchands ont intérêt à laisser pour en augmenter le poids.
2° On les lave dans l'eau tiède (50 à 60°), jusqu'à ce que la matière verdâtre ait complètement disparu. On trouve ainsi, au fond de la terrine qui sert au lavage, des particules calcaires qui ont résisté au battage. On fera bien de continuer les ablutions d'eau tiède, jusqu'à ce que ces petits cailloux aient disparu.
3° Après avoir été exprimées, elles sont placées dans une solution froide de permanganate de potasse au centième, où elles restent de quarante cinq à soixante minutes.
Sol. de bisulfite de soude du commerce. .
Acide clilorliydrique
Eau pure
ÔOO 10.000
ASEPSIE. — ANTISEPSIE.
En général, l'oxydation des matières organiques est complète au bout de ce temps réservé au blanchiment des éponges neuves.
On se sert à peu près du même procédé pour celles qui ont déjà servi ; avec cette différence, cependant, qu'il est bon, aussitôt l'opération terminée, d'enlever par des lavages à l'eau bouillante tout le sang et autres matières qu'elles peuvent contenir. Lorsqu'on s'est assure de leur propreté relative, on les exprime et on les expose à l'air libre, pour faire disparaître l'humidité qu'elles contiennent.
On les conserve ainsi jusqu'à la veille de l'opération. Le battage est alors supprimé ; mais on est souvent obligé de les plonger une seconde fois dans une solution de permanganate, la première ayant été complètement réduite.
Le bisulfite de soude, l'acide chlorhydrique et la li^^ueur de Van Swieten s'emploient comme précédemment.
Les éponges préparées de cette façon sont privées de tous les germes et spores pouvant donner lieu à des complications après l'opération.
4» Lavées de nouveau, elles sont jetées dans une solution dé bisulfite de soude au deux centième, à laquelle on ajoute un peu d'acide chlorhydrique.
Ce dernier doit être employé avec beaucoup de ménagements; souvent même, le bisulfite de soude dégage suffisamment d'acide sulfureux pour obtenir l'effet voulu.
Dans ce cas, on laissera de côté l'acide chlorhydrique qui attaque les éponges et les dissocie. '
Aussitôt le blanchiment obtenu, elles sont lavées plusieurs iois à l'eau froide et conservées, pendant douze heures, dans Ja liqueur de Van Swieten.
L'eau dont on se sert, dans toutes ces manipulations, doit avoir été bouillie auparavant.
Les opérations précédentes doivent donc être faites treize ou quatorze heures avant l'emploi des éponges, et on doit ^'en servir aussitôt Jeur sortie de la solution de sublimé. Tel est le mode opératoire.
Troifontàines soumet les éponges à une préparation longue et compliquée.
Terrier recommande le procédé suivant : On pile soigneusement des éponges neuves et fines. On les plonge pendant une heure ou deux, dans de l'acide chlorhydrique dilué (acide chlorhydrique pur 20 gr.; eau 1000). On les lave ensuite à grande eau jusqu'avec qu'elles ne soient phis acides. On les laisse vingt minutes dans une solution à 10 pour 100 tle permanganate de potasse. Enfin, on les plonge pour les blanchir, dans une solution ainsi composée :
Acide chlorliyih'ique liisiillUe de soiid(! .
Eau
20 gr.
(iO gr.
5 litres.
STÉRILISATION DES ÉPONGES. 39
Ces éponges sont ensuite placées dans l'eau bouillante, puis dans une solution de sublimé à 1 pour 5000.
Mélltode actuelle des hôpitaux. — Les éponges battues au maillet de bois sont complètement débarrassées des coquilles et autres impuretés qu'elles peuvent encore retenir. Ou les met tremper pendant quelques heures dans une solution faible (1 à 2 pour 100) d'acide chlorhydrique pour parfaire l'œuvre du maillet et les assouplir. On les lave à grande eau et on les plonge dans une solution de permanganate de potasse à 4 pour 1000.
Dès qu'elles ont pris une coloration brun foncé, on les retire de ce bain, on les exprime et on les plonge dans une solution de bisulfite de 'soude ainsi composée :
Solution de bisullîle de soudo Acide chlorhydrique. . . .
Eau bouillie
La décoloration est obtenue en quelques minutes.
Les éponges, débarrassées par lavage et expression de toute trace d'acide sulfureux, sont conservées, pour l'usage chirurgical, dans une solution d'acide phénique pur à 5 pour dOO.
A la clinique chirurgicale de l'hôpital Necker, on a, depuis quelque temps déjà, remplacé l'acide phénique par le formol; les éponges blanchies à l'acide sulfureux sont plongées pendant 24 heures dans une solution de formol au centième, exprimées et conservées pour l'usage dans des bocaux stérilisés et bien bouchés. On obtient ainsi des éponges absolument aseptiques, qui ont, en outre, le grand avantage de ne pas se colorer sous l'influence de la lumière, comme cela a lieu avec l'acide phénique (Michel).
Procédé de Poupinel. — Poupinel, après avoir blanchi les éponges . à l'acide sulfureux, conseille de les porter, encore humides, à ime température de 60 à 80 degrés. On renouvelle ce traitement au bout de 24 ou 48 heures.
Procédé de Lister. — Dans sa leçon du 18 janvier 1895 au King's Collège hospital de Londres, J. Lister expose ainsi sa méthode : « Les éponges sont lavées au savon, puis à la soude, à l'eau pure,
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puis exprimées et plongées dans une solution phéniquée à 5 pour 100. On les retire au fur et à mesure des besoins. Après une opération à l'hôpital ou dans la clientèle, les éponges qui ont servi sont plongées dans un récipient rempli d'eau où on les laisse se putréfier. La fibrine adhérente au tissu des éponges devient liquide par la putréfaction; on les lave jusqu'à ce que l'eau ne soit plus colorée en rouge et on les plonge dans la solution phéniquée. »
« Ces faits suffiront, j'espère, continue sir J. Lister, pour nous convaincre qu'il n'est pas nécessaire de gaspiller ces objets qui ont une certaine valeur et qu'il est inutile de leur substituer du coton stérilisé ou quelque autre tissu, matériaux incomparablement inférieurs aux éponges pour absorber le sang. »
On remarquera que sir J. Lister utilise plusieurs fois les mêmes éponges, ce qui n'est peut- être pas bien prudent (asepsie en chirurgie, traduit par Debersagues).
Procédé de Schimmelbusch. — Les éponges, nettoyées par le procédé ordinaire, sont enfermées dans un sachet spécial et exprimées. On les immerge ensuite dans une solution bouillante de lessive de soude au centième et on les laisse une demi-heure. Le sachet est exprimé et lavé à l'eau chaude pour débarrasser le=-' éponges de la soude qu'elles contiennent. On les conserve dans un liquide antiseptique, le sublimé de préférence, l'acide phénique ayant l'inconvénient de les colorer en brun.
Si l'on emploie le sublimé, il faut éviter de; se servir de l'acide sulfureux pour blanchir les éponges, car elles noirciraient j)ar suite de la formation de sulfure de mercure.
Procédé de Rœser. — [Archives de médecine milUaire, août 1891.)
Après avoir débarrassé l'éponges de leur sable, et de leurs débris calcaires, on les lave à l'eau distillée additionnée de 20 gouttes par litre d'une solution de soude caustique à 1/10, on les rince à plusieurs reprises à l'eau distillée chaude et on les plonge, après les avoir exprimées, dans de l'eau bromée préparée en ajoutant 30 grammes d'eau saturée de brome à 1000 ce. d'eau distillée. On retire les (■'ponges de celte solution; après complète décoloration de l'eau, on les exprime et on recommence ce traitement jusqu'à ce que l'éponge soit complètement blanche.