EFFETS PHYSIOLOGIQCES DU MASSAGE
D'après les spécialistes, dont les travaux servent de base à cet exposé, le premier effet du massage est la disparition de la douleur. A cet effet analgésique vient s'ajouter l'effet antiphlogistique. Il arj'ive que, dès la troisième séance et même avant, l'opérateur peut se rendre compte d'un changement réel dans la consistance des masses paramétritiques.
Le massage, à condition d'être léger et de courte durée, active la circulation et empêche les stases sanguines ; en effet, le D' Colombo* de Turin, en contrôlant les travaux de Jabludowski et Kleen, sur les modifications de la pression sanguine par le massage, a constaté que lorsque le massage est doux, il se produit « une vaso-constriclion dans la région massée et une très faible augmentation de la pression sanguine ».
Le massage énergique produit l'effet inverse, les hémorrhagies sont augmentées. M. Colombo a constaté dans le massage vigoureux de la
1. Action du massage physiologique sur la pression sanguine chez l'homme.
région abdominale « une forte dilatation des vaisseaux profonds ».
M. StapferS d'autre part, prétend avoir observé dans l'utérus les phénomènes successifs suivants : « Que le massage soit doux ou énergique, il se produit, dans la grande majorité des cas : 1" une turgescence, une sorte d'érection de l'organe qui s'élargit, et dont les cornes s'accusent; 2" une contraction pendant laquelle l'utérus se rapproche de la forme sphéroïdale; 5° une diminution parfois considérable de l'utérus redevenu mou ».
C'est dire qu'il y a toujours au début une congestion de l'organe, qui disparaît d'autant plus rapidement que le massage est plus doux. Le massage agit en même temps sur l'innervation des vaisseaux, sur la musculature et les muqueuses des organes, et ce qui est d'une importance capitale, sur les ligaments de l'appareil génital.
Il est possible que le massage ait parfois pour effet de produire l'érection, suivie de la contraction temporaire, et enfin d'une rétraction plus ou moins permanente, mais ceci est entièrement dépendant de la sensibilité des sujets et ne saurait être assimilé à un principe général.
Les femmes dont la muscuiature des viscères et des ligaments pelviens est atone — et ce sont les malades les plus heureusement modifiées par le massage — sont, à notre avis, très réfractaires, au début, aux manipulations actives et résistent très longtemps au massage. Ce n'est qu'à la longue qu'il est possible de surprendre un effort réactioimel des organes et un changement dans leur tonus. Il faut de nombreuses séances pour arriver à réveiller la contractilité lente et paresseuse de l'utérus et de ses ligaments. Et lorsqu'on parvient à constater des moditications heureuses dans l'attitude de l'utérus, c'est bien moins un phénomène physiologique immédiat qui est perçu au cours du massage, qu'une série d'améliorations qui se sont produites obscurément dans l'intervalle des séances. Dans les tentatives que nous avons faites, à la suite des conseils de notre ami, le D' Prochownick, nous n'avons jamais pu observer et fixer aussi nettement ces phases physiologiques successives, dont parlent quelques auteurs. On comprendra môme que ces modifications produites, dans l'espace de dix, quinze, vingt minutes, soient fort délicates à saisi7\
i. La kiuésiUiérapie gynécologique. Aiiit. degyii. cl d'obst., août, septembre, 1802.
Encore quelques mots concernant l'action du massage sur la température, le pouls, la respiration et les glandes.
D'après M. Colombo la température de la peau de la région massée s'élève: généralement cette élévation ne dépasse pas 2 à 5 dixièmes, môme dans les cas où le massage est fait très énergiquement. « La température rectale diminue ou reste même stationnaire après le massage des régions périphériques; par un massage énergique de l'abdomen, la température rectale s'élève, et peut atteindre jusqu'à un degré, après dix, onze minutes de traitement. »
Dans les cas où la pression diminue le pouls devient plus fréquent. M. Coloml)o a pu compter, dans quelques cas de massage vigoureux, jusqu'à 100 pulsations. Dans les cas où la pression est augmentée, notamment après un fort massage de l'abdomen, les pulsations diminuent en nombre et tombent à 60, même à 55.
Les variations de la respiration sont les mêmes, et se produisent dans les mêmes conditions que celles du pouls.
Quant à l'action du massage sur les sécrétions de différentes. . glandes (suc gastrique, bile, salive, urine, sperme, sueur) M. Colombo arrive à cette conclusion que « le massage appliqué localement dans la région correspondant à chaque glande, produit une augmenlation des éléments spécifiques de chaque sécrétion, et, d'une façon encore plus considérable, une augmentation de Veau dans laquelle ces éléments sont dissous. »
EFFETS rHYSIOLOGIQUES DE l'ÉLÉVATION VISCÉRALE.
L'élévation viscérale produit d'abord le rétablissement de la tonicité dans tout l'appareil ligamenteux qui enveloppe l'utérus.
D'autre part l'élévation détermine pour les prolapsus l'involution de l'utérus hypertrophié.
Par comparaison de la séreuse tubo-ovarienne avec la plèvre et insistant sur l'importance de l'intégrité de la première — ce qui se voit assez rarement en gynécologie — l'élévation jouerait, dans le massage, un rôle capital. Cela est incontestable, mais il faut ajouter à l'élévation la série des déplacements variables qu'on peut
imprimer à l'utérus, les tractions, les pressions qui, appliquées aux exsudais résistants et aux annexes captives dans ces exsudais, concourent à dégager les organes et à leur restituer leur indépendance et leur siège physiologiques.
Technique du massage.
La technique du massage étant assez compliquée, on ne doit jamais le confier à une personne étrangère aux choses de la médecine et peu familière avec l'anatomie.
Cette remarque est d'autant plus importanle que, bien souvent, on peut voir des gens qui s'affublent pompeusement du titre de « masseurs », et qui sont absolument ignorants des données élémentaires de l'anatomie, masser au hasard et dans le sens inverse de la circulation veineuse.
Le massage, dans ces conditions, ne fait, bien entendu, que déterminer des congestions et des œdèmes; ses effets sont d'autant plus désastreux que la malade ne croit plus à l'action thérapeutique du massage et refuse désormais de s'y soumettre.
Ces quelques considérations acquièrent une plus grande importance lorsqu'il ne s'agit plus du massage général, mais du massage gynécologique, qui exige une délicatesse tout à fait particulière.
Ceci dit, arrivons à l'exposé de la technique.
Pour pratiquer le massage, on fait coucher la malade sur une chaise longue, ou sur le fauteuil gynécologique : si l'on se sert de ce dernier il faut mettre la femme dans la position sacro-dorsale; si c'est la chaise longue qu'on préfère, on soutiendra les i-eins à l'aide d'un coussin et l'on fournira aux pieds un appui solide.
D'une façon générale, on doit veiller à ce que la pression soit douce, au début, et que la dépression des tissus dans la profondeur se fasse lentement et progressivement. D'autre part, la pression doit s'exercer avec les extrémités des doigts, ou bien avec la paume delà main ; on pourra aussi masser avec le dos de la main et la partie dorsale des doigts; ceci pour le massage extéi' leur.
Le massage intérieur dont les effets sont de beaucoup les plus innportants, est divisé par Prochnwnick (de Hambourg)', en actif et passif; le premier est fait par le médecin lui-même, le second est exercé à l'aide de divers instruments.
C'est sur le premier qu'il faut s'arrêter tout d'abord.
Massage actif.
a) Le massage actif se fait avec les deux mains : la main intérieure est celle dont les doigts sont introduits dans le vagin, ou dans le rectum, ou dans les deux à la fois; ■ — la main extérieure est celle qui sert à presser sur les parois abdominales.
Pour le massage intérieur actif, Prochownick applique les quatre procédés suivants :
1° Effleurage;
2° Pétrissage;
3" Un mouvement combiné de pression et de traction ; 4" Élévation.
Dans Veffleurage, la manœuvre consiste à effleurer les tissus avec l'extrémité des doigis.
Cette manœuvre est répétée plusieurs fois de suite; de 8 à 10 fois au commencement du traitement et, plus tard, jusqu'à 20 fois.
On commande à la malade de relâcher le plus possible les parois abdominales; on les déprime lentement et progressivement, dans la profondeur, jusqu'à ce que l'on sente les organes qui se trouvent ainsi saisis entre les deux mains.
Il nous a souvent paru fort difficile d'arriver à exécuter ces diverses formes de massage avec la main extérieure, chaque fois qu'il s'est agi d'atteindre des régions profondes. 11 est rare que l'abdomen soit suffisamment dépressible, la paroi assez mince et assez flasque, enfin suffisamment complaisante pour cela.
Au contraire, quand il s'agit du corps de l'utérus ou d'une salpingo-ovarite adhésive, des manœuvres combinées de la main intérieure avec la main extérieure sont généralement possibles, et