TAMPONNEMENT VAGINAL
Emmet a écrit cette phrase qui semble bizarre au premier abord : « Peu de médecins savent appliquer un tampon ». L'assertion est cependant exacte. Il est inutile d'ajouter qu'il est facile d'apprendre à pratiquer le tamponnement vaginal.
Indications. — Les indications du tamponnement sont variées. Il faut ajouter que l'introduction d'un ou de plusieurs tampons dans le vagin peut être faite dans des buts divers, et exige par suite une technique différente.
Dans certains cas, il s'agit d'exercer une action mécanique sur l'utérus. 11 faut soutenir la matrice dans une position déterminée, ou comprimer le segment inférieur de l'utérus. Les flexions, les versions utérines, peuvent exiger un tamponnement provisoire du vagin. Il est bon de maintenir l'utérus à l'aide des tampons pendant le premier mois qui suivent l'opération d'Alexander ou la laparo-hystéropexie.
Après une opération sur le col, une hémorrhagie peut se produire. Le tamponnement vaginal mettra fin à cette perte de sang.
Dans d'aulres circonstances, on désire maintenir dans la cavité
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utérine un pansement ou un corps étranger. On place alors quelques tampons dans le vagin. C'est ainsi qu'il est nécessaire de tamponner le vagin pour mettre obstacle à la sortie d'une laminaire introduite dans la cavité utérine.
Ailleurs on a en vue une action thérapeutique, soit sur la muqueuse du vagin, soit sur celle du col.
La vaginite peut être traitée par des applications de tampons imbibés de poudre ou d'une pommade. Une gaze enduite d'onguent napolitain (1 partie pour 5 d'axonge), de vaseline sublimée ou boriquée, etc., peut être utile dans certaines inflammations vaginales. Des tampons iodoformés permettent de faire le meilleur pansement du cancer du col utérin.
Il est nécessaire parfois de dilater graduellement le vagin. Ce temps préliminaire à l'opération d'une fistule vésico-vaginale est exécuté à l'aide de tampons antiseptiques.
Dans quelques cas, les tampons imbibés de certaines substances liquides sont destinés à augmenter les sécrélions, à activer les phénoniènes d'osmose. Les tampons glycérinés agissent ainsi.
Entin, le tamponnement le plus fréquemment employé est celui qui a pour principal objectif l'antisepsie vaginale.
G. Engelmann a mis en relief les avantages du tampon. C'est, dit ce gynécologue, le facteur le plus important du traitement, pour les raisons suivantes :
1° Il agit comme topique, par l'intermédiaire des médicaments dont il est chargé ;
2" Il agit comme support mécanique et comme compresseur de l'utérus;
3" Il fixe et soutient les parties; il leur procure du repos, les nettoie et les rend aseptiques, en absorbant les sécrétions;
4° Il protège et isole les tissus. Il empêche ainsi les frottements et les irritations consécutives.
Tampons. — On s'est servi de substances diverses pour préparer les tampons.
Le coton hydrophile est d'un usage assez répandu. Rien n'est plus mauvais qu'un tampon fait avec du coton hydrophile. Il ne tarde pas à devenir dur et impressionne désagréablement la muqueuse vaginale. Il n'agit plus comme un corps isolant en
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diminuant les frottements, mais comme un corps étranger qui irrite les parties avec lesquelles il est en contact.
Il vaut mieux se servir soit d'étoupc ou d'ouate ordinaire stérilisée, soit de gaze antiseptique pour pratiquer le tamponnement du vagin. Ces substances absorbent et retiennent les liquides sans se durcir, comme le coton hydrophile.
Tout tampon doit être souple et aseptique. La souplesse est facile à obtenir par l'emploi de l'étoupe, de l'ouate et des gazes. Il suffit de ne pas trop les tasser.
Les dimensions des tampons varient suivant le but que l'on vise. S'agit-il de bourrer la cavité produite par une curette qui a enlevé (les fongosités carcinomaleuses du col? Les tampons d'éloupe ou d'ouate seront de la grosseur d'une aveline, d'un œuf de pigeon. 11 en faudra mettre une grande quantité.
S'il est question de soutenir l'utérus, les tampons peuvent avoir un volume plus considérable.
D'ordinaire ils ont environ 5 ou 4 centimètres de long sur autant de large. On les enveloppe d'une gaze iodoforméeel un fil un peu fort est fixé à leur partie moyenne. Ce fil solidement attaché au tampon est assez long pour pouvoir être saisi entre les grandes lèvres par la malade elle-même.
Quand celle-ci doit se rendre chez le médecin, qui a quelques raisons de douter de la sincérité de sa cliente, il est inutile de mettre un lien autour du tampon. On évitera ainsi les chances les plus improbables de contamination extérieure et on aura toute garantie contre la possibilité de rapports sexuels inlcmpeslifs et dangereux.
Ce tampon d'ouate recouvert de gaze iodoforméc pourra être trempé dans des liquides divers (glycérine iodoforméc, etc.), ou saupoudré de poudres médicamenteuses variées.
Quand il existe quelques douleurs on trempera le tampon dans le mélange suivant :
Salol
Chloral
Vaseline ou glycérine
10 grammes.
tO — tOO —
Pour maintenir l'antisepsie vaginale, dans l'intervalle des irriga-
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tions, on aura tout avantage à se servir de gazes préparées comme il a été dit.
La gaze créolinée est mauvaise et ne donne aucune sécurité.
La gaze salolée peut être utilisée dans certains cas.
Lorsque l'iodoforme a produit quelques phénomènes d'intolérance, ou que l'odeur d'iodoforme que les malades portent constamment avec elles leur est devenue intolérable, pour des motifs faciles à comprendre, on sera obligé de lui substituer une autre substance antiseptique. Le salol reprend alors ses droits. Mais il faut répéter que la gaze salolée s'altère rapidement dans le vagin et ne procure qu'une antisepsie relative. Somme toute, la gaze salolée est insuffisante.
A notre avis, la gaze iodoformée occupe, d'une façon indiscutable, le premier rang dans la catégorie des gazes antiseptiques. On peut la laisser séjourner sans crainte, pendant plusieurs jours, alors même qu'il y a des sécrétions vaginales ou utérines abondantes.
On peut conseiller un procédé fort simple aux malades qui se tamponnent elles-mêmes : tremper l'extr émité du tampon dans de la vaseline ou de la glycérine, suivant les cas, puis dans de l'acide borique finement pulvérisé.
Technique. — A. Tamponnement antiseptique avec de la gaze iodoformée. — L'irrigation est terminée. Le cul-de-sac postérieur a été séché; la femme est dans le décubitus dorsal. Une valve déprime la paroi postérieure du vagin et le périnée. On introduit, à l'aide d'une pince à pansement, une ou deux longues bandes de gaze iodoformée dans le vagin, sans trop les tasser. Il suffit d'ùter la valve et tout est terminé.
B. Tamponnement fait dans un but thérapeutique. — Un tampon de quelques centimètres de long sur 5 ou 4 de large, est préparé avec ou sans fil.
La femme est dans la même position que précédemment.
On peut se servir d'une valve ou s'en passer. La valve déprime le périnée et permet la facile introduction du tampon, jusque dans la partie la plus reculée du vagin, avec une longue pince. Si l'on ne se sert pas de valve, il est plus difficile de mettre le tampon. Voici comment il faudra s'y prendre :
On met un ou mieux deux doigts dans le vagin. On déprime la
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commissure postérieure, la paroi postérieure du vagin et le périnée. On a soin d'exercer la pression non seulement au niveau de la vulve, mais profondément. 11 faudra que la sangle musculaire formée parle releveur anal soit abaissée avec les doigts. On dit à la malade de respirer largement, et on profite d'une profonde expiration pour glisser rapidement le tampon au dessus des doigts, en ayant soin de ne pas l'accrocher aux poils et aux parois vulvaires. Le tampon sera introduit d'un seul coup jusqu'au delà de la sangle musculaire.
Tant qu'il n'a pas l'ranchi ce détroit, il n'est pas définitivement dans le vagin. Il ne demande qu'à sortir et ne peut qu'incommoder la femme.
Le tamponnement destiné à agir par compression doit être pratiqué d'une autre façon. 11 en est de même quand les tampons ont pour usage d'obstruer un cratère cancéreux.
La femme est mise dans le décubitus dorsal ou dans la position genu-pectorale. Une ou deux valves écartent les parois vaginales et mettent largement le col à découvert.
Des petits tampons d'étoupe ou d'ouate très iodoformés sont préparés d'avance en grande quantité. S'il y a une hémorrhagie un peu abondante, on pourra imprégner quelques tampons d'une solution de perchlorure de fer.
Avec une longue pince à pansement, on porle un tampon dans la cavité, on l'aplatit dans un des coins et on remplit cette cavilé d'un nombre variable de tampons semblables. Ils devront être légèrement pressés mais non pas tassés avec trop de vigueur. Les tampons, également iodoformés, sont disposés méthodiquement dans les culsde-sac vaginaux. 11 faudra que la pression exercée soit douce, modérée et égale partout. On dilatera plus volontiers le vagin dans le sens transversal que d'arrière en avant, afin d'éviter la compression de la vessie et du rectum. On ne doit laisser aucun vide entre les tampons qui seront mis en haut, en bas, sur les côtés et légèrement comprimés. Le tamponnement n'atteindra pas l'orifice vulvaire, si l'on veut qu'il soit bien supporté.
Un tel tamponnement ne pourra être ôté que par un médecin.
Le tamponnement est gardé 24 heures, en général.
Si le tamponnement n'a qu'un but antiseptique, il restera pendant les heures qui séparent deux injections. On mettra donc des tampons ou mieux des gazes iodoformées une ou deux fois par jour peu-
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dant toute la période d'antisepsie pré-opératoire. La gaze sera enlevée pour que l'on fasse l'injection antiseptique, immédiatement après, une autre gaze iodoformée prendra la place de la précédente.
La nécessité de continuer l'asepsie vaginale après les opérations sur le vagin et l'utérus est reconnue par tous les gynécologues. Quand il existe des sutures sur les parois vaginales ou sur le col, on devra s'abstenir de pratiquer des injections vaginales, de peur de distendre les parois et de provoquer la désunion des plaies. L'asepsie sera maintenue à l'aide des gazes iodoformées pendant une période qui ne devra pas être inférieure à dix ou douze jours. La première gaze iodoformée sera enlevée 48 heures après l'opération. Les autres resteront trois jours sans aucun inconvénient.
Le tampon non iodoformé doit être changé toutes les 56 ou 48 heures.
Il faudra continuer le tamponnement du vagin non seulement après la cicatrisation parfaite des plaies mais pendant toute la période de repos que l'on désire imposer à l'appareil génital.
Le tampon, nous l'avons dit, est le gardien et le témoin de la sagesse génitale de la malade.
Sous le nom de columnisation on décrit une sorte de tamponnement ou de bourrage du vagin, suivant une expression relevée dans un travail récent.
J. Etheridge attribue à Bozeman cette méthode désignée à tort sous le nom de traitement de Taliaferro. Nous ignorons si cette revendication de priorité est justifiée, mais nous pouvons affirmer avoir vu, depuis de nombreuses années, des chirurgiens français mettre des tampons glycérinés dans le vagin et ajouter ensuite quelques tampons secs.
Dès le début de notre pratique gynécologique, il y a douze ans, nous avons, d'une façon habituelle, employé le tampon glycériné qui était maintenu en place par une, deux ou trois gazes anliseptiques dans le but de distendre les culs-de-sac du vagin.
Quoi qu'il en soit, voici, d'après Pellerin, la technique de Taliaferro :
Cet auteur faisait placer ses malades dans la position genu-pectorale et introduisait avec une longue pince à pansement deux ou trois plumasseaux imbibés de glycérine, puis remplissait le reste du
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vagin avec des tampons secs de laine finement cardée bien tassée. La vulve naturellement était libre pour permettre la miction. D'après Taliaferro, la laine est supérieure au coton parce qu'elle est plus élastique. Cetle laine a été préalablement trempée dans une solution phéniquée, puis soigneusement exprimée.
Il est certain que l'acide phénique peut produire des ulcérations et irriter la muqueuse vaginale.
Nous préférons tremper simplement un tampon d'étoupe stérilisée dans un mélange de glycérine iodoformée et placer ensuite dans le vagin quelques tampons secs de gaze iodoformée légèrement tassée.
Somme toute, le procédé décrit sous le nom de columnisation est ancien. Le mot seul est nouveau.
Il y a quelques années, Wernitz donnait le conseil de bourrer le vagin d'après un procédé analogue, et de combiner cette méthode de traitement des affections péri-utérines avec une compression élaslique et continue portant sur la partie inférieure de l'abdomen préalablement recouverte d'ouate.
Antisepsie intestinale avant et après les opérations.
L'antisepsie intestinale doit être l'objet de quelques considérations. N'est-il pas de règle qu'on s'en occupe toutes les fois qu'on pratique une opération chirurgicale? Le gynécologiste a des raisons spéciales pour ne pas se désintéresser de l'état du tube digestif chez les malades qui doivent subir une intervention comme la laparotomie ou l'hystérectomie. C'est qu'en effet le traumatisme porte son action sur la zone péritonéale et parfois sur une portion plus ou moins étendue du paquet intestinal.
Une première considération devrait être suffisante pour déterminer l'opérateur à faire évacuer le contenu du tube intestinal et à en obtenir, autant que faire se peut, l'asepsie : c'est qu'une déchirure intestinale peut survenir à l'improviste, pendant le cours d'une opération, au moment de la rupture d'une adhérence par exemple. 11 n'est