‹ Introduction a la pratique gynécologiqueChapitre 93 sur 170 · DOULEUR · texte numérisé non relu

DOULEUR

d'une façon insidieuse et peu compréhensible, à moins de beaucoup de réflexion et d'étude de la part de l'observateur.

Les phénomènes douloureux, éprouvés au cours de la menstruation difficile, de la grossesse et de l'accouchement constituent déjà un tableau précieux à consulter et un ensemble de notions utiles pour le gynécologue. Le spasme douloureux, la colique utérine des jeunes iilles nerveuses et mal réglées dépend presque toujours d'un obstacle mécanique (fluxion chez les nerveuses ou muqueuse épaisse et turgescente chez les strumeuses) sur lequel le muscle exerce son effort, pour hâter l'expulsion du sang, d'un caillot, d'un bouchon muqueu.v. La douleur est due au contact brutal du corps à expulser, sur une muqueuse malade ou morbidement irritable, hyperesthésiée, comme peut l'être toute zone sensitive chez les névropathes. Le muscle lui-même peut, par voie de propagation, avoir subi le contre-coup de l'état morbide de la muqueuse et n'être pas étranger à l'impression sensitive qui accompagne sa contraction, qu'il s'agisse d'inflammation ou d'hyperesthésie.

Si nous jugeons par comparaison, nous croyons que dans les sensations pénibles du début de la grossesse, on retrouve les eflets du poids de l'utérus et des tiraillements éprouvés par les ligaments : tension, sensation de plénitude douloureuse chez certaines femmes, fatigue lombaire ou lombo-sacrée, liée à l'irritation des filets sensitifs logés dans l'intérieur des ligaments utéro-sacrés. Ces phénomènes réflexes douloureux ou fonctionnels, d'origine irrita tive ou congestive, sont le signe de l'ébranlement spasmodique des organes dépendant du même plexus hypogastrique.

La douleur ovarique pouvant aller jusqu'à la névralgie vraie a été retrouvée chez les femmes enceintes par Chaignot, lîudin. Celle des filets coccygiens n'est pas très rare et les douleurs pelviennes profondes attribuées aux compressions exercées par les parties dures du fœtus, dans la fin de la grossesse, sont de règle chez les multipares, dont l'utérus ample et affaibli ne contient pas étroitement l'œuf dans un moule tendu et régulier. Les irradiations fessière, crurale, lombo-abdominale sont ici fréquentes.

Les tumeurs, les inflammations chroniques, les hyperplasies diffuses ou localisées des organes génitaux donnent lieu aux mômes sensations et celles-ci s'augmentent encore de l'altération morbide des filets nerveux compris dans les zones affectées ou comprimées.

320 SÉMÉIOLOGIE GÉNÉRALE

L'accouchement résume, dans ses diverses pliases, la série la plus complète des phénomènes douloureux relevant de la sphère génitale.

L'importance réelle de la douleur, chez les femmes malades, est surtout dans ce fait qu'elles en font la condition sine qua non du traitement et la preuve de la guérison. C'est au plus ou moins de douleur qu'elles mesurent le plus ou moins de danger, de gravité de la maladie. Il est parfois plus difficile de convaincre de la nécessité d'une opération une patiente affectée d'un épithélioma du col, déjà étendu, dont elle ne soutire pas, que celle dont tout le mal consiste dans un noyau de périovarile, dans un exsudât déjà ancien converti en une hride cicatricielle douloureuse.

La discrétion que le médecin met hahiluellement dans l'appréciation d'un mal assez grave pour devenir rapidement mortel, est souvent prise pour de l'hésitation et on voit des malades, sérieusement prévenues du péril qu'elles courent, attendre néanmoins l'apparition des douleurs pour revenir se soumettre à un nouvel examen; et souvent alors il est déjà trop tard.

D'autre part, la douleur doit être un sujet de préoccupation sérieuse pour le thérapeute. Toute femme qui, après une opération, continue à souffrir, ne peut consentir à se considérer comme guérie. Que d'échecs partiels, dans les résultats opératoires, qui tiennent à ce que le gynécologue a négligé un détail en relation avec les symptômes douloureux éprouvés par la malade! Quelque suhjective que puisse être une sensation douloureuse, il faut bien s'accorder sur ce [)oint qu'elle trouve son origine, son prétexte si l'on veut, dans une anomalie d'ordre pathologique. Si minime que soit ce prétexte, comparé à la perception exagérée que témoigne la patiente, il importe qu'il disparaisse.

La recherche et l'appréciation des phénomènes douloureux veulent donc être conduites par le clinicien avec un tact et une patience extrêmes. De même, dans le choix du traitement local ou général il doit tenir un grand compte de la réalisation de cet objectif : faire disparaître tout symptôme pénible. Or, si l'on considère combien vagues sont les renseignements fournis à cet égard par les malades, on se convaincra aisément de la nécessité d'y suppléer par une analyse minutieuse.

C'est en vain que l'on recherche, dans les auteurs, un exposé complet du sujet ainsi envisagé. Courty est un de ceux qui s'en sont

Page 1