G. -T. Fechner, Elemente der Psychophysik, I, p
2. Leibniz, Troisième éclaircissement du système nouveau, etc.
3. Le phénomène découvert par HuygUens était celui de la résonance.
LE PRINCIPE DU PARALLÉLISME
deux horloges. Leur accord ou sympathie arrivera aussi par une de ces trois façons...» Reste une quatrième façon que Leibniz aurait « oubliée ». Les deux horloges s'accordent perpétuellement, selon Fechner, parce que, à la vérité, elles n'en forment qu'une. Cette horloge est matière pour l'observateur qui l'examine du dehors. « Vue du dedans, elle se manifeste à elle-même comme esprit1. »
Le « monisme » est encore populaire. Il retardait, à la vérité, sur le mouvement de la pensée. Alors que les « savants » demeuraient fidèles, dans leur immense majorité, aux doctrines du xvnc siècle, les «philo sophes » avaient rejeté depuis longtemps le dualisme cartésien. « Je vois cette cerise, avait dit Berkeley2, je la sens, je la goûte... Supprimez les sensations de douceur, d'humidité, de rougeur, d'acidité, et vous supprimez la cerise. Puisqu'elle n'est pas une existence distincte des sensations, je dis qu'une cerise n'est rien de plus qu'un aggrégat d'impressions sensibles. » Ces remarques étaient décisives. La thèse qu'elles enveloppent est celle de l'idéalisme critique. Elle consiste à affirmer que le contenu de la conscience est homogène3. Toute donnée est de fait une donnée sen~
1. « Nous sommes donc autorisés à admettre, dit pareillement Taine, que l'événement cérébral et l'événement mental ne sont au fond qu'un seul et même événement à deux faces, l'une mentale, l'autre physique, l'une accessible à la conscience, l'autre accessible aux sens. » On trouve les mêmes formules dans Spencer et dans une foule d'auteurs plus récents.
2. Bebkeley, Dialogues entre Hylas et Philonous (Traduction Beaulavon et Parodi, p. 260).
3. Ce contenu a reçu des noms bien différents : sensations, idées, représentations, éléments (Mach), images (Bergson), matière (Binet).
So
LA CONSCIENCE ET LE SYSTEME NERVEUX
siblê : la matière, telle que l'entendait Descartes, n'est autre chose qu'une abstraction.
Les assises de l'idéalisme n'ont pas été ébranlées. Los travaux de Mach et de Bergson, pour ne citer que pes deux noms, montrent qu'elles peuvent servir de base à des systèmes cohérents. Ils marquent en tous cas dans l'histoire des idées un progrès dont la science positive bénéficiera sans doute un jour.
En attendant, beaucoup sont retournés à Descartes lui-même. Ils acceptent le mécanisme et se refusent à « méditer ». Les uns se tiennent pour satisfaits de la doctrine que le philosophe avait enseignée. Les autres, poussant à ses conséquences ultimes la théorie de l'automate, ne voient dans l'homme qu'une « machine ». Ils admettent que le corps se suffit à lui-même et ils ne reconnaissent dès lors entre l'activité psychique et l'activité physiologique qu'un rapport de simultanéité. L'observation établit que certains faits de conscience trouvent une condition nécessaire dans le cerveau. Il suffira de conférer une portée universelle à la relation qu'elle découvre ainsi et d'affirmer que tout fait de conscience possède un concomitant cérébral, pour obtenir un principe qui réponde aux exigences de la psychologie et à celles de la physiologie. Ce principe est celui du parallélisme psycho-physique1.
I. Les mots parallélisme psycho-physique ont été pris dans les sens les plus divers. La doctrine que Ebbinghaus a défendue sous ce titre dans son <;rand traité, se confond avec le monisme de Fechner. Pour éviter tout malentendu, il serait bon de réserver le nom de parallélisme psycho-physique au principe que nous définissons dans le texte. Ce principe a été énoncé, en particulier, par E. Mach, die Analyse cler Empfindungen, chap. iv j T. Flouh-
LE PRINCIPE DU PARALLÉLISME
Envisagé comme une généralisation provisoire, le parallélisme est légitime1. Sans doute, il dépasse les faits et ceux qui tiennent à réserver, en certains domaines, l'indépendance absolue de l'esprit, auront toujours le droit d'en restreindre les applications. Il mérite en revanche d'être accueilli par la science et l'on peut soutenir qu'elle perdrait quelque chose à le rejeter. Du moins, le postulat du parallélisme s'est montré jusqu'ici et commode et fécond. Commode, parce qu'il garantit la possibilité d'un accord permanent entre le physiologiste et le psychologue. Fécond, parce que, n'opposant aucune barrière aux investigations du premier, il l'invite à épuiser l'étude de l'organisme par les moyens qui lui sont propres.
Le principe du parallélisme se justifie par les avantages qu'il procure. Il convient toutefois de ne pas en exagérer la portée. On a prétendu, notamment, que la doctrine du parallélisme psycho-physique est seule compatible avec la conservation de l'énergie. C'est une erreur qui, pour avoir été souvent relevée, continue à se perpétuer. Les physiologistes ont démontré que l'organisme vivant est soumis comme tout autre système
noy, Métaphysique et psychologie (Genève, 1890); G.-E. Muller, Zeitschrift fur Psychologie und Physiologie der Sinnesorgane, X, 1 ; 1896.
1. Bergson a contesté ce point. Il soutient que le parallélisme — acceptable à la rigueur comme « règle scientifique » — implique contradiction. La thèse de Bergson a été critiquée par Geresole. L'argumentation de ce dernier nous paraît décisive. Bergson semble au reste en avoir reconnu la valeur. Il concède du moins aujourd'hui que l'on peut « donnera la thèse de l'équivalence une apparence d'intelligibilité». — H. Bergson, Revue de métaphysique et de morale, XII, 895 ; 1904. P. Geresole, Archives de psychologie, V, 112 ; igo5. H. Bergson, L'énergie spirituelle (Paris, 1920), p. 52.
Larguier des Bancels.
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matériel à La loi de conservation1. Le fait est important. 1! atteste sans doute que l'intervention d'un agent spirituel ne saurait entraîner ni consommation ni apport d'énergie. Il n'exclut nullement la possibilité d'une telle Intervention. La mécanique permet de définir très simplement les conditions dans lesquelles une force extérieure appliquée à un système matériel est en état de le modifier, sans provoquer, pour ce système, une variation d'énergie. Il suffirait alors de supposer que « l'âme » pût agir dans ces conditions mêmes, pour échapper à toute difficulté sur ce point spécial. Descartes recourait à un détour semblable. Il enseignait que la « quantité de mouvement » reste constante « en l'univers ». Ce postulat ne lui interdisait pas d'accorder à l'âme le pouvoir de « diriger » tel mouvement particulier.
Reçu à titre de méthode, le parallélisme est acceptable. Il cesserait de l'être s'il prétendait à devenir l'expression de la réalité. On peut se flatter d'entendre un Leibniz ou un Spinoza. Il sera toujours difficile de deviner pourquoi une conscience sans efficacité serait associée à un organisme qui, par définition, se suffit à lui-même. Dans une telle hypothèse, la conscience n'est véritablement qu'un « luxe inutile ». On l'a qualifiée « d'épiphénomène ». Mais nommer une chose, ce n'est pas résoudre une question. La psychologie a le droit d'écarter le problème. La philosophie ne saurait
i. Les expériences d'Atwater et de ses collaborateurs sont particulièrement démonstratives à cet égard. On en trouvera un résumé, dû à Atwater, dans les Ergebnisse der Physiologie, III, ire partie, ^97 ; 1904.
LA CONSERVATION DES IMAGES
l'ignorer et elle ne satisfera personne en déclarant que la conscience ne sert à rien.
l\. La conservation des images et les théories de la mémoire. — « La mémoire, écrivait Malebranche, est une espèce d'habitude. » La mémoire ne se distingue en rien de l'habitude, toutes les fois qu'elle reproduit un acte. Apprendre, dans ce cas, c'est véritablement acquérir une habitude, et savoir, c'est la conserver. A ce titre, et comme l'habitude elle-même, la mémoire représente une fonction du cerveau. Mais la mémoire motrice n'est pas toute la mémoire. L'homme enregistre des images et il retient des souvenirs. Quelle est la condition de ce nouveau phénomène ? Où réside le souvenir? Et que devient l'image dans les intervalles de l'évocation? Tel est le problème qui s'est posé dès l'origine. La psychologie s'est montrée impuissante à le résoudre. A la question qu'elle tient en suspens, les métaphysiciens n'avaient pas craint de chercher une réponse. Ils en ont trouvé deux. Pour les uns, le passé se conserve en lui-même. Pour les autres, il ne subsiste qu'autant qu'il a laissé des traces dans la réalité présente. Ces deux thèses ont servi de base à deux grandes doctrines que nous nommerons, pour les bien distinguer, la doctrine de la survivance et la doctrine des vestiges. Elles se rencontrent l'une et l'autre chez Platon, qui ne choisit point entre elles. On en trouve une expression saisissante dans le mythe des tablettes et dans celui de l'oiseleur1.
i. Les pages suivantes sont tirées d'un article publié par l'auteur dans les Archives de psycholoyie, XVI, 3^9 î
LA CONSCIENCE ET LE SYSTEME NERVEUX
« Supposons, dit Socrate dans le Théétète, qu'il y ait dans nos âmes des tablettes de cire... Disons que ces tablettes sont un don de Mnémosyne, mère des Muses, et que nous y marquons, comme si c'était avec un cachet, l'empreinte des choses que nous voulons nous rappeler... Nous garderons la mémoire de ce que nous avons appris, tant que l'empreinte subsistera. Nous aurons oublié, lorsqu'elle se sera effacée ». Quand les tablettes sont de bonne qualité, les objets de la sensation y laissent des traces distinctes et durables. Si la cire dont elles sont composées est trop molle, les empreintes se graveront aisément, mais elles ne tarderont pas à perdre toute netteté. Si la cire est trop dure, les traces resteront superficielles malgré des efforts renouvelés. Elles se recouvrent enfin et se confondent, si les tablettes sont trop étroites pour les recevoir toutes commodément. Dans le second mythe, Platon compare la mémoire à une volière où se trouveraient enfermés toutes sortes d'oiseaux. Apprendre, c'est introduire un oiseau dans la cage. Se souvenir, c'est aller l'y chercher et le saisir entre ses mains. Oublier, c'est le lâcher. Qu'on le tienne ou qu'on l'abandonne, il n'en reste pas moins semblable à lui-même, captif, mais vivant. Telles sont les fables que le philosophe athénien s'est plu à imaginer. Transcrites tour à tour dans le langage de l'idéalisme et dans celui du matérialisme, elles n'ont cessé de se perpétuer. Les théories de la mémoire ne représentent guère que les éditions successives des deux textes précédents. Elles conservent de nos jours le caractère mythique que Platon accusait avec tant de bonne foi.
LA CONSERVATION DES IMAGES
La doctrine de la survivance a été soutenue chez les anciens par l'école d'Epicure. Les atomistes enseignaient que la perception a pour intermédiaire des simulacres matériels, qui, détachés des objets extérieurs, circulent effectivement dans l'espace avant d'atteindre les organes de la sensibilité. Epicure devait adopter cette idée. Un exemple, celui de la vision, montrera comment ses disciples en ont tiré parti.
Les simulacres se séparent continuellement de la surface des objets, pour les abandonner aussitôt et se transporter, dans un temps très court, aux plus grandes distances. Ils représentent comme des pellicules ténues, qui gardent l'apparence des corps dont elles émanent. Lucrèce les compare à la dépouille de la cigale ou du serpent. Ges simulacres sont fragiles. Sur le nombre immense de ceux qui se sont formés, beaucoup toutefois échappent à la destruction. Les images de la mémoire ne sont autre chose que des simulacres conservés et présents. Se souvenir ne consiste pas à reproduire ce qui proprement n'était plus, mais à recueillir ce qui n'a pas cessé d'être. Si les objets de la vision mentale ressemblent tant à ceux de la vision physique, c'est que ces objets sont de nature pareille. Si nous revoyons, dans le rêve, ce que nous avons vu éveillés, c'est que les mêmes images nous atteignent dans les deux cas. Mais des mille simulacres qui flottent autour de l'homme, pourquoi quelques-uns seulement viennent-ils l'affecter? L'image se présente au gré de nos désirs. Comment peut-elle obéir aux ordres de la volonté? Les Epicuriens ont répondu à l'objection qu'ils soulevaient ainsi.
LÀ CONSCIENCE ET LE SYSTEME NERVEUX
L'organisme ne s'ouvre que pour les simulacres qu'il est prédisposé à recevoir. Et cette prédisposition dépend à son tour de l'activité dont l'esprit est le siège. Ceux qui ont assisté aux jeux du cirque, dit Lucrèce1, voient encore les danseurs et les chanteurs alors que le spectacle est depuis longtemps achevé. C'est que les voies frayées par certaines images sont restées libres et qu'elles donnent accès à de nouveaux simulacres, semblables aux premiers.
La théorie épicurienne représente une interprétation matérialiste de la survivance. On en trouve, chez les modernes, une interprétation idéaliste, dont Bergson est certainement le plus illustre défenseur.
Bergson distingue, on le sait, deux mémoires « théoriquement indépendantes ». L'une « fixée dans l'organisme », conserve l'action du passé sous forme de dispositifs moteurs. « Habitude plutôt que mémoire, elle joue notre expérience, mais n'en évoque pas l'image. » L'autre — et c'est la seule dont il y ait lieu de s'occuper à présent, — est une fonction de l'esprit. « Coextensive à la conscience, elle retient et aligne à la suite les uns des autres tous nos états au fur et à mesure qu'ils se produisent, laissant à chaque fait sa place, et par conséquent lui marquant sa date, se mouvant bien réellement dans le passé définitif, et non pas,. comme la première, dans un présent qui recommence sans cesse. » Elle enregistre, sous forme d'images, « tous les événements de notre vie quotidienne, » et elle les emmaga-
[. Lucrèce, De rerum naiura, IV, 970 sqq.
LA CONSERVATION DES IMAGES
sine « par le seul effet d'une nécessité naturelle ». Cette nécessité naturelle n'est autre chose que la « survivance intégrale du passé ». Mais, s'il en est ainsi, pourquoi le passé, toujours existant, n'est-il pas toujours à notre disposition ? Pourquoi se dérobe-t-il en tant de ses parties ? Pourquoi, des images innombrables qui demeurent en fait, quelques-unes seulement redeviennent souvenirs ? La question se posait pour Bergson comme pour les Epicuriens. Elle reçoit dans Matière et mémoire la réponse même qu'on trouve chez Lucrèce. Le poète latin invoquait, pour expliquer le choix des images, l'activité de l'organisme. Le philosophe moderne fait appel au cerveau. « Le rôle du corps, dit-il, n'est pas d'emmagasiner les souvenirs, mais simplement de choisir, pour l'amener à la conscience distincte par l'efficacité réelle qu'il lui confère, le souvenir utile... » 11 faut, « pour qu'un souvenir reparaisse à la conscience, qu'il descende des hauteurs de la mémoire pure jusqu'au point précis où s'accomplit l'action ». Les appareils cérébraux fournissent à ce souvenir « le moyen de prendre un corps, de se matérialiser, enfin, de devenir présent » !.
La doctrine de la survivance est séduisante à bien des égards. Elle résout d'emblée le problème de la conservation, sans rencontrer dans celui de l'oubli un obstacle infranchissable. Pour l'accommoder aux faits, il sera toujours permis de supposer que les souvenirs, perdus en apparence, sont en réalité masqués. Envisa-
1. H. Behgson, Matière et mémoire (Paris. 1896), p. 73 et suiv., p. 1 64 et suiv., p. 197 et suiv.
ss
LA CONSCIENCE ET LE STSTÈME NERVEUX
gée dans ce qu'elle a d'essentiel, elle comporte cependant une difficulté fondamentale. L'idée que le passé subsiste de lui-même fait violence à toutes nos habitudes. Nous nous garderons de dire que la conservation du passé soit inintelligible. Nous nous garderons plus encore de la déclarer impossible. Nous constaterons simplement que l'immense majorité des philosophes ont répugné à l'admettre. De fait, la thèse de la survivance n'a trouvé que de rares adeptes. Celle des vestiges a recueilli des suffrages beaucoup plus nombreux. Il est temps de l'examiner.
La doctrine des vestiges a été défendue dans l'antiquité par Aristote. Reprise par Descartes, elle est devenue peu à peu le bien commun des écoles les plus diverses. Les modernes ont essayé d'en varier l'expression. Sous les formules nouvelles, on découvre au premier coup d'œil le vieux mythe platonicien.
« Les vestiges du cerveau, écrit Descartes1, le rendent propre à mouvoir l'âme en la même façon qu'il l'avait mue auparavant, et ainsi à la faire souvenir de quelque chose ; tout de même que les plis qui sont dans un morceau de papier, ou dans un linge, font qu'il est plus propre à être plié derechef, comme il a été auparavant, que s'il n'avait jamais été ainsi plié. »
« Pour l'explication de la mémoire, dit à son tour Malebranche5, il suffit de bien comprendre cette vérité : que toutes nos différentes perceptions sont attachées
i. Lettre de Descartes au P. Mesland. — Descartes, Œuvres, l. c, IV, p. n/J.
a. Malebranche, Recherche de la vérité, II, i, 5, 3.
LA CONSERVATION DES IMAGES
aux changements qui arrivent aux fibres de la partie principale du cerveau, dans lequel l'âme réside plus particulièrement, parce que, ce seul principe supposé, la nature de la mémoire est expliquée. Car, de même que les branches d'un arbre qui ont demeuré quelque temps ployées d'une certaine façon, conservent quelque facilité pour être ployées de nouveau de la même manière, ainsi les fibres du cerveau, ayant une fois reçu certaines impressions par le cours des esprits animaux et par l'action des objets, gardent assez longtemps quelque facilité pour recevoir ces mêmes dispositions. Or, la mémoire ne consiste que dans cette facilité, puisque l'on pense aux mêmes choses lorsque le cerveau reçoit les mêmes impressions ».
Remplacez, dans ce passage, les mots « esprits animaux » par les mots « influx nerveux » ou « excitations », et vous donnerez à la doctrine des vestiges la forme qu'elle a prise chez une foule de contemporains. Ribot, pour ne nommer que lui, cherche les bases du souvenir dans un réseau d'éléments nerveux. Ouvert au moment de la perception, ce réseau demeure accessible aux excitations qui l'ont exploité à l'origine. Le retour d'excitations pareilles provoque celui d'états de conscience semblables. Si l'excitation primitive a suffi pour susciter la sensation, l'excitation secondaire suffira pour susciter l'image. Les vestiges de la mémoire ne sont que les dispositions fonctionnelles acquises par l'être vivant.
La théorie « physiologique » de la mémoire tient l'organisme matériel pour le support des traces que
LA CONSCIENCE ET LE SYSTÈME NERVEUX
Le passe Laisse après Lui. Telle est l'interprétation la plus courante de la doctrine des vestiges. Mais on pourrait la concevoir autrement. Descartes écrivait déjà : « Pour la mémoire, je crois que celle des choses matérielles dépend des vestiges qui demeurent dans le cerveau... et que celle des choses intellectuelles dépend de quelques autres vestiges, qui demeurent en la pensée même. » Descartes ne s'est jamais expliqué très clairement sur ce qu'il entendait par mémoire intellectuelle. L'hypothèse qu'il esquisse était du moins acceptable. Elle a été étendue par certains philosophes à la mémoire tout entière. « L'âme » devient alors le substrat des vestiges et prend, dans ce rôle, la place du cerveau. Leibniz, Hamilton ont soutenu des idées de ce genre. Une théorie des « résidus psychiques » a été développée tout récemment par Bêcher1. Il suffira de la mentionner.
Nous avons essayé de classer les principales théories de la mémoire. Seules, à notre avis, la doctrine des vestiges cérébraux et celle de la survivance, telle que l'entend Bergson, méritent d'être retenues. Les philosophes ont le droit de les discuter. L'expérience clonnet-elle le moyen de choisir entre elles ? Nous ne le croyons pas. Les successeurs de Descartes affirment que la mémoire qui conserve, comme celle qui reproduit, est fonction de l'organisme. Les disciples de Bergson soutiennent que la conservation des souvenirs est indépendante du corps, mais que la reproduction
i. E. Bêcher, A rchiv fur die gesamte Psychologie, XXXV, ia5; 1916.
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de ceux-ci est liée au cerveau. Comment dès lors opter? Les adversaires reconnaissent également que l'image s'actualise par l'intermédiaire du système nerveux. Or, ils n'ont pour indice d'une conservation que cette actualisation elle-même. Confrontons les deux doctrines sur un point particulier. A tout souvenir défini correspond, pour les « physiologistes », un état déterminé du cerveau. A un état déterminé du cerveau peut correspondre, selon Bergson, une pluralité de souvenirs, ceux-là mêmes qui s'ajustent à la situation de l'individu. Les deux thèses s'opposent dans la pleine lumière. Qui ne voit qu'elles échappent provisoirement à toute espèce de contrôle ? En attendant les vérifications décisives que l'avenir tient peut-être en réserve, chacun est libre d'accepter la doctrine qui satisfait le mieux à ses désirs métaphysiques. La psychologie s'accommode des mythes rivaux. Elle n'a pas encore qualité pour trancher le débat.