‹ Introduction a la Psychologie, l'instinct et l'émotionChapitre 17 sur 71 · VERTÉBRÉS INFÉRIEURS · texte numérisé non relu

VERTÉBRÉS INFÉRIEURS

intacte. Son encéphale mutilé reste le siège des fonctions les plus variées, et ce n'est qu'au prix d'expériences assez délicates que l'on parvient à mettre en lumière le dommage qu'elle a subi.

Les batraciens survivent quelque temps à la destruction de l'encéphale entier. Une grenouille décapitée s'affaisse, il est vrai, et demeure immobile: des épreuves très simples montrent cependant qu'elle n'est pas incapable de toute activité. Pincez une de ses pattes et vous provoquerez un mouvement brusque de rétraction. Recommencez une fois, deux fois, dix fois de suite: vous obtiendrez toujours un résultat pareil. Dans ce cas, le phénomène est bien simple. Dans d'autres, il se complique singulièrement. Versez une goutte d'acide sur le dos de l'animal : l'une des pattes postérieures se portera en avant et ira frotter la région irritée. Retenez cette patte et vous verrez l'autre intervenir à son tour1.

Mais ces effets, pour divers qu'ils apparaissent, offrent en commun deux traits. Ils répondent à une excitation actuelle. Ils figurent une réplique immédiate. Ces caractères définissent ce qu'on appelle un réflexe.

Supposons maintenant que la destruction ne porte que sur le cerveau antérieur et le cerveau intermédiaire : rien, au premier abord, ne décèle une semblable muti-

I. Ces observations ont conduit d'anciens physiologistes à proclamer l'existence d'une « âme médullaire ». Elles découvrent, à coup sûr, dans les opérations de la moelle isolée, une finalité réelle. Mais cette finalité est celle de la vie même, et il n'est aucun organe de l'animal qui ne la manifeste à quelque degré. Affirmer en revanche que la moelle possède une « conscience », c'est invoquer une hypothèse après tout sans intérêt.

LA MOELLE ET LE CERVEAU

lation. Au repos, l'animal opéré conserve la posture accroupie qui est propre à son espèce. Ses mouvements restent normaux. Il saute adroitement. Il nage avec une régularité parfaite. Placé dans les conditions ordinaires de son existence, il s'accommode aux événements. Décapitée, la grenouille esquisse une réaction de défense. Privée seulement des hémisphères et des couches optiques, elle s'enfuit quand on l'irrite, et elle sait éviter les obstacles qu'elle rencontre sur son chemin. Mais poursuivez l'observation, et vous constaterez que l'animal ne se meut pas spontanément. Laissé à lui-même, il demeurerait inerte. Il ne s'alimente ni ne s'accouple plus. Ses actes répondent encore au type du réflexe. Ils en manifestent sans exception le jeu rigide et machinal1.

Prenons enfin une grenouille dont on ait soigneusement ménagé les couches optiques : aucun signe apparent ne trahit désormais la perte des hémisphères. L'animal montre cette fois tout autant de « spontanéité» que ses congénères normaux. Il se nourrit et se reproduit comme eux. Il échappe à ses ennemis avec la même habileté. Son activité reste probablement d'ordre réflexe, mais les excitations qui la provoquent sont devenues assez nombreuses pour se dérober au moins en partie à l'examen le plus attentif.

I. Le tableau précédent rappelle celui que Flourens traçait de l'animal privé de ses lobes cérébraux. Schrader a montré qu'il correspond à une lésion intéressant à la fois les hémisphères et les couches optiques. — Sous le nom de lobes, on a longtemps compris le cerveau antérieur et le cerveau intermédiaire. Il importe de tenir compte de ce fait pour apprécier équitablement ies conclusions de Flourens.

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