‹ Introduction a la Psychologie, l'instinct et l'émotionChapitre 18 sur 71 · VERTÉBRÉS INFÉRIEURS · texte numérisé non relu

VERTÉBRÉS INFÉRIEURS

A s'en tenir aux observations précédentes, on pourrait être tenté d'admettre que le rôle du cerveau antérieur est négligeable chez le batracien. Nous allons voir qu'il se dessine, lorsque l'animal est contraint de s'adapter à des conditions toutes nouvelles pour lui

La grenouille fait sa nourriture ordinaire de proies vivantes. Elle ne happe que les objets en mouvement, et elle les happe tous, quitte à rejeter ceux qui ne sont pas comestibles. Elle s'emparera d'un petit morceau de drap qu'on agite devant elle. Elle dédaignera une mouche immobile, un petit ver mort. Bref, ce sont les impressions visuelles qui commandent en première ligne la capture de l'aliment. Celle-ci devient très difficile pour l'animal aveuglé.

Certains individus réussissent néanmoins à assurer leur entretien malgré la perte de leurs yeux. Mais il faut à cet effet que les hémisphères soient intacts. Lorsqu'ils ont été extirpés, la compensation ne s'opère plus. Le déficit que l'on observe alors serait lié, suivant Schrader2, à la destruction du cerveau antérieur en tant que tel.

L'interprétation de Schrader ne saurait à vrai dire être acceptée sans réserves. Schrader supposait que, chez la grenouille aveugle, le tact prend la place de la vue. Il est possible cependant que la suppléance soit réalisée par l'odorat. S'il en était ainsi, l'infériorité de

t. La destruction des hémisphères n'entraîne chez le poisson aucun déficit observable, ou du moins observé.

2. M. Schrader, Archiv fur experimentelle Pathologie und Pharmakologie, XXIX, 55 ; 1892.

LA MOELLE ET LE CERVEAU

L'animal privé de ses hémisphères s'expliquerait tout simplement par la perte de l'appareil olfactif1.

L'expérience de Schrader n'emporte pas la conviction. Les suivantes, dues à Henri et Stodel2, paraissent plus démonstratives-.

On sait que les troubles d'équilibre, consécutifs à l'ablation des organes vestibulaires, s'amendent peu à peu. Très marqués au début, ils diminuent progressivement. L'amélioration exige toutefois pour se produire l intégrité du cerveau antérieur. C'est grâce à la présence de cet appareil que l'animal apprend à tirer parti des impressions sensibles dont il dispose encore, pour remplacer celles que l'oreille interne ne lui procure plus. Chez un pigeon dont on a préalablement détruit les hémisphères, les troubles labyrinthiques persistent indéfiniment. Ces mêmes troubles reparaissent dans toute leur puissance chez un chien guéri, dont on extirpe l'écorce cérébrale. Henri et Stodel ont montré que le batracien ne se comporte pas autrement à cet égard que le mammifère ou l'oiseau. La rééducation motrice de la grenouille privée de ses labyrinthes est complète au bout de quelques mois. Si, lorsqu'elle est achevée, on procède à l'ablation des hémisphères, on constate le retour des troubles primitifs. Inversement, xjhez la grenouille décérébrée, les effets labyrinthiques se maintiennent sans atténuation.

1. L'ablation des hémisphères entraîne de fait la destruction des lobes olfactifs et par conséquent la perte de l'odorat.

2. V. Henri et G. Stodel, C. R. de la société de biologie, séance du i3 fév. 1904.

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