‹ Introduction a la Psychologie, l'instinct et l'émotionChapitre 2 sur 71 · L'OBJET ET LES MÉTHODES DE LA PSYCHOLOGIE · texte numérisé non relu

L'OBJET ET LES MÉTHODES DE LA PSYCHOLOGIE

i. La définition de la psychologie. — Le terme de psychologie date du xvie siècle. 11 a servi longtemps pour désigner la science de l'âme. Qu'est-ce tout d'abord que l'âme et que faut-il entendre par ce mot ? On dit qu'un projectile est « animé » d'une certaine vitesse. On parle de « l'âme » d'un canon. Ces métaphores donnent la clé du sens que les hommes ont toujours attaché au nom d'âme. L'âme est, dès l'origine, le ressort du mouvement et le principe de la vie. Mais ce principe se dérobe au regard. Ce ressort est caché dans les profondeurs de l'organisme. L'âme est du même coup le dedans qui s'oppose au dehors, l'hôte secret que renferme le corps, ce qu'il y ta dans l'individu de plus intime et, dans l'être, de plus intérieur. Envisagée comme une force occulte, l'âme ne saurait devenir l'objet d'une connaissance positive. Envisagée comme une réalité interne, elle se prête à l'observation. Si l'on se borne à embrasser sous la notion d'âme

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un ensemble de phénomènes, rien n'empêche de retenir La définition étymologique de la psychologie.

C'est de fait à un semblable parti que s'arrêtent tous ceux qui, pour caractériser la psychologie, invoquent d'emblée les phénomènes psychiques et cherchent dans la liste de ces phénomènes la matière d'une définition.

Cette nouvelle formule ne serait à la vérité guère recevable, si les phénomènes psychiques ne se faisaient connaître par un signe éclatant. Les auteurs qui l'ont proposée admettent que ce signe existe. A les entendre, le phénomène psychique représente un fait de conscience. Et c'est l'étude de ce fait que la psychologie a pour destination.

Mais qu'est-ce que la conscience ? Ce terme a pris, dans le langage de l'école, deux acceptions bien différentes. Pour les uns, conscience équivaut à esprit. Le fait de conscience n'est dans ce cas qu'un mode de l'esprit et il se confond entièrement avec le phénomène psychique lui-même. Pour les autres, la conscience joue le rôle d'un témoin. « Nos pensées, disait Royer- Collard, s'écoulent devant la conscience, comme les eaux d'un fleuve sous les yeux d'un spectateur immobile. » La question est alors de savoir si les faits que ce témoin enregistre sont d'une nature assez spéciale pour fournir à la psychologie l'objet qu'elle réclame. Nous ne le croyons pas1.

I. Remarquons que la définition de la conscience emporte celle de l'inconscient. Si tout phénomène psychique est le mode d'une conscience, l'inconscient peut être regardé comme le mode d'une conscience « sép;irée », aussi étrangère à la conscience principale que la conscience de Pierre l'est a

LA DÉFINITION DE LA PSYCHOLOGIE

Je dormais d'un sommeil sans rêves. Je m'éveille tout à coup. Je sens, je vois, j'entends. Je n'avais conscience de rien. J'ai conscience à présent d'une foule de choses. Toutes ces choses méritent-elles indistinctement le nom de phénomènes psychiques ? L'exemple de la sensation montre du moins que toutes ces choses ne relèvent pas de la psychologie.

Les sensations composent pour nous l'étoffe de l'univers. Le monde qu'on appelle extérieur ne devient nôtre que par l'intermédiaire des sens. Les objets que ce monde renferme sont des objets sensibles. Caractériser un objet, c'est énumérer des qualités et énumérer des qualités, c'est nommer des sensations. Etudier un objet, c'est déterminer les sensations qu'il est en état de nous procurer. C'est sur la sensation qu'opère le physicien comme le chimiste, le biologiste comme le géologue. Mesurer les dimensions d'un corps, c'est comparer des sensations. Peser un corps, c'est provoquer une sensation choisie comme indice de l'égalité entre deux forces. Décrire un animal ou une plante, c'est grouper de telle ou telle manière telles ou telles sensations. Mais la sensation est d'autre part, et très assurément, un fait de conscience. Si tout fait de conscience pouvait être revendiqué par la psychologie, tout, dans l'univers, tomberait sous les prises de cette

celle de Paul. Si la conscience ne représente qu'un témoin, rien ne défend d'admettre l'existence de phénomènes psychiques inconscients. L'inconscient serait tout simplement alors ce qui échappe aux prises actuelles de la conscience. N'oublions pas au reste que la notion d'inconscient est une notion toute négative et que, dans la première comme dans la seconde hypothèse, il est permis d'identifier l'inconscient au pur physiologique.

Lakguier des Bancels. a

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science, et le problème ne serait plus de lui faire une place, mais d'en repousser l'invasion.

La définition qui conduit à de tels résultats est évidemment imparfaite. On voit assez qu'elle est trop large. Essayons de la resserrer.

Je regarde la lune au moment où elle se lève. Je la juge énorme. Je photographie le disque de l'astre. Je le trouve à peu près égal à l'horizon et au zénith. Je liens désormais pour illusoire l'agrandissement que mon œil enregistrait et je demande au psychologue une explication. Pourquoi? Parce que le phénomène n'existe que pour un voyant. J'admets au contraire que les images formées sur la plaque répondent aux dimensions réelles de l'objet. Pourquoi? Parce que le phénomène est cette fois indépendant de celui qui l'observe et que tout instrument de mesure permettrait de le saisir. Ces phénomènes représentent l'un et l'autre des données sensibles. Mais ces données sensibles ne sont pas considérées du même point de vue dans les deux cas. Envisagée comme telle, la sensation appartient à la physique. Envisagée dans son rapport avec l'individu qui en prend conscience, elle appartient à la psychologie.

La notion d'une identité foncière entre l'objet de la psychologie et celui de la physique est loin d'être nouvelle. C'est toutefois à Mach que revient le mérite d'avoir développé les conséquences qu'elle recélait. « Envisagée dans ses relations de dépendance avec une source lumineuse, disait le physicien viennois *, la

i. E. Mach, Die Analyse der Empjîndungen (Iéna, 1886), chap. 1, passim*

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couleur est quelque chose de physique. Envisagée dans ses relations de dépendance avec la rétine, la couleur est quelque chose de psychologique. Un élément sensible ne peut être appelé psychique qu'en tant qu'il dépend du corps. » Cette dernière formule ne diffère qu'en un point de celle à laquelle nous nous sommes arrêtés. Au mot corps, nous substituons le mot individu. Mais cette substitution a l'avantage d'exclure toute hypothèse particulière sur le rôle de ce corps et d'écarter certains phénomènes que l'on se verrait contraint de réserver à la psychologie, si l'on voulait prendre la définition de Mach dans toute sa rigueur l.

Nous avons établi le titre de la psychologie. Il est bon d'ajouter que ce titre n'est pas dans tous les cas apparent au premier regard. Nous savons aujourd'hui que l'agrandissement des astres à l'horizon constitue une illusion. Aristote le tenait pour réel. Le contraste des couleurs manifeste de même un effet dont l'attribution a été longtemps disputée. La nature du « rayon vert » est demeurée en suspens2. Il est possible que les limites réciproques de la physique et de la psychologie offrent toujours quelques incertitudes. Ces incertitudes sont des incertitudes de fait et qui tiennent simplement

1. Les radiations ultra-violettes ne se révèlent directement à nous que par la fluorescence qu'elles déterminent dans les milieux oculaires. La vue de ces radiations dépend ainsi du corps. Elle ne constitue pas cependant un phénomène psychique — non plus que l'image que l'on obtiendrait en plaçant devant l'œil un écran approprié. — Par individu, nous n'entendons que le support organique de la conscience elle-même, l'observateur, en un mot.

2. Les divers aspects que l'on a décrits sous le nom de rayon vert représentent selon toute probabilité des phénomènes de contraste. Certains physiciens tiennent cependant le rayon vert pour un effet d'ordre physique.

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à L'imperfection de nos connaissances. La distinction que nous avons énoncée subsiste en droit, et elle donne Le moyen de classer immédiatement tout phénomène dont les conditions se trouvent déterminées sans ambiguïté.

Les remarques précédentes fournissent les éléments d'une définition correcte. La psychologie a été regardée tour à tour comme la science de l'âme, celle des phénomènes physiques, celle enfin des faits de conscience. Ces formules ne sont acceptables que si l'on entend par âme l'ensemble des phénomènes psychiques, par phénomène psychique, le fait de conscience, et par fait de conscience, le fait de conscience individuel. Le fait de conscience, mais le fait de conscience envisagé dans son rapport avec l'individu qui le saisit, tel est en somme l'objet propre de la psychologie. Cette dernière définition satisfait aux règles de la logique. Elle implique en revanche une obscurité, et cette obscurité est contenue tout entière dans le mot de rapport. La liaison qu'il marque pose elle-même une énigme. Le psychologue peut se contenter d'en prendre acte. C'est au philosophe qu'il appartient de la résoudre ou du moins de la discuter.

Il importait de reconnaître expressément les droits de la psychologie. Il ne saurait être question d'énumérer ici les problèmes qu'une science aussi vaste rencontre, soulève et poursuit. Les psychologues se sont appliqués tantôt à décrire les faits de conscience et tantôt à en spécifier le rôle1. C'est à ce second point de vue qu'ils

i. Les psychologues américains distinguent à cet égard la psychologie

LES DIVISIONS DE LA PSYCHOLOGIE

se placent de préférence aujourd'hui. Le problème fondamental devient alors celui de la conduite individuelle. La psychologie, écrivait naguère Stout1, a pour tâche de rechercher comment l'individu prend connaissance de son milieu et comment il agit conformément à cette connaissance même. Rien n'est plus clair qu'un tel énoncé. On pourrait dire aussi que la psychologie est la science du « comportement ». Cette expression est à la mode. Mais elle demande à être commentée plus exactement qu'on ne le fait d'ordinaire. Rougir de honte est une façon de se comporter. Rougir, quand on a chaud, en est une autre. Le premier comportement seul intéresse le psychologue. Un passant s'arrête et tombe. Il a été frappé d'une attaque d'apoplexie. Sa chute s'explique par la rupture d'un vaisseau : le phénomène est d'ordre physiologique. Un autre passant s'arrête devant une affiche et l'examine avec curiosité. L'attitude qu'il prend s'explique encore, mais d'une manière toute différente. Elle répond à ce qu'on appelle un motif : la question relève désormais de la psychologie. L'étude du comportement est l'étude d'un problème. Pour résoudre ce problème, il est indispensable de faire appel aux faits que nous avons essayé de définir. Ces faits constituent justement l'objet propre de la psychologie.

2. Les divisions de la psychologie. — La psychologie, dont l'objet est lié à l'existence d'un être vivant, se

« structurale » et la psychologie « fonctionnelle ». La première est souvent appelée « descriptive », et la seconde « dynamique ».

t. G. Stout, A manual of psychology, 2e édit. (Londres, 190A), p. 4-

l'omet et les méthodes de la psychologie

rattache, on vertu de ce rapport même, au groupe des sciences biologiques. A ce titre, et pas plus que ces Sciences, elle ne peut se limiter à l'examen de l'individu normal. Le sujet sain comme le sujet malade, l'enfant comme l'adulte, requièrent tour à tour son attention. Bref, elle comporte les subdivisions que toute science de la vie est obligée d'admettre. Contentons-nous de les énumérer.

La psychologie normale envisage le sujet sain.

La psychologie pathologique envisage le sujet malade ou déficient.

La psychologie génétique poursuit le développement de l'activité individuelle et elle s'efforce d'en saisir les phases successives.

La psychologie comparée, enfin, étudie, du point de vue qui lui est propre, les diverses catégories dont l'ensemble constitue le monde des vivants.

La signification de ces termes est intelligible d'emblée. Si l'on voulait toutefois l'illustrer d'un exemple, on trouverait en anatomie une division exactement pareille. A la psychologie normale, à la psychologie pathologique, à la psychologie génétique, à la psychologie comparée, répondent, point par point, l'anatomie normale, l'anatomie pathologique, l'embryologie, l'anatomie comparée.

Ajoutons que l'usage a limité la portée de quelquesuns des termes précédents. La psychologie normale se réduit en pratique à l'étude de l'adulte civilisé, la psychologie génétique, à celle de l'enfant et de l'adolescent. La psychologie comparée s'est approprié en

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revanche une foule de recherches qui ressortiraient de droit à la psychologie normale. C'est ainsi qu'elle a annexé la psychologie des races inférieures comme celle des animaux, et que les deux expressions de psychologie comparée et de psychologie animale sont d'ordinaire tenues pour synonymes. Cette extension est logiquement abusive. Elle se justifie néanmoins en ce sens que l'étude du sauvage ou de l'animal doit une grande partie de son intérêt aux comparaisons qu'elle permet d'instituer avec les représentants de l'humanité civilisée1.

Pour distincts qu'ils soient en principe, les grands domaines que nous venons de reconnaître ne demeurent point isolés. L'enfant considéré en lui-même appartient à la psychologie normale. L'enfant considéré dans ses rapports avec l'adulte relève de la psychologie génétique. Il est impossible d'aborder l'examen du malade sans avoir au préalable étudié le sujet sain. Inversement, les données de la pathologie aident à pénétrer le secret de telle ou telle fonction. Chacune des disci-

I. La psychologie comparée n'a pas rencontré d'adversaires tant qu'elle a borné ses investigations aux diverses variétés de l'espèce humaine. La légitimité de la psychologie animale, en revanche, a été plus d'une (ois contestée. À entendre certains auteurs, une telle science serait sans objet, puisque la conscience de l'animal, à supposer qu'elle existe, restera toujours inaccessible à un examen direct. Cette critique ne retiendra pas les esprits sérieux. La condamnation de la psychologie animale entraînerait, si elle était fondée, la ruine de toute psychologie. La seule conscience qui me soit ouverte est la mienne. La conscience de mes semblables m'est fermée aussi bien que celle <Iu singe, du chien ou de l'amibe. Nous accordons de fait une conscience à nos semblables. Pourquoi la refuserions-nous au singe, au chien, voire à l'amibe? Défendre au psychologue de sortir de lui-même, c'est simplement proscrire la psychologie. Or la psychologie existe et nul raisonnement ne prévaut contre un fait.

l'objet et les méthodes de la psychologie

plines de La psychologie constitue ainsi par rapport aux au hes un moyen de recherche particulier. La méthode comparative et la méthode génétique sont en état de résoudre une foule de questions que la méthode normale permet tout au plus de poser. Également puissante, la méthode pathologique fait appel aux expériences que la nature institue elle-même et que seule elle est capable de réaliser. De fait, la psychologie a bénéficié de tous les progrès de la médecine. L'opération de Cheselden sur un aveugle-né a marqué une date dans l'histoire des théories de la vision. Les recherches de Wernicke et de Charcot ont renouvelé l'étude de la perception et du langage. Les travaux de Janet ou de Freud ont ouvert des perspectives imprévues sur la vie affective. Bref, il n'est guère de problème dont la méthode pathologique n'ait éclairé quelques-uns des aspects. Recommandée par Ribot qui, dans ses livres, en a donné des modèles d'application, la psychologie morbide est demeurée longtemps le procédé favori de l'école française. Les méthodes précédentes peuvent au reste être combinées. Nous signalerons, à titre d'exemple, la méthode psychogénique de Binet. Elle consiste à mettre en série un certain nombre de déficients — des imbéciles, en particulier, — pour suivre, dans cette série, l'évolution de telle ou telle fonction. L'arriéré est comparable à un enfant, mais à un enfant dont le développement a subi un arrêt. Il représente par conséquent un sujet dont le niveau mental est fixé et qui se prête à une étude aussi prolongée qu'on le désire des capacités correspondant à ce niveau.

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La division à laquelle nous nous sommes arrêtés est fondée sur la nature des phénomènes. L'extension de ces mêmes phénomènes fournit un nouveau principe de classification qu'il ne faut pas confondre avec le précédent.

Les individus qui forment en définitive le véritable objet de toute recherche psychologique peuvent être considérés soit en tant que tels, soit comme représentants du groupe auquel ils appartiennent. Ce double point de vue commande deux disciplines parfaitement distinctes. L'une a pour but de déterminer les traits communs à tous les exemplaires d'un certain groupe. Elle constitue la psychologie générale. L'autre s'applique à spécifier les différences que ces exemplaires offrent les uns par rapport aux autres. Elle a reçu le nom de psychologie individuelle1. Très cultivée de nos jours, elle doit à Binet ses premiers et quelques-un& de ses plus fructueux développements.

Les limites réciproques de la psychologie générale et de la psychologie individuelle sont d'ailleurs mal définies. A parler strictement, le terme de psychologie individuelle devrait être réservé à la science de l'individu

i. Le terme de psychologie individuelle .est employé quelquefois dans un sens tout différent. Il désigne, pour certains auteurs, la science de l'individu considéré indépendamment du groupe dont il fait partie. De ce point de vue, la psychologie individuelle s'oppose à la psychologie collective ou sociale. L'objet de la psychologie collective est encore l'individu, mais l'individu dans ses rapports avec un groupe social : élément d'une foule ou membre d'une société. — Il est utile, à ce propos, de mettre les débutants en garde contre une erreur.* On entend parler aujourd'hui de « conscience sociale » et de « représentations collectives ». Ce ne sont là que des métaphores. Joute représentât ion, quelle qu'en soil la nature, appartient à une conscience. Et toute conscience est la conscience d'un individu.

î6 l'objet et les méthodes de la psychologie

concret. De fait, on a pris coutume de ranger sous un même chef toutes les études de psychologie différentielle, qu'elles portent sur des individus particuliers ou sur des groupements distincts (un sexe, une race, un type moral, etc.). Il conviendrait peut-être d'adopter, dans le second cas, le terme de psychologie spéciale, proposé par Heymans.

Psychologie normale, psychologie pathologique, psychologie génétique, psychologie comparée, d'une part, psychologie générale, psychologie spéciale, psychologie individuelle, d'autre part, — telles sont les grandes divisions qu'il importe de retenir. Ces divisions sont assurément très vastes, et elles pourraient être recoupées à l'infini. Mais il suffisait ici d'en faire connaître le principe. L'ordre qu'elles introduisent dans le champ de la psychologie est commode. Il permet d'assigner à chaque problème une place et il donne ainsi le moyen d'en saisir aisément les multiples aspects.

3. La méthode de la psychologie. — La nature des phénomènes psychiques commande la méthode de la psychologie dans ce qu'elle a d'original. Le phénomène psychique est un phénomène individuel. Mon émotion est à moi, rien qu'à moi. Ma pensée est mienne, exclusivement mienne. Pour noter cette pensée ou cette émotion, je ne puis recourir qu'à moi-même. L'observation directe des faits de conscience représente ainsi pour le psychologue un point de départ fondamental1.

i. C'est ce qu'oublient trop les défenseurs de ce qu'on a appelé la « psychologie objective ». Bechterew, pour ne citer que l'un d'eux, prétend élirai-

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La portée d'une telle observation a été souvent méconnue. Maine de Biran conférait à « l'expérience intérieure » le privilège de saisir, sous les phénomènes, l'activité qui les produit. Ses successeurs ont enseigné que cette expérience atteint l'être en soi. Aucun psychologue ne défend aujourd'hui de semblables doctrines. Tous ceux qui ont pratiqué l'introspection soutiennent au contraire que la méthode de la psychologie ne se distingue nullement en son principe de celle de la physique et que, pour différents que soient les faits observés, l'observation elle-même est dans les deux cas identique1.

Les idées de Biran appartiennent à l'histoire. Elles devaient provoquer une critique restée fameuse, mais dont la véritable signification est loin d'être toujours exactement appréciée.

« Il est sensible, disait Auguste Comte dans la pre-

ner « l'observation interne » pour se borner à l'enregistrement des « faits objectifs », c'est-à-dire des réactions externes de l'individu. La psychologie qu'il a préconisée ne saurait aller bien loin. Et elle n'aurait jamais pris naissance, si l'observateur n'avait, pour interpréter les réactions qu'il étudie, le secours de l'introspection. Gomment choisirait-on, en effet, parmi toutes les réactions de l'être vivant, celles qui feront la matière delà psychologie nouvelle ? La fièvre est une réaction. Cette réaction demeurera étrangère à toute psychologie. La pâleur est une réaction. Cette réaction doit être retenue par toute psychologie si elle trahit la peur. Nous nous observons tous à l'occasion. Nous faisons tous de l'introspection sans le savoir. Les notions que chacun de nous acquiert ainsi au hasard des circonstances servent à guider l'homme du commun dans le commerce qu'il entretient avec ses semblables. Ce sont elles qui dirigent aussi le psychologue «objectif», dans les recherches qu'il entreprend et qu'il poursuit.

I. Les maîtres de l'observation psychologique sont très nets sur ce point. — Voir, par exemple, A. Hinet, L'dme et le corps (Paris, 1905), p. 1 44 et suiv. et G.-E. Muller, Zur Analyse der Gcdàchlnistùtigkeit und der Vorstel* lunrjsverlaufes (Leipzig, 1911), I, p. 81 et suiv.

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mière Leçon du Cours de philosophie positive, que, par une nécessité invincible, l'esprit humain peut observer directement tous les phénomènes, excepté les siens propres. Car, par qui serait faite l'observation? On conçoit, relativement aux phénomènes moraux, que l'homme puisse s'observer lui-même sous le rapport des passions qui l'animent, par cette raison anatomique, que les organes qui en sont le siège sont distincts de ceux destinés aux fonctions observatrices1. Encore même que chacun ait eu occasion de faire sur lui de telles remarques, elles ne sauraient évidemment avoir jamais grande importance scientifique, et le meilleur moyen de connaître les passions sera-t-il toujours de les observer en dehors ; car tout état de passion très prononcé, c'est-à-dire précisément celui qu'il serait le plus essentiel d'examiner, est nécessairement incompatible avec l'état d'observation. Mais, quant à observer de la même manière les phénomènes intellectuels pendant qu'ils s'exécutent, il y a impossibilité manifeste. L'individu pensant ne saurait se partager en deux, dont l'un raisonnerait, tandis que l'autre regarderait raisonner. L'organe observé et l'organe observateur étant, dans ce cas, identiques, comment l'observation pourrait-elle avoir lieu? »

Entendue strictement, l'objection ne résiste pas à l'examen. Les adversaires du positivisme ont pris plaisir, il est vrai, à constater que la psychologie ne figure pas dans la classification de Comte. Qu'on relise toute-

i. Comte admettait, avec Gall, que chaque fonction possède un organe distinct.

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fois les textes, et l'on s'assurera que le philosophe combat avant tout, sous le nom de psychologie, la métaphysique de l'éclectisme. Comte ne nie pas la possibilité de l'observation intérieure. Il se borne à contester l'usage qu'une école célèbre en faisait de son temps. On peut regretter qu'il ait forcé l'expression de sa pensée. On ne saurait lui en vouloir beaucoup d'avoir rejeté, avec une doctrine qu'il condamnait, le nom même qui servait à la désigner1.

L'argument de Comte tire au reste son origine d'une juste remarque. Pour étudier le rappel d'un souvenir, il faut d'abord que je provoque ce rappel : l'effort que cet acte exige ne risque-t-il pas de m'absorber complètement? J'essaie de suivre en moi le développement d'une émotion. Mais l'émotion m'envahit tout entier : comment l'observer sans l'éteindre? Pour sérieux qu'il paraisse, l'obstacle n'est point insurmontable. On peut le tourner, en profitant du secours de la mémoire et en substituant l'examen du fait passé à l'examen du fait présent. On peut l'affronter, en renouvelant les observations. Quand chacune d'elle n'apporterait qu'un trait au tableau, il suffira de les multiplier pour obtenir une image achevée du phénomène qu'une trop grande complexité empêchait de saisir d'un seul coup. Est-il nécessaire d'ajouter que, si l'on ne s'improvise en aucun cas observateur, il faut, pour réussir dans l'introspection, un entraînement tout particulier? L'être, obligé pour vivre de s'adapter à son milieu, est con-

1. Voir, sur ce point, L. Lévy-Bkuhl, La philosophie d'Auguste Comte (Paris, 1900), p, 219 et suiv.

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stamment sollicité par les objets extérieurs. Les événements (jui se déroulent dans son esprit n'ont pour lui qu'un intérêt secondaire. Si dégagés que nous soyons de l'état de nature, le spectacle du monde intérieur ne se découvre que lentement à nos yeux. Il échappe au premier examen. Mais il n'est point inaccessible, et le psychologue exercé parvient à reconnaître et à décrire une foule d'aspects que le débutant est incapable d'apercevoir.

Quoi qu'il en soit d'ailleurs, et comme tout autre procédé d'observation, l'introspection est perpétuellement faillible. Le psychologue ne constitue jamais, visà-vis des événements, un témoin entièrement passif. Il ne devrait être que spectateur. Il se fait quelquefois acteur et il devient ainsi, sans qu'il le veuille, la victime de son parti pris. Mais qu'on ne s'y trompe point 1 Ce défaut n'appartient pas en propre à la méthode spéciale qu'il pratique. Les physiciens ont donné eux aussi pour réels des effets imaginaires qu'ils attendaient avec trop de confiance. L'histoire des « rayons N » montre assez qu'ils ne sont pas toujours à l'abri des illusions. Ce qui est vrai, c'est que le risque n'est nulle part plus grand que dans le domaine de l'esprit, puisque l'observateur, maître dans une certaine mesure du monde qu'il explore, est exposé plus qu'aucun autre à mêler et à confondre les phénomènes qu'il provoque avec ceux dont il cherche à surprendre l'apparition.

Les psychologues anciens se bornaient d'ordinaire à s'observer eux-mêmes. Les modernes ne se sont pas

LA MÉTHODE DE LA PSYCHOLOGIE

efforcés seulement de perfectionner la méthode de leurs devanciers. Ils font appel, toutes les fois qu'ils le peuvent, au concours d'autrui, soit qu'ils étudient les signes extérieurs de l'activité psychique, soit qu'ils sollicitent et recueillent le témoignage direct de leurs semblables. Le premier procédé vise l'expression et les actes de l'individu. Il trouve le champ d'application le plus vaste1. On conçoit qu'il est seul applicable, lorsqu'il s'agit du petit enfant, de l'animal ou de certains anormaux. Le deuxième procédé — connu sous lenom d'introspection provoquée — ne s'adresse naturellement qu'à des sujets en état de traduire dans un langage intelligible les résultats de leurs observations. Inauguré en France par Binet, en Allemagne par les élèves de Kùlpe, en Autriche par Freud, il a procuré à la science contemporaine quelques-unes de ses plus fécondes découvertes.

Les phénomènes psychiques représentent l'objet essentiel de la psychologie. Ils n'en forment point l'objet exclusif. Limitée du moins à l'examen de ces phénomènes, la psychologie resterait incomplète. L'expérience la plus vulgaire enseigne que l'activité de l'esprit est liée à celle du corps. Pour déterminer les conditions organiques des faits qui l'intéressent en première

i. Encore faut-il se rappeler que l'observation des autres ne prend sa valeur qu'à la lumière de l'introspection. Il serait vain de recueillir desdocuments que l'on serait incapable d'interpréter et où l'observateur trouverait-il, sinon dans la connaissance de lui-même, la clé de cette interprétation ? Le psycbologue ne saurait évidemment se confiner dans l'étude de sa propre personne. Il n'en conserve pas moins dans l'introspection son premier et son plus indispensable instrument.

l'objet et les méthodes de la psychologie

Ligne, Le psychologue a besoin de connaître les appareils dont Le rapport avec la conscience est devenu peu à pou manifeste. La psychologie classique admettait sans doute l'existence d'un tel rapport. Celle du SIX" siècle a essayé de le préciser. La fortune durable de l'expression psychologie physiologique atteste la faveur dont cette tentative a bénéficié. La psychologie physiologique ne saurait toutefois être édifiée sans une connaissance préalable de l'esprit. Les débutants ont coutume d'imaginer que la physiologie cérébrale ouvre des vues sur le monde intérieur. C'est une erreur grossière. L'étude du système nerveux est assurément utile. Mais elle ne dispense pas d'envisager d'abord les faits de conscience et, pour les reconnaître, le psychologue ne possède en définitive qu'un seul procédé, celui de l'introspection.

[\. L'observation et l'expérience. — La technique de la psychologie est celle-là même des sciences d'observation. Le psychologue prétend recueillir des faits. Tantôt il les enregistre tels qu'ils se présentent à lui, tantôt il en provoque à dessein l'apparition pour les étudier à loisir. Il recourt dans ce cas à l'expérimentation proprement dite. La méthode expérimentale a renouvelé la psychologie. Il importe de la définir.

Une expérience n'est autre chose qu'une observation provoquée. L'expérimentateur observe sans doute, mais il observe dans des conditions qu'il prépare à l'avance, reproduit quand il le veut, et modifie comme il l'entend. Un exemple très simple montrera comment il

l'observation et l'expérience

accroît ainsi ses connaissances, comment il les précise, et comment il les affermit.

Une dame expliquait un jour à Spencer qu'il est économique de voyager avec de très grandes malles où les vêtements puissent tenir étalés et elle en donnait pour preuve qu'une robe s'alourdit quand on la plie étroitement. Fallait-il se moquer? On accordera au philosophe anglais que le raisonnement était médiocre. L'observation, en revanche, était bonne, et si l'illustre auteur des Principes de psychologie avait pris la peine de la vérifier, il se fût bien vite assuré qu'il n'échappait pas à l'illusion dont son amie était victime. L'erreur se produit toutes les fois que l'on soupèse des objets de masses égales, mais de volumes différents : le plus petit est estimé plus lourd.

On pourrait supposer que l'illusion tient à des différences de pression. Un artifice donne le moyen d'éprouver cette hypothèse. Munissons les objets à comparer d'un crochet et soulevons-les par l'intermédiaire d'un fil. L'illusion subsiste. Fermons les yeux. Elle disparait. Cette particularité est décisive : l'illusion n'opère que si l'inégalité des volumes a été préalablement reconnue. Elle s'explique d'ailleurs aisément. L'expérience commune enseigne que le poids augmente d'ordinaire avec le volume. Pour soupeser un objet, nous proportionnons notre effort au poids probable et nous communiquons ainsi aux corps de même masse une vitesse d'autant plus grande qu'ils sont plus volumineux. Cette vitesse commandant d'autre part la perception du poids, il est tout naturel que nous jugions léger le corps que

Largiilr des Bancels. 3

l'onjet et les méthodes de la psychologie

nous soulevons rapidement, lourd celui que nous Soulevons inoins vite.

L'exemple que nous avons choisi met en lumière la puissance analytique de la méthode expérimentale. A la vérité, tous les phénomènes ne se laissent pas réduire aussi complètement, mais il suffît que le psychologue soit en état de les reproduire à son gré, pour qu'on recueille de l'expérience un double bénéfice. L'observation obtenue dans des conditions strictement définies peut être répétée aussi souvent qu'il est de besoin. Devenant ainsi le bien commun, elle se prête à des vérifications multipliées et à un contrôle impartial. Vous me dites : j'ai vu ceci. Je suis obligé de vous croire sur parole. Vous ajoutez : j'ai fait cela. Je puis refaire ce que vous avez fait et constater alors que vousne vous étiez pas trompé.

Le progrès, en toute science, est lié à la description exacte des faits. Lorsque ces faits comportent une expression quantitative, l'exactitude ne saurait être acquise que grâce à la mesure. L'exemple que nous venons de développer servira encore à montrer comment cette dernière peut être introduite dans l'étude de la psychologie.

Une personne compare deux objets de masses égales, mais de volumes différents, et déclare que le plus petit lui semble le plus lourd. L'appréciation, pour nette qu'elle soit, demeure purement qualitative. Elle se précisera, si l'on ajoute à l'objet tenu pour léger une surcharge convenable, et telle qu'il paraisse désormais aussi pesant que l'autre. On trouvera, par exemple,

l'observation et l'expérience

qu'il est nécessaire à cet effet de doubler le poids du premier. Cette surcharge fixe numériquement l'intensité de l'illusion.

La mesure n'est pas toujours possible et elle serait souvent sans intérêt. Mais elle apporte dans une foule de cas un complément d'information très utile, et elle fournit parfois des renseignements que rien ne remplace. 11 est un domaine, en particulier, où la mesure a pris une importance extrême : c'est celui des sensations. La détermination quantitative des grandeurs physiques correspondant à tel degré d'une sensation, ou à tel écart entre des sensations, a donné naissance à une branche spéciale de la psychologie que l'on désigne généralement sous le nom de psychophysique. La mesure du seuil d'excitation ou, comme on dit aussi, la mesure du minimum perceptible en représente un exemple d'application qui est bien connu 1.

Si l'expérience n'est véritablement qu'une observation provoquée, il serait bien singulier que les psychologues ne se soient de bonne heure avisés d'y recourir. De fait, l'introduction de l'expérience en psychologie est aussi vieille que la psychologie elle-même, et le nom d'Aristote est encore attaché à une curieuse

I. La psychophysique a été créée parFechner, dont les recherches ouvrent l'histoire de la psychologie expérimentale proprement dite. — Voir, sur la psychophysique, G. -T. Fechner, Elemente der Psychophysik, 2 vol. (Leipzig, 1860) ; G.-E. Mûller, Zur Grundlegung der Psychophysik (Berlin, 1878); M. Foucault, La psychophysique (Paris, 1901). Sur les méthoc'es spéciales à la psychophysique, voir, en particulier, G.-E. Mlller, Die Gesichtspunkte und die Tatsachen der psyehophysischen Melhodik, Er^ebnisse Cev Physiologie, II, 2e partie, 267 ; 1903.

l'objet et les méthodes de la psychologie

épreuve de perception1. Ce que les modernes ont le droit de revendiquer, c'est l'application systématique et rigoureuse de la méthode expérimentale à l'étude de L'esprit. Mais il faut reconnaître aussi que cette application rigoureuse et systématique représentait justement le progrès décisif et que seule elle était capable de transformer la psychologie.

Nous ne nous arrêterons pas à décrire les procédés spéciaux de l'expérimentation psychologique2. La technique d'une science ne s'apprend qu'à l'usage et elle ne saurait être enseignée qu'à l'occasion de problèmes particuliers. Il suffira de noter ici que la psychologie fait appel suivant les circonstances aux auxiliaires les plus variés. Le langage lui est tout d'abord d'un secours immense. Poser à un sujet une question précise et recueillir la réponse qu'il fournit dans des conditions bien déterminées, c'est faire une expérience. De cette expérience si simple, la psychologie de la pensée a tiré le meilleur parti. Les objets les plus vulgaires, une image, un texte, permettent d'étudier la perception, l'attention, la suggestibilité, la mémoire. Bref, il n'est guère de recherches qu'on ne puisse aborder avec les moyens dont tout le monde dispose. L'expérimentateur

1. Si l'on croise le médius et l'annulaire et que l'on fasse rouler dans l'angle limité par les deux doigts une bille ou un crayon, on perçoit l'objet à double. L'illusion est due à ce que les surfaces sensibles rapprochées dans l'expérience ne peuvent normalement être excitées à la fois que par deux objets.

2. Glaparède en a proposé une classification intéressante, à laquelle nous renvoyons le lecteur. — E. Cla.parède, Archives de psychologie, VII, 3a i ; 1908. Le même, Psychologie de l'enfant, 5e édit. (Genève, 1916), p. 2/4 1 et suiv.

l'observation et l'expérience

est obligé, il est vrai, de recourir dans certains cas à des appareils plus ou moins compliqués. La psychologie sensorielle, après avoir emprunté au physicien les instruments d'optique ou d'acoustique qu'il avait imaginés, en a établi de nouveaux, plus exactement appropriés à ses besoins. Les mesures portant sur la durée des phénomènes psychiques exigent l'emploi d'horloges très précises. Enfin, l'examen des manifestations extérieures de l'activité individuelle ne saurait être poursuivi dans le détail sans le secours des instruments que les physiologistes ont construits pour enregistrer la contraction des muscles, les battements du cœur, l'amplitude de la respiration. Mais si telle ou telle investigation comporte l'usage d'un laboratoire, on se tromperait gravement à confondre la psychologie de laboratoire et la psychologie expérimentale. Le laboratoire est dans certains cas indispensable. 11 ne représente nullement la condition nécessaire de toute expérience psychologique.

Nous avons défini, dans les pages précédentes, la psychologie physiologique et la psychologie expérimentale. Il importe de ne pas identifier ces deux termes. La psychologie physiologique se détermine par son objet. La psychologie expérimentale se détermine par sa méthode. La psychologie physiologique, demeurée longtemps matière de pure spéculation, tend à devenir expérimentale. La psychologie expérimentale ne se réduit nullement, en revanche, à la psychologie physiologique. Au reste, ces désignations ne conservent plus guère qu'un intérêt de souvenir. Elles ont servi

l'objet et les méthodes de la psychologie

longtemps d'enseignés. Les psychologues d'aujourd'hui éprouvent moins que leurs devanciers le besoin de se proclamer à tout propos physiologistes ou expérimentateurs. Ils recourent à l'expérience, quand ils le peuvent. Ils s'adressent à la physiologie, quand il le faut. Ils se disent psychologues sans plus. Et ils savent que les procédés auxquels ils font appel ne sont autre chose que le perfectionnement des vieilles méthodes fondées sur l'observation de soi et sur l'observation d'autrui, l'introspection et Textrospection.

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