‹ Introduction a la Psychologie, l'instinct et l'émotionChapitre 21 sur 71 · OISEAUX · texte numérisé non relu

OISEAUX

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pour se poser à terre. Schrader, qui a étudié ces phénomènes avec le plus grand soin, se refusait à admettre que la destruction des hémisphères eût pour effet d'anéantir toute « spontanéité ». 11 faut s'entendre sur le sens de ce mot. On accordera que les incitations auxquelles l'animal est en état de répondre sont trop nombreuses et trop diverses pour qu'on puisse les assigner à coup sûr dans chaque cas1. Le caractère machinal des actes qu'il accomplit n'est du moins pas contestable, et l'uniformité de ses mouvements est telle qu'il est presque toujours possible de les annoncer à l'avance.

Le pigeon décérébré possède encore ce qu'on pourrait appeler la sensibilité brute. Il réagit au bruit et à la lumière. Il tient compte des obstacles qu'il rencontre et les évite avec une sûreté parfaite. Mais ces obstacles ne sont visiblement pour lui que des corps occupant une certaine position dans l'espace2. Ils déterminent comme tels des mouvements appropriés : ils ne sont ni interprétés, ni reconnus. L'animal s'écarte d'un de ses congénères comme il le fait d'une masse inanimée. Ses allures sont toutes pareilles, qu'il se trouve en présence d'une pierre, d'un chat, d'un chien, ou d'un épervier. Il vit en solitaire dans la société de son espèce. Il n'a plus ni amis ni ennemis. Le mâle roucoule inlassablement

1. Il importe, en particulier, de tenir le plus grand compte à cet égard des excitations d'origine interne. Rogers les invoque justement pour expliquer le» réactions locomotrices du pigeon décérébré. — F. Rogers, The american journal of physiology, XLI, 555; 1916.

2. Les observations de Scbrader sur la vision des pigeons décérébrés ont été confirmées par A. Nom., Archiv fur Physiologie, iç)i5, 35o.

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à l'époque des amours, mais il ne prend plus garde à la femelle. La femelle, à son tour, demeure absolument indifférente aux cris de ses petits. L'oiseau opéré manifeste encore les signes de la faim : il est incapable de se nourrir lui-même. L'instinct subsiste dans ce qu'il a d'impulsif. Il n'aboutit plus à la satisfaction1. Schrader a vu, il est vrai, des faucons à jeun poursuivre et capturer des souris, mais pour les abandonner aussitôt qu'elles avaient cessé de remuer. La recherche de l'aliment a fait place à un simple réflexe : provoqué par le mouvement d'un objet, il s'achève dès que celui-ci est revenu au repos. Le faucon intact chasse la souris, fuit l'homme, reste en paix avec ses semblables. Le faucon qui a perdu ses hémisphères se jette indistinctement sur tout ce qui l'approche2. Si l'activité prétendue volontaire est celle que commande une perception préalable, Flourens ne se trompait guère en cherchant dans les lobes cérébraux le « siège de la volonté »3.

1. M. Schrader, Archio fur die gesamte Physiologie, l. c, p. 23o et suiv.

2. M. Schrader, Archiv fur experimentelle Pathologie, l. c, p. 101.

3. Martin et Rich ont étudié récemment les effets de la décérébration sur le poulet nouveau-né. Lorsque la décérébration est pratiquée au sortir de l'œuf, le petit oiseau développe toutes les activités locomotrices propres à son espèce, et il apprend à nettoyer ses plumes aussi vite et aussi bien que l'individu normal. Il picore, mais il ne réussit pas à se saisir effectivement de sa nourriture. Il ne boit pas. Il conserve au reste les instincts caractéristiques du poussin. C'est ainsi qu'il accourt dès qu'il voit un objet se mouvoir près de lui, et qu'il ne manifeste ni crainte, ni sauvagerie. Les troubles sont plus marqués, quand la décérébration n'est opérée qu'au bout d'une dizaine de jours. Certains actes, — celui de gratter le sol, en particulier, — que Ton observe chez le sujet mutilé à la naissance, disparaisseat dans ce cas pour toujours. — G. Martin et A. IIich, The american journal of physiology, XLVJ, 396- 1918.

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4. Mammifères supérieurs. — Le cerveau antérieur des mammifères est caractérisé par l'accroissement de l'écorce. Les troubles liés à la destruction des hémisphères acquièrent toute leur ampleur chez les représentants les plus élevés du groupe. Il suffira, pour en prendre une idée, d'envisager le résultat des expériences pratiquées sur le chien.

L'extirpation des hémisphères est compatible, dans cette espèce, avec une survie prolongée. Goltz1, auquel on doit la démonstration du fait, a conservé plus de dix-huit mois un des animaux qu'il avait opérés. Rothmann2 en a gardé un autre pendant trois ans. On peut admettre que le sujet de Goltz avait retrouvé, au moment de sa mort, toute l'activité dont il était encore capable. Du moins, le récit de Rothmann rappelle trait pour trait celui de son prédécesseur, et il est douteux qu'après trois pleines années, il reste grand progrès à faire pour un chien sans cerveau.

L'animal se remet très vite des suites immédiates de l'opération. Au bout de quelques jours, il est en état de marcher. Ses mouvements ne tardent pas à devenir assez sûrs. Il glisse parfois lorsqu'il court sur un sol uni, mais il se relève alors de lui-même. Les périodes de veille alternent avec les périodes de sommeil. Le chien prend pour dormir l'attitude naturelle à son espèce et que chacun connaît.

La sensibilité brute subsiste. L'animal répond aux

1. F. Goltz, Archiv fur die gesamte Physiologie, LI, 570; 1892.

2. M. Rothmann, Bericht iiber den V Kongress jiir experimentelie Psycho» logie (Leipzig, 1912), 256.

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excitations lumineuses parle clignement des paupières et aux excitations sonores par un mouvement des oreilles et parfois de la tète. Il distingue les substances comestibles de celles qui ne le sont pas et dédaigne ces dernières. Les irritations cutanées provoquent enfin des réactions très nettes: pincé un peu vivement, le chien gronde, aboie et cherche à mordre. De simples attouchements demeurent, en revanche, sans effet appréciable.

Au reste, l'animal ne tire qu'un parti médiocre de la sensibilité qu'il a conservée. Quand il essaie de mordre, il atteint rarement la main qu'il semble viser. Il se heurte contre les obstacles qu'il trouve sur sa route. 11 ne voit .plus au sens ordinaire de ce mot1.

Au début, l'alimentation est difficile. Le chien réapprend toutefois à boire et à manger par ses propres moyens2. Mais il faut qu'on lui mette la gueule dans l'écuelle pour qu'il consomme sa pâtée. L'animal montre de l'inquiétude lorsqu'il a été laissé quelque temps sans nourriture. Il s'agite et se met à tourner dans sa cage, ou donne de la voix. L'instinct sexuel paraît aboli. La colère exceptée, toute émotion fait défaut.

Le chien opéré ne distingue ni amis, ni ennemis. Les gestes de menace aussi bien que de caresse lui sont indifférents. Il ne répond ni à l'appel de l'homme, ni à la voix de ses semblables. Il ne rêve plus. Bref, il a

I. Rothmann observe expressément que son chien avait appris à éviter les obstacles, en tâtonnant à la manière des aveugles.

a. Le chien de Rothmann avait conservé les mouvements de la succion, de telle sorte qu'il put être nourri d'emblée à la bouteille.

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oublié ce qu'il avait appris et il est devenu à peu près incapable d'acquérir des connaissances nouvelles. Les quelques progrès que Rothmann a notés au cours de sa longue observation ne portent que sur les fonctions les plus élémentaires. Ils concernent uniquement la marche et la préhension des aliments1.

La nature réalise chez l'homme des lésions comparables à celles que le physiologiste détermine chez l'animal. Les malformations de l'encéphale ne sont pas très rares. Les hémisphères en particulier manquent quelquefois chez le nouveau-né. L'un des cas les plus instructifs à cet égard a été décrit par Edinger et Fischer2. Il est relatif à un sujet mort à l'âge de quatre ans. Les hémisphères se trouvaient presque entièrement remplacés par un système de cystes d'où tout élément nerveux avait disparu3. Les couches optiques étaient atrophiées. Le reste de l'axe cérébro-spinal semblait intact.

L'enfant demeurait immobile, les membres contracturés. On devait le réveiller pour le nourrir. Il teta d'emblée correctement. Alimenté au biberon dès le quatrième mois, il n'acceptait que le lait. Il fermait les yeux lorsqu'on l'éclairait trop vivement. Il tressaillait au bruit. Il se comportait au reste comme un être aveugle

1. Il importe de noter que, d;ins le cas de Goltz comme dans celui de Rothmann, l'extirpation des hémisphères avait entraîné une altération profonde des couches optiques. Cette altération est probablement inévitable chez les mammifères supérieurs.

2. L. Edinger et B. Fischer, Archiv fiir die gesamte Physiologie, CLII, 535; igi3.

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