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L'un des corps striés subsistait en partie

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LA MOELLE ET LE CERVEAU

et sourd. Il ne reconnut jamais sa mère, ni à l'appel, ni à la voix. U criait beaucoup. Toute mimique par ailleurs lui manquait.

La comparaison de l'enfant et du chien est intéressante. Le chien décérébré conserve ou retrouve diverses fonctions que l'enfant né sans cerveau n'acquerra jamais1. La nature des troubles est de part et d'autre identique. La gravité des effets que l'on observe dans l'espèce humaine accuse la prépondérance que les hémisphères ont prise au sommet de l'échelle zoologique2.

Les physiologistes qui ont suivi les traces de Flourens se proposaient de découvrir la signification des hémisphères. On n'a pas assez remarqué qu'une telle détermination ne pouvait être qu'indirecte, et que les expériences auxquelles ils se sont arrêtés ne sauraient tout d'abord apprendre qu'une chose : c'est à quoi les hémisphères « ne servent pas ». L'examen de l'animal mutilé décèle une activité très variée. Pour définir le gain qu'assure la possession du cerveau antérieur, il est indispensable d'avoir bien précisé la nature des fonctions qui subsistent après la perte de cet organe.

1. On sait que des animaux tels que le chien ou le chat, par exemple, n'accusent aucun trouhle d'ordre moteur, lorsqu'ils sont décérébrés à la naissance.

2. Les expériences entreprises sur le singe semblent démontrer que cet animal se comporte, après la perte des deux hémisphères, à peu près comme le chien. Karplus et Kreidl ont réussi à conserver vingt-six jours un singe décérébré. Les mouvements restaient nombreux. Ceux des membres étaient légèrement altérés. Le sujet réagissait aux excitations tactiles, lumineuses, sonores. Il avait perdu toute espèce de mimique. — J. Karplus et A. Kreidi , A rchiv fur Physiologie, 1914, i55.

MAMMIFÈRES SUPÉRIEURS

Goltz s'est toujours refusé à voir dans le chien décérébré un « automate inconscient ». Sa conclusion a été l'objet d'une longue et stérile controverse. Elle enferme, de fait, deux thèses qu'il faut distinguer avec soin. Que l'animal privé de ses hémisphères ait ou non une conscience, c'est sans doute ce que nous ignorerons toujours. Qu'il se comporte en véritable automate, c'est ce qu'il paraît bien difficile de contester. On alléguera que le chien retrouve, après l'opération qu'il a subie, une certaine spontanéité. Mais cette spontanéité témoigne seulement qu'il est demeuré sensible. L'organisme de l'animal répond encore, il est vrai, à une foule de sollicitations dont le physiologiste ne discerne qu'un petit nombre1. Les réactions dont cet organisme est le siège peuvent du moins être interprétées conformément au type du réflexe, et si l'observateur n'est pas toujours en état de les annoncer, il prédit à coup sûr l'effet des excitations qu'il applique ou qu'il reconnaît. Une telle prévision devient pratiquement impossible lorsque le système nerveux est intact : elle supposerait aussi bien, outre le relevé des conditions auxquelles le sujet est actuellement soumis, la connaissance de son passé et le rappel de son histoire.

Le chien décérébré se lève parfois de lui-même. Mais il marche sans trêve et sans but. Il esquisse au besoin

I. A côté des sollicitations externes, dont beaucoup peuvent échapper à l'observateur le plus attentif, il faut tenir compte des sollicitations internes qui prennent naissance dans l'organisme lui-même. Goltz avait noté que son chien marquait une agitation particulière quand il était à jeun. Pour Rogers, les marcbes incessantes du pigeon décérébré seraient liées h des excitations ■d'ordre viscéral, que les hémisphères n'inhiberaient plus.

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un mouvement de défense. Mais il n'attaque pas. Iî accepte la nourriture, quand on la place à sa portée Mais il ne la recherche jamais. En un mot, s'il possède encore les éléments de son activité antérieure, il est hors d'état d'en tirer intégralement parti. Les moyens dont il dispose, pour variés qu'ils soient, ne suffisent plus à lui procurer une existence indépendante. Il ne subsiste que s'il est nourri et protégé. Les progrès dont il est susceptible au cours de sa survie sont étroitement limités. Ceux que les observateurs ont signalés jusqu'ici ne manifestent peut-être que le retour de fonctions momentanément entravées dans leur jeu.

Que l'on oppose maintenant l'animal intact à l'animal mutilé, et la signification des hémisphères apparaîtra dans tout son jour. Le chien normal se met, lorsqu'il a faim, en quête des aliments qu'il a goûtés déjà. Il évite le fouet qui l'a blessé jadis. Il se rend à l'appel qu'il a appris peu à peu à connaître. Les mouvements qu'il exécute ne représentent pas seulement une réponse immédiate à une excitation actuelle. Ils traduisent des intentions. La sensation commande des réflexes. La perception suggère des motifs. Maître de ses hémisphères, l'animal prémédite ses actes, parce qu'il interprète ses impressions. Bref, et pour tout dire avec James1, il est devenu capable d'obéir à des « objets absents ». Mais la connaissance de ces objets absents est le fruit de ce qu'on appelle vulgairement l'expérience. Supprimez le cerveau antérieur : vous abolissez

i. W. James, The principles of psychology, I, p. 20.

l'écorce cérébrale et les corps striés

à la fois le bénéfice de l'expérience passée et la possibilité de l'expérience à venir, et vous réduisez l'organisme à l'état d'une simple machine, jouet passif des forces qui la sollicitent à chaque instant.

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