CHAPITRE VI
i. L'instinct et le réflexe. — Instinct signifie pro prement impulsion. Instinct est synonyme, pour le vulgaire, d'inclination ou de penchant. Mais tandis que les mots de penchant et d'inclination ont conservé l'acception la plus vague et la plus étendue, celui d'instinct s'est fixé peu à peu. Nous le prendrons au sens que les biologistes s'accordent à lui donner. Il sert à dénoter les penchants naturels, les inclinations innées. Plus précisément, nous qualifierons d'instinctifs les actes adaptés, que tous les représentants d'une espèce accomplissent de même sans les avoir appris.
L'instinct est adapté. Les réactions instinctives correspondent, en d'autres termes, aux intérêts de l'individu ou de l'espèce. C'est instinctivement que l'être s'alimente, se reproduit et se défend.
L'instinct est spécifique. On le tenait jadis pour inva riable. Il faut se borner à dire qu'il est uniforme. Les individus ne sont en aucun cas identiques : les manifestations individuelles de l'instinct ne le sont pas davantage
l'instinct et le réflexe
L'instinct n'est pas appris. Les réactions instinctives sont des réactions héréditaires. Telle est, au vrai, la marque de l'instinct. « L'instinct n'est rien, écrivait Condillac1, ou c'est un commencement de connaissance. » L'instinct ne serait rien, s'il n'était qu'un commencement de connaissance. Mais il suffît d'observer l'homme ou l'animal pour s'assurer que l'instinct est quelque chose. L'organisme apporte avec lui ses instincts et, s'il apprend à cet égard, c'est tout au plus à s'en servir.
L'erreur de Condillac est une erreur ancienne. Elle procède d'une confusion entre l'habitude et l'instinct. Le caractère automatique des habitudes invétérées a été reconnu de tout temps. Il devait suggérer une théorie de l'instinct. L'habitude en arrive à simuler l'instinct et elle finit par composer une « seconde nature ». Le plus simple n'est-il pas \ alors de regarder l'instinct comme une « habitude privée de réflexion » et la nature comme une « première coutume » ? Telle est, en fait, l'interprétation de Condillac. On comprend à la rigueur qu'une thèse de ce genre ait séduit le constructeur de la « Statue ». Maison s'explique mal que tant d'observateurs, attachés à l'étude des êtres réels, s'en soient accommodés après lui. Condillac tenait les « philosophes » pour « des hommes qui d'ordinaire aiment mieux une absurdité qu'ils imaginent qu'une vérité que tout le monde adopte ». Soutenir que le petit des mammifères « réfléchit » avant de teter, admettre qu'un