‹ Introduction a la Psychologie, l'instinct et l'émotionChapitre 35 sur 71 · W. James, Z. c, II, p · texte numérisé non relu

W. James, Z. c, II, p

LA DÉCHÉANCE DE L'iNSTINCT

jouer1. Il grattait le tapis de ses pattes de devant, laissait tomber l'objet qu'il tenait dans sa gueule, regrattait tout autour, et finalement s'en allait. Bien entendu, cette activité était absolument vaine. Je l'ai vu s'y livrer quatre ou cinq fois et jamais depuis. Les circonstances n'étaient pas favorables à la formation d'une habitude qui pût continuer l'instinct.» Ces derniers mots appellent une remarque. James supposait qu'une habitude vient remplacer l'instinct. Il serait plus simple d'admettre que l'instinct persiste comme tel toutes les fois qu'il a trouvé un emploi effectif. L'essentiel est de retenir que l'instinct ne se fixe que s'il s'est exercé utilement.

William James n'attribuait à la loi de caducité qu'une portée restreinte. Ses continuateurs ont généralisé. Thorndike enseigne que tout instinct périt, que l'événement contrarie2. James tenait pour permanents les instincts primordiaux. La question qu'il soulevait ainsi est probablement sans issue, puisque les instincts indispensables à la conservation de l'être fonctionnent à coup sûr et se fixent dès lors en toute hypothèse. Il suffira, pour demeurer entièrement fidèle aux données de l'observation, de dire qu'une déchéance rapide frappe l'instinct qui ne s'exerce pas3.

1. On sait que les chiens domestiques aiment à enfouir de vieux os ou des restes de nourriture. Les chiens sauvages, les loups, enterrent les proies qu'ils ne dévorent pas immédiatement.

2. E. Thorndike, The éléments of psychology (New-York, 1917), p. 188.

3. Beaucoup des prétendues aberrations de l'instinct trouvent une explication dans la loi de caducité. D'autres tiennent à l'intervention de facteurs artificiels. Fabre en a rapporté divers exemples. Certaines guêpes enferment dans des cellules d'argile les araignées qu'elles destinent à leur larve. Si on

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l'instinct

Telle quelle, la loi de caducité domine l'activité instinctive, et l'on devine sans peine les conséquences qu'elle comporte dans la pratique de la pédagogie. James les a résumées dans une page fameuse. On nous saura gré de la reproduire ici.

« L histoire des intérêts et des passions qui se succèdent dans la vie d'un homme apporte une vérification étendue à la loi de caducité. Pour l'enfant, tout est jeu, contes de fées, apprentissage du monde extérieur ; pour l'adolescent, exercices physiques, romans et camaraderie, amitié et amour, voyages et aventures, science et philosophie ; pour l'homme fait, ambition, politique, argent, responsabilités, affaires. Si un enfant vit isolé de ses semblables à l'âge des sports, s'il n'apprend ni à lancer la balle, ni à ramer, ni à monter à cheval, ni à patiner, ni à pêcher, ni à tirer, il restera probablement un sédentaire jusqu'à la fin de ses jours. Qu'il trouve ensuite les mêmes occasions d'apprendre tout cela, il y a cent à parier contre un qu'il les dédaignera et reculera devant un effort qui, quelques années

enlève l'araignée que l'insecte vient de capturer, on le voit, dit Fabre, « s'exténuer à l'inutile ». « A la vingtième proie, conseillé peut-être par la fatigue d'expéditions répétées outre mesure, le chasseur a jugé que la bourriche était assez fournie, et très consciencieusement il s'est mis à clôturer la cellule ne renfermant rien du tout. » On a observé des faits du même ordre chez les oiseaux. F. Herrick [cité par G. Herrigk, An introduction to neurology (Philadelphie, 1918), p. 64] a constaté qu'un oiseau, occupé à construire son nid et que l'on interrompt dans son travail, est souvent obligé de reprendre dès l'origine la série de ses opérations. Un acte automatique est un «cte global. Les éléments en sont liés de telle sorte que l'exécution du premier commande celle du deuxième, et ainsi de suite. Darwin remarquait déjà qu'une personne qu'on arrête, quand elle récite un morceau, est presque toujours obligée de revenir en arrière pour pouvoir l'achever.

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plus tôt, l'aurait enchanté... En toute pédagogie, le grand point est de battre le fer quand il est chaud. Il faut saisir le flux de l'instinct au moment où il s'élève, et avant qu'il ne soit retombé... Il y a un temps propice où l'enfant acquerra sans peine l'habileté au dessin, où il aimera à faire des collections, où il disséquera avec plaisir. Le jeune homme s'intéressera ensuite aux merveilles des sciences physiques. Ce sera plus tard le tour de la psychologie, de la métaphysique et de la religion, et, pour finir, celui des affaires et de la sagesse humaine. En toutes choses et pour chacun de nous, le point de saturation ne tarde pas à être atteint. L'ardeur de notre zèle expire, et s'il ne se rencontre alors, pour le tenir en haleine, quelque nécessité urgente et personnelle, nous vivons sur le capital que nous avons accumulé, quand notre intérêt avait encore la fraîcheur de l'instinct. Notre profession mise à part, nos idées sont jusqu'à la fin celles de la vingt-cinquième année... Le premier devoir de l'éducateur est donc de découvrir le moment où les instincts de l'enfant viennent tour à tour à maturité. Quant aux élèves, ils profiteraient mieux sans doute de leurs années d'étude, s'ils se fiaient moins au développement de je ne sais quelles capacité futures, et s'ils pouvaient se persuader que les connaissances, bonnes ou mauvaises, dont ils se munissent à l'école, sont en définitive celles qui leur serviront jusqu'au bout1 ».

La pédagogie de l'intérêt, que tant de bons esprits

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