LES CRAINTES PRIMITIVES ET LES CRAINTES DERIVEES IQI
s'explique d'elle-même. L'enfant se brûle, quand i! touche à une flamme. L'enfant qui s'est brûlé ne s'en approche plus. Que les manifestations de la crainte, enfin, soient innées dans ce qu'elles ont de caractéristique et d'essentiel, c'est ce que l'observation établit à l'évidence. Les cris, la fuite, l'immobilisation, représentent à coup sûr des réactions héréditaires. Ces réactions apparaissent de bonne heure et elles ne doivent rien, en principe, à l'expérience ou à l'imitation.
Au reste, quand les résultats de l'observation directe nous manqueraient, l'examen de l'animal serait démonstratif. La crainte n'est pas le propre de l'homme. Une foule d'espèces la ressentent tout comme nous, et les symptômes qui l'accusent chez les vertébrés supérieurs sont assez caractéristiques pour que nous les interprétions d'emblée. Il est à peine nécessaire d'ajouter que les signes de la crainte appartiennent en commun aux races les plus diverses. Tout ce qu'il convient de noter à ce sujet, c'est que les primitifs les répriment un peu moins que les civilisés.
En résumé, la douleur, actuelle ou seulement anticipée, commande une réaction de défense spéciale. Cette réaction est innée. A ce titre, la crainte doit être considérée comme un instinct. Mais toute crainte ne répond pas au type que nous venons de définir. Quand le vulgaire parle de craintes instinctives, il entend d'ordinaire celles qu'aucune expérience ne saurait justifier. De telles craintes se rencontrent assurément. Il s'agit d'en découvrir la nature. Tiennent-elles simplement à ce que l'individu attribue de fait à certains objets une
l'instinct
signification redoutable? Représentent-elles, au contraire, une réaction originale, liée à la constitution héréditaire de l'homme ? Une semblable question ne peut être résolue que par l'examen minutieux des cas particuliers. Si Ton se donne la peine d'observer l'enfant pendant la première période de son existence, on ne tarde pas à se convaincre que les deux termes de l'alternative se réalisent l'un et l'autre. Les craintes dérivées sont extrêmement nombreuses. Il existe non moins certainement des craintes primitives. Rien n'est plus difficile, dans une foule de circonstances, que de reconnaître à quelle catégorie telle crainte déterminée appartient véritablement.
Arrêtons-nous d'abord aux craintes proprement instinctives. Un bruit soudain fait tressaillir l'adulte et l'effraye « sans raison ». Ce bruit est, chez l'enfant, la première occasion d'une crainte « sans cause ». Preyer et tous les observateurs qui l'ont suivi s'accordent sur ce point. La crainte de tomber est également instinctive. Preyer l'a notée chez son fils avant toute expérience à cet égard. De même, le petit enfant qu'on laisse choir — dans des conditions telles qu'il ne puisse se faire le moindre mal, — manifeste d'emblée l'appréhension la plus vive1.
I. Les observations de Preyer ont été confirmées récemment encore par J. Watson et J. Morgan, The american journal of psychology, XXVIII, i63 ; 1917. — Selon les auteurs américains, la crainte se traduit à l'origine, et dès les premiers mois de l'existence, par un arrêt de la respiration, des mouvements désordonnés de prise, le battement des paupières, le plissement des lèvres, les cris. Elle se manifesterait, en particulier, dans les conditions suivantes : quand l'enfant entend un bruit violent ; quand il perd soudain tout point d'appui ; quand, au moment où il va s'endormir, on tire brusque-