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LE FLUIDE PSYCHIQUE

que le fluide psychique trouve sa retraite maîtresse et qu'il alimente les « courants » destinés aux organes des sens, de la parole et de la génération1.

Ceux même qui rompent le plus complètement avec l'hylozoïsme des « physiologues » ne renoncent pas à opérer sur la vieille représentation. Aristote cherche dans un fluide igné l'organe immédiat des fonctions qu'il comprend sous le nom d'âme2. Le souffle qu'il décrit cesse d'être le support de la raison. Mais, s'il a perdu aux yeux du Stagirite quelques-unes des prérogatives que Diogène reconnaissait encore à son « air », il ne tombe pas au rang d'un simple « calorique ». Source de la chaleur animale, il est en même temps le principe d'une activité véritablement psychique.

Foyer du pneuma, le cœur joue dans la physiologie d'Aristote le rôle que nous attribuons aujourd'hui au cerveau. Communiquant, d'une part, avec les organes sensoriels, il est le siège de la perception, de la mémoire, de l'imagination. Relié, de l'autre, aux organes du mou-

1. Ces idées se retrouvent telles quelles au xvne siècle, dans les écrits de van Helmont. « Les nerfs ne servent pas à transporter au cerveau les impressions sensibles, niais à conduire les esprits aux parties où ces nerfs se distribuent, pour les ranimer et les réconforter. » (Cité par G. Daremberg, Histoire des sciences médicales, I, p. 488).

2. L'âme, selon Aristote, est la « forme » du corps. Pour bien saisir la valeur de cette formule, il faut substituer à un mot vidé pour nous de toute signification précise, le terme qui, dans l'usage actuel, lui correspond le plus exactement. Ce terme est celui de force vitale. Pour Homère déjà, l'âme séparée du corps n'a qu'une existence incomplète. Semblable à une ombre légère ou à un spectre vaporeux, elle conserve l'apparence du cadavre qu'elle a abandonné, mais elle a besoin de goûter le sang des victimes pour retrouver un moment la mémoire et la parole. Pour Aristote, l'àme n'est plus séparable du corps. Elle est à ce corps ce que la fonction est à l'organe et elle ne prend de réalité que dans la matière qu'elle détermine.

l'ame et le corps

veinent, il provoque les impulsions qui mettent ces derniers en œuvre. Le refroidissement périodique du (d ur commande le sommeil. L'extinction de la chaleur vitale entraine la mort1.

Quant au cerveau lui-même, Aristote l'envisage -comme un appareil de réfrigération. Le philosophe rejette expressément l'opinion de ceux qui plaçaient dans l'encéphale le siège propre de l'âme, et il enseigne que ce viscère a pour destination de tempérer le cœur. Aristote savait que la masse encéphalique n'atteint dans aucune espèce le développement qu'elle accuse chez l'homme. Il expliquait cette particularité en remarquant que l'organisme exige une réfrigération d'autant plus puissante qu'il est plus parfait et par conséquent plus chaud.

Les médecins grecs, à leur tour, invoquent perpétuellement le pneuma. Les Hipprocratiques s'efforcent d'en déterminer la nature, la provenance et la signification. A peine les nerfs ont-ils été découverts, qu'ils deviennent des canaux où circule le fluide vital. Vers la fin de la période alexandrine, Galien donne à la théorie pneumatique sa forme définitive. Et quand Descartes esquissera de la machine humaine un inoubliable modèle, c'est à Galien qu'il empruntera les « esprits animaux ». Il

I. Aristote ignorait les muscles comme les nerfs. Il ne s'est expliqué nulle part avec netteté sur les conditions du mouvement. Il se borne à enseigner que les tendons prennent leur origine dans le cœur. Quant aux organes sensoriels, il paraît avoir admis que ceux de l'odorat, de la vue et de l'ouïe sont rattachés au cœur par des conduits spéciaux débouchant dans les veines, -taudis que les impressions du toucher et du goût seraient transmises directement par l'intermédiaire de la « chair ».

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