‹ Introduction a la Psychologie, l'instinct et l'émotionChapitre 5 sur 71 · LA DOCTRINE CEREBRALE · texte numérisé non relu

LA DOCTRINE CEREBRALE

les conçoit, à vrai dire, tout autrement que son prédécesseur. Pour lui, l'esprit animal est une matière au sens strict et moderne du mot. C'est, si l'on veut, un gaz. Mais cette matière conserve les propriétés physiques que les anciens assignaient au fluide psychique. « Vent très subtil, ou plutôt flamme très vive et très pure », écrivait Descartes. Ce sont là les images dont usaient les premiers Ioniens.

2. La doctrine cérébrale. — La doctrine cardiaque est une doctrine populaire1. La doctrine cérébrale est une doctrine savante. Pour en trouver les plus vieux titres, il faut remonter aux origines mêmes de la science grecque. Dès le vie siècle, Alcméon de Crotone reconnaît la signification véritable de l'encéphale. L'antiquité attribuait à ce médecin l'honneur des premières dissections que l'homme eût osé entreprendre. Instruit sans doute par des observations personnelles, Alcméon enseignait que les organes des sens sont reliés au cerveau par des conduits — les « pores » — et il cherchait dans une obstruction de ces pores la cause immédiate des troubles de la sensibilité. Il admettait de plus, à en croire la tradition, que le cerveau constitue le réceptacle de la pensée.

Il est impossible de déterminer la portée réelle de l'influence exercée par le Crotoniate. La doctrine qu'il avait exposée paraît du moins s'être répandue de bonne heure. On en trouve l'écho chez les philosophes et chez

I. Elle se reflète encore dans le langaçe courant (apprendre par cœur, les raisons du cœur, elc).

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les médecins du ve siècle. Démocrite etPlaton s'accordent pour logèr La raison dans l'encéphale. Les atomes de feu qui forment, pour Démocrite, la substance même de l'âme, pénètrent, il est vrai, l'organisme tout entier. Mais l'activité qu'ils déploient n'est pas en tous lieux identique : le cerveau est le « gardien de l'intelligence »r le cœur le « roi de la colère », le foie la « cause du désir ». Le spiritualisme platonicien s'accommode de localisations semblables: la pensée siège dans la tète, les passions généreuses dans la poitrine, les appétits dans l'abdomen.

Plus strictement fidèle à la doctrine d'Alcméon, l'auteur du traité Sur la maladie sacrée regarde l'encéphale comme l'organe exclusif de l'activité psychique sous ses aspects les plus divers. « C'est par le cerveau, dit-il, que nous pensons, que nous voyons et que nous entendons, que nous avons plaisir ou peine... C'est par le cerveau, de même, que nous délirons, lorsqu'il vient à être altéré. » Ces vues divinatrices étaient prématurées. Elles ne devaient prendre rang au nombre des vérités scientifiquement établies qu'à la suite de nouveaux progrès. Ces progrès sont dus en première ligne à l'école d'Alexandrie.

Les savants alexandrins ne se contentent plus d'observer et de raisonner. Ils expérimentent. Les médecins pratiquent la dissection et la vivisection. Ils jettent les bases d'une anatomie et d'une physiologie positives et donnent ainsi à l'étude de la vie le fondement solide qui lui avait manqué avant eux. L'histoire a retenu en particulier les noms de Hérophile et d'Erasistrate. Le

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