‹ Introduction a la Psychologie, l'instinct et l'émotionChapitre 41 sur 71 · LES CRAINTES PRIMITIVES ET LES CRAINTES DERIVEES I · texte numérisé non relu

LES CRAINTES PRIMITIVES ET LES CRAINTES DERIVEES I

confesseur, son directeur avaient beau lui dire qu'il n'y avait rien à craindre, que ce n'étaient que des alarmes d'une imagination épuisée par une étude abstraite et métaphysique ; il convenait de tout cela avec eux, et, un quart d'heure après, il se creusait de nouveau le précipice qui l'effrayait. » Comment interpréter cette crainte singulière? Il ne sert évidemment à rien d'invoquer, avec les amis de Pascal, les « alarmes d'une imagination épuisée » ou, avec tel psychiâtre contemporain, « l'affaiblissement de l'organisme ». Ribot voit dans cette phobie la « suite » d'un accident, celui du Pont de Neuilly1. L'explication est franchement insuffisante. Quantité de personnes ont couru des dangers pareils sans devenir ensuite victimes d'une obsession. On alléguera que Pascal était un névropathe2. Sans doute, mais il s'agit d'expliquer la forme particulière des symptômes qui l'ont tourmenté. L'histoire de Pascal est celle d'un homme qui ne réussit pas à satisfaire les aspirations profondes de sa nature. L'abîme qui s'ouvrait sans cesse à son côté n'était peut-être que le symbole du « vide » qu'il a ressenti désespérément. Nous nous bornerons ici à cette indication. La biographie de l'auteur des Pensées fournirait au curieux les moyens de la compléter.

1. T. Ribot, La psychologie des sentiments, 3e édit. (Paris, 1899), p. 223.

2. Le cas de Pascal n'est pas unique. Janet en a rapporté un tout semblable. Le malade qu'il a observé « a constamment besoin d'avoir un appui matériel du côté gauche et se tient toujours la main gauche fortement accrochée à quelque meuble ou quelque objet. Si ce point d'appui lui manque, dans les salles de cours, par exemple, il sent un creux, un vide à gauche, qui peut devenir effroyable ». — P. Janet, Les obsessions et la psychasthénie (Paris, 1903), I, p. 2o4-

l'instinct

Ajoutons tout de suite que, pour retrouver l'origine d'une crainte anormale, il n'est pas toujours nécessaire de creuser si profond. Mosso a rapporté le cas d'un vieux soldat qui lui déclarait ne jamais passer sans effroi près d'une chapelle solitaire. C'est, disait le vétéran, que, tout petit, j'ai vu dans des circonstance pareilles le cadavre d'un homme assassiné, avec lequel une servante avait voulu m'enfermer pour me punir1. 11 est permis de supposer, avec Ribot, que beaucoup de craintes, inexplicables en apparence et que l'adulte se montre incapable de vaincre, tiennent ainsi à un souvenir d'enfant, plus ou moins oublié.

5. L'analyse des « sentiments ». — Rien ne serait plus instructif que de dresser le tableau des instincts propres à l'homme. Rien aussi n'est plus délicat. Les' ressorts primordiaux de l'activité humaine ne s'offrent pas d'emblée à l'observation. Il faut les découvrir. Un « sentiment » représente d'ordinaire une formation complexe. Pour en apercevoir la structure, il est indispensable de le dissocier. On s'est demandé si la pudeur ou la jalousie devaient être regardées comme des instincts. La question est de reconnaître les tendances que la jalousie ou la pudeur mettent en jeu. La jalousie et la pudeur paraissent certainement innées, mais, pour être instinctives en principe, elles ne figurent ni l'une ni l'autre un instinct élémentaire. Havelock Ellis - voit dans la

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