‹ Introduction a la Psychologie, l'instinct et l'émotionChapitre 42 sur 71 · L'ANALYSE DES « SENTIMENTS · texte numérisé non relu

L'ANALYSE DES « SENTIMENTS

pudeur un « faisceau de craintes ». Pùbot1 tient la jalousie pour un « composé ternaire ». Ce sont les pièces de ce composé ou de ce faisceau qu'il s'agirait avant tout d'identifier.

L'analyse des sentiments a été entreprise, il est vrai, de bonne heure. Mais elle ne saurait devenir fructueuse que si elle porte sur les faits. Spinoza cherchait dans « le désir » l'origine des passions les plus diverses. Bossuet, après saint Thomas, les ramenait toutes à « l'amour ». Ce n'est ni de cet amour, ni de ce désir, que nous nous occuperons ici. Pris en un sens aussi général, les- mots amour et désir ne sont plus que des termes abstraits. L'amour des plaisirs, l'amour d'une femme, l'amour maternel, l'amour paternel, l'amour filial, l'amour de la patrie, l'amour de la vérité, sont des choses fort différentes. Ce sont ces choses et ces choses seulement que le psychologue a pour tâche d'étudier.

L'amour, au sens étroit du mot, celui des romanciers et des poètes, repose tout entier sur l'instinct sexuel. Mais à la tendance fondamentale qu'il traduit tout d'abord, s'en ajoutent le plus souvent une foule d'autres. A l'attraction spécifique s'associe bientôt la tendresse et quelquefois l'admiration. « Le premier effet de l'amour, a écrit Pascal, c'est d'inspirer un grand respect; l'on a de la vénération pour ce que l'on aime. » L'admiration est bien, si l'on veut, un effet de l'amour, mais elle n'en est point un effet nécessaire. L'amour est compatible

i. T. Rilot, /. c, p. 274.

l'instinct

avec le mépris, et la difficulté est justement de comprendre pourquoi le premier, lorsqu'il s'exalte, finit par commander l'admiration. Un amant n'aime pas, parce qu'il admire. Il admire, parce qu'il aime, et il a coutume d'attribuer à l'objet de son amour toutes sortes de perfections qu'un indifférent serait fort en peine de découvrir. L'analyse de l'admiration donnerait peut-être la clé de cette petite énigme. Nous n'admirons en fait que ce que nous jugeons supérieur à nous-même. L'être que nous aimons forme peu à peu le centre et comme le point d'application de tout un ensemble de tendances qui ne trouveraient plus à se satisfaire, s'il venait à nous manquer. En ce sens, il nous dépasse et c'est à ce titre qu'il semble digne de notre admiration1. L'amour, enfin, fait appel aux instincts égoïstes et, pour peu qu'il soit partagé, il fournit un aliment solide à notre orgueil, à notre vanité, à l'estime que nous avons de nous, à celle que nous exigeons d'autrui. Spencer comptait dans l'amour une dizaine de composantes distinctes. Il envisageait un certain type d'amour. L'amour le plus complexe est aussi le plus complet. Quand il devient passion véritable, il organise à son profit exclusif l'activité de l'individu et l'accapare tout entier. « Quelque étendue d'esprit que l'on ait, a dit Pascal, l'on n'est capable que d'une grande passion. » Rien n'est plus vrai, et il ne sau-

i. L'admiration que ressent l'adulte résulterait, selon Freud, d'un transfert. Elle dériverait de celle que le petit garçon ou la petite fille a éprouvée jadis pour l'un ou l'autre de ses parents. Cette hypothèse est intéressante et elle se justifie probablement dans un certain nombre de cas. Mais Freud n'explique pas pourquoi l'enfant admire ses parents. Or. c'est là, en définitive, la question essentielle.

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