‹ Introduction a la Psychologie, l'instinct et l'émotionChapitre 43 sur 71 · L'ANALYSE DES « SENTIMENTS · texte numérisé non relu

L'ANALYSE DES « SENTIMENTS

rait en être autrement. Toute passion tend à remplir l'esprit et elle n'est grande que si elle en occupe « toute la capacité ».

L'amour paternel n'est guère moins complexe que l'amour sexuel, mais la structure en est bien entendu toute différente. L'amour paternel a probablement pour racine un instinct original. Dans une foule d'espèces, le mâle s'associe avec la femelle pour soigner, nourrir, protéger les petits. La tendance à laquelle il obéit se manifeste en particulier dans toute la série des vertébrés, et c'est sans aucune raison sérieuse que nous la refuserions à l'homme. Cette tendance s'apparente à celle qui fonde l'amour maternel, mais elle est moins puissante. Il est exceptionnel que la mère n'aime pas ses enfants. Il n'est pas rare que le père s'en désintéresse et les abandonne. Une mère s'occupera avec la même sollicitude d'un enfant chétif ou mal doué que d'un enfant robuste et intelligent. Il arrive qu'un père éprouve à l'égard du premier une sorte de répugnance et qu'il reporte sur l'autre toutes ses affections. L'amour paternel aussi bien ne se réduit pas à un instinct parentaire. Dans l'immense majorité des cas, il doit son principal ressort au faisceau des tendances égoïstes. Le père identifie ses enfants avec lui-même, parce que, en effet, ceux-ci le continuent, perpétuent sa race, le « reproduisent », en un mot. L'amour paternel est fait, pour une grande part, d'amour-propre : chez beaucoup d'hommes, il n'est guère que cela. Suivant les circonstances, les époques, les civilisations, le point d'application des tendances personnelles varie à l'infini. ;Dans une société fortement con-

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stituée, le père a grand intérêt à engendrer des enfants et surtout des fils. Dans une collectivité anarchique, cet intérêt diminue et le sentiment paternel perd avec lui beaucoup de sa force.

A la différence des précédents, l'amour filial ne semble comporter aucun instinct qui lui soit propre. Il est fait de tendresse, de reconnaissance, d'admiration. Il se nuance parfois de sexualité1. Il n'obéit jamais à ce que le vulgaire appelle « la voix du sang ». Les tendances en lesquelles il se résout sont assurément instinctives, mais elles ne sont pas liées à l'existence de la famille, et elles trouveraient, en dehors d'elle, mille occasions de s'exercer. L'amour de la patrie se rapproche, à cet égard, de l'amour filial. Il représente un agrégat de sentiments dont aucun ne lui est particulier. Aimer sa patrie, c'est d'abord aimer son pays. Nous sommes des êtres de coutume, et le pays où nous sommes nés et où nous avons grandi est plus capable que tout autre de satisfaire aux habitudes que nous nous créons peu à peu. Il est rare qu'un émigrant s'accommode tout à fait des conditions nouvelles qu'il rencontre à l'étranger. Le

i. L'instinct sexuel est certainement plus précoce qu'on ne l'admet d'ordinaire. Il s'épanouit au moment de la puberté. Mais il s'éveille beaucoup plus lot. A écouter Freud, il se ferait jour dès les premiers mois de l'existence et attacherait, à celte époque, le petit garçon à sa mère et la petite fille à son père. L'expérience est commune que les fils s'entendent mal avec leur père. Cette mésintelligence serait de règle le fruit d'une jalousie infantile qui se perpétuerait à l'insu de celui qui en reste possédé. Tout le monde connaît l'histoire d'Œdipe. La vieille légende traduirait le drame intime qui, pour ne s'achever que dans des circonstances tout à fait exceptionnelles, contribuerait à définir, dans une foule de cas, l'attitude de l'homme fait. Quelle que soit la valeur de ces thèses, il importe de retenir que l'attrait proprement sexuel forme souvent une des composantes de l'amour que l'on nomme filial.

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