L'INSTINCT SEXUEL LES INSTINCTS PARENT AIRES
l'intérêt qui s'attache en principe à l'enfant. On comprend que cet intérêt acquière au besoin une extension très vaste. On imagine à la rigueur qu'il se montre chez l'enfant lui-même, si celui-ci est, dès sa naissance, en possession de l'instinct que l'adulte achèvera de développer. Une thèse pareille se recommande de sa simplicité. S'il est impossible de la tenir pour démontrée, il est incontestable du moins qu'elle se vérifie dans un grand nombre de cas, et que, pour prendre un exemple très particulier, l'amour des animaux n'est, chez une foule de personnes, qu'un substitut de l'amour maternel.
La tendresse de l'enfant est précoce. Elle se manifeste par un mouvement très caractéristique. A la vue de sa mère ou de sa nourrice, le bébé tend les bras. Ce geste paraît instinctif, mais la signification en est demeurée fort obscure. Certains y voient un prélude à l'embrassement sexuel et c'est à la sexualité naissante qu'ils demandent le secret des affections que l'homme fait éprouvera ensuite pour ses semblables1. L'enfant aimerait d'abord sa mère. L'adulte resterait fidèle en définitive à ce premier amour. Disons tout de suite que cette nouvelle thèse n'a trouvé jusqu'ici que de rares défenseurs. Elle soulève, en particulier, une grave objection. L'attraction sexuelle opère dans un nombre immense d'espèces. La bienveillance proprement dite semble le privilège de quelques-unes seulement. Est-il d'ailleurs
I. C'est l'opinion, notamment, de Watson et Morgan. — Le sourire, le gazouillement, l'extension des bras, représenteraient, selon les auteurs américains, les premières maniFestations de ce qu'ils appellent « l'amour ». Ces réactions, provoquées à l'origine par les caresses de la mère, répondraient onsuite à la présence de tout être rappelant la mère à un titre quelconque.
l'instinct
Légitime d'identifier la tendresse et la bienveillance? Nous ne le pensons pas. L'enfant qui tend les bras ne réclame peut-être que des caresses. L'homme qui se sacrifie donne et n'exige rien.
Si l'on écarte les interprétations précédentes, une troisième hypothèse s'offre naturellement à l'esprit. Rien n'empêche après tout d'admettre que l'altruisme ne manifeste le jeu d'une tendance spéciale. On ne devine pas comment une société se maintiendrait, si les membres qui la composent n'étaient prêts à se secourir mutuellement. L'entre-aide, la coopération, le dévouement s'observent sous mille formes dans le monde animal. Dictée par les nécessités de la vie en commun, la bienveillance ne saurait faire entièrement défaut sans que la collectivité se dissolve. Pourquoi, comme la collectivité elle-même, ne serait-elle pas fondée sur un instinct? La question mérite en tous cas d'être posée. A la résoudre par l'affirmative, on prend, dans l'état de nos connaissances, le parti de beaucoup le plus sûr.
Quelle que soit au reste l'origine de l'altruisme, retenons du moins qu'il ne dérive pas d'un « calcul ». On connaît le mot de Talleyrand. « Méfiez-vous de votre premier mouvement : c'est le bon. » Ce mot est vrai, mais le premier mouvement est le mouvement instinctif.
VI. Les instincts sociaux. — L'homme est un animal sociable. Il possède à ce titre tout un ensemble d'instincts qu'on peut nommer sociaux. Essayons de les distinguer.