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LE MÉCANISME DE L'ÉMOTION

que l'émotion joue dans l'organisme. Ce mot semble avoir échappé à une foule de lecteurs. Il marquait cependant la voie où ses successeurs devaient s'engager peu à peu. James tenait sans aucun doute le problème pour résolu. Soutenir que les réactions émotionnelles sont conformes au type du réflexe, c'est reconnaître qu'elles s'apparentent étroitement aux réactions instinctives. Déterminer, une fois de plus, à propos de l'émotion, la signification des instincts, pouvait lui sembler inutile. On a reproché à James d'avoir « intellectualisé » l'émotion. Réduire l'émotion à la perception de quelque chose, disait à peu près Binet1, c'est se méprendre entièrement sur sa nature. Rien n'est plus vrai, mais cette critique n'atteint pas James, qui, loin d'oublier que l'émotion est un « acte », l'a explicitement ramenée à l'instinct.

5. Le mécanisme de l'émotion. — Quel est le mécanisme de l'émotion ? Comment prenons-nous conscience de l'émotion? Telles sont les deux questions que James s'est proposé de résoudre. La réponse qu'il donne à la première est parfaitement nette. L'émotion

i. A. Binet, L'année psychologique, IX, p. 4oi et XVII, p. 27 et suiv. — « Qu'on essaie de remplacer le mot émotion par les mots : perception de sensations organiques, écrivait Binet, et on verra combien cette substitution est désastreuse. Voit-on une perception de sensations organiques qui nous fait accomplir des actions inconsidérées, ou qui décuple nos forces, ou qui détermine notre croyance ? Cela n'a pour ainsi dire pas de sens et on ne peut guère attribuer à James une telle interprétation. » Binet ajoutait en note : « Je ne suis pas certain que l'objection que je fais a James, il l'ait méritée». 11 n'est pas douteux que James en effet ne la méritait aucunement. Stout a commis une méprise analogue, mais sans l'atténuer de la moindre réserve.

l'émotion

appartient au type du réflexe. Un bruit soudain nous fait tressaillir. Ce tressaillement, avec tout l'ensemble de modifications organiques qui l'accompagne, constitue L'émotion elle-même. Il réplique à l'excitation auditive, comme le battement des paupières réplique à une excitation visuelle ou le retrait d'un membre à une excitation douloureuse. Pour l'opinion commune, le tremblement est lié à la peur comme un effet à sa cause. Il la suit et il l'exprime. Le tremblement, reprend James, est commandé directement par la présence d'un objet extérieur. Réaction immédiate de la machine animale, il en traduit à coup sûr le jeu prédéterminé.

Sur ce premier point, James restait fidèle à la tradition physiologique inaugurée par Descartes. La théorie réflexe des émotions est celle-là même que l'on trouve dans Les passions de l'âme. Quelques lignes suffisent au philosophe pour l'énoncer en toute rigueur.

« Et outre cela, dit-il1, si cette figure est fort étrange et fort effroyable, c'est-à-dire, si elle a beaucoup de rapport avec les choses qui ont été auparavant nuisibles au corps, cela excite en l'âme la passion de la crainte... Car cela rend le cerveau tellement disposé en quelques hommes, que les esprits réfléchis de l'image ainsi formée sur la glande2, vont de là se rendre, partie dans les nerfs qui servent à tourner le dos et remuer les

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