‹ Introduction a la Psychologie, l'instinct et l'émotionChapitre 66 sur 71 · WILLIAM JAMES ET SES CRITIQUES · texte numérisé non relu

WILLIAM JAMES ET SES CRITIQUES

Les recherches de Pagano, dont les adversaires de James ont également essayé de tirer parti, ne sont pas plus significatives. On sait qu'il est possible d'obtenir diverses manifestations émotionnelles en excitant directement les ganglions sous-corticaux. Certains physiologistes enseignent ainsi que la couche optique recèle le centre des mouvements mimiques. S'il faut en croire Pagano, les fonctions de cet ordre appartiendraient en première ligne au noyau caudé1. Du moins, une injection de curare, poussée dans celui-ci, provoquerait, chez le chien, les réactions caractéristiques de la peur ou de la colère. Ces effets se produisent, que l'animal soit ou non privé de son écorce cérébrale. Ils subsistent alors même que toute connexion nerveuse est rompue entre les centres encéphaliques et la périphérie du corps. A tenir pour acquis le résultat de ces expériences, nous ne pensons pas qu'elles apportent au débat une pièce véritablement nouvelle. Si le noyau caudé représente un centre moteur, il n'est pas surprenant qu'il puisse commander des réactions, lorsqu'il vient à être sollicité

avec une certaine anxiété », les mains de l'opérateur. L'expression de la face change, quand on prononce des paroles « caressantes ou menaçantes ». La tête mord le doigt introduit entre les dents, etc. Ces résultats ne sauraient, non plus que ceux de Sherrington, être utilement opposés à la théorie de James. — E. De Somer et J. Heymans, Journal de physiologie et de pathologie générale, XI V} n 38 ; 1912.

I. Ni la couche optique ni le noyau caudé ne sauraient être regardés comme l'organe exclusif des réactions expressives. Le chat opéré par la méthode de Sherrington répond encore aux irritations nocives par une mimique dont le caractère « émotionnel » est fort apparent. Or la « déc(':rébration » comporte, dans ce cas, la perte et des hémisphères et du cerveau moyen. — Voir, sur cette question, G. Sherrjngton, The integrative action of the ncrvous system, l. c., p. a5i et suiv.

l'émotion

directement. Le point est de savoir si les chiens de Pagano éprouvent réellement les émotions qu'ils paraissent exprimer. On a le droit de poser la question. Mais le vivisecteur n'a certainement pas qualité pour la résoudre.

La doctrine de James est, pour reprendre un mot de Fauteur lui-même, « la chose la moins prétentieuse du monde ». Elle invoque les «apparences introspectives » les plus claires. Elle les interprète à la lumière des notions physiologiques les plus simples. « Peut-on imaginer la colère sans se rappeler le bouillonnement de la poitrine, la coloration de la peau, la dilatation des narines, le grincement des dents, l'impulsion à frapper ? » Retrancher ces éléments de l'émotion, n'est-ce pas la vider de tout son contenu ? Voilà, encore un coup, ce que James s'est demandé à l'origine. Si l'on approuve sa réponse, il est bien difficile de ne pas accepter sa théorie. Si l'on conteste le résultat de ses analyses, il devient inutile de la discuter. James peut assurément s'être trompé. 11 reste qu'aucun de ses critiques n'a montré ce qui, les sensations organiques une fois abolies, subsisterait encore dans la conscience de l'émotion1

I. Est-il besoin de dire que, pour James, la conscience d'une « impulsion » se réduit, elle aussi, à la conscience de sensations organiques ? L'auteur des Principles se serait peut-être épargné certaines critiques, s'il avait insisté davantage sur ce point. Tous ceux qui sont familiers avec sa psychologie comprendront pourquoi il ne l'a pas développé. James admettait, comme on sait, que le « sentiment de l'effort » a pour étoffe des sensations périphériques. Le cas de l'impulsion est trop pareil à celui de l'effort, pour qu'il ait cru nécessaire de reprendre à frais nouveaux une démonstration que, à tort ou à raison, il estimait définitive. Binet avait noté très justement l'étroit

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