CHAPITRE IV
L'idée de progrès n'est que vague et imparfaitement assimilable aux faits, «t, ce qu'il y a de profond et de réel dans cette conception ^reste inaperçu, si elle n'est fortifiée et consolidée par son union avec une autre pensée non -moins importante et tout-à-fait religieuse y ceUe de la dépendance des parties d'un ensemble de mouvanens harmoniques. S'il n'en est ainsi , l'histoire ne nous offre plus qu'un enseignement imparfait; les faits nous appa^paissent sans justification , dépourvus de leur signification la plus importante, t^ls qu'ils se montraient aux philosophes du' dernier siècle; le mal n'est que mal ; son l)ut reiite ignoré : le passé ne nous présente plus qu'une lutte entre des efforts progressifs, et des volontés méchantes et rétrogrades; le secret de cette lutte, et ses bienfaits nous échappent . Élevons nous donc à la. conception de la liaison des faits, et de l'harmonie universelle
Io6 INTRODUCTION
dont notre monde, Phumanite, les nations ne sont que des parties.
Nous examinerons cette question sous deux points de vue, i^ celui des hommes, et 2** celui de
l'univers.
I. Toutes les parties de Fhumanité tiennent les unes aux autres, et pas un mouvement ne peut s'opérer dans une d'elles, sans que la masse entière ne soit ébranlée ; pas un son s'élever , qu'il ne se propage. Ainsi une révolution ne peut s'accomplir dans une nation, sans qu'elle ne retentisse à côté d'elle; bien plus, ce changement ne peut avoir forcie pour vivre et s'achever, si autour on n'y est préparé. — Une nation ne peut recevoir une croyance , si elle n'est incrédule et déjà infidèle à la foi de ses pères. — »Un peuple n'en peut conquérir un autre , ai ce dernier n'e^t disposé à la conquâte; autrement^ celui-ci pourra être exterminé, mais non soumis. *
Pour avoir une idée complète de cette liaison des parties à Tensemble , de cette dépendance qui fait de la multiplicité des individualités humaines, un être collectif, il faiit examiner ce qui se passe dans les limites délai vie particulière d'une nation, et appliquer \es résultats de l'observation à l'humanité, pour juger du grand par le petit. Dans une nation, le. mouvement de chaque classe se montre clairement subordonné à celui du tout, et réciproquement; On voit très bien qu'il ne* suffit
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pas que les guides veuillent , il faut encore qu'ils puissent, et, pour cela, il faut qu'ils fassent vouloir à tou^j ^Msi le mouvement politique, intërieur de -cette société , peut être défini ; le travail par lequel se rappi'oihent , et se confondent enfin les hommes les plus avancés, et ceux qui le sont le moins, les hommes les plus heureux, et ceux qui soufircqit le plus. Prenez en effet Fhistoire d'une de ces nations de l'antiquité dont nous connaissons la fin; vojeala^ à son origine, et voy^z la, lof'squ'elle meurt; vous appercevrez d'abord des classes extrém^nent distinctes ; il en est une qui gouverne , et qui est , sous tous les rapports , à une distai|ce« énorme de celles qui sont gouvernées; mais, allez au J)out lia, vous ne trouvez plus de classes , et vous reconnaîtrez , que le nombre des hommes avancés , foi^me la masse de la société, au lieud'y étre4^n minorilé comme dans les premiers temps; tout est al^s à peu près de niveau. On comprendk*a, sans que nous nous y arrêtions, combien il fa];it de transformations diverses avant qu'un changement . aussi fondamental s'accomplisse', et combien de temps leur est nécessaire ; car chaque modification de détail est à elle seule une grande ''évolution dans le temps où elle naîtj bien qu'elle ne soit qù'.uu passage à un changement plus con->. sidérable enclore (i).
(1) Voyez rHistolre de la république romaine.
C'est ainsi que chaque paS de rhumanité entière est soumis à des conditions de nombre, de voisinage , de parties en un mot. Car le rô]^ y que dans une société particulière jouç éjiàque classe d^ ci* toyens ; dans Thumanité , •ce sobI; *les nations qui Faccomplissent: ensorte quela progrès de Tespèce, indépendamment des conditions qui lui sont propres , se complique encore de celjes nécessaires ait développement de chaque peuple particulier.
'Des philosophes frappés du mélange de langa* ges , d^opinions y de croyances, qui apparaît à certaines époques de l'histoire, voyant chaque société différente apporter sou tribut dans cette somme de variétés humaines, et remarquant, en outre, que chacune d'elles venait d'un /climat différent ; ces philosophes, au Meu de voir dans ce phénomène de fusion, seulement l'effet de^ nécessités dpnt uous venons de patrfer, ont cru que le progi:ès de l'hunîanité n'était autre chose que ceÇte sorte de syncrétisnie ; ils ont cru que le perfectioimement dé notre espèce n'était que la formation du totatde^ inspirations propres aux divers dunats. Cette opinion est, sans aucun doute, absolument fausse; nous la citons cependant : car elle nous dispense de nous arrêter longuement sur la démonstration d'une unité dans l'humanité; cette erreui;, quelle que réelle qu'elle soit, semble avoir été destinée à la prouver par ses livres.
Il n'est pas douteux,, il est même certain en fait.
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que le concours de plusieurs nations vers cin,ipftâKLe but, hâte le progrès. Il en est là comme dans toute œuvre humaine , à laquelle la division du travail est appliquée; la marche est plus rapide, plus sûre, et plus facile. Une nation isolée, réduite à ses propres forces, se traînerait siu* la voie du perfectionnement, et avec plus de peine. Sans doute, elle n^en avancerait pas moins, n[iais, gravissant le^tem^nt les degrés, que- jJusieurs, . en réunissant leurs forces, franchissent en courant. La suite de cet ouvrage pflBrira plusieurs exemples de ce fait , qii'il serait d'ailleurs irrationel de rejetter, comme on le verra plus tard.
Lorsqu'on examine la positionne l'humanité visà-vis de r€;pseinble phénoménal dans lequel elle existe, on arrive facilement à concevoir qu'elle est fonction de l'univers, dans la rigueur mathématique-de.(^|npt. Cette vérité est évidente, «ous quelque face qu'on l'examine. Ainsi, lorsque l'on consulte les faits , on trouve les conditions auxquelles elle subsiste , et qui sont teUes que l'existence se^itimentale , rationnelle ou industridle de l'homme n'y admet pas le moindre changement* D'un autre coté, on aperçoit la nécessité de notre intervention^ et l'on voit comment notre présence dans ce monde est la cau^e de modi^cations qui sont aussi une condition finale de l'état phénoménal actuel. Enfin, ,consulte-t-on le raisonnement? alors on ne peut concevoir gomment une partie pourrait
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être contradictoire à Fensemble / comment surtout une fraction minime , ainsi qtie nous , vis-à-vis du monde, pourrait être en opposition avec ses masses puissantes ; et , par l'impossibilité d'admettre une idée aussi absurde , on est forcé de croire que l'espèce entre' comme fonction dans l'ensemble des fonctions ordonnées qui forment l'univers , et que ses actes, s«s progrès, sont un point de la durée de l'immense harmonie. Alors on arrive même à coniprendre que les très grandes révolutions de l'humànité'correspondent k de petites révolutions du système planétaire.
Ce que nous avançons ici, bien qu'incontestable, ne peut manquer de soulever des répiigriances. Cependant nous ne faisons qu'exprimer , en une forme abrégée, ce que de purs sa^vans , dont jquelques-uns sont placés au premier rang, ont expprinié plus longuement. Les astrologues du làoyeii^âge basaient leurs investigations, sur les destinées huniaines; sur un raisonnement de ce genre ; mais ils eurent le tort, d'abord, de chercher dans des niouvemens des astres, l'avenir des individus ; en outre ils cherchaient mal ; car, en général , un tel genre d'études ne peut être fructueux , parce que les grandes révolutions sociales -sont rares, et parce que les faits de cet ordre sont trop peu nombreux pour donner lieu à la formation d'une série. Enfin, nous possédons un meilleur ïnbyen de prévoir l'avenir , c'est la science sodale elle-même. Il ne
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faut pfeudre nos paroles que pour la valeur que xiODs leur ayons donnée nous-mêmes ; et quant à ce que nous avons ajouté sur la corresqpondance des grandes révolutions dp Fhumanité avec des phénomènes remarquables dans le système planétaire, il ne faut y voir que Texpliéation de certains signes célestes, dont Tapparition fut simultanée à de grands événepiens humains.
Ap reste, des savans modernes dont le nom et la précision sont léplus respectés, et Fincrédiilité certaine chez quelques-uns, ont, sous d'autres formes , exprimé la pensée dont les astrologues voulaient si mal à propos tirer parti (i). Ces savans^ qui considéraient, il est vrai, Tétat actuel comlne constant , pensaient que le mouyem^nt du dernier des animaux faisait aussi rigoureusement partie nécessaire du mouvement universel, et était aussi rigoureusement réglé, que celui de la terre eUcrméme , daps notre système planétaire.
Nous avons considéré le progrès diains les hotiimes : les réflexions précédentes pous conduisent à le considérer dans le globe lui-même. Ainsi , cette vérité *acquérera une force irrécusable, et prendra, plus qull n'est même nécessaire, sa valeur religieuse.
Il.Uétat phénoménal actuel a commencé. Anté-
(1) Leibnitz , Laplace^ Calcul <fes probalités ; Biot , etc., M^miHre lu àjlnstitut en I819r, non imprimé.
rieurem^it , il a existé plusieurs états différens les uns des autres ; les recherdies et lès discussions géologiques modernes ne laissent pas de doutes à cet égard. JLes couches superposées qui forment l'écorce du globe , annoncent qti'il y a eu , ayant nous, une succession de temps divers bien diflférens du nôtre. Chacune d'elles conserve dans son sein les débris des êtres qui animaient fa surface >Qia« cune d'elles est caractérîsée^signée en quelque sorte par les squelettes y et lés empreintes d'une classe spéciale d'animaux. Plus on s'enfonce, plus ceux* ci sont d'une organisatioa inférieure en ce qui se rapporte à la vie de relation ; plus on se fapJMroche de notre sol /plus les organisations se relèvent et nous révèlent des existences physiologiques rapprochées de la nôtre 2 mais , nuUe part, ce n'est nous que l'ofi rencontre ; ce sont , tout au plus , quel- <^ués^uns de nos animaux domestiques.
Lorsqu'on examine l'embrjonhuniain, le fœtus encore e^ermé dans le ventre de la mère, et qu'on suit son développement depuis le moment de son a'pjSarition en germe, jusqu'à celui où iLpréserite une formation achevée , on le voit passer pîir des états d'animalité diflférens', s'âevant par dçs évolutions successives, du rang animal où Torganisation est la moins riche et la pjps simple , jusqu'à celui où elle est la plus compliquée et la plus puissante, jusqu'à l'homme. Cette croissance, qu'on appelle embryogénie, se retrouve dans le globe
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t^^restre. Bteim «cm ^eoro^ , on renconhre saper^ posées, dans- }e même ordre* successif <{ue eàim obseryé dans letiévdoppenieiit <ht fiœtus, ks dé^ inris dai classes d^aniisaux^ doot Vembryott hUr maift reproduit les organbnies^ pendant son. érolutioa dans le seia msterneL On peut dâreyavec rigueur, que le globe est Vœuf où le germe de rhumanitë a été dépose , et s'esl dëii^doppë^ &% pas^ sant par une suite de transformàtiond androgëni^ ques, dont nousrelroirronsiousksdâMÎs^ jusipi.'au momei^oùilestparrenuà Pélat^dliomme, etoùéla été mis en possession du Ubre arbitra. Alors Phiir manitë a commence sa vie en parconnmt la soocession d^es on Ûe durées pfaiénomârales^ dont noas essaierons ici^Phistoire.
Ainsi le progrès est un fidt unirersd, ua fai^b [dus qa%Lum^m f ainai , aux graiulea transfon»»tioBs embr jogéniffnes ou andro^^ëaîqafis qui dor ydient condiore k Fespèce humaine;^ coixespondî'^ rent de grands cataolysmes^ a>mnœ, dans no/^pe durée jÀ^iom^iale, on^rapportequede petits fAiétt<miènës i^nétaîies appi»*ttpent simultanémenfc avec \m grandes rérolutioiis* de^ nos. âges sodianx. Ainsi, Fl^mianité se meut suivant une loi plusiiaute * qw'elie, bien^sante , maiS' rigoureuse^ Ime loi der vant laquelle elle n'existe que comme fonction.
De ce que cette loi est immuable dans sou cours et dans ses fias , il ne (aut pas conclure cependant que Thumanité est poussée mécaniquement dans
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une direction forcée , quelles que soient ses VO' lontés ; qu'en un mot , elle n'est pas libre. Etudions en effet cette question du libre arbitré dont on s'est tant occupe à toutes les époques ^ qu'on a toujours admis, sans pouvoir ni l'expliquer, ni le comprendre ; et nous yerrons que l'existence d'tm but , d'une fin déterminée , n'est point contraire à la liberté d'action de l'être social , et à Iplûs forte raison à cdle de l'individu.
Mais, auparavant, arrêtons-nous pour rieniarquer quelle invincible preuve de l'existence de Dieu se tire de celle dû progr^. Qu'on nous permette de faire une courte halte pour montrer comment notre doctrine tout entière en est une démonstration à jamais irrécusable, et au-dessus de toute incrédulité ; car, pour nier Dieu, il faut la nier elle-mêoie. Cette interruption d'ailleurs n'est pas complètement étrangère au sujet qui nous occupe ; car, de même qu'il n'y a que deux systèmes sur Ja cause générale de Tùnivers ,.le matérialisme (i), et le spiritualisme , il n'y a aussi <pie deux doctrines correspondantes sur l'activité humaine, celle 4^ fatalisme,^ et celle de la hberté
Pour vérifier la valeur et la force d'une doctrine qudle qu'elle soit , il faut la saisir dans la condu- *
(1) Nous ne parlons pas ici du Panthéisme., parce que € est la même chose que le matérialisme , lo-Aom changé y seulement avec tine valeur scientifique moindre , el souvent rhypocrisie de plus.