A LA SCIENCE DE L HISTOIRE. I I
sioD ou l'application la plus générale, la plus complète, la plus rigoureuse qui ressort de l'ensenible de ses raisounemens, et de ses principes ; et, lorsqu'on la possède, la comparer au fait le plus général et le plus sûr qui résulte de la considération de rensemble des faits. Or, la conclusion pratique la plus rigoureuse, etla -seule unÎTerselle, du matérialisme , c'est le fatalisme ou le mécanisme (t). En eâfet , dans cette doctrine Tordre ne peut être autre dïoae qu'iln enchaînement de mouTcmens où la force motrice est constamment en action, constamment détermipante dans un sens toujours le Tuènte ; l'existence du plus petit acte n'est explicable que comme celui d'un rouage dans une machine; auh-ement, il faudrait admiettre l'intervention dans l'univers, d'un être qui ne serait pas matière. Dans un tel enchaînement mécanique de causes qui ont été effets, et d'effets qui vont être causes , un seul ordre général de mouvement est possible ', fi'est l'ordre circulaire , dans lequel au bout ' d'un certain espace de temps , les mêmes phénomènes se reproduisent. Ainsi, nous possédons la conclusion générale pratique du matérialisme : maintenant comparons la au fait observé le plus universel ; noustrouvonsqu'elle est fausse. En effet, le fait synthétique est que le mouvemen
(3) Étudiez, en efTet^ tous les mat^rialisles et tous le panttujistes forts; lesoUvrages soptinnouibratfles. Étudie Laptace, et uos savans modernes.
1 1 6 UrPROPUGTHMf
n'a pas Ueu en ligne circulaire^ n'a pas. Vn&a mâme en ligne droite, mais , au contraire , ai ligne asr cendante. Le mouvement universel est progressif; et cette observation n'est p^ tisëe sealement de ce qui se passe dans la durée cle notre état pfaëno^ menai ^ mais encore de ce qui. s'est passé dans-ies divers états du globe qui ont existé avant nous^; et la rigueur des procédés ' scientiQques no«s finrce même à conclure que le progrès s'accOBi^^ra vm jour par une nouvelle évolution terrestare, où VhMh manité . disparaîtra . pour faire place à quekpie autre existence animale plus élevée.^
Or, qui dit progrès , dit bi^ final f car chaque pas n'est tel , que relativement à cekii qui le suit. L'humanité i^e pçut doûq douteif que aen existence n'ait un but ,. et qu'dje œ soit ici po»r amener un résultat, quji£i'a{^raîtra que lorsqu'elle ne sera plus. Ea consécpience, at^i,<les homiaesy soit nations y soit individus , onit une fin qm egt ailleurs que dans leur personnalité propre ; ils ont un rôle à accomplir y ils ont à suivre une loi nM>raie qui est au^là, et iod^peiidante d'eux.
Mais comment l'homxae est^il hb^ ? Mais pourr quoi le mal existe-t^il ?
Croyez en Dieu , croje^ à rûmnortdiité de ï'ame, et il n'y aura pour vout^ j^biâ de doute, gins dé mystère. Ecoutez, en eflfet.
Leld>re arbitre n'existe qu'à condition de. son objet , car c^est,^ en d'autres termes , la Bberté de
A LA SiffiENCE DE L'ttlSTOIRE. 1 1 J
«hoidu* entre f^sieurs désirs , entre plnsieurs diredâans 'd^Eérentes^ sans ce milieu , où nous TÎvdDa»^ ai fiioond en sujets de ii^ermiiiation , bons €t «ntuvaÎB, m»és (m difficiles, le ffîire adbitire serait -ofidDome s^ ^n'^étsk pm, n^ayant ni oecasion, ni ^pouiroxr de ise man^egter.
Qr^ loutes les okoees du^naonde o nous sommes, et sur lesquelles nous sommes a|^elés à (âioî- -ik*, tontes ces ^oses iiont ^ifermées eirtre deux •limi^ "înfiraaiclnflsableB , celle du bien , soit mateliel, sQÔt mond, et celle du mal, ^it matérid, rsoitmeval; et-cela ei^, soit qri^îl s'agisse de Fin- -diiddn, sok qu'A s'agisse de la société, soit qtfil -s^agissédei'hammè, soit qu'il «^agisse de l'univers. Entre ces limites, on ne voit pas ce qui pourrait jarréter le ISire arbitre ; dans cet espace , les hommes scmtsotivermtils maîtres de leurs actions. H y -a bien 'dea <deg#és^de bien et de mal à parcourir; 41 y 11 bien des termes àé <jtoix ; mais, quoiqu'on
veiiiUé,:fm ne petit idler au-defii des extréoies qui abntpkyaiquement fixés , matéi^iellfflaLent détemû- 4iës:; ofi peut, par le désir, d^[msser ces bornes du •moiide oùim^is vivons, ma^ Fon ne pourrait faire iplus. Tûutes les pa^sions^goï^es , ton» leB vices, 4;iHile8 ries •mécbafftés actions ont naturdlem^it -fGHxp lerHKiînfiexible lem" excès mâoaê ; 'terme^ù
il n'y a pas de dnir qui ne sôitsatîtsfaite. St aussi
tous les dévouemens ne peuvent dépasser certains
aacnfioes.
Il8 . INTRODUCtlQN
. La , présence de; ces. limites dernières , imposées au bien coçime aumal, et eûtre les quelles les positions laissées à noire choix sont innoinbraUes, nous explique comment Tordre subsiste en nïéme temps quela liberté, et en forme la condition<l'exi&tence; elle nous explique.comment les caprices du libre arbitre se combinent avec l'immutabilité de la loi providentielle..
Demanderez^vous pourquoi ces limites sontcdlesdu.bien et du mal, et non pas d'autres; pourquoi Dieu a placé la volonté humaine dans une alternative si cruelle, de n'atteindre au bien le plus souvent que par le sacrifice de soi, et de ne pouvoir se livrer aux voluptés de Pégoï^me qu'en nuisant presque toujours aux autres.
Remarquez; le mal, au point de vue physique ou de notre chair, c'est le travail, »'est la lutte; c'est de ne point satisfaire nos appétits; c'est le sacrifice. Au contraire, le bien, au point de vue spirituel, au point de vue de notre fonction religieuse dans le temps , c'est le travail , c'est le dévouement.. Qr, le premier est la condition, la cause matériellement impulsive du mouvement progressif des sociétés humaines t le second est le lien par lequel nous sommes.rattachés au système général du* monde, et4'origine de la morale^ c'est-àdire de tous^ nos*mérites aux yeux de nos semblables, et de Dieu,
En effbt , dans la vie de l'humanité , n'est-ce pas
A LA 8CI£ICC£ DE l'hISTOIR£. I î9
parce cpi'il y a des hommes qui cédeat à tous lews dësirs, qui repoussait le travail comme un mal , tandis que d'autres subissent la faim et la fatigue ; n'est-ce pas à cause de cela que le mouvement ascendant des classes inférieures a lieu ; c'est aussi parce que le sacrifice est une souffrance, et parce qu'il y a peu d'hommes capables de s'y somnettre, que les classes inférieures sont obligëies de con- ^piërir, c'est-à-dire de mévîkj&c toute espèce d'allégement à leurs peines. Au contraire, comment le globe est-il modifié, xî'e&t par le travail; pourquoi les honunes s'aiment-ils entre etix, et sont-ils dignes d'état aimés? n'est-ce pas le feit^du sacrifice.
On peut parcourir toutes les catégories oppoisées du bien et du mal , et l'on trouvera toujours ce même résultat , que leur existence indéfiniment variée ouvre au libre arbitre une carrière immense, en même temps qu'elle est l'origine du mouvement progressif, et Télément de l'ordre fixé par la Providence?
Mais la mort, dira-t-on, est un mal qui n^a point de compensation! C'est une erreur : sans ta mort , il n'y aurait point de progrès ; tout eût été immobilisé pour toujours. La société humaine aurait été une machine où l'habitude eût annullé la liberté. Sans la mort, ppint de mérite^ point de . boBte, point de sacrifice; tout eût été égo'isme. Sans la môijt , enfin , à quoi bon des individus , tant de milhons de moi vivans, et libres? Quelfait,^
çn effiet, ^iiel ràtsoimemeitt.coHtate plus hantem^it rindiyidualité de didomi^ •qiie k mort!
Outre les. limites eKteéaaes da bieii et dHinei, -Gatte lesqude le tilnre ^arbitre '^»^^ il y;atdies de temps et 4e lieu. Saits doute^ les premières resleat fondasoeiïtldement toujours I^ mêmes ; mms les ocoa^oRâx^hiii^art eu uombreTelatif , rtTsâ^i^ftt -de <iBmdkèi^e z par ^x:em|^^ le mal «rt moins puis^ Mt4, moins d«D^reux; il 8^à|)piîquift à d^idrts faits. C!ç ohaug^uait est F^ffirt.du progrès.
La vie de l^humamté^ eosâiM odle de Viwhr vidu, est enfermée dans un espace où die dkâ faire ce qu'elle est s^i^pdlée à produire. Baits cette i^teixduè, elle est souveraine mi^tcesse de ses actions ; et en supposant que sourde à toutes les letedances , à tous les besoins ^ à la ratôon d%K)sée dans «on sein , mëconnsrissant tous les aris q^ hÀ sont révèles ^ elle restâft iagissâi»t direotemmit contre sa fin terrestre et ^^itudle , lien ne saraît change dans l'ordre universel. Un acte de la. vô^ Ipntë divine suffirait pour réparer tout ce ^'elle aurait manqué à faire. Une durée lui est donnée pour préparer son sort ; ^^d^a-ci est à ^ dispo»âîtioa<; mais oette durée est borpée. Le terme venu^ les circonstances où riiumanité était libre ^ cesisent avec eUe. On peut concevoir^ en eff^^t^ tràs bien, comment la volonté de Dieu peut intervenir d'une manière en quelque sorte inte^ioaittente , alorâ de ces grands qitaclysmes, où le monde reçoit une
A LA SGIWQS Dfi'L^HISTOIRË. Iftt
iu^pulsion et une valeur nouvelles. Ailleurs, rien de force.
Aussi, c'est toujours par choix que les hommes entrent dans les nouvdles doctrines; c'est leur voloatë qui décide entre le passe et l'avenir ; lors même que des avis ou 4es t^es sont donna , ils sont tels que l'interprëtation leur est nécessaire ^ et que la liberté de choix existe encore toute entière à leur ^ard. Quand on examine comment les transfwmations de ce genre s'opèrent, lorsqu'on . les voit commencer par un individu , et n'arriver à étrç sociales qu'après que la multitude des individus et plusieurs générations d'honunes ont exprimé leur volonté; xm est prêt 2i se plaindre, à se fôcher que des changemens si féconds en bienfaits aient lieu si lentement. On est tenté de s'irty^T de taint de liberté laissés à ïiotre ignorance, oQmme antrefois on se phiignait de Tôijualiee de S^QU, loroqu'on se cro jait ses câifetures e^davas. Mais l'humanité est pourvue de tous k» m&yettB propres à découvrir la voie où ette e«t appelée 3i marcher, pomr son bien. Nul avis ne lui est refesé; ma «igné ne lui manque^ eosorte que l'on pemt 4ire ^e nulle oàmbiiiaison pl^s par&ite ne pouvait ^dster |H*opre à concilier l'tndépendanoe dalis lechoix, et soaa mérite, aved l'ôiflexiliilité tlei con- , ditions de bonheur ; le libre arbitre, avec l'ordre.
yf