I OO INTRODUCTION
Le passé ne nous laisse (ju'un seul exemple bon à suivre^ c'est la division du pouvoir, en spirituel, et en temporel; division au-delà de laquelle il n'y a pas de perfectionnement possible.
Les savans doivent adopter cette idée que le dix-huitième siècle a léguée à TavenîT : c'est que rhumanité est progressive. '
Ds doivent encore adopter cette autre idée; c'est que tout est lié, en sorte qu'une m^e loi' gouvçrne l'univers, les nations, et les hommes.
Ds doivent enfin renoncer à l'emploi exclusif de la méthode dont ils se servent aujourd'hui. L'analyse n'est qu'une moitié de l'instrument intellectuel; l'autre moitié* est la synthèse: en effet, le perfectionnement s'opère par un passage continuel, et successif, du procédé à priori, au mode à posteriori.
Les savans construiront une science de l'humanité, une phjsiohgie sociale^ dont les premiers principes seront que l'espèce humaine est un être collectif, qui se développe dans la .succession des générations^ suivant une loi que l'on peut vérifier par l'observation.
Alors, ils pourront reconnaître quels sont les agens constan$,du progrès , et savoir par là quels sont les élémens positifs d'une réorganisation sociale véritable. Ils verroot que la cause du progrès c'est le travail; et qu'il y a trois espèces de tra-
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yaux ëgalement .indispensables: ceux des artistes, ceux des savans, et ceux des industriels.
Alors, ils pourront prévoir l'avenir politique des honunés , et y guider les peuples.
Alors, ils verront que nous sommes danô une époque critique^analogue à celle où vivait Socratej et que nous marchons vers une époque de réorganisation.
Le plu3 grand service qu'un homme puisse ren-* dre aux autreâ , la plus beUe gloire, le plus grand mérite qu'il puisse acquérir devant Dieu , et ses semblablas , c'est de hâter cette époque.
PoUr jugpr de ce qui est à faire dans ce but , il
faut se placer ^aus l'avenir ^ et^ considérant de là
' l'espace, qui le sépare du temps où nous vivons ,^
reconnaître par quels efforts successifs il peut être
franchi.
Aux yeux de* l'avenir , 6e qui caractérisera le passé, o'est qu^jl fut un temps^de guerre, et de copquéte; c'est que sa civilisation avait pour principe I'exploii;ation de l'homme par l'honmie;
En sorte que le plus grand nonabre des liommes fut successivement esclave , serf, et salarié ;
En sorte que la douce et pacifique influence des femmes y fut toujours méconnue J. les plus heureuses étaient esclaves de leur mari ; etle grand nomlme des. instrumens de plaisir , et des çrostituéesf
En sorte cfaelemojen âge paraîtra bien nommé ; il
I Oa INTIIODUCTION
présente Ja lutte entre deux sodétés ; Tune pacifia que tendant à s'établir, et à laquelle Favemr succède; Fautre militaire, allant s's^Saôblissant, et qui est destinée à mourir.
Les révolutions passées ont été longues , cruelles , et accompagnées de nombreuses destructions ; car on n'avait su les prévoir. H n'en sera pas ainsi de celle que j'annonce ; elle pourra être pacifique , parce qu'elle aura été prévue dans- toutes ses parties.
La doctrine d'avenir que j'annonce, sera l'état définitif de l'humanité; car elle constituera la société pour le progrès, et sur le travail, l'élément positif de tout perfectionnement; jet il n'y aura plus d^autres divisions parmi les honunes,que cel- * les établies par la différence des aptitudes , et des services.
Tout ce que je dis eàt contenu dans la belle pa-, rôle de Jésus-Christ : tous les hommes sont frères. Je fais ici, comme chrétien, une simple œuvre de théologien ; comme philosophe , un travail à la Socrate. Dieii a parlé , une seule fois , par la bouche dq son fils ; et, dans un seul ipot, il a mis tout ce que l'humanité avait à faire à jamais. » ^
Telles sont Jes idées générales^que Saint-Simon a développées dans* un grand* nombre dV)uvrages; mais il les a revêtus tous d'un caractère extrêmement remarquable. Dans aucun d'eux, il n'essaie, ni n'annonce la prétention de construire lui-même
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la seteuce qp'il appelle de tous ses vœux ; il demande à d'autyes de la faire ; il s'offre pour ouvrier à td maître qui voudra se servir de lui dans ce but. C'est seulement de la politique actuelle dont, il s'occupa directement ; il écrivit pour en changer. la direction; il attaquât les oisifs, releva les travailleurs ; proposa des moyens pour améliorer le sort de ces derniers. Cependant il avait complètement» conscience du rôle qu'il accomplissait; une seule fois, il douta de l'œuvre à laquelle il avait attaché sa vie-, et voulut se tuer. Ainsi Saint-Simpn étaH un homnié aimant, auquel sa sympathie pour lés ipaux présens donnait de l'audace ,-unTiomme modeste , car il doutait de lui au poi^t de n'oser essayer le grand travail de la scienqp de l'histoire ; au point d'avoir cru un jour plus aux moqueries des sots , aux sarcasmes des ' ignorans , qu'à sa propre raison , et de désespérer; Saint Simon est mort chrétien.* * ^
Il a Jutté et souffert toutesa vie. Il s'est vu quelquefois dépouiller ; il a vu des hommes cpii n'avaient de mérite quexîelui de lui avoir dérobé une idée, acquérir une fortune littéraire, pendant que lui restait chargé de ridicuk. Cependant , un mal auquel il ne devait pas s'attendre, c'est à cdui qui serait fait à son nom. Mais cela est encore dés choses qui passent, et nôu$ ne devons pas nous en occuper ici.
Nous nous somiùes lentement, et pesamment
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traînés sur l'exposition des travaux du dix-huitième siècle 'y mais nous avions immotif. Il nous importait de convaincre les esprits rebelles, qu'il y a, ici, quelquechose; il nous fallait essayer d'ouvrir Foreille de ceux que la paresse , la grandeur^ les jouissances rendeht sourds : pour le bien de nt)s semblables, ce sont les hommes du pou^ir qu'il nous faut surtout faire écouter; il faut que nous nous fassions entendre de tous ceu^ qui gouvernent, et se flattent encore de trouver le monde humain immobile, ou qui, se croyant plus puissans que lui, le veulent tenir pos4 c^mme une statue de pierre sur un piédestal. Nous ne pouvions trop faire pour attirer l'dttention des hommes qui^ nous jugeant d'après notr^ misère^ et notre faiblesse personnelle, ont pris jusqu'à nos efforts en dédain. S'ils veulent nous accorder la parcelle à'oisiveté y ou le coup-d'œil qu'ils donnent quelquefois à des jéùx sdentîfiqu<as , dous espérons que l'ombre du g^nt que non3 essayons de décrire leur apparaîtra enfiiï et les frappera assez pour qu'ils compren nent la voix qui répète à l^urs oreilles , la menace de Moïse: si vous ne croyez, vous ^ serez punis dans vos enfans.
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