DEUXIEME PARTIE
Nous examinerons dans cette seconde partie les trob manières d^étre successives les phis générales de rhomme , et ainsi^ que nous Tay ons déjà fait, i;ioùs conduerons dePindividu à l'humanité. Nous la diviserons en trois sections. Nous nous occuperons, dans la première, du sentinient, et de ses compressions ; dans la seconde , du raisonnenotent, et des sciences; dans la troisième, de l'action, et 'de Fiùdlistrie.
Les conclusions métaphysiques par lesquelles nous avons tàrminié la section précédente, nous serviront d^introduction à ce que noiis venons dire ici. Il suffira d'y joindre, les quelques explications suivantes , pour rendre facile la lecture de ce qui va suivre , et nous soustraire à la nécessité de nouvelles répétitions.
A chacune des puissances , dont se compose* l'unité de Tàme, sentiment^ raison, et motricité, conre^otîd un système de combinaisons organi-
a36 inTAOPUcviOff
ques y d'où résulte une manière d'être phénoménale différente , et bien caractérisée, et une espèce appropriée de puissance physique. Sans doute, krsqXne impression est donn^ à l'appareil ner^ veux, soit qu'elle vienne du centre, soit qu'elle arrive par la circonférence , les lois de la circulation directe de ganglions en ganglions , ou d'aptitudes en aptitudes, que ooua tvons décrites^ restent les mêmes ; mais , soit dans ce trajet, soit à son commencement , il s'établit des relations latérales en quelque sorte, qu'en méàedne on appdle synergiques et sympathiques, et en vcrta d»B quelles interviennent des activités ganglionaires sp^ciijes, d'où il résulte que l'impressîc» peut changer, jusqu'à un certain point, de caractère^ IfeamiooBB , en effet.
Toutes les fois qu'une impression, en suivamt sa route logique ,^est de nature à mettre en jeu^ par une relation latérale, le système nfiervéux d^niietw vation vé|&[ëtetive. en d'autres termes, le syetèkne de. «ppama, de coa«rv3tk>n, «iJ im^es^ prend le (Caractère sentimental. Observes, en effiet^ en médecûi , les phénomènes arganiques qui pi^ cèdent, acoonqpagnenl et svdvent la manifieststioti sentimentale, vous varpez que toute 1^ vie orga^ nique est émue, modifiée; et vous ccHnfH^endrei; oommait de cette éuHrtioo , il en ressort pour ^individu une énci^ incisive, une Yvohnoeiée besoin qui sont phis ou moins rapprochées é^ ce)-
PHYSIOI*OOI« 80GIALË. â^
leS'quHlëjH'OUveraîtsila mort le menaçait. Or, suiyaet les indiyidixs, la vie Tëgëtafenre €9t pliu on nsM^ins sensible; Tëtat sentimental^ par suite, plus ail ziu)ina facile à producre ; et ensuite toutes les salutations , toutes les idées ne sont pas propres à toticher de cette manière Fégoïsme*
Au contraire, lorsque Pimpression suit pare* meiit.^a route logjquey ^'est nn raisomem^it.
Pdmr que l^ppareil moteur agisse, il faut que^ le Taisfonn^nent adb^fé^ le besoin :par le^pxel il a cqmxamcéy o^u l'incipres^n du début, stibnste eo* Gore, ou se présenté} sdors seulement a lieu l'aote tranâfor^ateww:
Sinos IçQtem^ veulent bîea méditer, diapré» ces indications , sw la uature |^ysk>togique des trois modes génâ'aux de m$inifeatatiôn dont il s'agitf ila trouveront facilement l'expUoation de toutes les diffâ:*eQC6s qui les signalent. Mais ee n'est partout.
A chacune, encore, des trois pimi^anoes de Tàme, à chacun dea trois modes de combinaisons organiques, qui letir sont appropriés^ ainsi que nous v^^Qons de le voir., correspond plus spéi^ale^ mmt un doublé système d'aptitudes et d'orgânîs^ mes ; l'un arrangé pour l'expression , formunt vér ritablement l'instrument de réalisation à l'aide duquel l'individu agit sur ce qui lui est extérieur ; V^^re éliabUasant avec le monde qui nous ^toure les relations à l'aide, desquelles nous percevons ce
a38 iNTiiooucnoN
qui s'y passe, c'est-à-dire, nous s jmpaâiisons , nous sentons simplement, ou nous sommes mis en mouvement . conmâe dés automates en quelque sorte. Quelques mots suffiront pour rendre ces^' différences yisibles ; car, ici y nous ne &idons point' d'hypothèses; nous racontons seulement des observations.
Le sentiment, en effet, est pourvu d'un ensemble de moyens organiques à l'aide desquels il se manifesta. On ne peut d'abord ne pas tenir comptede l'expr^»on que donne à la lacé, au ^este à la parole, à la voix, Fëmotion v^ëtative dont nbusavons parle plus haut. Mais, en outre, des facut-^ tes particulières forment son apanagel Ce sont oeUes que les anatomist^s ont appelées sens de h. musique^ de la peinture, de l'architecture, etc.
D'un autre côte, nous sommes instruits; de ce* qui se passe au dehors^ nous sentons les sentiitensqui existent extérieurement, par l'effet de l'imitisttion sympathique. H est des sons , des gestes , des œuvres d'art, qui, une fois senties, provoquent, phis ou moins inévitablement, suivant notre sensibiUté ] l'émcrt;ion de l'apparml entier de la vie végétative, de telle sorte que nous imitons complètement, et dans toutes ses variétés, l'^otion qui les a produites.
La raison a pour expression, les combinaisons du langage et des signes dans lesquelles elle se décrit elle-même, et qu'elle offre comme la repré-
PHYSIOLOGIE SOCIALE. ^Sq
sentatîon exacte de ses [ù*opres opérations. Par xîette seule exposition, l'auditeur peut être convaincu , car il a en lui un appareil logique , analogue à celui' du maître qui lui parle. Si donc le mouvement du sien suit et répète le mouvement de démonstration qui se développe devant lui , il sera convaincu. Si non, il restera incrédule. Car, que notre lecteur y réfléchisse, les lois du langage et les lois logiques sont identiques (i). D'ailleurs^ toute espèce de sensation peut être l'objet de l'opération logique.
La * motricité est pourvue d'un appareil d'influence sur le monde extérieur bien visible , et qui a tous les caractères d'une machine arrangée pour agir matériellement. Elle se .manifeste en opérant dès transformations dû monde extérieur. Tel est tout ce systèmes d'organes pectoraux et abdomiliaux, qui ^modifient si puissamment la matière environnante; tel est surtout le système locomoteur.
La motricité est excitée par diverses sensations qui l'appellent puissamment à résister et à agir. Tels sont le sentiment du froid, des odeurs, cottaines douleurs cutanées , etc. Le système musculaire est en rapport tellement direct avec ces im-
(1) On possède des observations très curieuses sur Tin* fluence physique qu'un raisonnement peut avoir sur un autre organisme. La contradiction complète cause une véritable douleur, dont la répétition altère la santé, et a conduit plusieurs malheureux au tombeau.
24o mrmojxvGj^fm
pressioua , que souvent il est luû aotomatiquéinciit par eUes ; et qu^il agit em^ore sûus leur influende, même chez Tanimal auquel la tête a été enleva. Bn-» ûtïj dans (Certains appareils, U motricité apparaît, le plus souvent, sous la seule, impression de la sen^ aatioa , et comme un effist purement mécanique.
Nous n'avons pas besoin de répéter que tontes ces puissances de Torganisme, instmmdns des puissances de Tàme^ soit aptiUide logique, aok aptitude d'innervation végétative , soît q)(âtiided locomotrices ; tous ces appareils dont nous venons de pailler ^ constituent des besoins. Tous, à certains momens, veul^t agir; ils se &tiguej|rt^ dorment , et s'éveillent. B leur faut alors un sujet pour occuper leiirs forces : s'il l&ir manque , ils Ipnt $ouffî*ir , et quelquefDÎs , ils tuent ^ s'ils l^dstiennent, ils noua rendent heureux.
Ainsî^ rorganisaticm^jmpathiquea^besoin d'éf treoœupéè; si die n'est énuiô^ elle toinrmente l'individu qui la laisse inactive; et enfin si l'on persiste à la kisseï* immobile^ elle nous rend malades, nous fait hypochondriaques , on fous. Dis. même, 1^ besoins de musique^ de peinture, eto.^ se ma^ i|if(^stent chez tons 1^ hommes, ils se.retrdnvent, pleins d'énergie, jusque dans les productions rudi-, meutaires des sauvages les moins av&ncéa.
L'appareil logique demande à agir non-seule* ment dans quelques-unes de ses parties, mais encore dans toutes ^ il ya jusqu'à demander inévita-
PHYSIOLOGIE SOCIALE. fl^l
blemént certaines solutions. Sillon refhsé dele satîsfaire , il scJuffre j c'est le doiAe , c'est Tennui , dont Fexcès ne manque guères d'amener un ^t maladif, un danger, qui nous punit de notre paresse. Si Pon .ne le satisfait qu'incomplètement , il nous cause un malaise qui gène, agite, et trouble la -yîe que nous avons roulu nous faire. Quarif aux besoins d0 locomotion, ils ^oht télleinent <évidens qu'ils ont.ëté désignes par .xm mot. On appelle homines, d'action, ceux chez qui ils sont ]e plus déVèloppés ; ce sont eux d'ailleurs qui ont engendré les^ti&factîoûâ appropriées de . la promenade, et de la danse: ' *
' Les- énergies individuefles que nous venons de décrire, sont celles qui constituent la vie active dés sociétés. Elles sont l'ële'm<ent des plus générales divisions dti travail; après elles, ij û'j a plus que les aptitudes, et les facultés spéciales, qui §ont réprësentées par dés constantes particulières. Ces énergies donnent origine à des* institutions politiques. Àilisi , nous trouyons dans lés sociétés des représentant du pouvoir seiitimèntal soùs tous ses aspectisj on. appelle prêtres et prophètes, ceux par qui l'iniitâtioii du, sentiinent de la pensée générale descend ju^squ'àux extrémités , et par qui l'imitatk)n deé douleurs d'en bas remonte au sommet. On» appeHe artistes, les représentans de toutes lés facultés expressives partielles , tels que les ai'chitectes, les musiciens, les poètes.'. Nous trouvons
a42 . iNTRODuènoît.
tes repr^septans de la puissanee i^tionnelle, et <Ie toi>$ ses besoins, soiHt le nom de théolpgiehs j ou de savans , les uns occupés à tîrer des conséqliences de l'idée générale , les autres les vérifiant par Pobservatfon, ou la pratique. Enfin ^ la force lodbmotriceest élevée au rang d'institution soûl^ le * «om de guerriers, ou d'industriels. ' : Nous allons procéder à l'étude particulièi:e de chacune des liianîereis d'être spéciales d^ l'homme,
et de l'humanité.
SECTION >RÊ»!l[lÈRE.
CONStpÉlUTIONS GÉNÉHAUES SUR LE SfiPÏTIMEBhr, LA MOltAUg,
. Ainsi que nous Tavons dit plus haut, l'état sentimental n'est point un phénomène primitif, iin efifet direct de l'activité d'une faculté quelconque; il est un résultat. U est la conséquence de Tintervention de l'esprit au milieu de plusieurs actes organiques combinés, et j «n conséquence , dépendant
dé condition^. d'existence assez compliquas. Rapr peloils-nous en effet ce que ïkmis avon^ vu dans le diapitre prëcedent. , j
Un nombre considéraWé de facultés aflfectiveis , ou de sens nerveux , dgrment et se nourrissent . dans les profondeurs de Feconomie animade. Mais chacune d'elles , au réveil , demande à dépenser l^nergie acquise pendïint le sommeil. Cet nppei est impérieux ; il est de là* nature des tendances brutes ; il suit inévitabiement et aveuglément sa loi. Lorsqu'on ne donne pas à la faculté ce qu^elle veut, elle s'épuise à tournàeater l'individu qui ne l'a pas comprise; c'est une doideur qui abat, une agitation qui désespère jusqu'à faire pleurer, un agacement qui donne des convulsions. Cette souffrance ne cesse que pour recommencer un instant « • ■
après.
Il faut que Fhomme pbéisse, et cherche le rem)ède à sonmal; il faut qu'a force d'agitation,, il le trouve, ou qu'il meure. Or, l'objet dont là posses- ' sion peut seide appaiser ce malaise, le moyen normld à l'àidç jluquel l'activité du sens interne peut ^e^occupée et s'épuiser, est presque toujours placé en dehors de nous. De là , la nécessité que le raisomi^ineat. intervienne, M oue l'esprit nomme l'objet , et donne ainsi la signification de tout ce trouble, et $on but. Dès que cette opération est faite, le seçtimefi^ existe, ce n'est plus une souffrance qui est pmsente à la pensée, et qui Tagite;
«44 INTRODUCnOJf.
c'est une passion , un désir ^ une faim déterminée qui nous pousse . Cependant la violence reste la même ; l'homme ne peut s'arrêter sur ce premier pas , car il sent toujours vivre en lui une énergie qui le mord, et le fouette; mais il va au but, et celî) , déjà , est une satisfaction .
Ainsi, en résumé, le sentiment n'e^dste qu'autant que l'objet de l'appétit est corinu , et nommé ; il n'existe que par son but, c'est-à-dire qu Wec un signe, ou une formule. Autrement ce n'est qu'un malaise v^gué, une maladie. Pour être, il faut qu'il aime , qu'il haïss^^ ou qu'il imite.
On conçoit que la formule à l'aide de laquelle une faculté organique reçoit une existence, une valeur de sentiment , n'a rien d'arbitraire. Il n'y çna pas plusieurs possibles, mais une seule ; car il faut, nécessairement, qu'elle comprenne, en elle, l'activité et son véritable objet. Aussi , c'est avec raison que l'on dit, que le sentiment ne nous trompe pas ; et , en effet , par cela seul qu'il existe, il exprime une réalité vivante en nous. Ce n'est pas X dire qu'il ne s'attache jamaia à Une idée fausse ; il peut soutenir de son énergie une erreur,; mais, alors, c'est parce que cette erreur se rattache à quelque vérité tjui est en nous , soit é^oïsme, soit dévouement.
Le sentiment acquiert toute la puissance oirganique de la faculté dont il est le signe. ' Comme elle, il est aveuglément impulsif. Lorsqu'elle dort,
il dort. Lorsqu'elle s'éveille, il s'ëveille. Autant elle est puissante , et excitable , autant lui-même il est fort, et irritable. La concordance est complète. Il résulte de là qu'il offre bien des degrés d'énergie , depuis celui où il meut la vie entière d:un individu, jdsqu^à celui où, paraissant d'une manière, intarmiitente, il n'en occupe que qttel^ qaes Instants.
En effet , pûi^ue lé sentiment n'existe <pi'autant qu'il est un signe , on comprend qpe sa for*mule peut ^nbra^er la somme des activités par** tutelles,- ou uiie seule de ces actû^ités. Dànsle ppe<^ mier cas, iL aura toute la force des appétits de nature diverse^ qui sont, contenus dans l'hotiime ; il sera toujours éveillé ; son impulsion sera continue. et partout présente : dans le second^ au contraire, il sera intermittent comme la faculté q^i lui donne naissance , et ne commandera que quelques instants de la vie , que quelques, actes.
Le sentiment défini ainsi que nous venons de le faire , préside et se mêle à tous les modes d'activite's humaines ; c^'est lui qui donne le but et apparaît le premier dans la succession que sup^ pose toute espèce d'action ; c'est lui qui nomme et guide. Sous le nom de désir, il engendre les pas^ sions 5 sous ce nom encore , il crée l'hypothèse qui .meut l'atelier scientifique; sous le nom de besoin^ il préside à la conservation de l'individu , et de l'espèce, ^t à la transformation delà nature ex-
^46 INTROBUCrnON.
tériedre. L^homme sent la présence da sentiment à la vive ardeur qui s'empare de son être , et le précipite en avant; à Témotion qui Fagite ; à la force dont il est doué : par lui, il sent $e développer dans SQnseinunepui9sance de raison, et demuscles,donl il ne se doutait pas y et qui lui rendent tout facile; €ar , dans le plus minime des actes ^ il * met Fénergie qu'il déploierait , s'il s'agissait de se d^ttve contre la mort. Il a en lui une force qui, comme une vitesse d'attrabotiou déposée dans une pierre qui toncibe , l'attire irrésistibl^nent vers l'obstacle, «'accroît par le mouvement même , et se carre pdur la distance: fil faut arriver, être satis&it^.ou mourir.
Lei «entiipi^it est , à lui seul, une fot*€e -qui suffirait a mouvoir les bommes, et il vaut,80às ce rapport, plus que toutes les autres facultés df) leui^ être; mais, s'il existait seul, il constituerait une attraction del'ordre de celles qu'on observe dans les corps bruts, up instinct d^e bête; dans ce cas, non-seulement son énergie pousserait un homme vers son objet, et l'y collerait en qudque aorte ; mais encore il ferait de tous les bonmies une masse uniforme attachée à un objet, comme des paillettes de fer, à un aimant. En eflet, il se communique et se transmet avec lïne rapidité que lui seul possède , avec celle de la parole, ou du regard^ car pour se propager, il suffit ^'il se montre, et qu'il dise c'est moi.
PHYSIOLOGIE SOCtALË. %\j
D'après .ce ijue nous venons de d^rci un $enti*^ ment, quel quHl soit , est toujours le résultat de la ccMmbinaisoii d'un acte spirituel avec un état matériel ou neryeux. Mais, dans cette opération, ràmè peut avoir agi spontanément, ou aprèsavoiî* été soBicitée; c'est-à^ire que la modificatidn dans la matière nerveuse, peut ayoir succédé à Tacte de l'esprit , ou l'avoir précédé et produit Or, suivant que c'est Tun oi» l'autre de ces deux cas , le résultat seatini^ntal est complètement diffament. Cette diflérence ne dépend point de l'esprit; mais des positions variées où peut se trouver l'instrument charnel :: ainsi , pçur apprécier l'opposition des résultats , il nous faut examiner la physique sentimentale, c'est-à-dire connaître, d'une manière générale, le mécanisme j^ysiologique des passions affectives. Au reste, en nous livrant à cette étude, nous peièroiis que .suivre le procédé d'exposition que nous avons^ employé plus haut, lorsque nous faisions précéder la physiologie sociale, par une description dé l'homme individuel .
de <pie nous avons dit de^k oratraiité intiràcra* nienne. de l'homme, estapplicaUé, en tous points,
4ux sentimehs. Il est certain que toutes Içs aptitudes de modification sentimentale , qui ^ont possi- , blés dans Fëconomie animale, sont rëpétées dans l'organisme encëpîialique ; il est encore certaih é[ae chaque faculté est indépendante d'un point central anatomique quelconque; et que, dans les cas où elles sont émues synthétiquement , ce phénomène général a lieu sous la -seule influence de la spontfi^néité spirituelle ; ensorte ^e Ton chercherait, vainement, un atome matériel où placer l'unité affective. On peut, en effet, se représenter le sentiment comme le fait d'une particularité de l'organisme ou ganglion nerveux qui constitue chaque aptitude humaine.^
Ces généralités ne sont qu'une consécpience de ce que nous avons trouvé en étudiant Tunité humaine. C'est en examinant les détails de l'instrumentalité sentimentale que nous allons rencontra^ les différences caractéristiques.
L'organisme sentimental présente deux systèmes, l'un excitateur où la passion n'est qu'une sen- '^ sation ; Tautre expressif où la passion se traduit en actes.
L'homme est placé à l'état sei^imental excitatif , soit par une sensation interne que nous appellerons instinct, soit par imitation ou par sympathie.
L'instinct n'est autre chose que l'émotion d'une aptitude, qui a besoin d'agir, soit après un long repos, soit au contact d'une impression qui lui
PHrSIOLOOIK SOCIALE. a^^
yieat du monde extérieur, quelle que soit la voie par laquelle celle-ci lui est transmise. Telles sont, pour offrir un exemple grossier de ces deux<»s,' et la faim qui se développe par suite de la vacuité prolongée de l'estomac-, et cette autre faim fâ naît à l'odeur de certains alimens , etc.
Cet ordre de aensatiou et d'instincts se rapporté tout entier à la conservation' de Tindividn. On peut j rattacher aussi les appétits- sexuels qui ont pour fia la conservation de l'espèce.
Jjes appétits in^nctifs peuvent être éveillés ou mis en activité de deux manières. ' Ou bien , ils s'âneuvent en quelque sorte par l'effet de .la spoo* tanéité qui leur est appriun-iée, c'est-à-dire au contact de quelque fait de leur nionde interne o« externe -y alors , ils ne parlent jamais qu'isolément , les autres , et encore chacun d'eux it i ou btm,'ils sont émus d'en haut, I. volonté , sous l'influence d'un signe s ce cas, ils* peuvent être tous mis t eu activité.
On conçoit que dans ces deux circonstances opposées, l'intensité impulsive sera bien diffé- ' rente. Dans la prcuiièrè , elle sera la plus petite possible; et dans ta seconde elle s'élèvera à sa plus haute- puissance. A cause de cela, une formule générale de conservation pourr'b toujours dominer toutes les faims spéciales.
L'^f symf^itliique mérite un long, examen, car
aîo ' INTRODUCTION.
tftA lliuttrument à l'aide duquel, on pénèh^ dan» le cœur, - riiitetiigence et le corps des masses ; Douti allons donc nous arrêter un instant h Tëtudier physiolc^iquement ; cela fera comprendre combien ce sens de l'artiste est puissant ^ sâr.
Four appr^ier sa v^rit^^e nature oi^nique , U' Jant i'ëtudier dans les- cas où ses symptômes acquièrent leur summum d'intensitë, et où, par suite, as constitotfnt de véritables maladies. Mous reconnaîtrons alors que la sympathie est en rëalite une imitation. C'est l'effet d'une machine organisa qui, dans ses raonvemens, répète ceux d'une autre macUioé. organique ; ensorte que si la premièi'e souffre, la seconde ressent la même douleur; si la predaière éproure de la joie , la seconde reproduit ' ses émotions heureuses. En effet, à ^aspect des eonvulsioilB éprouvées par an n des individus- qui ont des convule en présence des douleurs de sa mèi'e,épro«Te toutes. les doulei ment, et ses suites. On a vu dei genre devenir assez fréquentçs, assez générales pour constituer de véritables épidémies. ïl y a, d'ailleurs, des faits d'imitation qui sont journaliers; tels son* ces accès de rires,, de.plenrs, de fcdie, ■ d'enthousiasme, de courage , qui d'un horaime passent à une multitude ; tels sont ces mouvemens automatiques, toutes, ces habitudes d''elcpres6ion dans tes gestes, le langage, l'intonation, qui pas-
F.HYSIOLOGl£ SOCIALE. a5l
sâbt det](ueh|ues-ttM dlios des nmaseë^ 3e dessin nant d'avantage , et a:oî$5aiit de ^néi^ation en gé^ nératïou , finis^nt par devenir des cârartères natioiÊiaiix ^ et^ de race-^ reconnaiasaUes vaéime k rœii le moins attentif, et plus puissants que le eUmat/ * '
Mais , avant qu'un fait liunuiiti-, ane expreissioa animale quelconque , arrivent jusqu'à être imités , et' i*eproduîts par un autre organisme, il fawk quHls passent par l'esptit, ou, partont physique* ment, <^'ils traversent leâ sens et le caveau. C'ait' celui-ci quiles juge, lesf çpousseoules laissepassef; ^'est celui-d qui adt^et. i»; sjntopathie , ou ne l'éprouve pas; il faut, en quelque aorte, qu'un homme se croie- capable d'imit||pe signe qui le frappe , pour que cette imitation ait, «n ^et. Heu;
Il est si vrai que le. intiment sympatliiqne est obligé de passer par l'esprit^ que la vdbntépent l'empêcher;* la sensation qui venait apporter la modilScation imitatrice , s'ctein^ devaiit une déterminatit^n contraire. La* volonté en détourne l'organisme , de* la Tùéme mauière <pi'il Joigne la vue d'un obj^ qui lui déplait : les observations, k cjBt égard , ne manquent pas. Enfin , on peut être iassez distrait, assez ofccupé d'une autre peusée, pour que l'occaision de synipatiser passe inaperçue , et que l'organisme resté immobile seulement parce qu'il n'a point vu* Aussi , pour q^rouv^e^r cet accroissement d'exigence, etitrei* dans cet état
^&8 umoDucnon.
cTexcitabilitë qui nous fait vivre de toutes 1§& vies qui nous eutonrent^ ou qui seulement sont passibles, il faut avoir appris à s^j livrer; il est besoin, pour' le ressentir au plus haut degré d'une éducation spéciale, qui nous ait habitué à nous porter au devant, qui nous en ait fait un besoin^ et qui nous ait exercé à nMs y laisser aller* L^imitation sympathique peut s^Aevèr ch^ tous les hommes^ à un certain point ; mais elle est susceptible d'un degré d'étendue et de puissance qui est au-dessus des forces du plus grand mnnbre, et le priyil^e de quelques-uns.
Cest parce que la syiiipathîe est pk>5sible à up degré sufiisant à tous, que les individualités 4e peuples , de ^||ons , de races , et de castes se créent, et se perpétuent héréditairement dans la grande Êunille humaine , p^r la seule raison qu'ils se réunissent dans un même temple pour adorer Dieu , et s'asseoient autour d'un même fo jer ,
La sympathie peut être à l'état actif ou passif, c'est-à-dire mue par la volonté ; ou abandonnée aux hasards des contacts avec l'extérieur. Dans ces deux positions , les conséquences ne sont plus les m^es, ainsi que nous le verrons dans la suite de cette section. Dans la première , il y aura toujours simultanéité imitatrice. Le mouvement imitateur aura lieu malgré ies répulsions de détail qu'il pourra rencontrer ; il lui suffira de trouver plus d'harmonie que de contradiction. I>ansla seconde.
PHYSIOLOGIE àoCÏALB. ^53
au contraire^ chaque propriété sympathique sera mise en jeu successivement; la découverte d'uu seul point de répulsioYi arrêtera le phénomène tout entier.
L'appareil sympathique est Toccasion d'une souflfrance dont il est important de tenir compte. Nous la riommeronsantipathîe; c^est une véritable douleur, c'est-à-dire, le sentiment d'unecontrariété organique profonde. Elle est vive surtout lorsquela disposition à imiter est active. En eflTet, l'individu ouvert à seotir avec||pn semblable , à partager son existence avec lui , vient-il à rencontrer un être que son éducation, et sa destination ont fait froid, et égoïste; dès le premier abord, il se seïit repouîisé ; car la sympathie nous donne comme un nouveau toucher , qui trouve sur la figure , dans les gestes', dans le langage , une sensation qui nous révèle les sentîmens profonds de celui qu'on étudie. Devant ce visage qui la repousse, l'être sympathique souffre ; Fhomme disposé tout à l'heure à aimer, et à compatir, est maintenant mal à Taise ; il est en jproie à une doideur physique qui le pique et le mord : il devient irritable , méchant sans sujet apparent. Et s'il s'épanche,* ce sera pour faire partager son mal, et se venger. Cest ainsi que l'appareil sympathique devient le siège de ces mouveméns antipathiques, qui produisent la colère, l'ironie, et le sarcasme.
Ainsi , les variétés d'aptitudes sentimentales ex-
a54 INTRODUCTION.
6it(Brtîr€8 qui sont comprises dans Torganisatiou nerrease de Hiomme, peuvent être généralisées sous deux aj^eUations qui indiquent très nettement l'opposition qui existe entre eïles. Les unes ie rësuntôat pour constituer une unité sentimentale de conseryation ; elles sont Forigine de Tégoîsme . lies autres forment ^appareil sympathique; des phy»ôlbgîstes ont crû trouver le ganglion qui sert de lien unitaire à ces dernières , et Vont appelé le sens de la bienveillance ou de la bonté; quoiqu'il en soit, attendu^ genre de direction qu'elles donnent à l'individu dans ses relations avec ses semblables, eUes sont l'organe évident de la passion sociale par excellence, de l'amour.
Si le lecteur se rappelle ce que nous avons dit pius haut , H sera inutile de lui redire en ce lieu , coiâment ces organismes , même qu^nd ils s'éveil* leiit par beaoin de dépenser les forces qu'ils ont acquises, constituent toujours une excitation, une soorte de spontanéité d'un ordre inférieur ; .car ils ne se manifestent jamais que parce que Tesprit les a pompris , les a mis en position d'être à l'état de seoÉiiinent en leur nommant leur objet ou leur but 9 •on bien pwrce qu'il s'en sert comme d'ipatrument.
Ainsi ^ l'homme dans toute espèce de rdation «Qciak, porté en lui-même, la double impulsion vers le bien, et vers le mal. Il est appelé à choisir ^ntre le besoin de s jmpatiûç , et le besoin de con- ^servation ; et, soit qu'il aime , soit qu'il s'enferme
PHYiSIOLOGIE SOCIALE. a55
dans son ëgoïsme, o^est toujours par élection, c'est qu'il le veut.
Forcement et de prime abords lé sentiment, de consei'vation est celui qui a le plus d'influence sur nos déterminations. Cette disposition est établie dans l'intérêt même de notre être. Ce n'est qu'alors que celui-là est satisfait , que Tappel sympathique a lieu. Mais, dans ce moment, il n'y a pas égaUtë complète entre les aeux besoins passionnés ; car demétne que dans le premier moment, lorsqu'il s'agissait de l'intérêt de vivre , l'^bïsme était tout puissant^ affamé et sans oreilles, de même, dans le second moment,' lorsque la vie est assurée, la disposition bienveillante prédomine; de telle sorte que si l'on considère les chances qui poussent, 'dans la société, un homme dans le choix de Fun de ces deux états , on verra que le plus grand nom^ brè le conduisent vers celui qui est le plus social , et l'engagent à aimer. Quelle* admiraUe combir
naison!
On conçoit facilem^it, d'après cette exposition, comment au fur et mesure que l'humanité se dé^ veloppe , et (pie la sécurité quant à sa conserva* tioaraiiplace le doute, et la crainte, on conçoit comment les hommes deviennent, en quelque sorte fisitalement , plus bienveillans , ou meilleurs. On comprend, encore, conunent la perfection d'une formule sociale consiste dans le degré d'union qu'elle fonde entre oes dcnix passions mères de
a 56 INTRODUCTION. ;
notre être, en leur donnant un bat commun. Nous verrons dans un instant que la reirgion seule peut accomplir une telle fin, en créant dans chaque esprit la puissance d'une volonté , d'un à priori, inébranlable.
Il nous reste maintenant à examiner en quoi consiste l'organisme sentimental expressif. Mais il faut nous arrêter un instant sut* ce fait, que le sen- ' timent est pourvu d'une instrumentalité propre à agir sur le monde extérieur : c'est l'occasion d'appeler l'attention de nos lecteurs sur la généralité delà division tr inaire qui se reproduit dans la manifestation de toute faculté humaine. Cest toujours une impression analogue à un besoin qui se présente au début , puis vient ensuite une espèce appropriée de n^ouvement logique, puis enfin un • acte. Dans notre étude du sentiment , il estTrai que nous ne parlons que des impulsions qui président au début , et des expressions qui en sont Tacte final ; mais il est impossible de njd pas reconnaître qu'entré les premières , et les secon^ des , il y a un mouvement de circulation de ganglions en ganglions qui en forme la véritable et n^es^saire logique. Aujourd'hui, il nous serait impossible de le décrire ; probablement , un jour, on pouri'a en faire, en quelque, sorte, l'anatomie.
• L'instrumentalité expressive est encore très imparfaitement connue. Lesanatomisteslui assignent
PUTSiOLOGIE SOCIALE. «5/
un appareil de sens spéciaux qu^St appellent setts de l'architecture , de la peinture , de la rausique ^ de la mimique , etc. Mais il no\is paraît qu'on ^ïç peut encore rien ^ire de positif au-delà de la généralité suivante : Lorsque l'homme est pjaicé som l'influence d'un sentiment, il est porté, et forcé quelquefois dé reproduite, dans son habitus et ses actes ejrtérîeurs^ l'émotion végétative qui est en lui. *
L'instrumëntalité dont il s^git , aiiKsi que les appareils excitatifs que nou^ avons examinés plus liant, peut être mue activement, ou mise enjeu passivement. Dans le premier cas, c'est unitaire^ment qu'elle opérera; dans le second elle ne re*produira qu'une expression dé détail. Dani^ le pre* mier cas^ elle aura les chances les plus nombreuses pour se faire imiter , pour éveiller dans les spec*tateurs l'émotion qui l'a provoquée elle-même à agir , car elle attaquera l'être passionné' tout entier et simultanément par toi^s ]es sens^: dan? le secofid cas , au contraire, elle aura la n^>indre iufluence posjsiblç ; car elle ne pourra agir que sur un besoin de détail analogue à celui qu'elle réflér chit elle-même; encore faudrat-il que celui-ci existe déjà : autrement , l'action s^ait absolument nulle , et peut-être repoussante.
En résumé , Fappareil du mode sentimental se compose des appétits de conservation , du besoii^ de s jmpatlîie , et des appels des sens d'expression .
9SS nmoÊHJcnom,
Ainsi la Mnune-desfacnltés qtd nepeayentétre tisfattes qu'en sociëtë^estbienphsgnuideqneodle èes appétits qni peuvent se contenter dans la so* Htnde; die est à ces derniers, an moins comme deu% est à on.
Cest an acti spirituel qui donne une valeur à ces divers mouyemens nerveux^ etfait un ^gne de chacun d'eux. Or, cet acte, ainsi que nous l'avons déjà dit, intervient de deux manières, ou à priori, ou à posteriori. Dans le premier cas, la spontanéité hnmainemetl'appareilsentimentalenmouve-' ment; dans le second, elle ne fait que constater, et nommer en quelque sorte, la nature de ce mouve^ ment. Etudions ces deux manières d'être séparé* ment.
L^ime humaine , comme nous Pavons dit dans la première partie de ce chapitre , est une; et si son activité ne se manifeste qu'en revêtant la forme de la successivité trinaire, cela tient aux conditions même qui lui sont imposées par Finstrumentalité nerveuse dont nous examinons ici une partie. Puisque en est ainsi, l'a priori pur en fait de sentiment , ne peut être qu'une des modalités d'une doctrine centrale: et, en effet, nous ne connaissons historiquement aucune conception
PHTaïQLOÔIB 80GLALB. 9S9
gentimei^ale qui puisse être conaidér^ comtiieci^tfOr» lument spontanée ^ que celles qui ânaaeut de Puli des dogmes religieux qu'où ap|)€dle réy&és. Par* conséquent ^ tout acte spiritudspontia^ eu ùi% de seAtiifiient est eseentiettement socialisateur $ «I la spontanéité ne revêt un caractère partîcidièrenient sentimental) que pur la direetiou spéciale qn'eHe imprime à l'instrumeut neryeux.
U parait^ au premier aspect, presque împossi^ blë de concevoir conuuent cet effet s'accomplit ^ comjQM^t une doctrine purement spirituelle est assez puissante pour dominer et r^ler Fénergie de tous les besoins spéciaux dont noUs avons décrit la violence. Cette difficulté nous semble devoir être éckdroie par les réflexions suivantes: Le sentiment n'est qu'un des modes d'activité de l'organisme , et il n'existe qu'à condition de ne subk* aucun empédiement grava de la part de l'appdreil logicpie, par excm{4e« Ainsi les ^^giea des be- MiM spéciaux seront, matërieUemdnt parlant, impuissans devant une doctrine spirituelle qui forme lacentraUtédetoufte l'aetivitéhumaine possible«Ënfin, dans rinstrumentaUtésentimentidedUe*4iiéme, les aptitudes de sympathie et d'expression auxquelles la vie sooidbest nécessaire, sont bien plus nombreuses que ks simples besoins qui peuvent se satis&ire dans la scditutle : et par conséipient, dans la dorée delà veille) les impulsions socialisantes occupent un temps bien plus long que les app^tito
a6o fifTftODucnON.
iiTStincfife. Ajoutons qu'âne des conditions du dogme, est de faire, autant qnepoasiUe, du dévouement^ un intérêt ^oïste.
' Là formule copçue à priori donne à .tOijU;es. les ^ergies de Papporeil aefttimental une impulsion coniihuvre, undl^^comman, daHS lequel se oon^ fondent leurs appétences partieulières^. dans le^ quel elles trouvent leur sjiltbèse* On conçoit trè$* bien, sans chercher a expliquer le fait .par ^ un exemple, comment ce désir peat.d^ua homme passer dans plusieurs , et former une société; puisque, comprenant en lui toutes les variétés de sentiment possibles , il tend à les satisfaire toutes par un même acte.
Pour êtte sentimentalement spontané, il n^est pas nécessaire d'être soi-même l'inventeur de la formule qui constitue le désir synthétique ; il suffit de la connuitre. ' Lorsque les hommes sont entrés dans la voie d'une pens^ii priori^, ils tiennent inévitablement de oette manière d'être/ Ils ont, en eux, sa valeur de spontanéité. Désormais ils n'agiront plus que sous l'uiiK|iîe influence du modeà priori imprimé dans leur esprit. Pleins de la doctrine qu'ils ont appris ^ ils suivent, déterminément les manières , et les conséquences de celle-ci: ils ne pensent qu'avec elle, ou plutôt c'est elle qui pense en eux ; et aussi leurs actions ne sont produites que par une cause intérieure ou toute spirituelle. Ces hommes mutent leur n^tre,
PHTSUHXHÏIfi {90G(AL£. -^^l
mais ils n'imiient rien dd moncle <{và fes ^^«lo we^ et, au bontmiw, se font imiter. Us imposent la sympathie, et ne là reçoivent pas. Ainsi ^ ils aiment à priori qui les haït, et peuvent', de la n^émie manière , avoir en hoorreur qui les flatte. :
Que rësultera-t-il de là? La fondation d'une société où Vàn airnera les uns parce qu'ils sont semr blid>les à nous , et les autres parce qu'ils donn^ont occasion au désir de les assimiler, ou au besoin de sacrifice. Ces derniers lîiots doivent être .maintenant obscurs ; mais ils s^ont ëclaircis pkis bbs.
Nous n'avdns pas besoin de dii^e que cet ^at sentimental est celui qui cl^e et maintient. les épo» ques organiques ou synthétiques, t
L'activité spirituelle peut être déterminée à posteriori, dé deux manières j que nous examinerons séparément, parce que leur description nous .rendra ciompte de ce qui se passe dans deux âata 90ciaux différens. Elle peut être déterminée ipar sympathie, ou simplement par les excitations irrégulières des facultés instinctives. Examinona, d'abord, le premier de ces deux modes.
Le sentiment qui naît par sympathie, est toujours produit par imitation d'un milieu tout formé. S'il est complètement pur de toute influence à piiori , il ne peut être déterminé que par les concordances ; et il sera non-senlemént nul, mais hostile vis-à-vis de toutes les discordances qu'il ren-
^6fir INTRODUCnOlV.
contrera « Farw qaeles hommes seront sedleoMml sjmpfttfaiqties, ils trouyeront des antipathies nombreuses : en effet ^ il s'agit ici , primitivement, de rapports purement sensu^, d'une harmonie charnelle en quelque sorte, ou Fhabitude rc^ne en souvat^aine; et soit la moindre diffiérence d'opinion ou de sentir , soit la plus l^ère diyersitë de physionomie, ce peu suffira pour blesser Tappurefl imitatem*, et fbnder une sëpapati<m infranchissable.
Aussi là sympathie est impuissante à fonder, à ^e seule, une social. Pow cela, il faut, ou ipi'elle eaqiste comme désir ëmaciant d'une doehriné à priori; ou qu'elle naiàse au mSieu d'une société dëjà toute faite. Encore, dans ce dernier cas, où dile est dëpourrue de toute intenrention de spontanëitë i^iritudle , voici ce qui lui arrivera.
Le sentiment existera diez un grand ncmibre,. avant de recevoir d'un homme sa formule , le mot qui le fera social, au moins, pour quelque temps. Toujours , et invariablemeni: , cette formule renferme une affirmation et une négation; elle nomme un mal qui fiiit souflfrk*, et en nie, en maudit 1^ cause apparente. Par $u^, elle crée une unaninaité d'efforts, qui s'aiment entre eux contre un obstade qu'on bail. Du premier coujp elle engendre l'antagonisme. Voye» Wicleff ; voye« Lulhtr î
£n effet , l'imitation sympathique ne peut amener la cr^tion dVin mot socml nouveau que dans
PHTSIOLOOIB SOCIALE.
le Cds OÙ eUe rient nommer, et mettre en ^idenw une contradiction existante; que dans le ces oà elle Tient mettre au milieu des hommes un mm collectif, vis-à-vis d'un non moi. Il n'en serait jpoint ainsi, si le bonheur ëtait général. Limitation ne serait alors qu'harmonie et bienveillance , et puiserait dans la foule sans engendrer autre chose qu'une satisfaction de plus 2 car , nous le répétons , la sympathie n'éprouve rien qui ne soit déjà hors d'elle.
Quelles sont 1^ Mnséquenoes dernière^ réservées à une soci^ fondée d'après cet unique principe? ïl arriveîfa que l'eflfort de Itrtte terminé, le cercle sj^pathique ira , pour chacun , se rétrécissant jusqu'au point où il sera formé,* dans sa plus grande extension , de l'enceinte de la famille. Et cela est inéritable; car une minime yariâé que la plus faible manifestation ii^viduelle de spott^ tanéité est capable de créer ^ suffit, dans cette di^ rectiou, pont constituer une disowdanee énorme qui sera vivement sentie , et deviendra une cause d'isolement : de telle sorte <pie k division entre les hommes se multipUara jusqu'au degré où chaque individu deviendra un petit centre d'attraction, et de répulsiou, nn point d'antagonisme, n'ayant de volonté et d'amitié, que ceUe <^'il acquiert pai^ les sens; de haine, et de cofôM que celles qu'il pui^ dans les payions de l'égoï^me.
Cet état sentimental est celui qui engendre et
a64 iNTRODUcnoff.
poBâse les ëpoques de réformatiott et de erit^ue* Il est, ainsi qu^eUes^ imitateur, insucrebtioiinel , dëteriorateur, et se tenuine à r^oïisme.
Lorsque le sentiment n^est que Texpression des impulsions instinctives , il ne peut être revêtu que d'une seule formule ; c'est celle des intérêts ^;oïstes. En effet, les besoins d'où il ëmane tout entier, sont d'abord , et principalement ceux de conservation , puis ceux de quelques plaisirs , dont un des plus vifs et des plus recherchés, est celui qui a pour conséquence la conservation de l'espèce. Le^ manger, le vêtir, etc., ea forment donc la ba^ principale; viennent ensuite les sales appels sexuels; puis enfin, les appareils d'expression, etdesjmpathie,demàndent, passagèrement^ quelquesfaibles satisfactions , qui leur sont accordées cdmine des distractions seulement , lorsque doi*ment les au* très instincts qu'on appelle positifs , parce qu'il lair faut coiiKSOmmer de la matière pour appaiser leur faim.
Une formule des intérêts de conservation, peut encore entretenir parmi les hommes, une vie jusqu'à un certain point sociale, en ci'éaût un égoïsme commua pour une certaine masse d'entre eux. Mais^ comme à tout égoïsme , il lui faudra la condition d'un non moi ; en d'autres termes , les intérêts de conservation ne peuvent sout^ir l'ag-
grëgation humaine, que par la présence du feît de l'exploitation de Phomme par Fhomme.
Or^ dans tout ce qui ne, sera pas Pacte même de conservation ou d'exploitation , il n'y aura rien de commun; tout sera irrégulier, intermittent, fugace, comme les appétits* eux-mêmes. L'homme s'abandonnera à l'excitation passagère quï lui sera présentée, changeant, presqu'au jour le joilf , étant tantôt une opinion, tantôt une autre, véritable béte mue par l'appétit îjui s'éveille, par le regard, le toucher, l'odeur, ^c. Albrs,'en réalité, l'être social n'existera déjà plus»
Que l'intérêt d'exploitation de l'homme par l'homme disparaisse! et la vie sauvage recommencera.
Ce sentiment est celui qui présiàe aux dernières périodes des époques* critiqués .
Ainsi , une synthèse sentimentale ne peut, être créée qu^à priori , par un acte spontané et pur de l'esprit. Bien plus, c'est du point de vue seul d'une synthèse de ce genre, qu'un sentiment spécial peut recevoir un nom ; autrement , chaque activité partielle n'est jJu s qu'un des instincts bruts qui animent la bête; autrement, l'appareil si compUqué, que nous avons examiné, n'est plus qii'urie machine
a66 IlfTEODUCTHMf.
dont les mouyetn^is sont sans relation entre eux , sans conscience, sans nom, sans souvenir!
La synthèse spirituelle du sentiment constitue ce «pi'oa appelle, parmi les hommes, lé morale. Cest en effet, du point de yue de celk^i^ que tous les actes dont nous nous occupons, reçoivent une 3igni£bation, et prennent une place dans la mémoire, comme bons, ou comme mauvais. Elle est engendrée du dogme, comme il est engeïidrë de Punitë d'action spirituelle ; de telle sorte qu'elle est la formule générale qui réunit toutes les puis*sauces affectives dans un désir commun , et d'où émane le but ou le devoir de diaque &culté spéciale ; de telle sorte qu'elle satisfait en même temps à l'égoïsme et au dévouement.
En effet , l'esprit domine la chair ou crée le sentiment moral , en donnant une volonté d'amour qui fait prédominer les besoins de sympathie, et d'épanchement, sur les a[^)étits instinctifs, et de conservation , et en donnant un désir qui subor-^ donne les inspirations égoïstes, qui se puisent dans le temps, à un égoïsme d'espéf^nces infinie Ces deux effets ne peuvent ressortir, que d'un dogme religieux, offrant toutes les conditions que nous avons exposées plus haut. Examinons.
Tout sentiment, abstraction faite de sa formule, commenoe par être un désir. Or, le désir se trans** forme inévitablement en espérance, ou passe au doute, et se change en désespoir.
PHYSIOLOGIE SOaALB. 267
Espérer <, c*e^ déjà être heureux; ftlôrs tout ce qu'il y a de bienveillant et de sympathique eu nous, est mis à Paise. On a d'ailleurs besoin d'épancher sa joie, de ne point espérrt* seul : Car c'est agrandir le cercle de son bonheur , en créant autour de soi un concert d'êtres animés du même sentiment, où nos sympathies vibrent à l'aise, où notre bien-être s'accroît par l'imitation même die Fharmonie qui nous entoure.
Lorsque le désir n'est pas satisfait, lorsqu'il doute , ou n'a pas d^espoir , alors fl devient douleur ; il tourmente Findividu ; il le rend irritable à ce poi;it, que le moindre contact l'agace, et lui fait mal. L'homme possédé ainsi par un désir sans espoir, se reploie sur lui-même; il est tout à àa souîB^nce : le bonheur des autres le met mal à l'aise ; il devient égoïste et haineux. ,
Tout désir, lorsqu'il souffi*e, inspire une sem-* blable disposition de sentiment. Rus il est vaste , et î:egrette d'objets , plus il occupera de place dans la vie, et plus il aura de force pom" faire un mé^ chant.
Ainsi, dans l'intérêt individuel de Fhomme, et dans l'intérêt social, il faut que la formule morale impose un désir qui puisse être toujours une es* pérance assurée. Or cela n'est possible qu'au point de vue religieux , puisque le prient n'est qu'un point toujours mobile , qui change , à chaque îns^ tant^ de place, enti^ le passé et Favenir, et qui ne
fl68 INTIVODUCTION.
peut servir à fonder autre cfaç^ que,de8.probs[bilités douteuses. '
> jC'e^t eu effet en fondant dans rhomme, un désir, ipunortel, que Pesprit domine PégcjHsnie in$tinctif, par l'égoïsme supAûeur d'une espérance plus ^as^ surée e% plus étendue. . ^
Ce n'est aussi que du point de vue religieux, <juç la pensée morale peut opérer charnellem^t une synthèse sentimentale, en faisant prédominer Jés besoins de, sympathie et d'expression sur les appétits de conservation ; et de cette manière créer une volonté d'amour et d'épanchement qui for* mera le but consent de la vie , et qui n^ sera,effacé que par momex^s^ lorsque les faims de l'appareil végétatif viendront à parler.
. Afin d'apprécier exactement comment l'eflfct est produit, nous allons exaniiner ce qui arrive, sui^ vai^t que domine l'un des systèmes de sens doirt il s'agit ep cq moment/ i /
Lorsque les sentimens de conservation individuelle prédominent.,..c'estl'égoïsme, c'est Texcitation de chaque moment qui passe. Alors il n'y a pas d^autre but passionné que celui du plaisir; d'autre intérêt, que l'intérêt industriel. L'amour, lui-même, n'est qu'une faini d'un sexe pour l'au^ tr^; la paternité qu'un instinct. Tout désir n'est autre chose qu'une volonté d'appropriation à ses plaisirs. ^ •
L^émotipn sympatliique , lorsqu'elle ne se con-
PHYSIOtX>GfE SOCIALE. ^69
vertit pa9 ^eû antipathie , toiîrne toute entière «nù profit des impulsions instinotives. On ne pesseitt d'elle qoe ce ^i est en rapport arec la passion pilésente . £âtK)n nmlheuretnc, la Vne dit isalestunecônsOlation ; autrement^ on ne le vott pas ; et Fon U9 ressent que lés spectacles que lV)ndestreimiteripô«iqr son piopre oompte,dains Fintà'ôtde sesaj^tîtsper!* sonnels. Il est cependant que^ues fiornies sjoipa"* tbiqùes, où l9s égoïstes peuvent s'inôter les iuib les aal^es, de manière à faire nn seul çoif^^ (^ formes sont celles de la peur, de la jalousie^ et de la haine, celles de toutes ks mauvuse^ pftssiona« .
I^'^oïsme placé yis-à^vk des autres égoîsme&^ n^est jamais en état de sécurité ou de paix. Ley exigences de tous sont les mémes^ et par çonséquent elles se contiredisent d^homikieà homnbe^ et «ont tx>ujours pr^és à entreprendre les^^unes^aiiiv les autres. De là cet qtat de oràHite et d^hofitilité^ de là c^$ prétentions vaniteuses, ces fievtés^ifie)poussantes ; de là, enfin, la'd^ançe,. coamie phii^ nomène géiEiéraly et comme condusîan. .
n n-en est plus ainsi lorsque la volonté fait .prédominer Fappareil sympathique; alors Tadi^ité sentimentale est d'aimer, la passivité est de ries* sentir bienveillance, et pjitié.
L^amour, en effet, charnellement parlant, n'est qu'une concordance parfaite entre plusieurs individualités 4fCest l'assimilation con^léte, de plusieurs personnalités les unes avec les autres.
d7o unnowGiiotf.
Alcvi diaeiiii M fittt k moi de plasMin oa de toof^ et, à ee thrd, pomde la pasmm pour ies aembk* blaiafl degni où il en est ctpaUe poor hiHnéDW* LedéMttBOKiit est la raûoimetneiit de Famour passëikPëtatde rédisaliop* Aussi , pour lliaBQtfM quaime, le dëmiieffientestimbesoill ntioimcl) et Icmfanl ne peut se tëmoigner en rendent des serrioes^ il dlerehe à se montrer encore pw des secrifioes. On a vn, bien des fois , ramonr de Dieii inspirer de tels besoinsde démooetntiony g^e detf bommes allttent sacrifier leur yie^ etceqiiîleitf âait enoore pha dier , leôrs enfans et leurs fem^ Qwa. Anssi a^on Bifipéé c^ actes vœux et témoi-
Le dévouement tient à deux oaoseâ : Fune est une haute puisamœ de spontanéité, où Fesprit démine, et entraîne timt ; Fautré est une large ^ vire organisation sympathique. Aussi, le dévoue^ nent, chez certains hommes, iq[qparait spontané* mentjo^est unepartiedecequeleschrétiens^ontap* peléla grâce. Chexd'aotres ^ o'estie grand «ombre^ le dévouement snppose toujours que cdui qui Fopère, vit dans un autre, qu'il a assimilé soti eodstence à celle de qnelqu'aûtare au point de touffrir ou d'être heureux pour lui, de Calculer à Fé* gard dli phôrir^Hst de la joie qu'il projette de donner, comme si ceplaiw et cette joie devaient r^enir |i lui«>niéme; de se dire, je is«rais heureux, qn'on fit cela pour moi , je tais le faire pour lui»
PHYâioi;ofiiB POCHAIS, . 417 1
he àévowiïa&ajL ccmfotid tellemieM la vie &vm in^ Mriàu ^ac ,cell6 de Texistenee <{u'â aime ^ que l'hotnxKïe se sacrifiera complètetneiit ^^^siourra sans éprouver auciifie crainte de la mort; pai^c^ qu'il vît dafi3 m^ autre ; Mui auffît^peadnr que celui làviyra^ pour seaUr jsaobairettiimortidlô^'à âoti dernier infant m^uie^ il est ^au:*eia 4e tout U bonheur que son sacriâcë Ta procurer .=
, Ppur . u|i t^tâévmmhéfÀiy il faqt <pié l'boasifê aimepuis^epiixjjé^t. ;j: -'^^ • ^t ,. ^
Ot^ Vami^dsm'hMtnp^ peut^ saHs doute, êaé définie une coBcDid^iû»^ par^ite^itmpluftî^a^ dîy;i4ualitê»^ <p^l^u^oiis ui^^s^pp^ d^^ites pour lès outrés : tshàé ^nn hoiûwe i uoa aodété; num | d'un homme émisera des h^iBili9&«v)eiur s mak 3k bieiufait donné en éohlBUprge du imal^ eàakasi plitt cela ; un , amour doué d'Une> t^Ue rokoBàé est tiHi| 3pijrituel, et^ peut ressortir que d^i^iefoi £er«|««| arrêtée que la croyante relîgieitse est ^eide eapdiâ^ de produire. . t ''