DE LA MOTRICITE, ET DE LA GONSERYATIOÏT
L'acte spirituel n'est complet , et n'existe qu'à condition d'être réalisable et transmissible ; en un mot,* qu'après avoir reçu une forme matérielle: en' d'autres termes, il n'y a point œuvre, rien n'est acquis pour l'homme , à moins d'être fait signe
PHÏSIOLOGIE SOCIALE. 337
c'est-à-dire à moins d'avoir reçu un corps , ou d'être rendu matérialisable. Or, la matérialisation 7 en quelque chose que ce soit , n'est qu'un eflFet de mouvement ; ainsi la motricité se retrouve présente, nécessairement, dans tous les modes de notre activité. En effet, l'unité de l'âme ne pouvait être reproduite charnellement que par Tintervention de tous les modes de la successivité corporelle, à l'occasion de chaque fait spirituel.
La motricité est l'élément de la conservation au point de vue spirituel, et au pgint de vue matériel ; car , au point de vue spirituel , il n'y a conservation, qu'à condition qu'il jr ait transmission ; et , au point de vue matériel , qu'à condition que le mouvement vienne de nous. En effet, une idée est morte, si elle n'est pas reçue par d'autres ; un oorps vivant devient cadavre, à l'instant où il cesse de lutter contre le milieu où il est placé , et où il subit Tactioti des lois du monde qui n'est pas lui. La motricité et la conservation peuvent donc être étudiées sous deux aspects : sous celui de ]a matérialisation des faits spirituels , et sous celui de la durée corporelle ou physique. Nous nous bornerons ici, à les examiner d'une manière générale, d'abord sous leur manière d'être individuelle; nous verrons ensuite quelles sont leurs formes sociales. Il est inutile de nous arrêter sur les moyens de conservation spirituelle; nous nous en sommes suffisamment occupé dans les deux sections pré-
cëdentes. Nous n'avons plus qu^à traiter spÀnalement de Finstruinent de la conservation physique, pour en chercher la théorie.
La conservation corporelle ou animale de l'individu , et de Fespèce j dans sa valeur purement individuelle, est fondée sur trois faits: la résis^ tance, la nutrition , ^ la génération.
On nomme résistance le fait général de Foi^* nisation physiologique, en vertu de laquelle Panimal constitue comme un monde à part, qui est à l'ahri des changemens physiques et diimiqncs qui se passent dans le milieu environnant. Ainsi l'homme a une tenripératnre projM^e jqui ne varie pas aii*ddà de certains termes ; par suite les phénomènes chinuques et physiques se passent dans des limites constantes. Un appareil tout entier est destiné pour maintenir cet état thermoméfrique interne. Lorsque la résistance cesse , le corps vi* vant est changé en cadavre : la mort n^est autre diose que Tahandon du corps animal à l'empire des lois de la chimie, et de la physique brutes.
La nutrition comprend les chai^emens , et les modifications moléculaires qui s'opèrent dans les profondeurs de l'économie animale, et d^où résnl* tent les diverses aptitudes à agir. Elle consiste dans le mouvement par lequel des matériaux sont introduits en nous , transformés à. notre usage , et expulsés après avoir s^vi. S^ premiers lappareils sont les organes buccaux , pectoraux , et abdomi-
PHYSIOLOGIE SOCIALE. SSg
«aux 'y en d'autres termes , il dd3ute par la respiration, la mastication, et la dige^ion,etc. Le troisième mode de cooservation est celui qui a lieu par génération.
La satisfaction de ces trois premières conditions d'existence, est impérieuse , et sollicitée par des appétences d'une énergie , et d'une importunité irrésistibles. Leurs besoins sont rendus sensibles à l'âme , dans toutes leurs yariétés , et par des appels dont l'intensité diffère en raison même de leur importance pour la durée de la yie individuelle. Ainsi l'appétit sexuel peut être complètement silencieux; il varie suivant les âges, et le sexe; il est plus exigeant chezle mâle que chez la femelle, etc.
L'homme ne peut répondre à ces exigences de conservation , qu'en agissant sur le monde exté^ rieur ; ainsi pour obéir à la première , il faut le yétir, le domicile, le chauffer , etc. ; à la sec^mdel, il faut les alimens , les boissons ^ les odeurs, etc.; aussi , sommes-^nous pourvus d'un instrument d'action vraiment physique ; nous voulons parler de l'appareil locomoteur. Ce dernier engendre une in^ulsion nouvelle que nous devons ranger dans oelle de conservation, Faction lui est néoessaii^; il en résulte le besoin de mouvement , le besoin d'user ses forqes sur le monde extérieur, qui se satisfait aussi bien de l'action désordonnée de la promenade, delà course, ou do la danse, que d'un effort opéré dans un bot utile.
aa*
34o INTRODUCTION .
Tel est Pappareil entier de conservation organise chez chaque individu. Il forme une sorte d'unité autant par la nature des actes qu'il exige , et qu'il est apte à produire , que par la synergie physiologique qui existe entre toutes ses parties. Nous ne nous arrêterons pas davantage à Fëtudier , il serait inutile de nous occuper ici de choses que nos lecteurs trouveront dans le premier livre de physiologie. Il nous suffira de remarquer deux faits, c'est que cet appareil est, ainsi que nous l'avons dëja dit, l'origine de ce que Ton appelle ëgoïsme ; tellement , que pas une seule de ses modalités ne manque chez les hommes qu'on taxe de ce vice; et que les spéculateurs qui ont voulu faire la philosophie dés sens suivant leur langage, ont été forcément entraînés à écrire la théorie de l'égoïsme. Cela démontre au delà de ce qui est nécessaire, l'espèce d'unité que nous disons exister dans cet appareil.
Nous allons nous élever à l'Aude de la motricité et de la conservation sociales. Nous allons en décrire les conditions; la théorie que nous allons exposer doit être désignée sous le nom d'économie politique.
Dans l'humanité, comme dans l'individu, la motricité est l'élément de conservation au point de
vue spirituel, et au point de vuematëriel. En eflFet, la durëeet la vigueur d'une société dépendent de celles de son but commun, c'est-à-dire de sa doctrine d'activité. Il faut donc que Tassociation charnelle j dont il forme le lien , soit faite, autant que possible, supérieure à toute espèce de contradiction physique , et invincible dans sa durée morale ; en un mot, puissante, et, s'il est possible, immortelle d'esprit et de corps.
L^ vie d'une société suppose deux ordres d'institutions j celles relatives au temps, et celles relatives à la durée ; les uues qui comprennent, en quelque sorte, son organisation en profondeur, et les autres qui se rapportent à son activité dans l'étendue des siècles, au plan de son mouvement, dans la succe;ssion des générations. Pour satisfaire à ces deux conditions dans le fait de la conservatipn, il faut un appareil de résistance sociale, destiné à agir dans le temps , et de plus un mode de transmission autant de la doctrine dubut social, que des instrumens mêmes de résistance.
Ainsi voilà retrouvées, dans le fait humanitaire, les conditions mêmes du fait individuel : la société, comme un homme, n'existe qu'à condition que l'acte spirituel, déposé dans son sein, soit fait signe ou matérialisé et rendu transmissible.
Une doctrine n'est matérialisée et fait signe v^ que du moment où elle a engendré une organisations •sociale , et elle n'est transmissible, que du moment
34^ ErTRODUcnoif.
où elle a engendré un enseignement. Âlors^ il y a réellement un corps social qui peut agir, se mou- Yoir j et durer.
Pour qu'une doctrine devienne une société, il miffît que chacun des modes d'activité dont elle contient le principe, soit fait hommes, c'est-à-dire représenté par une institution destinée à le reproduire conune fonction du corps social.
Cette œuvre de réalisation , comme tonte manifestation de la spontanéité humaine, est soumise aux conditions de durée et d'espace, à la loi physiologique de successivité. Nous devons attirer l'attention de nos lecteurs sur ce fait; car c'est de la manière dont il se passe , que se déduisent, plus tard, la légitimité des pouvoirs, et les droits des diverses dasses de citoyens.
L'ordre dans lequel se suivent les créations dont doit résulter l'oi*ganisme social , n'est point arbitraire : c'est celui de la succession logique ellemême. Les différens termes de la matérialisation d'une doctrine s'engendrent comme conséquences les unes des autres, en partant de l'a priori primitif, et en suivant rigoureusement la marche de leur génération logique.
Comment, en effet, pourrait-il en être autrement? Puisqu'une doctrine nouvelle n'est qu'un à priori nouveau , on ne peut procéder à sa réalisation que d'une seule manière , c'est-à-dire en descendant de la généralité aux détails ; puisqu'une *
PHTS10L0Gi£ SOCIALE. 343
doctrine nouvelle n'est qû^un but nouveau d'activité, on ne peut instituer les moyens, avant d^avoir institué le but lui-même .
L'ordre de génération dans Tespace, devient Tordre de subordination dans le temps. Ainsi ^ supposons que ce soit par le sentiment que l'œuvre commence, c'est par la science qu'elle continue; c'est par la force physique qu'elle s'achève, etc. Chacun de ces modes d^activité sera institué au fur et à mesure qu'il se manifestera ; et lorsque la création entière sera achevée, ils seront subordonnés les uns aux autres, suivant Tordre dans lequel ils ont été engendrés ; en eflFet , la légitimité du pouvoir, dans les temps passés^ ne fut toujours qu'un droit d'aînesse.
En résumé, un aystème social n'est, au point de vue où nous sommes placés, autre chose qu'une hiérarchie de fonctions , une organisation du travail; en effet, 0 contient la détermination en nature et en nombre , des fonctions et des œuvres nécessaires à la vie collective , et la classification hiérarchique de chacune d'elles , en raison de leur importance en vue de la fin à accomplir.
La conservation du corps social ne peut s'opérer que par la résistance au monde humain qui lui est extérieur, par l'entretien des individus qui rem. plissent les fonctions, et, dans l'espace, que par la transmission des fonctions, c'est-à-dire de.% doctrines et des forces.
344 ihtroduction.
Trois systèmes d'institutions répondent nécessairement à ces trois buts ; nous allons dire quelques mots de chacun d'eux ; car ils varient du tout au tout, c'est-à-dire du bien au mal, en raison du degré d'avancement de la société
La solidité du corps social contre les attaques extérieures et intérieures , est le résultat de la mise en œuvre de deux forces , la force spirituelle, et la force physique , ou l'énergie militaire. La première est , sans contredit , la plus puissante des deux , puisqu'elle seule suffit pour engendrer une société. Elle gi'andit au fur et mesure quel'liumanité se perfectionne, et, ainsi, la nécessité de la seconde devient de moins en moins nécessaire , et celle-ci même s'amoindrit à chaque pas de la civilisation.
Un collectisme, vigoureusement constitué, ne peut manquer de s'étendre, et de grandir par la conquête. C'est la conséquence directe de l'énergie même de sa résistance. En effet, vaincre, c'est subalterniser.
Lorsqu'on examine les histoires que nous possédons du meuvent des âges logiques, on voit que c'est la force moî'ale, ou spirituelle, qui commence les sociétés , et s'organise la première ; elle eiË* gendre , et subordonne à sa direction l'énergie militaire. Toutes les fois que la puissance spiri-
tuel^ subit quelque modificalion , celle-^ci ne tarde pas à être matérialisée; c'est-à-dire que Torganisation sociale est changée suivant ces nouvelles exigences. On voit, aussi, que la force spirituelle, pour exister, et pour produire des actes, n'a pas besoin d'être représentée en chair, en quelque sorte, par une institution quelconque , qui commande et dirige; il suffit qi^'elle ait été enseignée, et qu'elle soit vivante dans l'intelligence des individus qui composent Tétre social. Mais il n'en est pas de même dans le fait du perfectionnement. On ne peut attendre la satisfactioTi de cet intérêt, que de l'action d'une institution. Le progi'ès cesse sur ce terrain, du jour où l'institution est détruite; en sorte (jue bientôt la société devient immobile dans le système qui a été le signe de la dernière transformation morale opérée sous l'influence de, l'organisation spirîtuellle précédente.
Le jour où une société cesse d'agir comme corps, soit spirituellement , soit physiquement , le jour où elle n'opère plus de conquêtes , elle est morte ; elle ne tarde pas à se réduire à une simple réunion par contact d'intérêts individuels.
Ainsi , le seul moyen de maintenir le corps social, quand il a vaincu toutes les résistances extérieures et intérieures, c'estd'y introduire le progrès. Alors, l'action de transformation ne cesse de s'exercer dans toutes les directions. Cest parceque cela n'a pas été encore fait , que, par le passé,
les sociétés les plus vigoureuses ont péri du«jour où elles n'ont plus eu d'ennemis.
Est-il nécessaire de dire, en terminant ces courtes remarques sur les lois de la résistance sociale , que c'est au point de vue de celle-ci, que doivent être établies toutes les institutions d'action ; est-il nécessaire de faire remarquer que l'existence des détails, leur prospérité ménie, d^endent directement de la solidité et de la vigueur du principe d'activité qui est en tête de l'association . Ces institutions ont été engendrées par lui, diles ne vivent que par lui; leur intérêt particulier leur commande donc de tout sacrifiera son salut, s'il est un instant en péril. Les moyens internes de conservation du corps social , sont la discipline et le travail industriel .
La discipline est le fait par lequel Torganisation sociale , ou le mouvement hiérarchique des fonctions, est maintenu, et rendu souple et facile* Elle est représentée par un règlement : le no m moderne de celui-ci est constitution, et charte. Sa vigueur est soutenue soit par la force, soit par le sentiment du devoir, et la foi dans ses sujpérieurs , et quelquefois par tous deux en même temps. Il est près-* qu'inutile de dire que le premier de ces liens est faible lorsqu'il est sail, et qu'il devient presque nul , dès l'instant où le second cesse d'exister ; enfin , qu'il ne noa^que pds d'être brisé ^ si la foi lui devient contraire.
Toujom's la hiérarchie des fonctions est une
PH YSjOLOGIfi SOCIALE . 34?
hiérarchie de capacités et de services. Lorsqu'il n'en est plus ainsi pour l'un des degrés , celui-ci disparaît. C'est ce dernier mouvement, allant en se multipliant et se propageant sur toutes les parties de l'échelle fonctionnelle , qui constitue les périodes critiques qui occupent la fin des âges logiques.
L'industrie est le moyen de conservation des individus qui forment la chair sociale; par suite, la production , et la distribution des produits industriels , ont' été réglementées et faites en vue de VintérA que la société attachait à la conservation des diverses fonctions ; de telle sorte que l'ouvrier, proprement dit , pouvait avoir la .plus petite part dans ce qu'il avait produit.
L'industrie, au point de vue ijocial, n'est qu'une subdivision de Thygiène ou de la science de conserver les hommes. C'est en se plaçant sur ce dernier terrain, qu'on peut comprendre conament il est possible de l'organiser comme fonction , et qu'on peut voir quelle extension ^e doit acquérir pour être complète.
L'industrie envisagée comme science hygiénique , commande un règlement général de salubrité d'oà résulteront les travaux qui ont pour but de modifier le climat et d'assainir le sol ^ d'où résulteront les exercices et les pratiqu/es qui donnent la santé aux individus ; le système des secours mé-
348 ll^TRODUÔTION.
dicaux à distribuer aux maladies ; enfin la loi de population, etc. ; pendant qu'envisagée seulement comme moyen de formation des richesses consommables, elle n'a besoin que d'un règlement général delà distribution ou d'échange , 'et d*un règlement de la production.
La transmission des fonctions, c'est-à-dire des doctnnes et des forces, est le moyen de conservation de la société dans les espaces séculaires.
Cette transmissions'opère par trois moyens : par la génération qui fait l'homme ; par l'éducation qui fait l'homfne social; par l'élection, Finstruction , et te don des forces , qui font l'homme fonctionnel.
La prévoyance sociale s'appUque au faU de la conservation par génération , par l'institution du mariage. Elle est d'ailleurs aidée et poussée à cet établissement par les instincts qui ont été donnés à l'homme et à la femme; savoir: instinct de pater-^, nité et de maternité, instinct jaloux de parens entre eux et à Tégard de leurs enfans , et réciproquement , etc. Lé mariage et la monogamie sont un besoin tellement primitif, et tellement puissant chez l'homme , qu'il suffit de laisser les deux sexes également en liberté, pour qu'ils les pratiquent; et que ce fut une des tendances qui se manifestèrent parles plus énergiques réclamations dans les sociétés passées.
PHYSfOLOOIE SOCIALE. 349
Le mariage est la bèse de la société , car il est Pélëment de sa chair à venir. Aussi , ne peut-on apporter trop de soin dans le règlement des conditions qui lui sont imposées. La force spirituelle et physique des générations futures en dépend en grandç partie.
L'éducation est le moyen de conservation et de transmission spirituelle. C^est par elle qu'on fait durer lé sentiment du butd'activité sociale; c'estpar elle qu'onsoutient et nourrit la yolontéet la vigueur morale des nations. Aussi, son affaiblissement est le- premier signe de la décadence des peuples.
L^éducation ne comprend pas seulement renseignement donné à Penfance, mais encore tous ceux qui peuvent ressortir de Texemple. Ainsi elle se sert des excitations des arts , des récompenses, et des peines, pour inculquer profondément sa pensée , et ressaisir l'être moral par toutes les voies."
L'éducation doit donner aux hommes l'intelligence de leur existence terrestre ; leur apprendre d'où ils viennent, et où ils vont ; de manière à enseigner à chacun le système de ses devoirs , et la théorie de ses actes.
L'éducation est toujours matérialisée socialement par une institution qui en reproduit fidèlcr ment toutes les révolutions.
.Au point de vue de la conservation de l'unité sociale, l'élection ou l'attribution des. fonctions aux individus, suppose toujours rinstruction, et
35ô iirmoDUCTiow.
elle entraîne dvec elle le don dés forces ou des instrumens de travail.
Dans les divers âges de l'humanîtë , l'élection a toujours été établie d'après la mëthode qui paraissait la plus propre à assurer rinstruction. Ainsi , dans un temps , Théritage fut universellement ' considéré comme le meilleur moyen ; dans un autre, ce fut le vote des anciens , des hommes les plus capables déjuger; dans certains fait^, ce fut l'initiation ; dans d'autres , l'examen ou le concours; dans d'autres, encore, c^est le crédit, etc. A cet égard, il y a une tendance que ce n'est pas ici le lieu d'examiner.
L'instruction , en effet , est l'aptitude fonctîonnelle eUe-méme. C'est par elle que se transmet, et se conserve le dépôt des richesses spirituelles de tonte espèce^ jusqu'à celui des procédés mécaniques les plus simples.
Remarquons que Tinstruction diflFère de l'éducation, en ce sens, qu'elle neiait que des individus spéciaux, et nullement des hommes sociaux. Aussi l'instruction n'est point l'occasion d'une tendance générale unitaire ; on n'y cherchera point une seole série, une seule signification: on n'y trouvera que l'accroissement on l'anioindrissement de plusieurs séries de procédés spéciaux qui ki composent. Elle ne donne pas lieu , comme l'édiicatiim , il une tendance unique qui se rapporte au progrès général de l'humanité.
PHYSIOLOGIS SOCIALE. 35 1
L'usage de rinstrument de travail découle ni^ cessairement de rinstrnctton : le don de cette force est donc une suite de Tëlectioa.
L'instrument de travail donne* liq^ à deux or^ dxes de prévoyance: oA\e relative à sa formation, et c@lle relative à &a conaervation.
L'instrument de travail est humain , ou hrirt ; nous donnons ce dernier nom à toute matière vi^^ vante ou non , qui n'est pas homme.
On doit coojsidérer comme instrument hmnain de travail, relativement à une fonction, toute* cd* les dont Tactivité lui Isst subordonnée.
C'est ici que se rapporte encore la question de la population, mais seulement conmie question d'intérêt productif .
Les tendances modificatrices qui se nsanifestent dans la vie de l'humanité à l'occasion des insfan-* mens de travail , sont extrànen^ent curieuses. Ainsi , il fut un temps où des cksses d'hommoes étaient raAgées dans la classe des instrumens bruts. Le moyen de formation de cette dasse était la violence^ etc. D n^est pas moina utile de recherdber les tendances qui se sont manifestées à l'oocasion des instrumens que nous appelons bruts aujourd'hui.
En exposant l'ordre de génération des iQstâ;utions^ sociales de conservation, nous en avons donné la théorie générale; ceUe-ci, en effet, i^ peut jamais être autre chose que le système des
35a INTRODUCTION.
rapports à > Faide desquels on constate comment les détails sortent de Tunitë et j retournetit. En attribuant à cette théorie le nom d'économie politique, nous f ous sonmies attendu à blesser les préjugés admis , et à trouver pour adversaires la plus part de ceux qui font profession de la science qui en porte le nom. Nous aurions pu chercher un mot nouveau pour en habiller notre pensée ; mais nous aurions manqué notre but , qui était d'attirer l'attention en choquant les habitudes inteUectuelles reçues. Nous allons parcourir les titres les plus généraux , parmi ceux isous les quels on traite ordinairement de la richesse sociale , et nous espérons démontrer que nulle part il n'y a solution, sans l'intervention des principes que nous avons exposés. Au reste, si nous avions voulu seulement nous emparer d'un mot qui nous convenait, il nous suffisait de faire observer que le nom d'économie politique^fut créé, et long-temps employé pour désigner l'art politique , la science de l'organisation sociale tout entière; c'est depuis peu d'années seulement qu'on s'en est servi pour désigner la théorie spéciale de la production et de la distribution des richesses industrielles. Mais entrons enmatière#
Il n'y a point de travail sans but; et c'est le but qui détermine la valeur comme la nature de YosiL" vre. Or, l'activité humaine ne peut avoir que l'un des deux objets suivans ; l'individu, ou la société. La valeur nous sera donc donnée par 1-un ou par
PHTSlOt^OGIE SOCIALE. 353
l'autre^ car, ©aire ces deax intérêts, il faut choisir.
A la ixK)iûdre réflexion , il sera évident que le but social est supérieur à celui qu'on voudrait faire émaner de Tindividu. En efîet^ celui-ci n'est homme, que par la société; toutes ses forces, sa vie même, il les doit à la société ; enfin , il passe , ' et l'humanité est immortelle. Ainsi ce sera le but social qui jugera de la valeur des travaux, comme de «elle des travailleurs.
En fait, il en est ainsi. En se mettant dans la voie opposée, on brise avec l'histoire, l'on ment à la face des siècles; on se fait ignorant, au point de dire que l'économie politique est une découverte moderne; comme si, dans toutes les sociétés, il n*y' avait pas eu une théorie des richesses sociales ; on ne peut plus trouver de valeur aux travaux qui ne se mangent pas dans le siècle qui les voit naître; on ne comprend point comment le dévouemeiit est le principe des richesses les plus solides ; on ne sait plus dire pourquoi les efforts militaires ont été à la tête des efforts industriels; le pouvoir éducateur de l'humanité devient un fainéant, etc. Enfin on n'est pas en état d'esquisser une seule série historique exacte.
Au point de vue du but social, au contraire, toutes les définitions sont rigoureuses et faciles : de là , nous pouvons dire que tout acte a pour fin une conservation; que la conservation doit être envisagée sous deux aspects principaux, comme
354 INTRODUCTKKV
sociale , et oomme mdirîdudle; que oeile derni^ s^opère par rindustiîe; que la richesse est là kase de la sécurité , et que par suite elle est principale^ ment intellectuelle; que la yaleur des hommes doit être comptée en raison de leur utilité en face dé Fintérét social; que le salaire industriel doit être en raison de Fintérét que la société porte à la cc^-^ serration des individus, etc.
Il nous est même facile d^expliquer pourqùQleâs économistes modernes ont fait erreur sur totftes ces questions. Ils ont choisi pom* juge de la valeur^ le besoin individuel. A cs^ase de cela, ils ont enfermé leur vue dans Tétendue qu'occupe en durée^ en variété, la vie d'un homme ; ils n'ont trouvé, et ne devaient trouver que Fégoïsme ;. ils en ont fait la théorie, car ils ne pouvaient apercevoir dans cef petit espace, le vaste mouvement moral qui pousse l'humanité dans les siècles, et roule les révolutions. Ils ont calculé les chances des égoïsmes en. contact : en un mot, ils ont engendré une statis*tique de notre temps, et se sont efforcés d'en.iaire une vérité.
n est résulté de là un mal grave. Lorsque la science est vraie , elle est morale; parce qtie la leur était fausse, elle a été odieuse et nuisible. Il n'j a pas une douleur dont on soufire et dont on meurt, pas une dureté de cœur qu'ils n'aient autorisées et justifiées. Quelques-uns cependant ont reculé de^ vaut la logique de leurs principes; mais leur pro-
PHYSIOLOGIE SOaALE. ,355
bitfé le^ a rett<lufi ÎHCôhsëquens j et aussi les savans aWt pas tenu cefla|)te de ce €pâ devait leilr parm^re «ne ^treut*.
flfautteiBdr<]uôr> au reâte^ que Ten^oi du but s^ibl , QOiçnie criterfum^e la yalem^ du triei- Y€iîl^ est in^ûimeut pltis favorable ato individus , ffste llntërét particulier intoqué par les ëcon^lmsles du jom^ { une seii^ réflexion toffîra pour le iprouvér : au ^oiiït de vue social ^ on est contraint aujourdliui dé procëdel^ du principe de VsLVàêiora^n du sort des classes pauvres ; au péitA de vue isdiviâ«di> on procède de cet auti^ : Laissez faire ùohacmi^ qui:peut se traduire par ces «titres iiiôts: Une fùuê pim^^kangèr lei hasiwds -qm sont eh ptâsSéùrêBe^
€'est<auosi par dëdlûctiondu principe social, ^œ doit être étaUie la division du travail. SocanÛBéiMS, 'en «ffet.
UestiiBpositble, d'abord, en toutes choses , de ^liviserle travail autreaient (|ue du point de vde du but qu'on se propose 4'«^ii^dre ; c'est toujours l'œbvrequ^tl s'agit de prodteire^ <jpjii sert deijnthéie pour débenmner la fHiture, l'étendue^ et l'orck*e des opérations de détail dont elle doit étte le rétolbit.
Cfc*, tout en admettantla videiJu^abs^edeoe pt^iucipe, il sémblelrait, au premier coup d'œil, que k division du travail pourrait b'étaUir agrément que «onkme conclusion du luit commun d'activité, et
Butfement(pi'àtitredeprocëdëopëratoiredePœuyre 7)ociale; il semblerait qu'elle pourrait se former successivement dans chaque spécialité, au fur et mesure •queceUes-ci viendraient prendre place dans Tactivité collective. Dans cette opinion, on admettrait que diaque besoin particulier vient, à son tour, appeller la production qui lui est appropriée, etdonner ainsi une synthèse pour diviser les travaux qui sont nécessaires pour lui donner satisfaction . Mais il'est facile, avec un peu de réflexion, de s'assurer que rien de pareil ne peut avoir lieu , lorsqu'il y a société. En eflFet, si on examine conuncnt un collectisme commence , on voit se constituer , en premier, le but d'activité qui le fait être; si l'on examine un collectisme qui dure déjà depuis un certain temps , on ne trouve plus qu'un mouvement qui se continue d'après certaines lois, et où il n'est pas un besoin particulier qui ne soit compris et mené ; il ne sera pas même possible de découvrir la place où naettre une nouvelle spécialité de travaux , à moins qu'elle ne soit contenue en germe dans le but social lui-même; en sorte qu'on ne fera alors que deviner les activités qui devront un jour en sortir.
A ces raisonnemens, on objectera un fait ; c'està-dire, l'exemple de ce qui se passe aujourd'hui. En effet , le travail paraît très divisé , et l'on ne voit pas le principe général qui a présidé à cette division. Nous pourrions faire remarquer d'abord que
PHYSIOLOGIE SOCIALE. So^
cette division est loin d'être parfaite ; loin d'être même, en beaucoup de choses/ ce qu'elle fut dans d'autres temps. Mais , il y a une réponse directe à cette apparente objection. Notr^ époque succède à celle du moyen âge , le principe de la division du travail qui régnait alors a disparu; mais, les conséquences restent , et sont destinées à vivre encore longrtemps. La découverte de la poudre à canon , celle de l'Amérique , celle de l'imprimerie, etc., les prc^rès physiques, chimiques, etc.; toutes ces. découvertes qui n'ont que quelques' siècles , et sont considérées généralement comme d'heureux ha-* sards, ne constituent pas des spécialités de travaux en dehors du principe social chrétien qui régnait au moyen âge; spirituellement , dles en -découlent directement.
Une société , en effet , ne pourrait admettre un travail qui ne serait point en rapport avec son but final, c'est-à-dire virtuellement contenu dans sa^^ doetrine d'activité; quelle que sôit la spécialité que l'on veuille choisir pour exemple, elle donnera toujours lieu à l'une des deux remarques suivantes : ou elle est utile , ou elle est superflue ; or , eUe. sera l'un ou l'autre ,, en raison de ce qu'elle entrera comme partie dans l'œuvre sociale , ou qu'elle restera en dehors.
En résumé,; il n'y a que deux modes imagina*- > ble^ possibles pour l'établissement de la division du travail ; l'un à priori , l'autre à posteriori.
358 twtBouecrwm
Dans le premier, od proeède de haut eo bas , an bol gmér^ acu| spétiaXàésj éa, coQectîsiiie am in- ^▼idn». De cette manière, rioi de cq ^pi est néceasaife i YqeuYrê n'est ed^ië; eLTonit^ seretrauye parloHt.
DaoÊê le second, c^iaque besoin Tiendra^ séparément demander satisfaction, et domier lieq à un trarail qoi Im correspondrait dmctemert. AiM, dobesontd'un abri, sedédniraitreffi>rtpour ecmstraire nne maifon, etc. Biais Fcsdsteiioe de ee mode, est pnreinent bjpofhétiqne; non» n'en eonmttssenâ point d'exen^es/Pènt-élre pourraiton en rencontrer seulement dans la i4e êe quelques peufJades saunages.
I/échange est une.eonséqiience cfii^ecte de la dl* vision du travail; et le salaire en est le mojen et le signe* 11 est c^nc impossiUe que le principe social, régulateur ^es travaux, et de leur valeur, ne^ s'y manifeste pas.
Çn effet, ^ révolutions qui se font Ams les signes du sdairctpu de Fécbaiige, ne sont que èes^ reflets des révolutions spirituelles générales. Ainsi il est fisicile de rçmar^ier comment ^invention de la monnaie a mis tout homme en élat d^acquérir , jusqu^à un certoia point, un pédule repr^ntatif de ses propres efforts , ou au moins de leur* excès; or cÀ était impossible dîEins Forgankafîon sociale on le salaire émanait directement da la fonction , où existait le mode d'échanger le produit contre le
FUYaiOtOGIS « SOefALE . ^^9
{produit ^ il est euûowe ladle àq rotr comment une DfiuydUe tendance se montré dans cet ordre de faits : par rin^èntion de nouveauK ^ignes^ la valeur mocale, et inteileôtueUe, tend, elle-mésK^^ à devenir «tennaie,
Oestpar Tecliai^ que se balancent, et s'utilisenit, les produotions de diverses natures; et eela même a fait c^re qu'Aline sociëtë n'était qu^une ins« titiïtion d'échanges. Aussi, en réalité, c'est au centre de rechange ^e se trouve le ;réglement de la productum , et de âa distrânition , lorsqu'il j en a THi; et c'-est aUssi ià où se manifeste le plus matériellement, et le plus immédiatement, pour les individus, la nature, etla tendance du but collectif.
il nous r^ste à parler cPune troisième et dernière question économique , celle où peut-être on commet le pkis d'erreurs, psorcequ^on s'est obstiné àir^JlAidier seidçment du point de vue du droit individuel , ou des passk>ns égcHsIes , et non du point de vue social^ qui, cependatit, la gouverne aussi positiv^nent, que toutes c^les que" nous venons d'examiner. Nous voulons parler de pe qui est relatif à là formation , la^ conservation , l'ptccrotsse* ment, et la distribution des instrumens de travail.
On ajpqpeUe de ce nom, et attàsi de* celui décapitai, {toutes les ÉMrces quele producteur trouve prêtes à servir} ces forces sont spirituelles , animées, vivantes, préparées, naturellos, ou brutes. Farmi ces instnunens de domination sm* le monde
36o . IHTRODUCTIOH
extérieur, les plus puisâaxis jsaoBt, sans contredit^ les produits inteUectuels et moraux. En ^et, on possède de nombreux exanples de destructions complètes de toutes les autres xidiesses , après lesquelles il ne restait aux hommes qu^un développe^ ment intellectuel de plus; ce^krnier seul a toujours suffi pour engendrer , en moins de temps ^ plus de matière , travaillée, qu'il n'en avait existé dans l'époque industrielle précédente. Cette classe d'instrumens supérieurs, forme ce <jue nos modernes appellent les richesses immatérielles. Mais ayant l'œil fermé sw tout ce qui est interventi w> soqiale, ou collectisme, et ouvert ^seuleaient à l'observation des individualités et des. détâUs, ces économistes n'oi^t point aperçu l'ajialogie existante entre cette espèce d'instrumens, et ceux qu'ils nomment matériels. Us n'ont donc. dû tirer de<:ette analogie aucune conclusion ,. soit quant à la définition des limites de la propriété individuelle , soit qu^nt à la transmission du capital destiné à servir de moyen de production , etc. Tous Jes enseignem^ns historiques qui sont si nombreux, et sj dairs dans ces questions , sont restés clos pour eux.
La nécessité de l'intervention sociale , pour l'accroissement,^ et . la CjDijpervation des richesses intellectuelles, est chose évidente , au point qu'il est inutile de chercher à la prouver. Nos économistes ont vu qu'aujourd'hui il n'y avait rien.de semblable; ils ont trouvé bien ce qui existant aujourd'hui.
PHTSIOLOGIË SOGIAL£ . % I
Les iûstrumens du matëriei du travail so^nt de deux espèces : les uns sdnt les agens intelligebs , les homnies^ les autres sont des moyens vivants , ou bruts ; des hommes ont fait , et font encore partie de ces derniers. Il s'agit , dans Fintërèt de conservation , de les préparer, de les conserver , et de les accroître. Or^ si, dans ces intérêts, la pêlisëe et la prévoyance sociales sont mises de coté pour laisser faire à Tindividu, ilarriveraque.diacun d'eux* sera satisfait le moins possiHe, etqudqoefois pas du tout; en effet, la préparation sera faite ûU liasard, et de la manière la mdinâ intelligente possible ; la conservation sera contrariée par les calculs de Fégoïsme ; il en sera de même de Faocrbissement ; car^ tout acte de conservation , et d'accroissement est un don gratuit fait aux générations qui viendront après nous, un sacrifice de nos jouissances personnelles fait au bien être de nos sûocesseurs; et l'individualisme en est incapable, puisque son élément est le moi , et son but , encore le moi. Heureusement, pour ces intérêts, que jusqu'à ce jour , aux époques où la prévoyance sociale en a été chassée , Tégoïsme de famille , les sentimens de chaque père pour chaque enfant , ont entretenu quelque étincelle de ce sacrifice nécessaire qui diminue le présent en faveur de l'avenir.
On pourra s'assurer de la vérité denosréflexions, en examinant chaque instrument de travail en particulier. En effet , s'agi£-il des agens intelligens , il
ftwt Iwr 4omwr h pkw b^wt degré d'q^itade possil4e par uftB in«trupt4o» «péçiaje; il faut lea cc^r , s^r^er le pUiti loog-temp^ possîtie, p9ruaie ppatâr qae bien e»tmi4ue de Thygiène ; ^t, noua PayoM déjà dit , èou3 enteodons p^r hygiÔM k tsyslêcaè entier de cpaa^yatioa de Kodividu, Jh^^ cm qneatiou3 , nos écoiiomi3(e9 ont nus le ^ard kh pWîe de la prévoyance; et , c'eat pour cda «çilU ont été foroé$ de raisonner sur de« homnw»^ comme on calcule à Tégard des dboses hrutea ^ di* sant que lorsque le bavard amène tn^ d'ouvrier» swle marché, leur valeur baî$»e, et par suite leur salaire; c'eat pour cela qu'ik ont cru que U pojndation était trop consic^able, et qu'ils ont conseillé la suppression de tous soins hygiéniqi^ea pour les pauvres , afin que la mis^e en tuât W nombre; que tous hs massacres d'hcurnsoes leur oAt paru dîose utik 1 etc. •
Eu se plaçant sur le terrain d'une tj^ance so^ ^fii^y ce mode de raîsolîuçr fait horreur ; on voit aloï^ que le mal e^cistant est une impul^ipu à mi effort progretof , et qu'il a cette conséquence, préçî^mdnt, paroe qu'il ei5t un mal ^ans justificatit>n^ produit d'une mauvaise orçam$a;^i>n politique. Au point de vue d'une prévoyance collective, tou* tes les questions d'ailleurs changent d'aspect ; il ne s'agit plus de savoir comment de? ouvriers rendus inutiles par leur nombre , meurent par la Aiblesse de leurs salaires; îl s'agit de fiure en sorte
PHraioxx>GiA aociALs. 3^
qu'il il'y ait pat d^omme^ mutilée ; il ne s^agit pas. d0 çQiaBfiter a«irla faim, la pe^te, la guerre, la prosti-* tiili0o,poiirdiniiiiierIa'populatioii}ilne s'a^tpas de justifier lemal : on examinera etonëtudiepacomr» mesit le glpbe peut nourrir une population vingt îfm plut nonbreuae que œlle qu'il possède; com^ m€»t la cultiivrè morale des honmaes bcK'ne la fSéeouf* dite du mariage; on Tcnra que cette <niitare spiritueUe esl: une ofmdftion de stinuilatiop , nécessaire à une bonne dÎTision du traipFail; plus, en effet, le traiwl apppréche de sa perfeetion, et, par oonsîé*quent, la diTi^icm arrrre è son derniev terme, plus chaque profesaioii est fastidieuse et court risque dMtre exeroé& sans ssâle, et sans vigueur. De lli, la nécessité d'un attrait moral qui donne au travail le caractère d'un mérite, le pkisîr d'i^ne bonûe arstion } lévrier a besoin ^'avoir connaissance dé FRUsemble dâ Fomvre , pou|* sfiToir de quelle importance est la siennei et se inelever à ses propres yeux, et s'exciter par la vue de la gi^aivie opéra* tion é/wt il est un des moteurs* En^n, §'agit41 de CQnaervation individudlè? Ce soin pan^a d^abord un devc^ social sur lequel la discussion n'est poji»! p^nniâe; et, déplus, tin intérêt industriel: eo: i^ffft, rien ne perfectionne i|n hoinme^ dans um profession, comnae le long exercice; diaque anné^ passée dans le travail, ajoujle à son babils première ; en sorte que plus 1^ vie d^un ouvrier est longue , plus cette vie est productive. D'ailleurs,
lors(|ue cette Vie eàt abr^ée, la société jperd énormément par le temps qu'elle est obligée de dépenser pour Féducation , et rinstruetion de nouveaux ouvriers.
Nous terminerons ici cet examen critique du prétendu sjstème économique actueUement adopté; BOUS croyons avoir suffisamment indiqué comment il ne constituait en son entier quW moment de la vie économiquede l'humanité. Nous ne dirons plus que quelques mots sur la. cause qui a fait que tant d'hommes éminens sont tomb^ dans des erreurs aussi graves , et aussi répugnantes, que quelquesunes de celles dont nous avons parlé.
Tous ces honune» furent élèves de l'école crititique du dix-huitième siècle; ils procédèrent à posteriori j c'est-à-dire par Fobservation. Celle-ci ne pouvait leur montra autre chose que ce qui existait de leur f anps ; ils y virent donc un état particulièrement industriel, particulièrement individualiste, et des existences actives, dont le tien détruit depuis plus de trois siècles, avait com{^^ traient disparu. Tout était égoïsmeet hasard dans le mouvaient qu'ils étudiaient. En conséquence, lorsqu'ils réduisirent en théorie ce qu'ils voyaient, . ceilehci œ put qu'être un reflet fidèle une statistique raisonnée de tous les vices , de toutes le» contradictions qu'offrait la société. Ainsi ces hommes se trompèrent, non par vice de cœur, mais par vice de méthode.
PHTâlOLOGIE SOCIALE. 365
ti nous reste à nous oûcuper du mouvement qui constitue la politique d'un âge logique.
Du jour où il y a révélation d'une doctrine sociale nouvelle, l'œuvre commence. Ce sont d'abord quelques disciples qui viennent convertir la société à leur foi , en la prenant homme à homme* Leur unique puissance, est la manifestation de la conviction qui les anime; entrant dans un monde qui leur est hostile de toutes parts , ils ne peuvent lui résister que pax le martyr, et le changer, et 1 amener à eux, qu'en lui apportant la pensée d'immenses bienfaits. Cependant, dans le sein de ces disciples, le besoin d'une action, d'un mouvement d'ensemble, enseigne une discipline ; la différence des œuvres à opérer simultanément, commande une première division du travail, une première hiérarchie, que justifie, et aide d'ailleurs, la différence des aptitudes. Quelles sont les œuvres principales à opérer simultanément? La direction, la prédication ,j le raisonnement, enfin la vie matérielle. Toutes ces exigences de leur position exceptionnelle, reçoivent une satisfaction, non pas au bout de quelques jours , . mais après quelques années , et souvent seulement après quelques générations écoulées. L'unité de direction s'établit, mais ce n'est pas toujours sans contra-
366 iNTRODi^nraoïf
diction ; c'est d'elle cependant que dépend Punité de prédication, et de raisonnement. Il y a Jes.hérësies, desschism.es, qui se manifestent sous toutes ' ces formes, et par lesquels s'elaborè d'abond le dogme , puis ensuite sa représentation comme institution spirituelle.
La doctrine nouvelle, après ne s'être long-teitips soutenue que par la conversion et le maitjr,*a€^ quiert une force de résistance matérielle dès l'inst^nl où elle s'est fait un peujde «uffisamment nom^ breux; alors, sa puissance de conservation fi'accaroit du pouvoir de conquérir et d^ s'imposa matérMlement. Cest le moment d'une seconde période de croissance. Dans cette œuvre d'action pkjsiquè, les mânes besmns de division du tiravail tpe nous avons vu plus haut, se reproduisent ; il faut diréétaon , hiérarchie , .discipline : on satisfait k ces exigences par des moyens qui varient^ en raison de la position de Page logique, dans la duréede la vie progressive de l'humanité.
Cq)endant les honmies d'action ne î^\ept trop' accorder aux représentans de la doctrine ^irituelle qui fes fit naître ; ib leur sont dévoués jill^ qu'à la mort. D'un autre coté , les r^résentans âe la pensée sociale j ne savent non plus trop faille pour leurs défenseurs et leurs soutiens ^ jusqu'à fermer les jeux sur l^ conservation des habitudeis^ des prétentions, et de^ usages^ qu'ils tenaient de la civilisation précédente.
PHYSIOLOGIE Sa€UL£. 867
A cette époque I ek peûdant sa durée, les hommes de Feâprit, dont tou» les efforts avaient été dirigés ubiqujeineilt dans le but de se faire tm peu:pie, et qui, par suite, avtâetit accepté diàtmii^ tel qu^it était dans sa yie matérielle^ pourvu qu'il reçût la pensée générale qui les aâimait^ ces hommes de l'esprit commencent à déduire de leur croyance les détails dont elle est pleine, et essèjrent de lei af)^liquer k ht sociétéi De ces conséquencea, les unes sont nouvelles, ou entièrement dn dèmaîm spirituel ; elles s'étâJ>lîssént facilement ; les autres sont en contradiction avec Tâal social ancien , et sont pour le changer ; celles-ci éprouvent de la ré* sîstance t de là des luttes partielles de l'unité coii-^ tre lés individus, luttes dans lesqudQes l'esprit l'emporte en général pai^ la puissance mêÈoe de la foi, luîtes dont il peut aussi résuhar des schismes. Mais le prêtre commence à* regretter d'avoir trop donné au moment où il accepta des soutiens matériels; et aussi l'homme d'action cdmmeface à craindre pour lui , et reçoit ainsi les prenûéres at^ teintes de l'égoïsme.
Pendant que la vie intérieure de cette société nouvelle est ainsi occupée de créations nouvelles, et de disputes modificatriceé et amélioratives j la sécurité se produit successivement tant par l'extension de la conque Ipiritudle, que pat l'aggrandissement des âémens de conservation matérielle.
Il est impossible que les deux agen$ de conservation n^attribuent pas ce cabne extérieur ^ cette aisance sociale, à eux-mêmes. Ils ont l'histoire ou la tradition de leurs efforts , ils j voient l'avantage et les raisons de leur système hiérarchique. Leur volonté de conservation tourne alors sur ^ix-mémes ; elle s'applique à maintenir l'oi^anisation qui les régit. Dès ce moment, la société politique s'immobilise; un changement, dit-on, serait une faute, un mal, un crime.
Cependant , pour les hommes ,• vivre c'est toujours agir. La sécurité extérieure, engendre une activité intérieure énorme. Ce n'est pas seulement l'esprit qui travaille partout, et remue, et fermente dans toutes les parties du système social qui, jusqu'à ce jour , n'avaient été que des instrumens matériels , obéissans ; ce sont les spécialités nouvelles que la doctrine a créées, qui se peuplent, grandissent, et acquièrent de Timportance. Tous les germes déposés , pendant la période précédente, dans le champ social , se développent , jettent des branches , sortent de terre , et préparent des frtnits imprévus. Pour satisfaire aux besoins de nouveauté qui vont naître , il faudrait que l'organisation sociale ne vécût point des traditions de son premier jour, et s'ouvrît en quelque sorte pour les comprendre ; mais, il n'en a pas encore été ainsi: elle pèse sur cette végétation dont elle est le premier auteur ; elle pèsera sur elle, tant qu'elle ne sera pas
PHTSIOLOGIA SOGULE. 369
assez^forte pour le soulever , elle jeter de côté.
D'un autre côté, et c'est une conséquence même de l'organisation humaine , qui ne peut qu'être dévouée , ou égoïste , qui ne peut que veiller ou dormir, les hommes ont fait, de ce qui ne fut que leur fonction , une propriété, un moi ; ils sont devenus exigeants, susceptibles; ils ont pris ce qui fut leur devoir, pour un droit. Qu'arrivera -t-il dans un tel état des esprits ?
Les divers élémens de la hiérarchie seront, atta-^ qués successivement, et renversés avec une vîtesse qui sera en raison mémede leur d^é de puissance, en raisonde leurforcederésistanceauxbesoins nouveaux, en raison , enfin, del'opposîtion qu'ils (diront aux égoïsmes qui leur ont été subordonnés par l'organisation ancienne ; c^est-à-dire dans l'ordre inverse de leur institution. Au début de ce mour vement, finit la période organique , et commence l'époque critique.
Le mouvement critique ou désorganisateur , se manifestera donc par la résistance d'abord , puis par l'insurrection de quelqu^un des élémens situés au premier rang des pouvoirs conservateurs.
Cependant, jamais, si la foi était encore entière, jamais il ne se trouverait un homme qui osât pensera s'élever contre une supériorité qu'il a étéélevé à révérer , et à craindre , comme représentant , sur terre , Dieu lui-même. Quelque grand même que fût son égoïsme , celui-ci lui conseillerait le
$yo iNTRooucrtoif.
sacrifice de son bien-être terrestre, dans l'éspëranee de celui qui Pattend dans la vie éternelle. Mais il y a deux espèces de foi , celle dans les hommes , et celle dans la doctrine : la première peut être af- £iiblie à des conditions qui sont en partie matérielles, et dont la production n'est pas très difficile; la seconde ne peut être atteinte qu'à la suite d'évènemens spirituels très compliqués. Le doute attaquera donc d'abord les hommes ; il ne tiendra mJettre en oubli la doctrine que long-temps après.
Le doute , à l'égard du pouvoir souverain , est engendré par deux causes : l'une est l'extension des lumières ; l'autre est le mal que cause l'immobilisation de l'oi^anisation conservatrice. L'accroissement des lumières consiste tout entier dans une connaissance plus générale du dogme , qui se répand jusque dans la classe des hommes particulièrement destinés aux oeuvres d'action matérielle. La sécurité qui s'est établie sur la fin de la seconde période , leur lais^ le temps de se livrer à cette culture intellectuelle; et ils y sont excités d'ailleurs par les premières atteintes de l'intérêt personnel , qui les pousse à diercher en vet*tu de quel ^oit leurs supérieurs leur imposent tel ou tel gem^é de sacrifice. Or , du moment où l'on discutera ses de-^ voirs^ l'obéissance sera â)raiilée , et bientôt remplacée par la révolte.
Le mal que cause l'immobilisation de l'organisation conservatrice, consisté tout entier en ce que
Pon ne peut , ai ne veut donner la plaoe qu'elles mërîtent, et demandent, aux activités nouyelles <2ue la pensée dogmatique a engendrées en dernier, et qui sont devenues plus puissantes , de jour en jour , au point de former un peuple , depuis que la société s'est trouvée assez forte pour vivre principalement de sa vie intérieure. Ce mal peut se propager par sympathie, jusque dans les classes cjpi ne sou&ent pas, mais à condition, cependant, que déjà elles doutent de la perfection de Farrangement social. Or , les seules qui soient dans cette position d'esprit qui perm^ Fiatrpduction du sen* timent imitate^r , les seules , sont les supériorités de Forganisation conservatrice, soit dans Tordre spirituel , soit daps Tordre matériel.
Ainsi , inévitablement , c'est le pouvoir secondaire dans Pordrede la biérarchiepr imitive qui se révolte f il a pour appui la conjuration de tous les intérêts égoïstes semblables au sien ^ et la force des besoins nouveaux qu'il promet de satisfaire. Il l'emportera donc dans la lutte qu'il engage. La victoire lui donnera la souveraineté. Alors commenGq:*a la période des gouvernemens temporels. Bien des accidens partiels varient Faspect de cette grande révolution. La société peut être rompue en plusieurs nations , elle peut jeter autour d'elle , sous divers chefs , et pour divers buts , des fragmens qui deviendront des peuples , etc.*^ ensuite, bien des accidens viendront troubler j dès
374 INTRODUCnOIC.
miéres périodes, tous les eflPorts sont dirig& vers la conservation et l'extension de la doctrine; e^esl même, pendant ces périodes , que les masses sont enseignées , et apprennent quels bienfaits ^es ont droit d'attendre, et inventent les nouvelles formes et les nouvelles richesses. Ce n^est donc que dans les périodes secondaires, que nous allons parcourir^ que le travail de r&disation s'c^re. Nous yo jona d^ailleors, ici , la manifestation de la loi morale imposée à lliumanité, loi qui veut que le bienfait ne soit obtenu que s'il est conquis; c'estrà-dire tompris ou mérité. A cette condition seule, eki effet, il peut être utile.
Les troubles qui agitent la vie des nations constituées au point de vue de la conservation tempôr rdle , sont en effet purement civik , et puretneHI industriels. Ce sont des besoins de détails qui poussent rînaurrection , et qui n^ont de ccmimun entre eux que le but même de leur ho^ilité. Conmie ils ne peuvent se donner i^ace qu'en changeant le mode d'élection du pouvoir ; qu'en mettant à leur discrétion la force qui en est indépendante; en un mot, qu'en se faisant souverains, ils invoquent celte liberté matérielle , dont le nom est c(mnne le ca^ ehet du dernier terme des époques critiques. Lorfequ'enfin ils ont triomphé , tout ce qui était au coni* bat reste en place , libre en ce sens , qu'il n'est gén^ que par la résistance de ses voisins^ et qu'il se meut suivant sa force. Lasèciété est un. rftmas de forces^
PHYSIOLOGIE SOCIALE. ^"jS
spéciales, ouindividualisëes, qui roulent mues par les seules lois de leur contact réciproque. Alors les sentimens s^ëpuisent , et se perdent ; la seule œuvre de conservation qui reste, n'est bientôt plus que celle qui a pour but la vie deTindividu. Nous n'irons pas plus loin dans la description d'une dégradation dont nous avons déjà une fois, au commencemei^t de cet ouvrage, présenté le triste tableau. Les événemens de conservation qui la caractérisent , n'offrent d'aillSurs rien qui soit d'un usage ^ientifique.
376 iriTRODUcrroif