‹ Introduction à la science de l'histoire, ou, Science du développement de l'humanitéChapitre 8 sur 35 · J82 INTRODUCTION · texte numérisé non relu

J82 INTRODUCTION

grès successifs de Fesprit humain. «Les phéfitomènes de la nature soumis à des lois constantes , disait-il, sont renfermés dans ua cercle de révolutions toujours les mêmes. Tout renaît, tout péyit, et -dans ces générations successives, par lesquelles les végétaux et les animaux se reproduisent , le temps ne fait que ran^ner à chaque instant rimage de ce qu'il a fait dî^araiîtr<B. La succession des hommes, au contraire, ofire, de siècle en siècle , un spectacle toujours varié. Tous les âges sont enchaînés par une suite ée causes et dWets, qui lient l'état préseï:^ du monde àtou)S ceux qui l'ont précédé. Les signes multîpUés du langage et de l'écriture , en donnant au:^ hommes le moyen de s'assurer la possession 46 laurs idéesi, et de les communiquer aux autres , ont fonané un trésor commun ^ quWe gâsératioQ transiœt à l'autre , ainsi qu'un héritage , toujourjs o^pm^Mé des découvertes de chaque siècle ; et le genre hjamain, considéré depuis son origine ^ paraît, auK jeux d'un philosophe,, un tout immense , qwi luimême a, comme chaque individu, son enfemc^e et ses progrès.

La marche des hommes icst pa^rtout la méms^ mais d'une vitesse inégale, en sorte qu'aujoUrd^hui même, la surface du globe nous présente en quoique sorte sous un seul coup d'œil, les mpnumiens^ les vestiges de tous les pas de l'esprit humain , l'image de tous les degrés par lesquels il a passé ,

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l%Î9toire de tous les âges. Ce motiremetit ne sV perçoît jafiiais plus que dans les rérdulioiis qni ekangent 1er nations ; ainsi qoe les tempêtes qui ont agîtes flots de la mer , les iMUx instables des rë^olutiotis disparaissent : le bien reste, et Fku^ nàanifcë se perfectionne.

Sans doute, bien des erreurs, bien des superstitions et des^aremens monstrueux ont marqué les premiers pas de rhimiaaité. MiUBs ^ dans eette prog)?essioà lente d'opinions , et d^erreurs qui se chassent le» uAesiles autres , il semble roir ^^ premières £euîlle8,:oesienyeloppcsqu6k> nature a données à la tige naissante des plantes , sortir ayant eBesr de kf terré., se flârir suecej^vement S ta naissance d'antres enreloppes , jusqu'à ce qu^enfih cette tige paraisse et se couronne de fleurs et de fruits, isnage tardirede la vérité. )v

Turgot cherche la preufve de ces idées généra, kâ^ dans» unr «ipositio» historique, don^ il suffira ici d'extraire k réflexion qui marquele plus combien ce phUosc^be était étranger aux préjugés du dixhuitiême siède. Aw sein de k prétendue barbarie dumojen âge, dit-fl, il s'est £»t devrais', d'îmnoeoses. progrès. C'est sous cetîfe terre sr rude en tt>^noence que se sont développées les racines de k ridbe moisson qm ks derniers sièeks ont recneilKe et (tont nous jouissons;

BaiH un plan d^histotre universeUe , écrit de fnranier jet ,^ et que Turgot voulait faire en oppo-

84 INTRODUCnON

sîtion à celle^ de Bo3suet, il devient plus précis encore que. dans les discours que nous venons de faire connaître. Quelques parties de ce teavail ont même, ainsi que nous allons le voir, ëvidenmient servi presque textuellement à Saint - Simon et à Auguste Comte , dont nous allons parler toût-à-* rheure.

Il établit d^abord que. l'histoire embrasse la considération des progrès successifs du genre humain, et le détail des causes qui y ont contribué; il débute par un discours sur le progrès du gouvernenient et de la morale , où npus recueillons les généralités suivantes :

Il cherche des exemples de Tétat des associations primitives , dans les peuplades sauvages actuellement existantes. Les peuples ont été successivement chasseurs , puis pasteurs , puis enfin , agriculteurs. La supériorité de courage, de raison, et de force créa les chefs. La guerre engendra Tesclavage.

. L'oisiveté de certaines classes favorisa les progrès de l'esprit. — L'inégalité de forces physiques engendra l'esclavage et la prostitution des femmes ; mais au milieu de tous les maux, de toutes les mauvaises passions , . et même à leur aide, les sociétés s'avancèrent , guidées par la providence , vers un état meilleur. Lorsque j'examine l'histoire générale des peuples , et leurs mouvemens , « je crois voir , dit-il , une armée inunease dont un vaste génie

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dirige tous les mouvemens. A là Tue des signaux Tnilitaîres ^ au bruit tumidtuetix des trompettes et des tambouite^ les escadrons entiers s'ëbrahlent, les chevaux xnâoie sont renïpliâ dW feu qui n'a aucun but ; chaque partie fait sa route à travers les obstacles s^ns t;onnaître ce qui peut en résulter. Le chef seul voit FeAFet de tant de marches combinées ; le chef seul, Dieu, sait le but.» Celte image représente exactement Peffet produit sur le lecteur par la peinture historique que Turgotébaudiedans son premier discours .

Bans son second discours', il cherche à déterminer les progrès de l'esprit humain , ou , en d'autres termes,' des théorie des sciences, et des beauxarts. "Voici ce que nous y remarquons particulièrem!ent. Nous diangeons seulement l'ordre dans le«quelles idées sont présentées.

I . Toutes les fois qu'il s'agit de trouver la cause d'un effets ce n'est que par voie d'hypothèse qu'on peut y parvenir. On ne peut vérifier une hypothèse, qu'en dévoloppant ses conséquences, et en les comparant aux faits. Si tous les faits qu'oa produit, en conséquence de Thypothèse , se retrouvent dans la nature, précisément tels que l'hypothèse doit les faire attendre, cette conformité qui ne peut être l'eflFet du hazard , en devient la vérifi-^ cation, delaméme manière qu'onreconnaîtlécachet qui a formé une empreinte en voyant que tous les. traits de celle-ci s'insèrent dans ceux du. cachet.

86 iNq^omicficm

« Avant de connaître k liaison des eflSets phy-^ siques ^»lre eux , il n'y eut rien de plus nfttijrel que de supposer qu'ils étaient produits par d©9 êtres întelllgens, invisibles, et senJJlgMes à nous ; car à quoi auraîent-îls ressemble? Tout ce qui arrivait saîis que les bommés y eus'sen* part , eut son Dieu , auquel la craîntQ et f espérance fit bientôt rendre un culte, et ce culte jfut encore imaginé d'après les égards qu*on pouvait avoir pour- les hommes pùissans. *> Cest Tépoque qu'Auguste Comte (i) appelle époque de la naétbode théologîque. . \

« Quand les philosophes eurent recxmnu l'absurdité de ces fables, ils imaginèrent d'-qjKpliquer les causes des phénomènes par des- expressions abstraites, comme essences^^t facultés; expressions qui cependant n'exjdiquaient rien , et dont On raisonnait comme si eJies eussent été des êtres; l'on multiplia les facultés pour rendre raison de chaque effet >» . C'est l'époque 'qu'Auguste Comte appela cdle de la méthode métaphysique, nom que Turgot lui donne aussi dans un autre endroit de son ouvrage.

« Ce ne fut qne bien tard, en observant l'action mécanique que les corps ont les uns sur les autres^ ' qu'on tira de cette mécanique d'autres hypothèses

(1) Cours de politique positive ; Catéchisme des iodus^^ triels , deuxième cahier»

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que les m&tii^attque& purent développer, et Fexpërience vérifier » . C*ésit là ce qu'Auguste Comte Boaune méthode positirre. Il nous paraît évident que ces phrases de Turgot contiennent l'idée que Fâève de Saînt-Simon a développée : Seulement il Fa transportée à la science politique comme à toute aiitpe, offi^ant les laaathématiques comme méthode générale de raififMinement, Turgot encore avait indiqué t^ D3age ; car dans ce même discours , il dasseFhistoîre parmi les sciences physiques. Voici maînctenant comment il décrit la révolution scientifique par laquelle on sortit de l'époque métaphysique p<>ur enjtrer danscell^ des tliéories mécaniqaes. > *

%\ « B^xeen fut, le premier qui sentit îa nécessité de ratiftener à Fexamen de Forrgine des idées prétendues abstraites. A sa suite, Galilée et Kepler jeticint par leurs observations tes vrais fondemens de la philosophie. M^ ce fut D£scAirr£s qui , plus hardi, médita et fit k révolution. Locke marcha dans sa direction à l'analyse des sensations et la poussa beaucoup \A\xs loin que lui , Berkeley et ConcUttoûVoùt suivie. Us sont tous des enfans de I^esoartes.

« Deseanes a envisagé la nature conune un homme qui^ plongeant sur elle d'un vaste coupd^œil, l'^tubrasse toul entière et en fait, pour ainsi dire, le plan à vol d'oiseau.

88 INTRODUcnOîf

« Newton l'a examinée plus en détail, U a décrit le pays que Fautre avait découvert.

« On a pris à tâche d'inunoler la réputation de Descartes à celle de Newton. On a imité ces Romains, qui, lorsqu'un empereur : succédait à u^ autre, ne faisaient qu'abat|re la. tête du preuûeret y substituer celle du second. Mais dans le temple: de la gloire il j a de la place pour tous les grai^ds hommes. Entre ces deux puissans génies est arrivé ce qui arrive toujours dans tous les genres. Un grand homme ouvre de aouvelies routes à Fesprit humain : pendant ua certain temps tousles hommes ne sont encore que ses élèves; peu à peu cependant ils applanissent les rx)utes qu'il a tracées; ils réunissent toutes les parties de ses découvertes, ils rassemblent et inventorient leurs richesses et leurs forces I jusqu'à ce qi|?ua nouveau grand homme s'âève , qui s'élance du point ou son prédécesseur avait conduit le genre humain,, aussr haut que ce prédécesseur l'avait fait, de celui où il était parti. »

Dans cette énumération des idées générales: de< Turgpt, nous ne devons pas oublier ce qu'il dit des beaux-arts. Il les considère comme progressifs,, et contrairement à l'opinion de son temps, il n'hésite pas à considérer les modernes^ et le moyen. âge surtout, comme supérieurs aux Grecs: sous ce rapport. Mais , si dans tout ce que dit ce philosophe,, on trouve une confiance al>solue dans l'avenir^

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on a'y voit rien, non plus, de net sur Finstiluliôn de moyens de le prévoir, d'après l'étude des faits passes, n n'en est pas de même de Condorcet. L'œuvre de celui-ci est dans toutes les mains ; cependant elle est tellement importante sous eè rapport,' que nous demanderons au lecteur la pennission de lui en faire passer ici sous les yeux les parties les plus saillantes. N'oublions pas d'ailleurs dans quelle position était Condorcet lorsqu'il confiiigna sur le papier ses plus chères pensées. Pressé par la persécution, et poursuivi par l'échafaud, il ^c put qu'ébaucher qudqnes parties de son projet mohifemental ; il ne put qu'en démontrer, en quelque stirte, la pos»biKté par un essai.

1 . « Le progrès , dit-A , est soumis aux mêmes l^^is générales <jui s'observent dans le développement individuel de nos facultés , puisqu'il est le résultat du développement , considéré en même temps dans un grand nombre d'individus réunis en société. Mais le réisultat que chaque instant présente, dépend de celui qu'offraient les instans précédéns, et influe sur celui. des temps.qui doivent suivre. »

2. « S'il existe , ajoute-t-il plus bas , une science de prévoir les progrès de l'espèce humaine , de les diriger, de les accélérer , l'histoire de ceux qu'elle a faits doit en être la base première (i). »

(1) Esquisse d'un tableau historique des progrès de Yes^ prit humain.

go ÏIfTKO©fJCTïO«

3. « Si rhdmme peut prédire aveu une assuranee presque entité les phënoiliènes dont il connaît les loisj si lors même qu'elles lui sont in* connues, il peut, d'après Fexpérience du passé*, prévoir, avecunegrandeprobabilité, les événemens de l'avenir ; pourcjuoi regarderait-on comme une entrq)rise chimérique, celle de tracer le tableau des dénuées futures de Fespèce humaine, diaprés les résultats de son histoire ? Le seul fondement de croyance dans les scieiiees naturelles, est cette idée que les lois générales , connues ou ignorées , qui règlent les ph^omènes de l*uniters, sont nécessaires dt eonstantes; et par quelle rai^ntre principe serait-il moins vrai pour le dévdoppement des facultés intellectuelles et moitiés de-Fhomme que pour les autres opérations de la nature! (i) »

4. « Nos espérances sur Pétat à venir de ^espèce humaine peuvent sjs réduire à ces trois points importans : La destruction de l'inégalité entre les nations, les progrès de Pégalité dans un mértie peuple, enfin le perfectionnenaent réel de l'homme. » En d'autres termes : i* « Y a-t-il sur le globe des contrées dont la nature ait condamné les habitans à ne jamais jouir de la liberté, à ne jamais^ exercer leur raison? a® La différence de lumières, de moyens ou de ridiesses , observée jusqu'à présent

(1) Lpc* cit. 10- époque des progrès futuns.de Tesprit humain.

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chez tous les petqples eiriUsés, aMre les différentes dasses qui composent chacun d'eux ; cette înëgalite, que les premiers progrés de M société ont augmentée, et pomr ainsi dire produite, ii^it^elle à Ja civilisation même , ou piutdt aux imperfections de Vart social? Doit-elle ^continuellement s'afiai- Uir poiiir faire place k cette égalité de fait, dernier but de Fart soeîai, qui diuunuant même les effets de la diffiâ^enoe naturelle des facultés , ne kisse plus ^ubsifiter ^'^ixte inégalité utile à ViMévêt de tous, parce cpi^eUe Ikvorisera les progrès de là di^iUsation, de Vùistnuction^ et de Vindustrie^ sans entraîner ni dépendance, ni humiliation, ni s^^uvrissanent? En ui) mot^ les hommes approchèront*ils de cet état, où tous pourront, par le dévdoj^ement de leurs facultés , obtenir des moyens sûrs de poarroir à leurs besoins? S"" Enfin ^espèce humaine doît^^elle s'amâiorer, soit par .de noureUes découvertes dans les sciences , et dans les arts,, et, par une conséquence nécessaire , dans les mojensde bien-être particulier, et de prospérité oonmiune ; 8oit par de» progrè. dans le» prii«ipe. de conduite , et dans la morale pratique ; soit enfin par le perfectionnement réel des facultés intellect tueUes, morales et physiques, qui peut être également la suite ou de celui des instrumens qui augmentent nnteqsité, et dirigent l'emploi de ces &cultés , ou même de celui de l'organisation naturelle de rhomme.

9^^ INTRODUCKOH

5"* L'histoire, ajouté Condorcrt, répond aflfirmatiyement à ces trois questions: ainsi: les diff(^ences entre les hommes ont trois causes principales : « rin(%alité des richesses ; V inégalité JVtôt entre celui dont les mojrens de subsistance^^ assurés pour hd-méine, se transmettent à sa famille, et celui pour ijfui ces mojrens sont dépendons de la durée desh^ vie, ou plutôt de la partie de sa vie où il est capable de travail; enfin Finégalité d'instruction. » Or, ces trois espèces d'inégalitée> diminuent continuellemeiit. Il e^ aisé de prouver que les fortunesiiem/en? naturellement à Pëgalité, si les lois civiles n^ëtablissentpàs des moyens factices de les perpétuer^, et de les réunir daiis.les mêmes tdûoSïSids. Aujourd'hui, les hommes sont divisés en deux classes , celle qui vit en ^sécurité du revemid'une terre ou d'un capital , et celle qui est la plus nombreuse et la plus active y qid vit de son travail dans la dépendance ^ et la misère. Pour que cet état ne soit plus , il suffit que le crédit cesse d'être un privilège attaché aux grandes fortunes ; les tontines sur la vie paraissent un puissant moyen d'effacer l'inégalité qui pèse sur les hommes à leur naissance y etc.

« 6"* Dans l'avenir, l'inégalité naturelle de capacité sçrvira au lieu de nuire. »

7"" « Parnji les progrès de l'esprit humain les plus importans pour le bonheur général , nous devons compter Tentiêre destruction des préjugés,

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qui ont éUQ)li entre les deux sexes une inégalîtë de droits funeste à celui même qu'elle favorise, etc. »

Nous serions trop longs si nous voulions exposer les îdëes saillantes, et justes, jetëes à profusion , bien qu'en désordre , dans Touvrage de Condorcet. Il suffisait de faire connaître les germes principaux qui sont passes et se sont développes dans la pensée de Saint-Simon : tel que l'idée d'une science destinée à prévoir les progrès futurs de la société, et fondée sur Fanalogie des facultés individuelles, et sociales; tel quelpsprincipes^'de là division des forces humaines et intellectuelles, morales, et physiques, dont Fétude historique est présentée isolement ; tel que l'observation des tendances qui se marquent dans l'histoire , et qui indiquent l'avenir probable des institutions, études faits où elles se manifestent; tel que k ^vision des résultats des travaux sur le dévelof^meut de l'humanité, en deux branches , savoir : la science du développement lui-même, et l'art social^ ; tel enfin que la division des sociétés actuelles en propriétaires oisifs par héritages , et en travai^eurs pauvres.

En même teqgps que ce grand philosophe cherchait à tirer de l'idée progrès les bases d'une science nouvelle , et d'une politique positive , la certitude d'un avancement sans interruption dans le passé, et sans arrêt possible dans l'avenir, se

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confirmait par la production d'imé i&iikitiide de travaux^ et de discuteions historiques spéciales, à tel point que nul homme au courant des œuvres importaiKtes du temps ne pouvait ccmserver le moindre doute à cet ^gard. Parïâi <;e& ëcritsi, nous citerons Fhistoire des mathmiâti(^p«es de Montuclat^ nous ne craycms pias qa^il jrait d^esprit a»' sez rebelle pour résister à oette lecture. Là, on trouve Texposition da mouvement de TesjMfit huimain dan& des questions (Fune nettetë, et d;'une vigiteur qu'on ne peut récuseir; ei Voù voit Phumaiiité procéder à la découverte successive dés véri^ téS) avec une régularité,, et daii^s une sm%iQ pai^te^ s^élevant,, par degrés, exactement suivant Fùrdre que les maîtres ont choisi comme le meUieur pour renseignemâ:it des sciences^ mathématiques dans leurs écoles.

Vinrent enfin les Jacobine. IL tsl incontestaUey eu effet, pour tcm^ c^us qnii ôot étudie kf vie des principaux d^entre eux^ qui ont suivi la coodiirite des élèves qu'ils ont laissés, qu'il j avait là une haute pensée pratique , déduite de la pMosepkiie dont nous venons d'e>;pos^ )qs généralités^

Nous terminerons la série éea philosc^hes fran-* çais, qui par Saîrlt^Simon s'est c^ptiniiée psqu'à nous , en donnant l'analyse d^un traité de Kant qui fut puUié en allemand en 1 784 , et dans notre langue en iSoi (i), et qiû, pair conséquent, doit

(li Conservateur, rec»eil de morceaux inédits par Fran çois de Neufchateau , Paris, an viii, tom., 2, p. 57.

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être eompté dans la somme des travaux qui ont servi de guide à Fesprit français moderne.

Kant avait pour point de départ la pensée que Tensemble de Tunivers était organisé dans un bnt, en sorte que toute partie, bien que soumise à une loi et à une destinée pr(^pres , était un moyen de la tendance universelle. Uhomme était partie de cet immense système d^agens, et concourait harmoniquement avec eux, et en conséquence Phomme avait sa loi , son but particulier ; exar miné individuellement, rhonune avait rççu et possédait dans son ame un idéal de la perfection morale, qu^il pouvait^ qu'il devait réaliser; ainsi bon par essence , il était cependant pourvu d'appetits et d'instincts phy^ques qui l'enlmnaient au mal ; la nécessité de triompher, de ce mal , et d'établir invariableumt le bien , le poussait à' la conception d'une société civile et piorale, -uniquement fondée sur les lois de la vertu , dont Dieu juéme Serait le législateur ^ ei le cb^ suprême. Kanti^ partant de ces pridbipes, ea déduisit les propositions suivantes :

I . « Toutes les dispositions naturdles ^l^une créature sont telles , qu'elles doivent enfin se développer entièrement, et d'après im but. »

^. c( Toutes les dispositions naturelles de rhomme , et qui sont fondées sur l'usage de sa raison, doivent se déveloj^per entièrenoieat, non point à la vérité dans l'individu , mais Men dans l'espèce entière. »

3. « La nature a voulu <pie tout ce qui dans, rhomme serait par-delà Pordre mécanique de son' existence animale, il le tirât tout entier de son propre fond; et qu'il ne pût. prendre part à tout autre bonheur , ou à toute autre perfection qu'au bonheur ou à la perfection qu'il se serait procures hii-^méme , dégage de tout instinct , et par sa propre raison.

Ici se présente un étrange phénomène. Les plus anciennes générations semblent ne s'être péniblement agitées qu'en faveur de celles qui les ont suivies j et ne s'être soumises à tant de travaux et de fatigues , que pour préparer à celles-ci un, nouvel échafâud, d'où elles pussent élever, toujours plus haut, l'édifice dontla nature a tracé le plan; dételle sorte que les plus reculées jouissent enfin du bonheur d'habiter cet ^ifice, auquel une si longue suite de leuys prédécesseurs auront constamment travaillé sans savoir ce qu'ils faisaient , et sans qu'ils pussent prendre part^ la^lélicité qu'ils préparaient pour d'autres. .Quelque .difficile qde ceci soit à concevoir, la nécessité s'enTait évidemment sentir dès qu on admet ce simple exposé: une espèce d'animaux est douée de raison, et, comme classe d'êtres raisonnables , elle doit enfin parvenir au développement complet de ses dispositions naturelles. Mais elle est composée d'individus qui tous passent, et périssent : J'espèce seule demeure ; seule elle est immortelle. »'

A LA SCIENCE DE l'hISTOIRE. 97

4« « Le moyen dont se sert la nature pour ôpé-ro* le développement des dispositions deTespèce^ i:î* est l^ antagonisme des hommes dans la société, comme pouvant jr devenir enân la source d'un ord^ l^itime » (i).

5. « Le plus important des problèmes pour les hommes , à la solution desquels la nature le con^ traint , c'est d'atteindre à l'établissement d'une soc^é civile générale quimaintienne lé droit ou la liberté de chacun. »

6. « On peut considérer l'histoire de l'espèce hiunaine en grand j comme l'exécution d'un plan caché de la nature, laquelle tenàk établir une parfaitiç constitution intérieure , et , pour y parvenir , une pareille constkutipn extérieure des états^ comme le seul ordre de chosqp où puissent se développer entièr^ooient les dispositions qu'elle a placées dans re^)èce humaine. »

7 . a L'essai philosophique d'une histoire universelle d'sqprès un plan de la nature, qui tendrait à établir parmi les hommes une parfaite société civile, dQi}: être regardé jion-seulement comqpLe praticable , mais encore comme devant concourir à l'exécution de ce plan. »

Kant, on le voit d'après c^t exposé de généralitéj sur l'histoire ^ bien qu'à l'aide d'une lecture

{i) Par le mot atitagoniàmé, Von entend la lutte du bien contre le mal.

attentive , et dans les commentaires dont il les a accompagnées, et que nous ne pouvons citer" ici, on y trouve une' portée très étendue, Kant est bien au-dessous de Turgot , et surtout de Condorcet. Cependant il nous paraît à peu près certain que son écrit a été connu de Saint-Simon ; c'est ce qu'on peut supposer d'après quelques expressions que ce philosophe a employées. Il est d'ailleurs tellement ignoré en ce . moment , en France , qye nous-mêmes j intéressés, ainsi que nous le sommes, à toutes les espèces de publications de ce genre , il j a à peine trois ans que nous avons appris qu'il existait, et que nous avons.pu y jeter les yeux.

Nous venons de fermer le compte du dix-huitième siècle , et de présenter les principaux chiffres du trésor de savoir et de bienfaits, dont Saint- Simon se fit le dépositaire , et qu'il sut grossir ^t faire fructifier. Afaintenant que nous connaissons le secret de cette fortune que pous cherchons nous mêmes à accroître, si nous essayons d'apprécier, parmi ses auteurs, quel fut le rôle de Saint-Simon, nous verrons qu'il la fit ce qu'elle est, en, y. întro^ duisant l'idée de la charité chrétiennel Ce fut un sentiment d'ampur, et de pitié, qui le poussa à collecter cet héritage des siècles à venir ; ce fut ce même sentiment qui le fertilisa, en y jetant -^ces mots: Amélioration du sort de la classe la plus pauvre. Nous allons oflFrir un tableau général des idées de ce grand philosophe. Noxis les jetterons

en bloc sans nous occuper de distinguer les découvertes <p4 lui appartiennent , de céUes qu'il a empruntées à ses prédécesseurs. L'examen auquel nous Tenons de nous livrer nous dispense de ce travail. Saint-Simon a dit :

« Le but le plus général de la politique est l'amélioration de la condition sociale, c'est-à-dire de l'état moral ,* inteUectuel , et physique de la • classe la plus pauvre.

Celui qui ne sympathise pas avec k grand nombre , est indigne du pouvoir ; est incapable d'un rôle politique.

Aujourd'hui, le plus grand nombre des hommes soufire : car la révolution après avoir beaucoup détruit, n'a rien édifié. Le peuple veut aimer, il ne peut que haïr. Il veut croire, il faut qu'il doute. H veut vivi'e de travail, il faut qu'il meure d'oisiveté.

. Hâtons nous donc de nous mettre à l'œuvre pour la réorganisation de la société européenne. Bien des essais.ont ét^ déjà tentés dans ce sens , mais tous ont été rejettes , parce que leSs uns n'étaient que des répétitions d'un passé dont les hommes ne veulent plus , et les autres étaient basés sur des principes ou des abstractions métaphysiques, sur des conventions sans existence réelle.

C'est aux savans (pi'il £siut confier l'élaboration de l'œuvre de réorganisation , afin qu'ils n'y fas sent entrer (fàe des élémens positifs.

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