CHAPITRE VU
DU PROGRÈS DANS i'ORDRE UNIVERSEL.
Signes d€ progression dans Tordre des choses crédes étrangères ï. Tespèce bumj^Qc. — . Goasid^ratiooft géologiques. — PhdooiDènes ewluryogéniques.— loducliçn qui résulte de la comparaison de ces dcu^ ordres do faits. — L'espèce humaine est le fait caractéristique de la période géologique où nous vivons, rr. Conséquences morales de ce fait. — Il en résulte en outre que le progrès est uo fait appartenant à Tordre un^vecsol^ — Observations sur Falliance de cette loi avec la liberté humaine.
Les feits historiques ne sont pa& les seuls oii Y on aperçoive le signe d' irn mouYem^at progressif. Ce earactère se trouve empreint dans un grand nombre de &its é^ajQgers à Tespèce humaine et qui appartiennent à Tordre des choses que Dieu a créées, iiosi, en zoologie, en phy thologie , en géologie, en embryogénie, on reconnaît aujourd'hui qu'il y a des séries. Nous reviendrons plus tard sur cette circonstance remarquable. En ce moment, nous ne
nous occuperons que de ce qui est relatif à la conslitutiofn du globe terrestre, parce qu'il en sort une considération importante propre à confirmer l'une des thèses énoncées dans les chapitres précédens.
L'état phénoménal, où nous vivons, a commencé. Il a été précédé par plusieurs états différens les uns des autres dont l'empreinte est marquée sur le globe ; les recherches et les discussions géologiques modernes ne laissent pas de doutes à cet égard. Les couches superposées qui forment l'écorce du globe, annoncent qu'il y a eu, avant nous, xme succession de temps divers très différens du nôtre. Chacune de ces couches conserve, dans son sein, les débris des êtres qui en animaient la surface. Chacune d'elles est caractérisée, par les squelettes, et les empreintes d'une classe spéciale d'animaux. Plus on s'enfonce, plus ceux-ci sont d'une organisation inférieure en ce qui se rapporte à la vie de relation; plus on se rapproche de notre sol, plus les organisations se relèvent et nous révèlent des existences physiologiques rapprochées de la nôtre : mais, nulle part, l'on ne rencontre rien de semblableà nous ; ce sont, tout au plus, quelques analogues de nos animaux domestiques.
Lorsqu'on examine l'embryon humain, le fœtus encore enfermé dans le ventre de la mère, et qu'on en suit le développement depuis le moment où il paraît sous forme d'ovule, jusqu'à celui où il pré-
sente une formation achevée, on le voit passer par des états d'animalité différens comme s'il s'élevait, par des évolutions successives, du rang animal oii l'organisation est la moins riche et la plus simple, jusqu'au degré où elle est la plus compliquée et la plus puissante, c'est-à-dire jusqu'à l'homme. On retrouve, dans le globe, quelque chose d'analogue à cette croissance, qu'on appelle embryogénique. Lorsqu'on compare les fossiles enfermés dans les diverses couches superposées de l'écorce terrestre, on reconnaît qu'en s'élevant successivement du terrain le plus ancien au plus moderne . ces débris présentent une progression, dans les formes animales, qui, non seulement est analogue, en principe, à celle qu'on observe dans le développement du foetus, mais encore offre le même ordre de croissance. Il existe entre cette série zoologique, dont chaque terme caractérise ainsi une des époques du globe, et la série des transformations dont chacune marque , c^me nous venons de le dire, une des périodes du développement fœtal, de tels rapports, qu'on est naturellement conduit à induire que les périodes géologiques ont été une préparation au phénomène où nous vivons, comme les périodes embryonnaires sont une préparation au degré d'organisation propre à l'homme physique.
Cette considération n'est point sans importance philosophique. En effet, indépendamment de toute
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autre preuve» indépeudamment de eeUes que mm avons fait préeédemment valair, elle soffît pour noua montrer que la présmce de Vhuiaamté» dans le BiKmdeaetuel, n'est point un aecidœt» ni un phér nomène indifférât,, mais un fait earaetémttqi^ appart^Eumt à Tordre universel; eUenous^rend que eelle-d ne règne qu à oertaix^es. fins el è e»^ tawes ec^idi^bons ; qa'eUe est» en ma mot^ fooetton d'une époque qui est » ^e4ûaéfiiie» lonolioii d'un {dan immense qu'il nenoi^ esi pas donné deeoor nadtre. L'humanité, en i^ plaçant au point de vue de son rôle géologique, ne peut dout^ q«ie ses existencen'ait un but autre qu'dle-mème; elle ne peut douter qu'elle ne soit» icb-bas» pour am^siec un résultat qui n'apparaîtra que lorsqu'elle ne sera plusk Elle apprend, par là, eonua^ aucun de ses actes n'est sans importance dans l'ordre umvc^rsdi^ U ne lui est pas dÂffîcile de s'expliqua, pourquoi,, malgré les cbroits de souveraineté qui lui ojikt. été deaanés sur le naonde n^térûd et: quokij^'elle ait été douée d'une iio^telligenee k laquelle ce monde ne suffît pas^ elle f a été,, cependant, rattachée par des liens efaârnds si étrol^s^ que le moindre ehangement ààm les ehoses physiques l'anéantirdiit immédiatement. Par là, elle connaît le motif supérieur du plus inexplicable des devoirs^ moraux qui lui sont imposés;, elle sait pourquoi le travail, le dé- KQueyn^ et le s^^ifke soat ,. anypjird'hw , les lois
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de son existence. Enfin, de ce point de rue, on arrivée comprendre qu'il soitpossible, ainsi que Taffirme la tradition, que les grandes révolutions de nos âges sociaux aient été signalées par quelques phénomènes astronomiques, comme le furent, par de grands cataclysmes, les transformations gênésiaques qui devaient conclure à notre espèce.
Ainsi , le progrès serait un fait général ; un fait anteneur à Thumanité , et qui, peut-être , devrait lui survivre. Ainsi , il semblerait que Dieu ayant créé Thonmie à son image, et voulant que Thumanité fut aussi, en quelque chose, semblable à lui, Fait, en conséquence, associé momentanément à la création , et Tait destinée à continuer, dans le monde actuel, son oeuvre progressive.
De ce que le progrès serait ainsi Tune des lois générales de la création, il ne faudrait pas en conclure , cependant , que Thumanité n^en soit que rinstrument passif ou qu'en un mot elle ne soit pas libre. Étudions, en effet, cette question du libre arbitre don^ on s'est tant occupé à toutes les époques ; et nous verrons que l'existence d'un but, d'une fin déterminée, n'est point contraire à la liberté d'action de l'être social, et h plus forte raison à celle de l'individu.
Le libre arbitre n'existe qu'à condition d'un objet sur lequel il pnfese s'exercer; car, ce n'est pas autre ehoseque la feeculté de choisir. Sans le milieu,
oîi nous vivons, si fécond en sujets de détermination, bons ou mauvais, aisés ou difîQcites, le libre arbitre serait comme s'il n'était pas, n'ayant ni occasion, ni pouvoir de se manifester.
Or, toutes les choses du monde où nous sommes, et sur lesquelles nous sommes appelés à choisir, toutes ces choses sont enfermées entre deux limites infranchissables, celle du bien, soit matériel , soit moral, et celle du mal , soit matériel , soit moral ; et il en est ainsi , soit qu'il s'agisse de l'individu , soit qu'il s'agisse de la société.
Entre ces limites, on ne voit pas ce qui pourrait arrêter le libre arbitre ; dans cet espace, les hommes sont souverains maîtres de leurs actions. Il y a mille degrés de bien et de mal à parcourir ; il y a mille termes de choix; mais, quoiqu'on veuille, on ne peut aller au-delà des extrêmes qui sont physiquement fixés, matériellement déterminés. Toutes les passions égoïstes, tous les vices, toutes les méchantes actions, ont naturellement pour terme inflexible leur excès même ; terme où il n'y a pas de chair qui ne soit satisfaite. Et aussi tous les dévouemens ne peuvent dépasser certains sacrifices.
La présence de ces limites dernières , imposées au bien comme au mal, et entre lesquelles les positions laissées à notre choix sont innombrables , nous explique comment l'ordre subsiste en mémo temps que la lil?erté ; elle nous explique comment
les caprices du libre arbitre se combinent avec rimmuabilité de la loi providentielle.
Demanderez - vous pourquoi ces limites sont celles du bien et du mal, et non pas d'autres; pourquoi Dieu a placé la volonté humaine dans une alternative si cruelle, de n'atteindre au bien, le plus souvent, que par des sacrifices de soi, et de ne pouvoir se livrer aux voluptés de Végoïsme qu'en nuisant presque toujours aux autres.
Ce qui s'appelle mal, en point de vue physique ou de notre chair, c'est-à-dire, le travail, la lutte, le sacrifice de nos appétits et de nous-mème, c'est ce qu'on nomme le bien, au point de vue spirituel. Or, c'est par ces vertus que nous pouvons mériter aux yeux de Dieu et de nos semblables; c'est parlà, que nous nous rendons dignes d'élre aimés, que nous commandons l'afTection et la confiance, que nous acquérons l'assentiment même de ceux qui ne nous comprennent pas. Admirable privilège, donné à une créature, de pouvoir librement, et par sa seule volonté, s'imposer à l'amour des hommes et à l'amour du créateur ! La vie du juste est, en effet, un bienfait et une séduction de tous les instans. Le mal, au contraire, est toujours oppresseur. H ne vit que par les victimes qu'il fait ; il blesse tout ce qu'il touche ; il repousse et révolte tous ceux qui l'approchent, et il les donne pour partisans au bien. L'homme, qui choisit la voie du dé-
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vouement, concourt Yolontaîrement à raooomplis* sèment de Toeuvre progressive. Quant au méchant, il ne compte plus, en quelque sorte, dans Tespèce humaine. En consentant à devenir l'esclave de ses intérêts et de ses passions , il a abdiqué sa liberté ; il s'est rendu le sujet de ce mouvement £ifal dont nous avons parlé plus haut, et dont nous parlerons longuement plus tard. Il fait, enfin, partie de ce vil troupeau dont les œuvres sont sans avenir et sans valeur dans les choses humaines. Heureusement, il y a bien peu d'hommes qui soient assez méchans pour n'avoir pas, dans leur vie, produit une seule action utile I Mais, enlevez par la pensée ces con-* ditions du libre arbitre ; supposez que l'œuvre du bien soit un plaisir ou un intérêt comme l'œuvre du mal f vous supprimez, à l'instant, toute vertu, toute afTection , toute autorité morale; il n'y a plus de dévouement, plus de bonté, plus d'amitié^ plus de confiance. Vous ne laissez à l'honune que le choix des vices, ou , plutôt, vous lui ôtez toute possibilité de choisir ; car, ainsi que nous l'avons dit, les passions sont des appétits qui dorment et s'éveillent chacun à leur tour. En un mot, vous avez changé la face du monde à tel point qu'il ne vous est pas donné d'imaginer ce qu'il serait , si vous pouviez réaliser votre hypothèse. Donc , demander pourquoi les limites du libre arbitre sont celles du bien et du mal, et non pas d'autres, c'est demander
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pourquoi Dieu, nous a donné la liberté, pourquoi Dieu a fait ce monde et non pas un autre.
Outre les limites extrêmes du bien et du mal , entre lesquels se meut le libre arbitre, il y a celles de temps et de lieu. La vie de l'humanité, comme celle de l'individu, est enfermée dans un espace. ^ Un temps nous est accordé pour opérer ce que nous sommes appelés à produire. Dans cette étendue, l'humanité est souveraine maîtresse de ses actions ; et, en supposant que, sourde à toutes les tendances, à tous les besoins, à la raison déposée dans son sein, méconnaissant tous les avis qui lui sont donnés, elle restât agissant directement contre sa fin terrestre et spirituelle , un acte de la volonté divine suffirait toujours pour réparer tout ce qu'elle aurait manqué à faire.