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CONCLUSIONS DU LIVRE PRÉCÉDENT

Lorsqu'on s'est convaincu que riiumanité est progressive , on est , dès ce moment , certain que les souffrances actuelles ne sont que passagères, et que les nations sortiront un jour du milieu des circonstances qui leur pèsent. En effet, il y a équa« tion complète entre les idées comprises sous ces divers mots, progrès, perfectionnement, amélioration , etc. Car il serait absurde en logique , et révoltant en sentiment, d'admettre que le perfectionnement dans les choses humaines fût de les rendre pires.

L'espoir que les souffrances actuelles des hommes ne seront pas, à tout jamais, le partage de leurs enfans , est consolant , sans doute ; mais il ne suffira pas aux esprits sérieux qui s'occuperont de ces questions. Es chercheront comment leurs semblables pourront s affraîichir. Cet espoir ne suffira pas non plus aux hommes doués de sympathie ; car ceux-là sentent trop vivement les maux qui les entourent , et le malaise, qu'ils y puisent est trop grand, pour qu'ils ne s'eflforoent pas d'adoucir une douleur insupportable , en s'occupant des moyens d'en tarir la source. Passons rapidement en revue les diverses pensées qui peuvent naître dans les intelligences de cet ordre. Cet examen sera un enseignement , et en même temps une confirmation de la route oîi nous nous engageons.

n est d'abord évident que les misères sociales ne sont point arrivées par Viatervention d'une puisrsance quelconque en dehors de l'humanité. Nulle force» sur la terre, n'existe hors de son sein, qu elle ne soit capable de combattre et de surmonteri C'est par une succession de révolutions ou de transformations opérées par elle , sur elle , chacune nette^ ment désirée, par&îtementraisonnée« et bien calculée , faite, enfin, avec amour et dévouement» que la sociétéEuropéenneestarrivéeàl'étatde discordance dont elle soi^re. On peut dire qu'elle a voulu positivement , l'un après l'autre, les divers actes dont la

fin a été ce que nous prouvons aujourd'hui. Mmn« tenant encore , c'est sous l'influence de sentimens, dont l'origine est toute entière dans son sein, qu'elle s agite et crie. Or, puisque , par sa propre force , Thumanité est arrivée oii nous sommes , elle en peut, elle en doit aussi sortir par sa propre force. D'où pourrait-il lui Tenir des secours? de Dieu seul ; mais Dieu la faite libre , et ne parle jamais aux hommes que par une voix humaine. Elle doit donc mettre sa confiance en elle-même ; elle aura raison de ne point attendre ; car rien ne lui viendra , si elle ne le trouve ; elle ne trouvera rien , si elle ne le cherche; elle n'obtiendra rien , si elle ne le veut, n faut donc nous mettre à l'œuvre.

Lorsque la médecine n'est point encore un art raisonné, ou lorsque la physiologie individuelle se tait , sur un point quelconque , on procède empiriquement. La maladie étant donnée, on essaye successivement des médicamens, abandonnant l'un pour passer à un autre , lorsqu'on a vu le premier manquer l'efiet qu'on en attendait. De cette manière , et à force de tàtonnemens douloureux , on arrive , quelquefois , à trouver le remède qui guérit. Mettons que le malade soit l'humanité : il faut chercher le remède qui pourra la guérir ; procéderons-nous en empiriques ; faudra-t-il qu'elle subisse l'application d'une suite de tàtonnemens et d'essais, encore, dans une espérance incertaine?

Gela serait triste à penser, vain à conseiller, et absurde à croire. Iron^nous demander un spécifique aux publicistes de notre temps? mais ils ne nous enseignent rien qui ne soit, ou qui n ait été. Ainsi . les uns ont formulé , avec sagadté , la loi du mouvement social actuel ; ils en ont déterminé le principe , et, à genoux, devant leur travail, ils en font la règle éternelle des sociétés humaines ; en d'autres termes , ils affirment qu'il n'y a rien , ou presque rien , à changer. D'autres préfèrent quelqu'un des systèmes politiques qui ont existé ici , ou là-bas ; pour ceux-là , rien de mieux que de faire un , ou deux, ou trois pas en arrière. D'autres, encore, ont combiné les systèmes de diverses dates, afin d'annuler les avantages des uns par les inconvéniens des autres. Nous ne rencontrons là que des moyens déjà jugés; et, puisque nous croyons que l'humanité est progressive, nous nous garderons bien de chercher à la guérir, en lui appliquant ce qu'elle ne put supporter autrefois, ou ce qu'elle rejette aujourd'hui. D'ailleurs , cette tendance progressive d'amélioration nous étant prouvée, nous ferons mieux d'y chercher l'indication du remède ; il nous est même déjà facile de voir, qu'en admettant le progrès, nous admettons aussi , par définition, qu'elle parcourt une série linéaire de termes enchaînés entre eux dans une progression régulièrement ou mathématiquement croissante, et que nous pouvons espérer par-

venir à en connaître la loi . Laissons donc tou3 ces rêves d'antiquaires; attachons -nous à l'indication ; mais gardons-nous de nous trop hâter ; gardons-nous de chercher notre instruction dans des tentatives purement expérimentales. Depuis quarante ans , en France , tous les gouvernemens qui se succèdent sur le sol, ne font autre chose. Il semble que notre malheureux pays soit l'âme vile sur laquelle on s'est dit, faisons une expérience.

Sans doute, quand on est en présence des maux dont souffre la société, lorsqu'on croit en avoir trouvé la signification, et saisi la nature, on est sentimentalement porté à en appeler brusquement à im état contraire ; en haine du système qui fait souffrir, on veut, de suite, avoir recours à un système qui soit directement opposé. Il n'est point difficile , et c'est le fait du premier mouvement , lorsqu'on pense connaître le fait qui produit le mal , de nommer le fait qui en parait le remède , parce qu'il en est complètement le contraire. Mais , qui nous assurera que nous ne nous trompons pas sur l'origine du malaise social ; comment nous convaincre que nous la connaissons toute entière ; d'où saurons-nous si notre remède ne va pas guérir une maladie par une autre? En d'autres termes, comment démontrer que c'est telle cause , plutôt que mille autres qui pourraient exister? En effet, Vimmense difficulté, dans les choses sociales, c'est

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de pénétrer dans les entrailles de rhmnanité, non* seulement pour reconnaître le besoin présent, mais eneore pour découTrir le besoin qu'elle éproavera pendant des siècles. Cette difficulté est si grande » que Ton peut nommer le petit nombre de œax qm, dans la longue yie de l'humanité^» se sont distingués par une déemrrerte de ce genre : œtte difficulté est si grande, que, de nos jours, les hommes nombreux qui font de la politique leur unique affaire, ne se sont pas même encore aperçu de l'origine du malafee social actueU et qu'ils s'acharnent, pour le détruire, à des œuvres sans rapport avec lui.

Cependant , supposons que l'idée générale d'un système social opposé en principe au i^stème qui fiadt scHif&ir, ait ^é trouvé par sympathie : supposons que, par des déductions tirées de cette hjrpothèse , on découvre quelques principes suffîsans pour ofi&ir les bases d'une association politique , suffîsanspour nous faire penser que nous possédons une doctrine à peu près complète. Ces conditions ne suffiront pas pour la faire admettre. Qudque soit le nom dont elle se décore ,. on lui demandera ses titres ; on lui demandera si elle est la meilleure ; on voudra qu'elle se fesse aimer pour elle-même , et non estimer seulement pour ses bonnes intentions ; enfin , on voudra savoir comment et par quels moyens elle espère parv^iir à se réaliser.

Une doctrine nouvelle n'^t. recamoiie vraie par

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Vhumaiiîté, ei elle n â ea effet cette qualitét que du mcNDaeiit où elle remplit les trois conditions soiTantes : r de se feôre aimer pour elle^mèmet indépen* dunaie&t de toutes les sympathies puisées dans Vétat actuel, qui ne doÎTent lui serrif que d 'iiitr(H duetioa ; iP d'âbredémontrâe supàieure rationnel^ leœcsii à t£mtB autre ; 91^ et^ eiifin, de nature à fiôre sa place dans kmfittdB par sa proforeibrce/ou, m d'autres termes, d'inspirer la ecmfiaBce d'une réa-* lisation inévitable et complète.

Nous insisterosis; un instant seulement, sûr cette troisième condition ; les deux premières sont évidentes. Quant à cette dernière, elle n'est point sans doute tou^urs absolument indispensable, lorsque les autres existent : on a des exemples de systèmes qui se sont faii adopter,, et qui (mi eu un commen* eeiûeQt d'exécution,, sans qu'ils (eussent complètement satisfait à œtie clause ; disons cependant, en passant, que oeux*ci étaimt critiques , et ne durè^nsii que comme essais. Mais pour qu'une dodirine ait la valeur qui s'attache aux choses duraUes, pour qu'elle ait le caractère de solidité qui donne la confiance a^xx hommes , il£iut ,. nous le répétons, qu'elle s'asfiDi^ge oomzne afrportant des pr(Mttesses qui seront inévitableosimt réalisées,, et qu'elle se fasse reeonno^re, en qt^I^poesorte, exmme capable de se réaliser par elle-mène. Cette conditieo corres^pond sâisentimradi qui dicte, ëtoutdiaciple, cet^MpiestÊo»

qu'il adresse à son maître : comment ces choses pourront-elles s'établir? Or, une doctrine n'a que deux manières de répondre à une semblable demande : c'est de prouver; soit qu'une puissance surhumaine l'a marquée pour but à l'humanité , soit qu'il est dans la nature de l'être humain d'arriver à tel but, et par des procédés de telle espèce. La réunion de ces deux derniers moyens de démonstrations achèvera de réaliser le plus haut degré de conviction possible.

En résumé, pour qu'une doctrine acquière la valeur sociale la plus haute , il faut que , sous tous les rapports , elle soit reconnue n'être autre chose qu'une prévision de l'avenir ; car aimer ce qui n'est encore qu'une doctrine, c'estaimer unç espérance ou désirer ; et cet acte, comme celui de démontrer et de sentir une force ou un règne inévitable, c'est toujours prévoir. La foi , en un mot , n'est autre chose que l'assentiment, dans une seule pensée, du sentiment , du raisonnement , joint à la conviction de la force.

Une croyance, puisée uniquement dans la sympathie et ne possédant pas d'autre appui, peut produire un emportement de dévouement passager ; mais, elle ne résistera pas, avec constance, au scepticisme rationnel et aux impulsions incessantes des passions et des intérêts individuels. Quant à une croyance purement rationnelle, elle cédera toujours

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à un intérêt immédiat; il n'y a pas d'exemple d'homme qui ait donné sa vie plutôt que de désavouer une pensée purement scientifique : quant aux passions et aux attachemens égoïstes ou individuels, ils ne peuvent être vaincus que par la conviction en une force plus puissante qu'eux , et qui les brisera s'ils n'obéissent.

Hâtons-nous donc, sans plus tarder, d'entrer dans une voie où nous avons l'espérance de trouver une démonstration capable de convaincre les esprits les plus rebelles, et de persuader, même aux ambitieux et aux égoïstes, que leur intérêt est de concourir à la conquête' d'un avenir oîi les croyances seront affermies, oîi toute faim sera rassasiée, et toute espérance satisfaite,

jCHAPITRE II.

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