‹ Introduction à la science de l'histoireChapitre 12 sur 29 · DANS LES SQENCES NATURELLES · texte numérisé non relu

DANS LES SQENCES NATURELLES

APPLICATION DE CES MOYENS A l'HISTOIRE.

Deux degrës de pNSvoyance scientifique. — Celle qu! résulte de la connaissance de l'ordre de succession des phénomènes.-* Celle qui résulte de la connaissance de la loi de génération des phénomènes. — €es dc^x modes de prévoyance sont fondés sur l'admission de deux ordres de faits, celui des constantes et celui des variations. — Pour démontrer que l'histoire peut se prêter aux deux modes de prévoyance indiqués^ il sufût de montrer qu'elle offre des constantes et des variations. ~ Or, c'est ce qui existe.

Toute science est , sous le rapport de la prévision , susceptible de deux états différens ; Vun, où la prévoyance est déduite d'une probabilité acquise par Tobservation , probabilité d'où il résulte que les phénomènes se passent d'une certaine manière, ou se succèdent dans un certain ordre ; l'autre, plus parfait, oii la prévoyance est fondée sur la possession d'une formule exprimant les relations réciproques de dépendance et de causalité exis-

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tant entre les phénomènes. Toutes les spécialités actuelles , dans les sciences naturelles , sont , en raison de l'avancement particulier, qu'elles ont acquis, dans la première ou dans la seconde de ces deux positions.

Ainsi , il y a deux degrés de prévision scientifique; l'un, où elle est fondée sur la connaissance de l'ordre de smcession des phénomènes; l'autre, où elle ressort de l$i connaissance de la loi de génération de ces phénomènes.

Nous croyons utile d'insister sur la valeur relative de ces deux moyens. La supériorité du second est évidente. En effet, dans le premier des deux états scientifiques, on sait seulement, un phénomène étant donné , que tel autre a précédé et que tel autre succédera; tandis que, lorsque l'on connaît la loi de génération des phénomènes , on s'élève au-delà même de l'observation; on prévoit des faits qu'on n'a jamais aperçus , des événemens qu'on n'a jamais vus. Aussi , est-ce à atteindre ce degré , que tend inévitablement toute spécialité qui n'y est pas encore parvenue?

La certitude relative de ces deux modes repose sur l'admission de deux principes primitifs dont nous devons dire quelques mots , attendu qu'ils nous serviront d'intermédiaires pour démontrer la possibilité de nous servir, dans l'histoire, des moyens dont il vient d'èlrc question.

Toute recherche, en vue d'une prévision scientifique à établir, repose sur l'admission simultanée des deux conditions suivantes : Vexistence d'une constante ou d'un principe invariable dans l'ordre de production phénoménal , et celle d'une variation quelconque dans les manifestations elle»mèmes. L'admission de ces deux faits est paiement nécessaire. En effet , si l'on ne croyait pas à une constante , générale , universelle, d'où dérivent toutes les constantes spéciales, il n'y aurait rien à induire de^ l'étude du passé quant à la connaissance de l'avenir, il n'y aurait aucune possibilité d'afOrmer que telle cause amènera tel effet. De même, s'il n'y avait pas variation, c'est-àdire pluralité de phénomènes, il n'y aurait point lieu de prévoir ; supposons, par exemple, qu'il n'y ait plus de nuit , et qu'il fasse constamment jour, il n'y aurait lieu à aucune prévoyance à ce sujet. Ainsi, tout essai du genre de ceux dont nous nous occupons, suppose l'admission simultanée d'un principe d'ordre invariable, ou d'une constante motrice , et d'une variation quelconque dans la manifestation des phénomènes.

Pour démontrer que Ton peut faire de la collection de nos faits historiques, le même usage scientifique auquel on fait servir toute autre espèce de collection de faits ; pour démontrer que l'histoire, en un mot, peut se prêter aux deux moyens

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de préToyance précédemment indiqués « il suffit de faire yoir que cette histoire offre des constantes et des variations. C'est ce que nous allons faire.

Jusqu'à ce jour, l'existence de œnstantes dans la Tie de l'humanité, a été généralement admise par les divers auteurs qui se sont occupés de politique; bien plus, ils n'ont vu et constaté que ce seul fait : seulement ils ont varié , quant à la désignation de la cause; les uns le voyant dans l'organisation individuelle ; les autres, dans la raison de l'homme; les uns, dans les nécessités constitutives du pouvoir ; les autres, dans le sentiment religieux ; les uns, dans le besoin de l'échange; les autres, dans le climat, etc.; mais tous ont admis que l'humanité tournait dans un même cercle de conceptions et d'actes. C'est par suite de celte erreur, qu'ils n'ont pas aperçu le progrès. Aussi, on ne nous niera point l'existence de constantes en général. Nous ne pouvons » même , rencontrer d'objections à notre doctrine , que de la part de ceux qui admettent les constantes, comme des absolues. En conséquence, considérant celles - ci comme prouvées par une multitude de livres, nous allons passer à l'examen du second principe.

Lorsque l'on envisage, d'une manière abstraite, les conditions d'existence de l'individu ou des nations, il est certain que l'on ne peut apercevoir de variations ; mais lorsque Von descend dans le

fait, il n'en est plus de même. On trouve que ce principe abstrait ne se résout jamais absolument de la même manière , et qu'il est susceptible d'une multitude de réalisations et de pratiques différentes. C'est là l'origine des variations qui constituent le mouvement progressif de l'humanité.

Ainsi , les aptitudes des hommes sont toujours dans le même nombre ; les zoologistes vous prouveront qu'une seule faculté ajoutée, changerait la nature humaine. Mais, par suite de la longue suite de générations se succédant dans une série d'états de civilisations croissantes , les aptitudes ont varié on ce sens, qu'elles sont devenues plus puissantes et plus étendues. Non seulement elles sont devenues plus puissantes et plus étendues ; non seulement, à cause de cela, elles sont devenues plus exigeantes et plus actives , mais encore les appareils organiques se sont développés; aussi , peut-on afiûrmer, en général, que, par suite delà longue civilisation, les hommes sont devenus non seulement moralement meilleurs, mais encore physiquement, en sorte que la différence des races d'hommes aujourd'hui vivantes, n'est que l'expression de la différence des états de civilisation actuellement dispersés sur la surface du globe.

Le milieu sur lequel, et à l'occasion duquel ces aptitudes s'exercent, est de deux sortes : humain, et étranger à l'homme, qu brut en quelque sorte.

Or, quant au monde humain, le besoin de la vie sociale a toujours été le premier do tous les intérêts. Mais cette vie sociale offre une multitude do possibilités ou de pratiques différentes, et, en conséquence, donne V occasion d'une multitude d expériences : c'est une suite d'essais pour trouver le meilleur r^ime; de là, une incitation continuelle à changer dans l'espérance du mieux ; ajoutez à cela le développement des aptitudes qui s'opère incessamment, et vous comprendrez que nécessairement il s'y produit des variations considérables. Le monde brut , lui-même , sur lequel nous agissons, bien que restant le même quant au nombre des phénomènes , change quant à l'intensité relative de ces phénomènes. Ainsi, notre longue action sur ce domaine l'a rendu plus approprié à notre existence; elle l'a perfectionné dans notre sens. La nature physique est modifiée à noire profit, cependant elle n'est point changée ; car les physiologistes vous diront qu'en supposant une seule classe de phénomènes naturels de plus ou de moins, la vie de notre espèce n'est plus possible. Ces facultés, ce monde extérieur humain et brut, ont toujours agi les uns sur les autres dans le même sens ; voilà la constante : seulement, comme les facultés se sont accrues en énergie, que le monde extérieur a été de plus en plus approprié à cette énergie , il en est résulté une succession régulière

de variations, c'est-À-dire ee mouTement qae nous nommons progressif, et dont nous nous sommes occupés plus haut.

Au reste , dans le sujet spécial que nous traitonSf il est facile de déterminer nettement , et de iaire saisir, par tout esprit, la nature des deux espèces de faits dont il s'agit , en en montrant la cause. Les origines des constantes sont le but d'activité de notre espèce, notre spontanéité, et tous les élémens actife qui lui sont subordonnés ; les variations sont l'expression de toutes les di£&cultés qu'ofiûrent notre connaissance du but d'activité, notre degré d'intelligence ou de travail , en un mot , tout ce qui se rapporte à la pratique ou à la réalisation de ce but ; c'est-à-dire, les luttes de diverses natures que l'homme est obligé de soutenir, soit contre le monde extérieur, brut et humain , soit contre le monde même de ses propres passions : elles sont l'occasion et la preuve de son libre arbitre.

n est inutile de nous arrêter plus longtemps dans cet examen; on pourrait en renforcer la conclusion, en établissant une comparaison entre des états sociaux séparés par de longs espaces séculaires, et en faisant saillir toutes les différences qu'ils présentent relativement les uns aux autres. Mais , plus tard » ces questions seront traitées , en sorte qu'il serait superflu de s'en occuper en ce

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moment. Il est suffisamment démontré maintenant, que l'histoire présente les deux conditions principales nécessaires à la fondation scientifique; il nous reste seulement à nous occuper des procédés d'arrangement qui doivent servir à la construction de l'instrument avec lequel nous devons essayer de découvrir l'avenir, et même de deviner le passé antérieur à l'histoire.

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