CHAPITRE III
MÉTHODE DE PRÉVOYANCE DÉDUITE IMMÉDIATEMENT DE LA CONSIDÉRATION DU PROGRÈS,
De la considération da progrès émane l'idée de série. — De Fapplication de cette idée aux faits historiques. — Procédé pour construire les séries. — Ce procédé constitue le moindre degré de la prévision scientifique, celui où elle résulte seulement de la connaissance de l'ordre de succession des phénomènes ou de la^nanièrc dont ils se passent.
Lorsque Ton s'est démontré, ainsi que nous lavons fait , que le progrès est Tun des effets les plus généraux, l'un des motifs les plus constansde l'activité humaine, on est conduit, par définition, à admettre que l'histoire de l'espèce humaine ne peut présenter que deux ordres de faits : les uns, nuisibles , et qui diminuent successivement ; les autres, utiles, et qui grandissent au fur et à mesure que les autres sont amoindris. Ainsi, on trouve, tout de suite, l'indication de deux séries directement en opposition l'une à l'autre, et dont la formule est facile
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à imaginer, à Taide de quelque réflexion; Tune, par exemple, sera désignée par ces mots : amélioration de la condition sociale de la classe la plus nombreuse ; l'autre, par ceux-ci, diminution de l'exploitation de l'homme par l'homme. Ces séries pourront engendrer, par de simples définitions, plusieurs séries secondaires , comme, par exemple, tendance pacifique en opposition avec amoindrissement du système guerrier; accroissement de l'influence morale et scientifique, diminution de celle exercée par la force, etc. Telle est la première conclusion scientifique qu'il semble naturel de déduire de l'idée progrès. Si l'on continue alors à en chercher toute la valeur, et si l'on veut en tirer toutes les conséquences possibles , on réfléchira que ce progrès sera au futur ce qu'il a été dans le passé ; on lui accordera nécessairement un avenir : de cette manière, on y trouvera un moyen de prévoyance ; en effet, si l'on se demande quels seront les perfectionnemens futurs? évidemment on sera entraîné à répondre qu'ils auront lieu en conséquence et suivant \e sens de tous les perfectionnemens antétérieurs : ainsi, la classification des faits historiques, fondée d après le principe qu'on vient d'établir, sera le moyen d'instituer une certaine prévoyance sociale.
En outre, considérant la tendance à l'amélioration, comme une force qui meut l'humanité, nous
pourrons conclure que la vitesse va croissant en raison de la durée du mouvement ; en effet, à chaque pas, les obstacles semblent diminuer; la route à gravir parait plus douce ; et la marche plus rapide, parce qu elle est plus facile. On pourra même espérer parvenir, avec un peu de soin, à calculer, approximativement, la rapidité des mouvemens sociaux, ou des révolutions à venir. Cette réflexion même expliquera, en outre, pourquoi, au fur et mesure qu'on s'approche de notre âge, les organisations politiques ont moins de durée, et se succèdent, avec une rapidité croissante en raison directe, en quelque sorte, des temps antérieurement parcourus; et cette première conséquence, parfaitement applicable aux réalités du temps présent, sera, une première vérification, propre à démontrer que la méthode employée n'est point sans valeur.
Le procédé à mettre en usage pour construire les séries dont il s'agit en ce lieu, est très simple. Il faut prendre les diverses comtonte* sociales, ou seulement humaines, que l'histoire nous fait connaître; envisager chacune d'elles comme une spécialité à part; en faire, en quelque sorte, une tête de chapitre ; et, sous chaque titre spécial , ranger , selon l'ordre de la succession historique, c'est-à-dire par ordre de dates, les variations dont ces constantes sont le siège.
Qu'est-ce, en effet; qu'une constante sociale?
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C'est toujours Tun des problèmes, dont la solution est un des élémens constitutifs ou une des conditions d'existence de la société ; tels que le but d'actiyité» la définition du bien et du mal, celle du devoir et du droit, le système des fonctions sociales, etc.
Que sont les variations qui peuvent se manifester sur ces constantes? Ce sont les conséquences diverses, tirées du but d'activité donné à l'espèce; ce sont les solutions diverses apportées sur les problèmes fondamentaux dont il vient d'être question, c'est-à-dire, sur le bien et sur le mal, sur le devoir et sur le droit, sur le nombre, et l'organisation des fonctions sociales, etc.
Or, après avoir rangé , comme nous l'avons dit plus haut, les variations , par ordre de date, ^us le titre de la constante, et, après avoir fait, ainsi, de la succession de ces phénomènes, une ligne qui s'étendra depuis les temps certains de l'histoire jusqu'à nos jours, on observera ce qui s'y est passé. Inévitablement alors, on reconnaîtra le fait suivant : une lutte entre deux systèmes, dont l'un va en diminuamt de puissance, l'autre en croissant incessamment en force et en intensité.
En effet, dans les choses humaines, du moment où il est reconnu qu'il y a des problèmes constans, il ne peut plus y avoir d'autre changement que celui qui supposerun passage d'une solution mauvaise à
une solution meilleure ; par conséquent, sur la ligne des efforts divers, dont une constante est le siège, il ne peut y avoir que deux ordres d'actes, les pires dont on s éloigne, et les meilleurs qu'on adopte successivement ; en d autres termes, tout acte modificateur a un double caractère, celui d'amoindrir le mal, et celui d'accroître le bien.
Ainsi, dans chaque ligne de variations, il sera facile de trouver un double sens, et, par suite, d'établir la tendance amélioratrice et progressive qui s'y manifeste.
Ceux qui ne voudraientpas aller chercher, dans l'histoire , les constantes sociales , peuvent, pour construire les lignes de faits dont nous venons de parler, recourir à un moyen plus court mais moins sûç. Qu'ils se demandent, et cherchent quel est le fait le plus nuisible à l'amélioration de la condition sociale des honunes, et quel est celui qui y est le plusfovorable. Puis, lorsqu'ils les auront trouvés, qu'ils constituent chacun de ces faits, comme tètes de colonne, et qu'ils rangent, à la suite, toutes les variations qui s'y rapportent, ils arriveront , s'ils ne se sont pas trompés dans la désignation du chef de file , à un résultat analogue à celui que nous avons décrit dans le paragraphe précédent (1).
(1) I! pourra paraître intéressant de voir comment A. Comte a exposé, dans le Catéchisme des industriels publié par Saint-
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On voit que ces classifications linéaires de faits, par ordre de date, et d'après Thomogénéité ou Tidentité de la constante originaire, constituent ce que, dans le livre précédent, nous avons appelé des séries. Il en résulterait, en effet, des suites de grandeurs croissantes, et de grandeurs décroissantes. Aussi, nous avons tellement insisté, déjà , sur les propriétés de ces constructions, qu'il est inutile de nous y arrêter d'avantage. Nous dirons seulement que cette découverte est le point oîi s'est arrêté A. Comte, l'élève de Saint-Simon, dans l'application de la méthode positive à l'histoire. Elle constitue, dans cette science, le plus simple et le moins avancé des degrés de prévision, celui oii l'on connaît seulement l'ordre dans lequel se succèdent les phénomènes.
Simon, le procédé historique dont nous noos occupons ici. U dit, 2Be cahier, page 110 : « Lorsqu'on suivant une institu-^ lion et une idée sociale, ou bien un système d'institutions et une doctrine enUère» depuis leur naissance jusqu'à l'époque actuelle, on trouve que, à partir d'un certain moment, leur empire a toujours été en diminuant on toujours en augmentant^ on peut prévoir, avec une complète certitude, d'après cette s^ie d'observations, le sort qui leur est réservé : dans le premier cas, il sera constaté qu'elles vont en sens contraire de la civilisation, d'où il résultera qu'elles sont destinées à disparaître. Dans le second, au contraire, on confluera qu'elles doivent finir par dominer. »