‹ Introduction à la science de l'histoireChapitre 14 sur 29 · PRÉCÉDENTE · texte numérisé non relu

PRÉCÉDENTE

La mëthode prëcëdemment décrite, mise isolëmeut en asagc, dëtfait Fanité historiqae. — Elle cëpare les faits natarellement unis. •>- Elle ne noas apprend ni la nature, ni les rapports, ni le nombre des constantes sociales.— Elle ne conclat point à une prévoyance pratique.— Mais elle en constitue seulement le premier degré. — Elle a besoin, pour acquérir toute la valeur dont elle est susceptible, d'dtre employée simultanément avec une autre méthode qui va être décrite.

Dans la réalité du mouvement des choses sociables, nul fait n'est isolé ; nul fait n'a une existence séparée ; tout se tient, au contraire ; tout est uni par les liens d une étroite dépendance. Parmi les causes de l'activité sociale, il n'en est pas une seule qui ne subisse, jusqu'à un certain point, l'impression des principes qui agissent simultanément avec elle ; et, par suite, il n'est pas un seul effet qui ne soit modifié par des influences secondes. Or, lorsqu'on emploie la méthode , que nous venons de

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décrire, on est forcé de n^liger cette circonstance importante; on ne peut en tenir compte. En effet, pour construire une série, il faut envisager chaque fait isolément, et le tirer, en quelque sorte, du milieu auquel il appartient, pour le placer dans la catégorie spéciale, ouverte pour tous les faits du même genre. Dans cet arrangement, les phénomènes n'ont de valeur qu'autant qu'ils sontparfaitement séparés, et mis dans une seulerelation, c'est-à-dire, avec ceux de diverse date, qui y ressemblent , de manière à montrer, simplement, quelle est la suite des croissances ou des décroissances de la même espèc^e. En un mot, la formation des séries brise le rapport, existant toujours entre les phénomènes contemporains, pour les placer dans un rapport, jusqu'à un certain point factice. Il résulte de là que l'usage de la méthode, dont nous nous occupons, a pour conséquence première, celle de détruire l'unité de l'histoire ; lohi de nous fournir le moyen d'une classification exacte des faits historiques, elle ne nous conduit qu'à établir des classifications artificielles, oîi la raison des choses sociales se trouve constamment plus ou moins altérée.

On pourrait passer sur cet inconvénient, si cette méthode ne nous donnait que des prévoyances assurées et rigoureusement formulées; mais, il n'en est point ainsi.

11 est à remarquer, d'abord, qu'elle ne nous

SIO INTRODUCnON

offre diieune indication pour reconnaître ^ soit quelles sont les Traies constantes soéiales, soit quel en est le nombre ; et c'est là« certaincmesnt, une cause de graves erreurs. On peut, on doit recommander de commencer le travail , par rétablissement des séries les plus générales, par celles ({Ui contiennent les faits dominans, et de nature à déterminer le mouvement de tous les autres. Mais, il n'est pas facile de savoir quelle est la série la plus générale. Laméthode, elle-même, ne nous dit rien à cet égard ; elle nous conduit, au contraire^ à détruire ce qui pourrait nous y aider, savoir, l'ensemble historique et les rapports naturels de dépendance des phénomènes. Aussi, toutes chances sont Ouvertes à l'erreur. En effet, la série la plus générale serait-elle celle qui contiendrait les faits qui émanent des passions et des intérêts individuels, ou les faits qui émanent des intérêts sociaux? Les faits les plus généraux sont-ils les faits scientifiques, ou les faits moraux; les faits religieux, ou les faits politiques; les faits intellectuels, ou les faits industriels, etc. ? La méthode n'offre point de solution à ces questions. D'où viendra donc la réponse? Chacun en donnera une, selon Topinion philosophique dont il sera préoccupé; et ainsi, il arrivera qu'au lieu d'une base scientifique certaine, nous nous trouvexons avoir un sujet de discussion.

La prévoyance, que nous offre l'usage isolé de

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cette méthode , e^t , d'ailleut^ , insuffisante. Qae pdUTOMMiôiid eti espéret, en effet? C'est seulement de satoiff ^etel ordre de faits tend à disparaître, et tel antre à s'accroître. Mais ce résultat ne présenta tieû d'assez nettement formulé pour en tirer mie conséquence pratique ; et, ce sont des conséquences de cette espèce, qui nous sont nécessaires, afin de rendre la science de l'histoire utile au progrès de la politique.

Les divers inconvénienà, que nous venons d'énumérer, disparaitraîent, et la méthode des séries deviendrait un instrument de prévision doué d'une puissance incontestable, s'il nous était possible de reconnaître, par une autre voie, tout ce qu'elle ne nous enseigne pas, c'est-à-dire, la nature, le nombre et l'importance relative des constantes sociales, ainsi que les causes des croissances et des décroissances dans chaque constante. Alors, nous serions certains de n'omettre aucune série, d'en connaître la valeur exacte ; et, en outre, n'étant, plus dans l'ignorance sur les principes, ou les raisons des progressions, nous pourrions reconnaître les conséquences futures des principes en croissance, de manière à en déduire une pratique sufBsamment formulée. Or, cette autre voie existe ; nous allons présenter la description d'une autre méthode plus compliquée, plus difficile, peut-être, à manier; mais qui nous fournira tous les élémens qui nous

manquent. La méthode que nous avons décrite dans le chapitre précédent, constitue, danslascience de rhistoire, ce d^é de prévision que nous avons dit être le premier où parvenait toute science, et oh la prévoyance résulte de la connaissance de la manière dont les phénomènes se passent, ou de la connaissance de Tordre de succession de ces phénomènes. La méthode, à laquelle nous consacrerons les chapitres suivans, nous donnera le deuxième degré de prévision, celui qui résulte de la possession de la loi de génération des phénomènes. Lorsque nous l'aurons acquise, nous verrons que le procédé, dont il s'est agi jusqu'à ce moment, en forme le complément, ou le moyen de vérification.

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