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DE LA GÉNÉRATION DES FAITS SOGAUX

DifficQllë de la qoestion. — Dans les choses sociales, tout effet est produit par l'activité hunuine. — De là, il soit qnUl faut chercher la loi de génâralioo des faiu sociaux, dans les lois de Pactivité humaine.— Quelles sont ces lois ?— Dans l'intérêt de cette connaissance, il n^y a rien a déduire d'applicable, soit de l'élude de Tessence de Tactivité, soit des catégories de la raison. — 11 est nécessaire seulement de connaître le fait pratique, ou le mode productif. — L'activité sociale se compose de la somme des activités individuelles. — Il y a parité entre la logique de Tactivllé individuelle et la logique de Pactivité sociale. — Démonstration de l'analogie existante entre les facultés de l'humanité et celle de l'individu. — C'est dans cette analogie que se trouve la loi de génération des phénomènes sociaux.

La connaissance de la loi de génération des phénomènes sociaux paraît , au premier coup d'oeil , d'une difGculté insurmontable. La question semble vague à force d'être étendue; et la solution semble impossible, tant il y a de manières diverses d'interpréter le problème, tant il y a de réponses possibles, tant il y a de systèmes opposés à con-

sulter et à discuter ; à celte vue, Ton désespère d'obtenir jamais, ce qui cependant est nécessaire , c'est-à-dire une réponse positive , unique , vérifiable, et à laquelle on puisse avoir confiance. Telles sont les apparences qui frappent en abordant le sujet ; mais, au fur et à mesure que Ton y pénètre, et surtout si Von n'oublie pas le précepte de Bacon , de ne s'attacher qu'aux choses simples , évidentes et communes , ainsi que celui de la logique Cartésienne de Port-Royal , de procéder du connu à l'inconnu , tous ces fantômes s'évanouis^ sent, et la voie nous apparaît nette et droite.

Notre point de départ sera un axiome d'une évidence telle, qu'il n'a besoin d'aucune démonstration : savoir que, dans les choses sociales, il n'y a rien qui ne soit effet de l'activité humaine. Cette proposition est d'une vérité absolue, qui ne souffre aucune exception; car, lors même qu'il y aurait fréquemment intervention d'une cause étrangère à l'humanité, soit de l'ordre naturel, soit de l'ordre surnaturel, il est impossible que i^tte cause produise des résultats ^ociaux^, autrement qu'en passant par notre activité, c'^t-à-dire qu'en devenant l'objet ou le motif de celle-ci. Nous pouvons donc, dès le début, poser en principe que la loi de génération de» phénomènes propres aux sociétés , doit être recherchée dans l'étude des lois de l'activité humaine.

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Or, quelles sont ces lois? Tusage ordinaire dans les questions analogues, est de recourir à des études sur la nature ou l'essence de l'aetivité spirituelle, ou sur les cat^ories de la raison pure (1). Mais les réponses que Von peut obtenir par cette voie, sont aussi peu sûres que les bases sur les* quelles elles reposent, Questril, en effet, possible de dire sur la nature de notre activité • qui ne soit aussitôt contesté par d'^cellens motifs ; qu'est-il possible d'affirmer sur les cat^ories de la raison, qui ne soit ausdtôt discuté et mis en doute? Y a-t-il là quelque chose de Yérifiable, ou dont chacun puisse s'assurer par .une observation portée en dehors de luir4nème? Au contraire, tout y est vague, incertain, contestable: rien n y est assuré, ni plus solide que les objections elles-mêmes. Ce serait* d'ailleurs, manquer aux règles que nous avons indiquées au commencement de ce chapitre, que de recourir à ce procédé . Nous ne chercherons donc pas à nous élever dans la, science des lois de l'activité, au-delà de la connaissance de la manière dont cette activité se comporte; il nous est inutile d'en pénétrer le secret ou l'essence , si nous parvenons à savoir comment elle procède en général. Aussi , nous bomeronsrnousà tenir compte des conditions et des

(1) C'est aiaei que Kant, Hegel, ci M. Coiisin , ont posé le problème.

formes usuelles de cette activité , c'est-à-dire, de quelque chose d'habituel et d'observable. Au reste, en nous comportant ainsi, nous ne sortons point de la ligne logique qui nous est tracée par le résultat que nous voulons atteindre. En effet, que sont les faits historiques dont nous cherchons la loi génératrice? rien autre que des formes spéciales de l'activité humaine. Quelle fin dernière désirons-nous obtenir? Celle de prévoir, c'est-À-dire une fin pratique pour laquelle il nous est nécessaire de principes également pratiques. Il est probable que si nous parvenions à trouver plus qu'une synthèse de la manière d'agir des hommes «.nous aurions quelque chose qui ne s'adapterait nullement aux actes produits par eux , et qui , par suite, serait impropre à nous rien apprendre sur leurs actions futures. En effet, les hommes ne sont pas des esprits purs ; ils sont soumis à des conditions corporelles, à des conditions de milieu et de relation qui ne peuvent pas être considérées comme indifférentes, surtout lorsqu'il s'agit de phénomènes dans lesquels la part appartenant au côté physique des choses, est toujours très considérable. Il est probable, même, que cette possession des lois de l'esprit pur ne nous apprendrait rien sur la marche des phénomènes sociaux, et que pour être au courant de celle-ci , il nous faudrait encore recourir à l'étude des conditions et des modes généraux de

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notre activité ; car, en définitive, l'histoire n'est que la narration des faits produits ; et, par suite, il nous est bien moins nécessaire , dans le but de la classification comme dans celui de la prévoyance* de connaître les facultés productrices abstraites, que de savoir quelles sont les formes, en quelque sorte instrumentales, de la production.

Tel est aussi Tunique but que nous avons besoin d'atteindre. Pour y parvenir, nous poserons , comme transition , entre l'axiome précédemment énoncé et la recherche que nous devons entrer prendre, la proposition suivante, qui n'est pas moins incontestable que la première : l'activité sociale se compose de la somme des activités individuelles , considérées dans les diverses relations de réciprocité , de nombre , de variété , de multiplicité, d'opposition, de durée, etc.

Cette proposition n'est que la traduction de l'axiome par lequel nous avons commencé le chapitre. Elle est également évidente par elle-même; car elle équivaut, en d'autres termes, à cette affirmation : que les choses sociales sont le produit de l'action combinée des forces individuelles.

n s'en suit, cependant, une conséquence importante : c'est que l'activité sociale doit participer, en quelque chose , des conditions et des modes de l'activité individuelle ; c'est que les phénomènes sociaux doivent porter l'empreinte des forces qui

les engendrent; c'est qu'il doit y avoir une parité quelconque entre la logique de Tactivité individuelle et la logique sociale; cest, en définitive, qu'il y a une certaine analogie entre le» facultés de rhumanité et celle de rbomme individuel.

Il nous parcdt inutile d'insister sur lexactitude de cette conséquence ; elle est d'abord démontrée parce qu elle est une conclusion directe de» axiomes précédens; elle est, en outre, vérifiable, comme nous le verrons plus tord : enfin , il suffira de la simple et superficielle d^éûnition qui va sui*vre, pour écarter toute espèce de doute.

H n'y a point d'activité sans but; et la société, à cetégard,nediffêre pas de l'individu. L'hommeest susceptible de croyance ou de doute, et lun et l'autre de ces états détermine son mode d'existence ; lorsqu'il croit, sa marche est ferme et assurée ; lorsqu'il doute, il reste immobile, ou il tombe dans le désordre.— Or, la société nous prései^te des phénomènes semblables.— *L'homme ne peut se passer d'enseignement ni d'éducation ; son avenir dépend et de cet enseignement et du soin qu'il a mis à en appliquer les conséquences à lui-'môme et aux autres.—Il en est de même d'une société. —L'homme vit doublement, selon l'esprit et selon la chair; il a des croyances, des devoirs ; et il est soumis à des appétits et à des besoins physiques. --- La société lui ressemble encore sous ce rapport ; elle subit, en

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même temps le joug, des devoin moraui et des nécessités d*une organisation politique. — Lorsqu'un homme accomplit un œuvre quelconque, il est obligé de subir les lois d'une certaine successi*^ vite. **<- La société est soumise aux mêmes obligations. «-^ L'homme, ayant d'agir, a besom de rai-* sonner son action ; et avant de la rcdsonner, d'en avoir eu la pensée. «^ Il n'en est pas autrement pour la société. -^ Nous pourrions prolonger, indéGniment, cette énumération, sans trouver jamms notre principe d'analogie en début, Nous terminerons notre comparaison par l'examen de l'une des similitudes déjà indiqua , qui nous parait la plus propre à faire bien comprendre la question toute entière ; et qui , de plus , est la plus im-portante à connaître. Nous voulons parler de la loi de successivité.

Une pensée ne peut être sociale, qu'à condition de présenter, aux hommes, une(Buvreà accomplir; oeuvre par laquelle ils sont constitués être collectif, et reçoivent un nom. et dans laquelle chaque partie intégrante, chaque individu, chaque génération, a sa part de travail, sa part d'espérance, et de satisfactions. Du but commun , se déduisent, naturellement, deux choses, savoir : une série d'actes successiÊ^ et généraux entrepris dans la vue de l'avenir de l'être collectif, et , en outre , une hiérarchie d'actes à accomplir dans chaque moment de

la vie de cet être. Or, tous ces actes sont des hommes ; ainsi , d'une part , ce sont des gouvemans , des dynasties, des générations; de l'autre, la hiérarchie sociale, et les variations de cette hiérarchie.

En effet, la successivité des actes dont se compose un seul acte , est la même chose que la successivité des divers travaux nécessaires pour arriver à un résultat qui est cependant unique. Aussi donne-t-elle lieu à ce qu'on appelle division du travail , soit que Ton considère chacune des œuvres partielles comme un temps du mouvement général , soit qu'on les envisage comme opérées, dans la même époque, par des individus différens, concourant, chacun pour une part, au hut commun. Le principe qui engendre le travail, est le pomt de départ de la division des actes elle-même.

Nous étudierons la division du travail sous deux points de vue différens; sous celui de la forme pratique , et sous celui de la forme logique. Dans , ces deux circonstances, les procédés sont dissemblables, comme les buts de l'activité. Nous commencerons par l'étude de la division du travail dans Tordre pratique.

La division du travail , dans l'ordre pratique , a des limites qu'elle ne peut franchir; ce sont celles de la division des actes , préétablie dans l'organisme humain; elle ne peut» en un mot,

donner lieu à une seule fonction au-delà des possibilités que tous les individus contiennent en puissance. Seulement , elle est d'autant plus parfaite , que chaque possibilité humaine est confiée à un agent mieux différencié ; et, tout est, d'ailleurs, admirablement préparé , pour qu'il en soit ainsi ; car l'intensité des aptitudes varie d'individu à individu. Mais en arrivant à ce degré extrême, il faut que chaque acte, ainsi représenté par un ouvrier différent, ou. par une génération, soit coordonné avec tous ceux auxquels il se rapporte, et en vue du résultat , de la même manière qu'il le serait, s'il était opéré , avec toute la série de ceux auxquels il tient , par un seul homme ; de telle sorte, qu'il n'occupe ni plus de place, ni plus de temps qu'il n'en tiendrait, si un individu l'accomplissait tout seul. En un mot, la division du travail n'est fractueuse , qu'autant qu'après avoir été isolées, toutes les parties sont ralliées les unes aux autres, convergeant vers un centre social, exactement comme toutes les facultés dont elles sont l'expression , sont organiquement enchaînées chez un individu.

Ce que nous avançons ici , est tellement vrai , que toutes les fois (pi'un acte , résultat de la division du travail, s'opère dans la société au-delà de ce qui est nécessaire, c'est-à-dire s'empare de plus de place , et prend plus de temps qu'il n'en

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doit occupet ; toutes les fois qu'il sort des limites qui lui sont imposées par set rapports , cet acte reste nul en tout te qu'il a de trop ; les hommes qui Vont exécuté souffrent ou meurent. C'est ce qu'en industrie , led économistei appelldOt produire trop.

Ainsi , on Voit que la division du traml suppose la coordination des parties^ c'est-à-dire un gouvernement; et» bien plus, que le travail ne se divise jamais que par déduction d'un point de vue unitaire Ou synthétique. 11 est même à remarquer que nul système d'actes n'existe aujourd'hui à l'état de division, qui n'ait commencé auparavant par être exécuté pai^ Une seule main* L'homme, en quelque sorte , commence par tout faire, ou autrement l'humanité commence par n'admettre dans son sein que quelques spécialités très générales , qu'elle confie h diverse aptitudes ouvrière» : puis, successivement» ces spécialités se subdivisent jusqu'à atteindre le dernier terme de spécialisation possible.

Nous avons, peutrétre, trop insisté sur le mode par lequel s'opère la division du travail; maïs nous voulions fixer, fortement l'attention du lecteur sur ce fait; parce que lorsqu'on le connaît bien, on sait alors parfaitement ce que l'on doit entendre par l'analogie des facultés individuelles et des facultés sociales. Nous croyons que l'exa-

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men précédent ne laisse point de doote , sor ce fait» que rhumanité procède à la ditision da tratail, en partant de l'unité qui est le but, pour arriver aux détails qui sont les moyens, ùmr ment, d'ailleurs ^ s'il en était autrement, pourrait-on fonder un syslkoe de peines et de récompenses, et un système d'éducation, soit générale, soit professionnelle, etc. Au reste, ce que nous atons dit pour la dirisicni des travaux , eit vrai , sons un grand nombre de rapports, pour toutes les manières d'être de l'humanité, aussi bien pour la production des faits scientifiques , pour l'application des théories à la pratique, que pour les actes industriels* etc.

n y a, é^lementf quant aui formes logiques, une certaine analogie entre les procédés industriels et les procédés sociaux. L'homme, à tout instant, fait des iqnithèses et des analyses ; la synthèse est un but d'activité quelconque, un plan, un projet; de ce point de vue, il coordonne ses actes ; et, enfin, lorsqu'il procède à la réalisation, il fait une véritable analyse , chaque acte particulier devenant , en quelque sorte, comme un objet matériel, particulier, dont il doit s'occuper uniquement, pendant un certain temps. L'homme procède, aussi, tantôt à priori, c'est-à-dire, d'un point de vue purement spirituel, et, tantôt à posteriori, c'est-à-dire, sous l'influenced'une impression toute sensuelle. L'homme,

enfin, n'agit qu'après avoir raisonné, calculé, ou préparé les xnoyens, et il ne raisonne, calcule et prépare des moyens que parce (pi'il désire atteindre un but. L'humanité, sous tous ces rapports, ne fait pas autrement. Seulement, les agens de l'humanité, dans ce genre d'activité, sont des individus différens , des générations, des pouvoirs, etc.' Seulement, l'humanité opère, simultanément, les actes de ce genre, dans des buts divers, en vue du présent et en vue de l'avenir. Seulement, ces actes, qui , dans un homme, peuvent ne durer que quelques minutes, occupent, dans l'humanité, des générations entières, et remplissent des siècles. Seulement, ces actes, qui , dans l'homme, ont lieu, la plupart du temps, librement et sans obstacles, sont toujours, dansl'humanité, accompagnés d'une lutte plus ou moins vive, d'une opposition plus ou moins forte. De là, ces différences que nous avons dit exister et dépendre des relations de réciprocité, de nombre, de durée, d'opposition, etc.

Nous n'insisterons pas d'avantage sur ces observations ; ce serait anticiper sur ce que nous avons à dire ; la suite de notre ouvrage en offrira un développement, sufOsamment étendu, pour satisfaire nos lecteurs.

Nous pouvons, cependant, déjà, dès ce moment, considérer l'analogie des facultés sociales et des facultés individuelles, comme un résultat acquis.

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Or, il s en suit que la loi de génération des phénomènes propres aux sociétés, doit être trouvàe dans celte analogie.

Ce principe étant posé, il nous reste à rechercher si nous y rencontrerons, en effet, les élémens des conditions, que, dans un chapitre précédent, nous ayons énoncées comme nécessaires à une construction scientifique; savoir, des constantes et des variations, ou, plutôt, une loi des constantes et une loi des variations. Ce sera l'objet des chapitres suivans. Nous commencerons par nous occuper des constantes, parce qu'il est conforme aux règles de la logique d'étudier, d'abord, ce qui ne change pas, ou ce qui forme la base du mouvement, avant de traiter de ce qui est mobile.

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