CHAPITRE VI
DiES CONSTANTES SOCLIXES.
Le but 4^«€(ivitié commaac «st la première consUttte sociale. -^ Nëceiské et caractères de ce bat.— Il joue le rôle de synthèse dans la société. — Il engendre les constantes suivantes. — Ganservation spirituelle du but. «- Conservation matértelle do but. ^ Organlsalion militaire. — Organisation de la famille. — Conservation des individus. — Propriété. •— Production. — Distribution.— Hygiène. — Fonction du pouvoir. — Origine et relation du devoir et du droit. -*. Comparawoa dea rëvolotioos observées dans ces diverses constantes, avec les opérations logiques désignées sous les noms de synthèse et d^analyse. •— Exemple pris dans la société française.—- Rapport entre le présent chapitre et les chapitres suivans. — Questions qui restent à traiter.
Le but d aetivité commune est la première des consfantes sociales ; c'est celle qui engendre, classe, détermine et gouverne toutes les autres.
Sans but d'activité, il n'y a pas, en effet , de société possible parmi les hommes, même dans les limites les plus étroites . Nous avons déjà fait mention , dans nos prolégomènes, de cette condition d'existence nécessaire à toute espèce d'association ; mais nous ne saurions trop mettre en évidence une vé-
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rite à laquelle tout tient en politique, ni trop insister sur un principe que tous les publicistes semblent ignorer et dont aucun certainement n a apprécié la valeur.
Un grand nombre de philosophes , et la plupart des publicistes distingués du xvu*' siècle, ont reconnu que l'état de société ne pouvait exister, dans Te^èce humaine , sans une certaine communauté de crdyance, de langage et d'habitations. Mais , ces circonstances ne su£Qsent pas; on a des preuves très multipliées que des populations ayant exactement les mêmes croyances , parlant une même langue , vivant sous le même climat et rapprochées de plus par le voisinage des habitations, ne forment cependant point une nation. Ces circonstances montrent qu'elles ont été unies , ou qu'elles peuvent l'être facilement, mais non qu'elles le soient (1). On a enfin, par contre, l'exemple de peuples, différant en beaucoup de points, dans les mœurs, les usages, la langue, et qui cependant ont formé des nations (2).
n faut , en effet , pour constituer les hommes en
(1) Voyez, dans les temps anciens, Fltalie avant la domination des Romains, la Grèce où i! y avait autant de nations et de bots divers qae do eités. Voyez, dans les temps modernes, l'AUeroagne, ritalie, l'Amérique méridionale^ etc.
(â) Voyez la France des vi% vu*' ei vuie siècles. Voyez la société caUialique.
état de société, plus que des relations de ce genre. Il ne suffît même pas qu'ils acceptent tous le même but, s'il ne résulte de là qu'une certaine analogie ou une certaine similitude dans la vie individuelle : il faut, encore, qu'ils agissent ensemble, ou, en d'autres termes , qu'ils soient , à tout instant , unis dans le même acte. Il faut qu'ils poursuivent incessamment une œuvre collective ; de telle sorte que tous les individus, dans chaque génération ef dans la suite des générations, se manifestent comme une seule unité active, ou, comme s'ils n'avaient qu'une seule chair et une seule âme, comme s'ils n'étaient qu'un seul homme. Il faut, enfin, que la société soit un corps qui se meut , non particulièrement pour les personnalités qui le composent et que la mort change chaque jour ; mais comme un être qui ne meurt point, en vue de son but, de sa croyance et de ses intérêts de corporation.
Aussi , les élémens d'un but d'activité commune telle que nous venons delà définir, ne se trouventils que dans une croyance contenant l'indication de certaines transformations que la société est appelée à opérer, soit sur elle-même , soit dans le monde humain, soit dans la nature brute. Si , en effet, la formule du but ne proposait pas un devoir à accomplir, une tâche à remplir, elle ne pourrait être le principe d^aucun mouvement collectif; les hommes n'auraient jamais ni besoin, ni motif d'agir en
société. Or, rion ne vit dans le monde s'il ne^ se meut ; et la société , à cet ^ard , ne diffère pas de l'individu. H est d'expérience que toute nation n a vécu qu'autant qu'elle a agi en vue d'un résultat à atteindre, et que toute nation est morte du jour où son œuvre a été négligée ou terminée (1).
On pourrait croire que cette dernière condition, savoir celle d'offrir le principe de certaines transformations à opérer, soit chose facile à inviter, en quelque sorte arbitraire, telle en un mot que les hommes ne puissent jamais manquer de l'apercevoir lorsqu'elle est présente, ou de Timaginer lorsqu'elle est absente; mais, rien ne serait plus faux qu'une telle pensée, et, disons-le d'avance, rien ne serait plus dangereux. S'il en était ainsi, comment se ferait-il que la valeur du but d'activité eût été comme ignorée jusqu'à présent ; comment se feraitil que des nations entières hésiteraient sur leur but, et par exemple, la France en ce moment? Enfin , pour en revenir à des argumens rationnels, seraitce un fait , facile au caprice ou à l'arbitraire , un fait, aisé à imaginer, que celui de reconnaître quel rapport réel et fondamental existe entre le passé et l'avenir, de reconnaître quel est le rapport existant
(1) Voyez r histoire de la Judée, celle de la Macédoine, celle de la Répabliqae romaine, et» dans les temps modernes, celle de TEspagne, da Portugal, etc.
entre l'œuvre nationale à accomplir et la fonction terrestre de Thumanité toute entière? Cette connaissance est d'une telle difficulté . que nul homme , jusqu'à ce jour , nel'a obtenue par lui-même; mais ce n'est pas le moment d'approfondir cette question. Nous y reviendrons plus tard. Maintenant nous ne devons étudier notre sujet que sous la forme abstraite. Le simple énoncé du problème suffisait pour que nos lecteurs sussent tout ce qui est nécessaire actuellement sur la nature de la constante que nous appelons du nom <le but d'activité sociale.
Si, pour juger de la valeur du fait qui nous occupe, on faisait usage d'un principe admis dans les sciences mathématiques et physiques, savoir, que la vérité d'une formule ou d'une proposition se juge par la fécondité qu'elle offre et par la facilité des applications qu'elle fournit , on devrait considérer l'idée de but comme l'une des plus vraies et des plus importantes qu'il nous soit permis de concevoir. Nous allons montrer quelque chose de la fécondité de cette idée ; mais nous ne pourrons , même dans le cours tout entier de cet ouvrage, donner un aperçu des applications nombreuses et des explications multipliées qu'on peut en déduire.
Sans un but d'activité tel que celui dont nous nous occupons, une société ne peut ni commencer ni durer. Ce principe est le générateur et le soutien de toutes les constantes sociales. H est, comme nous
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allons le voir, la synthèse d*oii on les déduit à priûri et vis-à-Yis laquelle on les vérifie à poskritm. De l'acceptation du but d'activité commune naît la nécessité logique d'en conserver intégralement la doctrine, non--seulement dans le temps présent, mais encore dans la suite des temps. De là, des in» stitutions de conservation et de transmission ; de là l'éducation qui est chargée de le faire passer de générations en générations; de là, le dogmatisme destiné h maintenir l'intégrité de la formule initiale ; de là, une justice pour la sanctionner ; de là, enfin . des arts et des enseigneroens de diverses espèces propres à la faire aimer et à la démontrer de toutes manières ; fonctions qui sont toujours représentées dans la société, et constituent la seconde des constantes sociales. Mais les formes de la représentation peuvent diflTérer sous l'influence des causes de variations que nous examinerons dans les chapitres suivans. Tantôt la fonction de la conservation spirituelle du but , a pour agent une caste sacerdotale héréditaire ou un clergé électif; c'est la forme qui signale les premiers temps de l'acceptation ; tantôt, l'œuvre dont il s'agit, est confiée à plusieurs corporations indépendantes les unes des autres ; c'est la forme qui succède à la précédente ; tantôt enfin, la tâche est abandonnée à l'intelligence individuelle , le caractère de corporation restant seulement aux parties de la fonction qui ne peuvent pas en être
complètement dépouillées. Cette dernière forme est la troisième de celles sous lesquelles la constante dont nous nous occupons, se présente dans Thistoire. Elle signale toujours la décadence des sociétés, ou, au moins, elle annonce que Vexistence ea est menacée.
Si Ton veut bien se figurer, par la pensée, le mouvement de Fidée sous les trois formes dont nous venons de présenter la succession de la manière la plus abstraite qu'il nous fut possible d'employer, on trouvera que ce mouvement représente celui d'une opération synthétique dans laquelle , d'échelon en échelon , on descend , de l'unité, jusqu'aux derniers détails de l'analyse , à ce point qu'arrivé au terme de la carrière, on a perdu la vue du point de départ. Et , dans les choses sociales, cet oubli du point de départ , est d'autant plus compréhensible que chaque échelon est une durée de plusieurs siècles , chaque mouvement , une révolution poursuivie par plusieurs générations.
La troisième constante sociale est relative k la conservation matérielle du but. Elle comprend diverses constantes secondaires qu'il serait trop long d'énumérer. Nous les diviserons en deux classes, division, qui, d'ailleurs, est conforme à ce que nous trouvons dans l'histoire. La première de ces constantes secondaires a pour but la résistance ou la défense de la doctrine ; elle est représentée par
rinstitution militaire. La seconde a pour but lextension et la conservation du milieu social. Elle est représentée par l'institution du mariage et de Ic^ famille.
La fonction militaire est confiée, tantôt à une caste héréditaire (1) , à une tribu (2) ou à une na-* tion (3), et tantôt à une corporation élective. Les révolutions, auxquelles celte institution est sujette, d'après des causes que nous examinerons plus tard, sont analogues à celles dont il a été question dans l'esquisse de la constante précédente. Il est donc inutile de nous y arrêter ; mais, il est une circonstance remarquable que nous devons noter : c'est que les premiers temps de la dégradation des institutions de conservation spirituelle sont signalés par l'usurpation des castes militaires ; celles-ci subaltemisent la puissance sacerdotale ou s'en emparent. Nous verrons que cette circonstance explique un grand nombre de faits historiques.
L'institution du mariage et de la famille est un fait constant, mais, non pas pour tous les hommes, à toutes les époques. Dans les anciennes sociétés, on remarque qu'elle existe seulement pour les classes supérieures, les castes sacerdotales ou guer-
(1) Voyez Tancienne Egyp(e> les Iodes» Sparte, etc.
(2) Voyez chez les Slares, les Tatars, etc. (3j Voyez là France da vi« au xi« si^le» etc.
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rières ; les esclaves ne jouissent ni du droit du ma-^ nage, ni de celui delà famille ; c'est qu'à vrai dire^ ils ne faisaient pas partie de la société ; ils étaient considérés, seulement , comme des instrumens de travail.
' La quatrième constante sociale comprend les in-' slilutions qui ont pour but la conservaticm de la société , en opérant celle des individus ; elle est représentée, dans l'histoire, par des institutions très variables, relatives à l'organisation delà propriété, à la production et à la distribution des richesses, ainsi qu'à l'hygiène. Les faits, qui appartiennent à cette constante , sont , toujours , dans une dépendance immédiate du règlement qui gouverne les constantes précédemment énumérées.
La cinquième constante sociale est colle qui est relative à l'administration et à l'application du but d'activité ; c'est le gouvernement ou le pouvoir exécutif. Nous faisons mention, de cette fonction, seulement, en ce moment, non parce que nous là considérons comme l'une des dernières, dans l'ordre de l'importance , mais, parce que l'histoire nous montre qu'elle petit appartenir à plusieurs des institutions diverses que nous avons indiquées , tantôt à la caste sacerdotale, tantôt à la caste militaire, et , tantôt, môme, ni à l'une ni à l'autre. L'utilité , comme l'autorité d'un pouvoir gouvernant , émane directement de l'acceptation du but
d'activité sociale. En effet , il faut que toutes choses soient coordonnées en vue de la fin à accomplir ; il faut que toutes les parties du mécanisme social concourent, chacune selon ses aptitudes et ses forces, et chacune selon le temps, à l'acquisition du résultat proposé. Non-seulement chaque insti* tution spéciale , mais encore chaque génération a , en quelque sorte, une tâche particulière à remplir. Le travail de la veille ne ressemble pas à celui du jour, le travail des ims à celui des autres, et, cependant, tous les travaux, doivent, sous peine d'être stériles, conclure au même point. De là , la nécessité, en quelque sorte rationnelle, d'un plan fait à l'avance ; de là l'utilité d'un pouvoir prévoyant , chargé de diriger le mouvement social. Malheureusement , dans la réalité des choses humaines, un tel pouvoir a rarement existé d'une manière suivie ; ce n'est qu'à de longs intervalles qu'on le voit placé, à celte hauteur, par quelques hommes. Dans les temps ordinaires, les gouvemans n'ont d'autres guides que quelques maximes dont ils ont hérité, et la force de l'impulsion qui a été donnée par le génie de leurs prédécesseurs ; cependant, tairtque l'impulsion continue, ou tant que le but n'en est pas épuisé, il arrive que ces médiocres successeurs d'un grand homme jouissent d'une au:torité incontestée; mais, aussitôt que le résultat est atteint, ou aussitôt que les maximes léguées sont
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mises en oubli, ils perdent la confiance des peuples; leur légitimité est contestée, et bientôt mise à néaiit. C'est ainsi que le pouvoir, bien que toujours existant, dans une société, est cependant un attribut mobile, allant en divers lieux, et se transportant partout où se trouve Tintelligence du but d'activité.
Nous terminerons Ténimiération , dont nous nous occupons , en faisant mention de deux constantes qui émanent de toutes celles que nous avons nommées, et qui forment les liens par lesquels chaque membre de la société est rattaché à lensemble , et, en même temps, à la fonction spéciale qui lui est échue. Je veux parler du devoir et du droit. C'est par là, en effet, que chaque individu est mis en rapport , et avec le but général moteur de la société , et avec les fins particulières propres aux divers genres de conservation, de travaux et de progrès ; c'est, par là, en un mot, qu'il tient à l'unité, et qu'il devient partie active de la communauté.
Dans l'ordre de la génération logique , le devoir est antérieur au droit ; il ressort immiédiatement de l'acceptation du but ; car , sans le devoir qui met l'activité spirituelle et physique de chacun au service de ce but , la société ne commencerait pas ; elle n'aurait point de durée et ne produirait aucun fruit. Le droit est le moyen du devoir ; il en émane. En effet , qu'est-ce que le droit? Ce n'est rien de plus que l'usage des facultés et des choses
nécessaires à raccomplissement du devoir I II y a cela à remarquer dans la relation qui eiiste entre ces deux principes ; c'est qu'au début des sociétés , lorsque les hommes encore voisins de leur point de départ , n'ont rien perdu de la notion de leur but commun, le devoir prédomine le droit. Le contraire arrive lorsque la pensée du but s'affaiblit ou s'éteint ; c'çst le droit qui acquiert la supériorité et qui bientôt règne à tel point , que , théoriquement et pratiquement , on y place l'origine du devoir. Ce phénomène s'observe aussi bien dans la décadence des sociétés , que dans celle de chacune des corporations chargées de représenter les diverses constantes que nous avons citées. Ainsi , successivement, on voit dans l'histoire d'un grand nombre de sociétés , le pouvoir , puis les corps enseignans, puis les corps militaires, etc., prendre pour des droits émanant d'eux-mêmes et leur appartenant, lesprivilèges oul'autorité qu'ils avaient acquis conmie moyen de leurs dévoua ; mettre ceux-ci en oubli , ne s'attacher qu'aux premiers , et se séparer complètement ainsi du but de leur institution. Or , du moment où des hommes quel qu'ils soient , en quelque lieu qu'ils soient placés , ne représentent plus qu'eux-mêmes ,' il arrive que la société est mise en péril , et qu'elle est réduite à cette extrémité, ou de se dissoudre, ou de se sauver par une révolution.
Nous De pouàserons pas plus ayant cet eiamen du devoir c^ du droit ; il nous su£Qt de les aycûr mentionnés comme des constantes propres à servir de base pour la construction des séries. Nous ferons remarquer cependant, que la relati(m qui existe entr'elles, est sujette à une succession de transformations , en rapport avec les d^pradâtions que nous avons montrées dans toutes les autres constantes. Ainsi , se trouve vérifié ce que nous avons dit plus haut , savoir : qu'un but d'activité commune est comme une grande synthèse d'où non-seul^nent l'on déduit l'organisation toute entière et toutes les œuvres d'une société , mais encore d'où émanent des particularisations multiples qui ai offrent comme l'analyse. Dans le mouvement de cette grande opération de logique sociale , le règne du devoir représente la partie synthétique ; et le r^e du droit en présente la partie analytiique.
Il est nécessaire de faire comprendre par un eiemple ce que la brièveté de ces formules pourrait laisser dans l'obscurité. Nous le choisissonsdaus l'histoire de France ; bien entendu que nous n'mtendons point donner ici la synthèse complète de celle-ci ; mais seulement (feUe d'une période qui touche presque notre temps! En ne remcmtant pas au-delà du x^ siècle , on peut considérer les divers pouvoirs français , comme présentant une relation hiérarchique , assez logique, et leur action comme
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Opérant dans une Toie également synthétique. Le pouvoir royal travaille à établir partout Tunité de devoirs et de droits; le clergé l'enseigne et en donne Teiemple ; la noblesse féodale , tantôt appuie le mouvement et tantôt y résiste. Tout marche d'abord aussi bien qu'il est permis dans les choses humaines. Pendant trois siècles et demi , tout semble l'effet d'une coneeption synthétique qui s'effwoe d'atteindre les diverses particularités qu'elle doit réglementer. Mais, alors, par des moti& que ce n'est pas ici le lieu d'énoncer , alors tout change. Les divers pouvoirs prennent , de plus en plus , pour des droits , l'autorité et les privilèges qu'ils avaient acquis au i»rix du devoir , et finissent enfin par s immobiliser dans la conviction et la jouissance de ces droits. Les pouvoirs » ayant perdu la vue du but d activité sociale , cessent de diriger leurs sujets ; mats leurs enseignemens antérieurs ont fructifié. Au nom de leur propre droit , ces sujets demandent compte aux privUégiés des devoirs qu'il n'accomplissent pas. La révolution française abat ces sommités devenues stériles depuis si longtemps. La doctrine des droits est mise à leur place. Or, que produit cette doctrine ? tous les intérêts , toifô les besoins inaperçus , toutes les exigences , toutes les prétentions, se montrent et réclament à la fois. C'est une multitude composée de parties désunies, diverses, dissemblables, qu'il s'agit de savoir grouper ou
réorganiser. Cette multitude offre un tableau analogue à celui que présente une analyse, avant que la synthèse soit venu réunir ce qu'elle a séparé.
Si Ton veut bien méditer sur cet exemple et y ajouter les détails qui nous sont interdits en ce lieu, mais que nous avons suffisamment indiqués , on comprendra clairement, non-seulement ce que nous avons voulu exprimer par les deux mots d'analyse et de synthèse empruntés à la logique, mais encore le mouvement de dégradation dont il a été question à l'occasion des diverses constantes. Le temps nous presse et l'espace nous manque pour en dire davantage.
Nous aurions pu nous étendre sur la question des constantes, nous aurions pu en énumérer un plus grand nombre. Mais nous serions sortis du cadre qui nous est imposé par la nature de cet ouvrage et j'aurais empiété sur un traité de politique que je me propose de publier. Nous n'avons omis aucune de celles qu'il est important de connaître ; nous avons cité toutes celles qui , dans l'histoire et dans l'institution des séries, jouent le rôle de principes générateurs.
Mais, maintenant que nous avons terminé l'examen des constantes , il nous reste une étude plus difficile encore ; c'est celle des formes sous lesquelles se manifeste le mouvement progressif ; c'est celle de la loi des variations. Nous diviserons cette
partie de notre travail en deux chapitres : dans le premier , ndus nous occuperons du mode logique ; et , dans le second , du mode tend&ntiel.