‹ Introduction à la science socialeChapitre 23 sur 63 · Principles of Surgery, 5° édit., p · texte numérisé non relu

Principles of Surgery, 5° édit., p

gi + and Foreign so con shosréh dent Review, Janvier 187, p. 105

| 8 Ibid, p. 106.

« dies les plus répandues, et tout ce que je puis dire, c’est « que je ne comprends absolument rien à ce que racontent « les avocats des Acts en question; ils me font l'effet d’exa-. « gérer prodigieusement. »

M. Wyatt, chirurgien-major des Gardes Coldstream, inter rogé par la commission de la Chambre des lords, a déclaré partager entièrement l’opinion de M. Skey. En réponse à la question n° 700, il a dit :

« L'espèce de syphilis qui se produit de nos jours, a un « caractère extrêmement benin, Elle n’exerce plus aucun «de ces ravages qui autrefois altéraient l’extérieur et la « physionomie des hommes atteints.

« .… C'est un fait incontesté, qu'en Angleterre et en « France la maladie a beaucoup perdu de son intensité. — « Question 708 : Si je vous comprends bien, votre opinion «est qu'en général, indépendamment des effets de l’Act, « la maladie vénérienne a pris un caractère plus bénin ? « Réponse : Oui, c’est un fait constaté par tous les méde: « cins, civils ou militaires. »

Le docteur Druitt, président de l’ Association médicale et sanitaire de Londres, a déclaré dans un des meetings de la société :

« Qu’il était en mesure d'affirmer au nom de trente-neul «années d'expérience, que les cas de syphilis étaient rares « à Londres dans les hautes classes et les classes moyennes, «et qu’ils ñe tarderaient pas à disparaitre, »

M. Acton lui-même, médecin spécialiste qui a contribué plus que personne à l’adoption des Acts, a reconnu devant la commission des lords que « la maladie est plus bénigne qu'autrefois. »

Vient enfin de tous les témoignages le plus important, cehi de M. Jonathan Hutchinson, l’homme qui de l'avis de tous est le plus compétent sur la question de la syphilis héréditaire. C’est en grande partie à ses découvertes qu’on doit d’être parvenu à reconnaître sûrement la présence de la syphilis. M. Hutchinson devait donc être plutôt disposé à exagérer le nombre des cas de syphilis héréditaire. Il 3 cependant écrit, du temps où il était directeur du British Medical Journal, les lignes suivantes :

« Quoiqu’on ait généralement l'impression du contraire,

« des découvertes récentes, jointes à un examen plus appro- « fondi, ont amené à restreindre le domaine de la syphilis, « bien loin de lui faire accorder une plus grande importance «en tant que cause d’affections chroniques... quoique « nous ayons rangé au nombre des affections syphilitiques « caractérisées, certaines maladies appartenant à une va- « riété autrefois non reconnue, nous avons exclu de cette « catégorie un bien plus grand nombre de maladies qui « passaient pour suspectes.…. Nous en sommes arrivés à « reconnaître aux dents et à la physionomie, l'individu qui « a reçu par voie d hérédité une forte dose d'infection; mais « ceux qui croient le plus fermement à la valeur de ces « symptômes, croient aussi qu'en Angleterre ils ne sont « pas présentés par un individu sur 5,000 habitantst, »

Les chirurgiens du continent sont d'accord avec les nôtres. Il y a longtemps, Ambroise Paré déclarait « que la maladie devenait évidemment plus bénigne tous les jours »; Auzias Turenne affirmait « qu’elle allait en s’affaiblissant dans toute l’Europe. » Astruc et Diday sont du même avis. L'autorité la plus récente, Lancereaux, dont l'ouvrage a été jugé si remarquable que la Société Sydenham l’a traduit, affirme ce qui suit : |

« Dans ces cas, qui sont loin d’être rares, la syphilis n’est « qu’une maladie avortée ; légère et bénigne, elle ne laisse « derrière elle aucune trace fâcheuse de son parsage. C’est « un point dont on ne saurait surfaire l'importance. De nos « jours surtout, en présence de l’effroi exagéré qu'’inspire « encore la syphilis, il faut qu’on sache que dans un grand « nombre de cas cetle maladie disparaît complètement après «la cessation des éruptions cutanées, quelquefois même «avec la lésion primitive ?, »

Le

1. British Medical Journal, 20 août 1870. — J'ai pris la précaution d’aller voir M. Hutchinson pour vérifier cet extrait, et pour tui demander ce qu’il entendait par forte dose. J’ai vu qu'il voulait simplement dire « discernable. » Il m'a expliqué comment il avait établi son calcul; il s’y était pris de façon à exagérer le mal plutôt qu’à l’atténuer. J’ai aussi appris de lui que, dans la très-grande majorité des cas, les gens chez qui l'infection héréditaire est discernable passaient leur vie sans que leur santé en fût sensiblement altérée. Fe

2. Traité sur la Syphilis, par le D' E. Lancereaux, vol, II, p. 120. —

On aura peut-être remarqué que les témoignages précités sont des témoignages de choix, émanant d'hommes à qui une haute position, une longue expérience, ou une spécialité donnaient toute qualité de juges. Les témoignages à leur opposer sont ceux de Sir James Paget, de Sir W. Jenner et de M. Prescott Hewett, qui regardent le mal comme extrêmement grave. Peut-être invoquera-t-on aussi un document officiel qui déclarait, à propos des appréciations des trois personnages susnommés, que les idées de ces auteurs rencontraient « l'approbation énergique de nombreux praticiens.» Le même document nous apprend « qu’à peine quelques voix isolées se sont élevées pour dire qu’on avait exagéré le mal. » Cette phrase ne donne pas une idée parfaitement juste de la valeur des témoignages que nous avons enregistrés plus haut, d'autant qu’il faut ajouter au poids de tous les témoins en tant que médecins, le poids de plusieurs d’entre eux en tant que spécialistes. Il serait impossible de dire le chiffre exact de voix qu’obtiendrait chaque opinion dans le corps médical, à moins de dresser une liste de tous les médecins et chirurgiens du monde; mais nous avons un moyen de juger laquelle des deux manières de voir a en réalité « l'approbation énergique de nombreux praticiens : » il suffit pour cela de prendre un groupe médical circonserit. Sur cinquante-huit médecins et chirurgiens résidant à Nottingham ou dans ses faubourgs, cinquantequatre ont apposé leurs signatures à un compte-rendu destiné au public; il constate que la syphilis « est devenue beaucoup plus rare et qu’elle a pris un caractère si benin, que c’est à peine si nous reconnaissons la maladie décrite par nos ancêtres. » Au nombre des signataires étaient presque tous les médecins occupant des positions officielles dans la ville : le doyen de l'Hôpital Général, le chirurgien honoraire du même hôpital, les chirurgiens de la prison, du dispensaire général, de l'Hôpital libre, de l'Hôpital de

J'ai pris cette citation dans l'ouvrage même; j'ai également puisé dans les originaux les opinions de Skey, Simon, Wyatt, Acton, de la British and Foreign Medico-Chirurgical Review et du British Medical Journal. On trouvera le reste des passages cités, ainsi que beaucoup d’autres sur le même sujet, dans la brochure du Dr C.-B. Taylor sur The Contagious Discases Acis.

l’Union, les quatre chirurgiens de l'hôpital Lock, les docteurs attachés au Conseil de Santé, à l'Union, à l’Asile de Comté, etc. etc. Au moment même où j'écris, un témoignage de même nature m'arrive sous la forme d’une lettre publiée dans le British medical Journal du 20 juillet 1872 par le docteur Carter, médecin honoraire de l'hôpital Sud à Liverpool. M. Carter expose qu’à la suite de plusieurs discussions à l'Institut médical de Liverpool, il a « rédigé en personne, sous forme de pétition, un document formulant un blâme énergique contre les Acts…. En quelques jours, la pétition a été revêtue de 108 signatures (de membres du corps médical). Pendant que ceci se passait, ajoute M. Carter, « quelques personnes s’efforçaient de recueillir des signatures de médecins, pour la pétition en faveur des Acts eonnus sous le nom de Mémorial de Londres ; elles ne purent réunir que 29 signatures en tout. »

Cependant, malgré l'abondance et la valeur des témoignages précités, il a été possible de présenter la situation sous un jour tel, que le public et le pouvoir législatif ont été persuadés de la nécessité de prendre des mesures énergiques pour arrêter les progrès croissants du fléau. Ainsi que l'écrivait dernièrement un membre du Parlement, « nous étions certains, d’après des témoignages dont il semblait impossible de contester la valeur, qu’une épouvantable maladie constitutionnelle minait la santé et les forces de la nation, faisant surtout un grand nombre d'innocentes vietimes parmi les femmes et les enfants. »

Remarquez ici une circonstance frappante : en semant la panique, des idées aussi fausses peuvent compromettre les résultats de l’expérience accumulée d’une suite de générations, et rendre aveugle sur des faits qui semblaient hors de question. Jusqu'à ces derniers temps, la procédure anglaise était basée sur ce principe : la loi ne peut intervenir que lorsqu'il y a eu dommage évident. Les efforts tentés pour éviter les maux effroyables engendrés par le principe contraire, avaient insensiblement amené une conformité entre les formalités de la procédure et cet axiome. Ainsi que l'a dit un professeur de jurisprudence, « tout le système compliqué de garanties et de contrôles établi par la loi anglaise et consolidé par une longue série de conflits constitu-

tionnels, a eu pour objet d'empêcher que sur les seuls soupçons, feints ou sincères, d’un agent de police, un innocent puisse être traité, même momentanément, comme un v oleur, un meurtrier, ou un autre genre de criminel. » Aujourd’hui pourtant, sous l'influence de la frayeur sans fondemen t qui s’est emparée des esprits, « on n’a pas hésité à oublier, sans aucune nécessité, la sollicitude montrée jusqu’ici par la Loi pour la liberté personnelle du plus humble citoyen *. » Etant donnée la nature humaine, on peut conclure à priori, qu’en moyenne il sera grandement abusé du pouvoir irresponsable. L'histoire de tous les peuples, à toutes les époques, fourmille d'exemples confirmant cette hypothèse. Le développement du régime représentatif n'est que le développement d’une combinaison destinée à empêcher les abus outrageants du pouvoir irresponsable. Chacune de nos luttes politiques, aboutissant à un nouveau progrès dans le sens des institutions libres, a eu pour objei de mettre fin à un des abus les plus criants du pouvoir irresponsable. Cela n’empêche pas aujourd’hui de nier implicitement des faits que notre propre expérience nous met pour ainsi dire Sous

la main et qui sont confirmés par l'expérience de toute l’humanité; et on affirme implicitement qu’il ne sera pas grossièrement abusé du pouvoir irresponsable. Tout cela à cause

d'une panique créée artificiellement au sujet d’une maladie

qui s’en va, qui ne fait pas une victime contre quinze qu’en-

lève la scarlatine, et qui met dix années à tuer ce que la

diarrhée tue en une seule.

On voit par là les dangers contre lesquels il faut se tenir en garde en recueillant des données sur les questions s0ciologiques actuelles et encore plus sur celles du temps passé. En effet, les témoignages qui nous été conservés sur Vétat social, politique, religieux, judiciaire, physique, moral, etc., d'autrefois , et sur l’action exercée à l'encontre de ces différents états sociaux par des causes particulières, ont risqué d’être encore plus gravement pervertis ; le respect de la vérité étant moins grand, on était plus prompt à accepter des allégations non prouvées.

1. Sheldon Amos. Voyez aussi son grand ouvrage, À Systemalic View of the Science of jurisprudence, pp. 119, 303, 512 et 514.

Même lorsqu'on a pris toutes ses mesures pour se bien renseigner sur une question politique ou sociale à l’ordre du jour, en appelant à comparaître des témoins de tout rang, représentant tous les intérêts, on a de la peine à parvenir à la vérité ; les circonstances de l’enquête téndent par ellesmêmes à mettre en relief certaines classes de témoignages et à rejeter les autres dans l'ombre. Nous invoquerons, à l'appui de ce que nous avançons, les paroles de Lord Lincoln, lorsqu'il proposa d’enclore les terrains communaux.

« Je sais pertinemment que dix-neuf fois sur vingt, les com- « missions de cette chambre chargées de bills d'intérêt privé « ont négligé les droits du pauvre. Je ne prétends pas « qu’elles les aient négligés volontairement — bien loin de «là; mais jaffirme qu’elles les ont négligés à cause de « l'ignorance où on les a laissées à cet égard, parce que le « pauvre n’a pas le moyen de faire le voyage de Londres, « de payer un conseil, d'amener des témoins et de faire va- « loir ses droits devant une commission de cette chambre. » (Hansard, 4° mai 1845) 1.

Bien d’autres influences d’un ordre différent, mais qui tendent également à bannir d’une enquête certaines classes de faits entrent encore en jeu. Etant donnée une question à résoudre, il est fort probable que selon le sens dans lequel déposeront les témoins, ceux-ci compromettront ou sauveront un système d’où dépendent, en tout ou en partie, leurs moyens d’existence. Une parole d’eux peut offenser leur chef et leur faire perdre leur place, tandis qu’une autre assurera leur avancement, D’autre part, des témoins moins directement intéressés dans la question se laissent influencer par la crainte d'indisposer, en trahissant certains faits, un personnage important de la localité. Dans une ville de province, s’est là une considération majeure. Tandis que sous l’action puissante de ces influences combinées, les témoignages s'accumulent en faveur d’une institution existante, il est nonseulement possible mais probable, qu’il ne se trouvera pas tout à point un pari opposé ayant des intérêts contraires, une organisation et des ressources abondantes, qui s’occupe

1. Cité par Nasse, dans The Agricultural Community of ihe Middle Ages, etc., p. 94 de la traduction anglaise.

activement d'apporter à son tour un contingent de faits contredisant les premiers. Ici, pas de place en danger, pas d'avancement à attendre, pas d’applaudissements à gagner, pas d’inimitiés à éviter. Au contraire, il peut se faire que pour mettre en lumière les faits contradictoires, il soit nécessaire de s'imposer des sacrifices sérieux. Voilà comment il arrive que l'enquête la plus impartiale et la plus loyalement conduite puisse ne faire connaître qu’un des côtés de la question. :

Une illusion d'optique familière à chacun, fera bien comprendre la nature des illusions qui induisent souvent en erreur ceux qui s'occupent de sociologie. Tous ceux qui ont vu un lac ou la mer au clair de lune, ont remarqué une raie lumineuse qui part du lieu où se tient l'observateur pour s'étendre dans la direction de l'astre. En examinant cette bande, on voit qu'elle est composée d’une série de reflets brillants renvoyés par les flancs de petites vagues séparées. Marchez, la raie lumineuse vous suivra. Beaucoup de personnes, même dans les classes cultivées, s’imaginent que la raie a une existence objective et qu’elle change réellement de place en même temps que l’observateur, Je puis attester que quelques-unes en paraissent surprises. En réalité, la raie lumineuse est subjective et quand l’observateur marche, les petites vagues éclairées n’avancent pas. Dans toute la portion de la surface qui nous paraît obscure, les ondulations sont frappées par la lumière de la lune tout aussi vivement que dans la portion brillante, seulement les reflets n'arrivent pas jusqu'à notre œil. Sans doute, une partie seulement des pêtites vagues nous semble éclairée, et, à mesure que nous marchons, nous voyons s’éclairer d’autres vagues jusque-là obscures ; mais tout cela n’est qu'une apparence trompeuse. La réalité dans toute sa simplicité, c’est que par notre position nous distinguons les reflets lumineux renvoyés par certaines ondulations, tandis que nous ne pouvons pas apercevoir les autres.

En sociologie, on est perpétuellement trompé par des illusions du même genre. Les observateurs sont ordinairement placés vis-à-vis des faits dans une situation qui rend visibles les accidents, les exceptions, les événements à sensation, et qui laisse dans l'ombre les petits faits sans intérêt formant

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la grande masse. C'est une cause générale d'erreur à laquelle viennent s’ajouter les causes particulières mentionnées plus haut, Toutes ensemble réagissent sur le milieu à travers lequel nous voyons les faits, le rendent opaque, dans certains cas et transparent dans d’autres.

Souvent aussi, une grave perversion des témoignages Vient de ce qu’on a inconsciemment confondu observer et déduire. De tout temps, la tendance à donner comme une observation ce qui n’est en réalité qu’une conclusion tirée

d'observations, a été une source abondante d'erreurs. Les

erreurs seront particulièrement abondantes quand il s'agira de questions sociales. En voici un exemple...

Il y a quelques années, le docteur Stark a publié les résultats de comparaisons faites par lui entre la mortalité des gens mariés et celle des célibataires ; les chiffres semblaient démontrer que l’état de mariage était le plus favorable à la santé. Quelques critiques se produisirent, mais l’argumentation du docteur Stark n’en fut pas sérieusement ébranlée et il est cité depuis comme ayant établi d’une façon concluante la relation qu'il s'agissait de prouver. Une citation empruntée à la Medical Press and Circular nous est tombée dernièrement sous les yeux; c'était un résumé Statistique qui était censé confirmer les résultats acquis.par les travaux du docteur Stark,

«M. Bertillon a fait une communication à l’Académie de « Bruxelles sur l'influence du mariage. Son travail a été « publié par la Revue scientifique. En France, sur 1000 indi- « vidus de 25 à 30 ans, la mortalité estde6,2pourles hommes « mariés, 10,2 pour les célibataires et 21,8 pour les veufs. « À Bruxelles, ia mortalité est de 9 sur 1000 pourles femmes « mariées et ies jeunes filles; elle n’est pas moindre de « 16,9 pour les veuves. En Belgique, les chiffres sont de 7 « sur 1000 pour les hommes mariés, 8,5 pour les céliba- « taires et 24,6 pour les veufs. La proportion est la même en « Hollande. De 8,2 pour les hommes mariés, la mortalité « s'élève à 41,7 pour les célibataires et à 16,9 pour les veufs; « de 12,8 pour les femmes mariées, elle tombe à 8,5 pour les « filles et remonte à 13,8 pour les veuves. Le résultat des «calculs pris dans leur ensemble, est que sur: 1000 indi-

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