Id, ibid
sif était impraticable : la proposition de ne plus exempter le clergé et la noblesse des charges supportées par le peuple, arracha aux classes privilégiées «un cri d’étonnement ot d’indignation. » Enfin, pour rendre plus apparente encore Vindignité des agents gouvernants de tout ordre, il y avait la vie débauchée menée par toute la cour, le Roi en. tête. La France gisait à terre, « le pied d’une prostituée sur son Col. » ‘
Passons par-dessus les phases diverses de l’explosion qui mit fin à cet état de choses intolérable — phases pendant lesquelles nous retrouvons toujours les classes dominantes, incapables et impénitentes, s’efforçant de ressaisir le pouvoir qui leur a échappé, appelant à leur aide les gouvernements étrangers et attirant en France l’envahisseur. — Passons, et venons de suite à l’époque où, fou de colère et de terreur, le peuple se vengea sur ceux de ses anciens bourreaux qui étaient restés. Nombre d'entre ces hommes s'étaient ligués avec ceux de leur ordre qui prenaient les armes contre la France délivrée — beaucoup d’autres étaient soupçonnés de s'être ligués avec ces ennemis de la Répuplique à l'extérieur et à l’intérieur — leurs complots et leurs trahisons prouvèrent qu'ils étaieut incorrigibles, à la fin, les massacres de Septembre et la Terreur descendirent sur eux et près de 10,000 coupables, ow supposés coupables, furent tués, où exécutés dans les formes. Némésis fut suffisamment cruelle. La mort et les souffrances effroyables tombèrent sur l’innocent aussi bien que sur le coupable. La haine et le désespoir donnèrent naissance à une cruauté aveugle et, chez quelques-uns des principaux acteurs, à une férocité froide. Tout en reconnaissant ceci — tout en reconnaissant aussi que les exécuteurs de la vengeance ne valaient pas mieux, pris en eux-mêmes, que ses victimes = NOUS devons néanmoins reconnaître que cette effusion de sang avait son excuse. La panique d’un peuple menacé de reprendre des chaînes effroyables n’a rien qui doive étonner. Que la crainte de voir revenir un temps où, dans les villes comme dans les campagnes, les corps émaciés et les visages hagards témoignaient de la désorgariisation sociale, jetàt les hommes dans une fureur insensée, cela n'a rien que de naturel. S'ils devenaient forcenés à la pensée
du rétablissement d’un état de choses dans lequel on pourrait de nouveau faire tuer des centaines de mille hommes pour contenter le dépit d’une concubine royale, il n’y a pas là de quoi nous surprendre si fort. Et il ne serait que juste de réserver une partie de l’horreur inspirée par le sort des dix mille victimes, pour les abominations qui en ont été la cause.
De cette effusion de sang, excusable en partie, qui fait frémir outre mesure les gens, passons à une effusion de sang incomparablement plus grande , absolument sans excuse, qui ne les fait pas frémir du tout. Du chaos sanglant de la révolution est sorti un soldat, dont le génie, joint à l'absence complète de scrupules, a fait un général, un consul et enfin un autocrate. Sa fausseté était extrême ; il mentait chaque jour dans ses dépêches, n'écrivait jamais une page de bonne foi ! et donnait même des leçons de mensonge aux autres 2. Il faisait profession d’amitié au moment même où il complotait la trahison et, tout jeune encore, il prit pour guide la fable du loup et de l'agneau. Il attirait ses adversaires en son pouvoir par des promesses de clémence et ensuite il les tuait. Pour frapper les peuples de terreur, il descendit à des actes de barbarie semblables à ceux commis par ces sanguinaires empereurs de l'antiquité, que sa carrière nous rappelle : ainsi en Egypte, pour venger cinquante de ses soldats, il décapita 2,000 fellahs et jeta leurs corps dans le Nil; à Jaffa, il fit massacrer de sang-froid 2,500 hommes de garnison qui s'étaient rendus. $Ses officiers eux-mêmes, que nous n'avons pas lieu de supposer exagérés dans leurs scrupules, étaient péniblement affectés de son inhumanité et refusaient parfois d'exécuter ses décrets sanglants. En vérité, c’est à peine si les instincts du sauvage étaient tempérés chez cet homme par ce que nous appelons le sentiment moral. Nous le voyons à sa proposition de! brûler « deux ou trois des bourgs les plus importants de la ‘ Vendée; » à son désir d'importer en France des combats de taureaux et de ressusciter les jeux sanglants du cirque romain; au sacrifice qu'il fit un jour de ses propres sol-