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quent aujourd'hui cette branche de l'administration et demain celle-là. Cependant, bien que la réparation des sottises administratives et législatives constitue une part importante des affaires publiques — bien que la Législature emploie la plus grande partie de son temps à réformer et à réformer encore, jusqu’au jour où après les maux nombreux que laissent supposer ces besoins incessants de réforme, on se décide souvent à en venir à l’abrogation : — cependant les vœux en faveur de la répression légale et de l'action gouvernementale deviennent chaque jour plus nombreux. Cette émotion que provoque l'appareil du pouvoir gouvernemental et qui rend ce pouvoir possible, est la racine d’une foi qui repousse à mesure qu’on la coupe. Il suffira de se rappeler quelques-uns des ‘exploits accomplis par le gouvernement dans le plus important de nos départements d'Etat, pour voir combien peu le désappointement chronique diminue la confiance chronique.

À la page 3 du chapitre 1°", nous avons fait, comme exemple de la mauvaise administration de YAmirauté, allusion à trois catastrophes évitables, qui étaient survenues à trois vaisseaux de guerre dans l’espace des douze derniers mois. Un autre fait montrera combien les accidents sont fréquents : avant que le chapitre suivant n’eût paru, il en était arrivé deux autres : Le Lord Clyde s'est échoué dans la Méditerranée et le Royal-Alfred est resté sept heures sur de récif de Bahama. Plus récemment encore, nous avons eu la collision du Northumberland et de l’Hercules à Funs chal, et la perte du navire qui a coulé bas à Woolwich, pat suite de la chute d’un canon du poids de 35 tonneaux qu'on a laissé tomber à fond de cale.

Plusieurs expériences récentes sont venues démontrer de nouveau ce qui l'avait été tant de fois dans les temps passés : les autorités de la marine royale commettent des fautes que la marine marchande sait éviter. On Ja vu lorsque la découverte de l’état de corrosion des plaques du Glatton a prouvé que l’Amirauté n’avait pas adopté pour ses blindages le procédé dont les armateurs se servent depuis si longtemps :avec succès. On l'a vu lorsque la perte des matelots de l’Ariadne est venue nous apprendre, d’une part, qu’une frégate de 26 canons possédait moins de canots de

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sauvetage que le règlement n’en impose au navire de 400 tonneaux destiné à recevoir des passagers ; et d'autre part, que pour mettre ses canots à la mer elle n’avait à bord ni l'appareil Kynaston, ni l'appareil Clifford bien supérieur encore et tant de fois mis à l’épreuve par la marine marchande. On l'a vu par la non-adoption du régulateur Silver pour les machines des bateaux à vapeur; il y avait longtemps que les bateaux n’appartenant pas à l’Etat étaient pourvus de ce régulateur, qui prévient les accidents de machines; la marine royale vient seulement de l’adopter, après que ses machines s'étaient rompues.

Gette incapacité relative de l'administration devient encore plus frappante quand on remonte à quelques années en arrière. Exemple : pendant l'expédition de Chine de 1841, la mortalité s’éleva, pour un seul équipage de 300 hommes, à 3 et 4 décès par jour; la cause en était dans l’eau vaseuse, recueillie dans des champs de riz, qui servait de boisson; en faisant bouillir cette eau ou en la filtrant à travers du charbon, on aurait sauvé bien du monde. Autre exemple dont il subsiste encore des témoins et que je tiens de la bouche d’un officier qui en parlait par expérience personnelle : les navires de guerre quittant Deptford, faisaient de l’eau dans la Tamise à la marée montante; cette eau se putréfiait à tel point, qu’on était obligé de la passer dans un mouchoir avant de la boire, et qu’on se bouchait le nez pour Pavaler. Troisième exemple, l’accumulation d'abus abominables, de malversations et d'actes tyranniques qui amenèrent la révolte de Spithead.

De tous les exemples de ce genre que nous pourrions citer, le plus frappant est peut-être celui que nous fournit le traitement du scorbut. C’est en 1593 que les acides furent recommandés pour la première fois par Albertus. La même année, sir R. Hawkins guérit son équipage du Scorbut au moyen de jus de citron. En 1600, le Commodore Lancaster, qui conduisait la première escadre de la compagnie des Indes, entretint une santé parfaite à son bord grâce au jus de citron; les équipages des trois vaisseaux qui naviguaient de conserve avec lui furent au contraire tellement maltraités, que le Commodore dut leur envoyer de ses hommes pour faire la manœuvre. En 1636 ce remède fut de nouveau

recommandé dans des ouvrages médicaux sur le scorbut. L'amiral Wagner, qui commandait la flotte anglaise de la Baltique en 1726, fit voir une fois de plus que c'était un spécifique. En 1757, le D: Lind, médecin de l'hôpital maritime de Haslar, rassembla toutes ces preuves et bien d’autres de l'efficacité du remède, et les publia dans un ouvrage fait avec beaucoup de soin. Le scorbut continuait néanmoins à enlever nos matelots par milliers. En 1780, il y eut 2400 cas de scorbut sur la flotte de la Manche, et en 17935 l'épidémie fut assez violente pour compromettre la sécurité de cette même escadre. Enfin, précisément cette année-là , l’Amirauté ordonna d’approvisionner régulièrement la marine de jus de citron. Ainsi il s'était écoulé deux siècles depuis que le remède était connu, quarante ans depuis qu’un médecin en chef au service de l'Etat avait démontré sa valeur d’une façon concluante, lorsque l’Amirauté — sous la pression d’une exaspération du mal, — se décida à faire quelque chose. Et quels avaient été les effets de cette perversité étonnante du corps officiel? Le scorbut avait fait plus de victimes à lui seul pendant cette longue période de temps, que les batailles, les naufrages et tous les hasards de la vie de marin mis ensemble t.

Nous pourrions accumuler des pages entières de faits, pour prouver que de tout temps et de nos jours encore, l’administration militaire s’est montrée inintelligente et routinière. Les discussions relatives à l'abolition du système d’achat nous fourniraient quantité d'exemples: les descriptions de la vie qu on mène à Aldershot et celles des manœuvres d'automne nous en fourniraient bon nombre aussi; on pourrait leur adjoindre une foule de protestations : celles qu’ont soulevées les règles d'équitation qui occasionnent des hernies aux soldats; celles contre « notre ridicule livre d’exercice, » ainsi que s’accordent à l’appeler tous les officiers d’esprit indépendant. Même en nous bornant au service sanitaire de l’armée, nous trouverions dans les collections de journaux et dans les rapports des commissions mille exemples de bévues incroyables : — c'est la mauvaise installation des baraquements, dont on a tant parlé il y a quelques an-

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